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Le coma des âmes

Catégorie on aime
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(JPEG) Il n’y a pas pire époque que celle-ci. Il n’y a pas plus détestable. Les hommes politiques, les artistes, les journalistes, les publicitaires l’ont si bien compris qu’ils se sont mis en tête de nous la faire aimer au prix de notre âme et de la leur. « Nous allons vous faire aimer l’an deux mille ». Ca n’est même plus une menace. C’est une devise tyrannique.

La pire découverte de cette époque rétrécie, de cette démocratie délavée, nous faire aimer ce qui est le plus détestable depuis le début de l’humanité : la terrible et puante idée du bonheur que nos « bien-pensants », véritables « prothèses » de nos cerveaux malades par des lessivages-essorages de plus en plus drastiques, inventent et ré-inventent à longueur d’année.

Il faut défendre la littérature. Il faut défendre les écrivains. Il faut se protéger de l’époque.

Il s’agit de rester vivant.

Et de ne pas rejoindre le morne et long cortège de zombies « festifs » prêts à tous les sacrifices pour ingurgiter ces pilules de « prêt-à-penser » qui sont distribuées au tout-venant.

Il s’agit de défendre les écrivains et la littérature.

Contre les mercenaires, les marchands, les illusionnistes, les ennemis de la littérature. Il s’agit de se positionner contre sa mort « annoncée ».

Voilà probablement la plus difficile tâche. Presque impossible !

Quand on prend le temps d’observer ceux qui, en excellents dont Quichotte de bazar, tentent encore de sauver des catacombes ce qu’il en reste, c’est-à-dire des gravats et des cendres, on ne peut être pris que d’un terrible et dévastateur fou rire.

Qu’ils sont drôles à s’escrimer ainsi dans l’indifférence généralisée !

Qu’ils sont pathétiques avec leurs prétentions !

Il s’agit d’être en désaccord parfait avec son époque.

Il s’agit d’être « intempestif », « réactionnaire ».

Ni Nietzsche, ni Bernanos, ni Bloy ne surent combien leur époque était infiniment plus noble que la nôtre !

Nous vivons et pensons comme des porcs.

Nous sommes englués dans le purin de la fosse culturelle et morale la plus abjecte, pris au piège comme des pourceaux dont le groin toujours tourné vers le sol, fouille inextricablement la terre.

Que les professeurs de vertus, les flics de la pensée, les vierges effarouchés passent leur chemin ! Il n’y a plus même moyen, tant le nivellement des consciences est dru, de choquer le bourgeois. Scandaliser les imbéciles. Comme il est de notre devoir... car ça n’est seulement plus possible ! Les idées sont mortes dans l’œuf ! La société politico-libérale va de plus en plus vite.

Les livres, au même titre que des produits frais, sont consommés hinc an nunc, avec peu d’espoir d’être le moindre du monde considérés le lendemain des scandales de papier qu’ils déclenchent parfois à leur parution et leur insu.

La pensée unique est si puissante et si retorse qu’elle sait à présent récupérer ce qui s’oppose à elle, ce qui la combat pour l’absorber et la digérer au point qu’il semble à présent, à observer le système, qu’aucune arme, aucun soldat, aucun attentat ne parviendra à en finir avec le décérabrage généralisé.

-  Comment se délivrer du mal... ? Voilà bien la question... si telle est la question !

-  Ne contient-elle pas en elle-même un commencement de réponse ?

Le mal est probablement au centre même de la littérature.

Je pense par exemple à Franz Kafka qui décrivant un combat dans son premier livre intitulé justement Description d’un combat montre qu’un combat n’admet ni victoire ni défaite. Son combat à lui avec le père, la littérature, le monde féminin, combat dans un monde spirituel qui, aujourd’hui semble complètement englouti par ce détestable nihilisme ambiant qui semble nous emporter tous. Il s’agit donc de lutter, de résister si ce verbe peut encore dire quelque chose de signifiant...

« Connais-toi toi-même ne signifie pas : observe-toi. Observe-toi est le mot du serpent. Cela signifie : transforme-toi en maître de tes actes. Or, tu l’es déjà, tu es maître de tes actes. Le mot signifie donc : Méconnais-toi ! Détruis-toi ! c’est-à-dire quelque chose de mauvais, et c’est seulement si l’on penche très bas que l’on entend ce qu’il y a de bon, qui s’exprime ainsi : Afin de te transformer en celui que tu es », écrit Kafka dans son somptueux Journal.

Il faut savoir se perdre pour enfin se trouver. Risquer sa vie, sa dignité, sa réputation.

Ce qui est fait gratuitement sent le gratuit, pue le gratuit, disait à juste propos Céline. Il faut donc mettre sa peau sur la table ! Ecrire c’est accepter sa singularité. C’est accepter le travail de l’écriture et de la création comme « totalement absurde et infiniment laborieux » pour reprendre la formule de Clément Rosset dans son Choix des mots. Il n’y a pas plus juste. Pas pire ennemie pour l’écrivain que l’écriture, si ce n’est lui-même !

Ecrire c’est donc renoncer. C’est renoncer au confort. A l’adhésion du plus grand nombre. A la normalité sociale.

Kafka était un homme à part et irrémédiablement isolé. Et cet isolement est sa seule possibilité de vivre et de créer.

De son combat par l’écriture Kafka ressortira désespéré. Car l’écriture n’aura jamais été en mesure de justifier l’écart qui le tenait entre lui et les hommes. Cette singularité d’écrivain qui créait à la fois l’isolement et la solitude fut certainement un refuge trompeur. Il faut pourtant l’accepter. D’autant que ça n’est que l’aspect le plus visible du combat. Et Kafka, qui ne douta jamais de son génie, le savait.

Le véritable combat est intérieur.

L’écrivain ne mène aucun combat à l’extérieur de son écriture et de son âme. Ce combat crucial nous le menons contre nous-même. Ecrire pour n’être plus jamais seul. Kafka tenta plusieurs fois l’expérience en vain. Ecrire provoque la solitude.

L’Ecriture provoque l’ex-communion.

Nous devons accepter notre sort tragique... au nom de la littérature... et du silence qui lui est propre.



Publié le 22 septembre 2007  par Marc Alpozzo


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Forum de l'article
  • Le coma des âmes
    1er mars 2017, par ebluefox
    Merci de partager cet article, ce que je dois trouver. youtube mp3
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