e-torpedo le webzine sans barbeles



La violence des murs
par Laurent Jacqua

Catégorie société
Il y a (3) contribution(s).

(JPEG) Épisode 10

Début septembre 1995...

Après environ quatre heures de route dans un fourgon inconfortable de la pénitentiaire, j’arrive toutes sirènes hurlantes aux abords de la prison de Metz-Queuleu, rien de tel pour affranchir le personnel de la qualité du nouvel arrivant. À peine ai-je descendu avec difficulté mes affaires du véhicule que je suis accueilli par toute une troupe de matons avec le chef de détention à leur tête. On m’enlève les entraves et menottes avant de passer au greffe et à la fouille.

J’interpelle le chef :
-  Je vais en détention normale ?
-  Oui, pas de problème, vous serez placé en détention avec les autres.

-  Est-ce une ruse pour que je n’explose pas tout de suite ? Tout compte fait, après la fouille, je suis conduit dans un grand bâtiment où l’on m’indique une cellule.

Cette prison est construite comme une grande barre HLM d’une centaine de mètres de long sur quatre étages ; elle date des années 1980.

Prisons, HLM, hôpitaux, centres psychiatriques, orphelinats, foyers, centres de retentions etc.... même types d’architectures oppressives et inhumaines pour les mêmes clients...

Bâtiments institutionnels ressemblant à de grands navires du désespoir où se pratique rigoureusement la gestion de l’humain que l’on écarte et traite lorsqu’il devient "déviant" ou nocif pour l’ordre social et l’obéissance civique.

Matière humaine que l’on exploite, que l’on soumet, que l’on dresse, que l’on maîtrise, en violences, en souffrances, en camisole chimique et si rien ne marche qu’on élimine, qu’on assassine surtout lorsque la révolte ou la colère gronde...

Il faut tuer le serpent dans l’œuf et étouffer au berceau les enfants de la haine.

Force est à la loi, tout est permis : tuer, interner, parquer, emprisonner, détruire, soumettre, écraser ; il suffit pour cela d’être un simple fonctionnaire assermenté.

Petit rouage d’un puissant rouleau compresseur étatique qui écrase toutes les libertés de révolutions, de rébellions ou de changements.

C’est un système bien rôdé qui bétonne les cerveaux, conditionne les esprits, illusionne la pensée dès la petite enfance, histoire d’effacer toute idée d’indépendance.

Tout le monde est endormi en croyant être éveillé et lucide.

Les antennes de télévisions sur des millions de toits captent le poison qui se distille par les écrans ; l’image référence injectée remplace les idées ; de leurs mains invisibles et manipulatrices, ils plantent leurs programmes dans des cerveaux malléables, idées préconçues, préfabriquées qui sont implantées à volonté pour que les masses restent sages...

-  Images subliminales ?

-  Qui tire les ficelles, où nous dirige-t-on ?

-  À quel prix doit-on accepter cette société d’aveuglés ?

Rentrer dans le rang et éteindre sa conscience, tuer ses idéaux, ses utopies, ses rêves, tuer ce qui nous rend humain pour ne devenir que des consommateurs formatés, cible du marketing mondialiste.

Êtres dont on pompe la sève vitale pour que la grande machine continue à avancer en écrasant tout sur son passage.

Je me suis réveillé douloureusement sur un champ de bataille dès l’aube de ma vie. Adulte je n’ai fait que lutter pour survivre et rester libre, cela m’a toujours coûté la cage, mais cela m’a aussi appris à ouvrir ma conscience à la recherche d’une autre existence possible et de briser mes chaînes intérieures.

Depuis je ne peux plus m’endormir car ma seule hantise c’est de tout oublier et de finir comme un "beauf" au fond d’un pavillon de banlieue, content d’être content sans jamais vraiment savoir pourquoi.

Un vrai cauchemar que de finir comme ça !

La conscience est souffrance, car la vérité, par sa violence, ressemble à un coup de sabre fendant l’esprit en deux comme une lame de rasoir figée dans un œil ayant trop longtemps fixé la réalité du monde et la véritable nature de l’homme.

-  La vérité sur la liberté ?

C’est d’apprendre, qu’en fin de compte, elle n’existe que dans la tête de ceux qui portent les fers...

La liberté mon ami, est au fin fond d’une prison !

Nouvelle cellule, nouvel établissement, nouvelle vue...

Je vois l’extérieur, je suis en étage.

Là-bas au loin, une départementale où roulent quelques voitures, des habitations, des champs, des forêts... cela me fait du bien de voir la nature.

Puis je regarde comment est faite cette prison : Un seul mur, des miradors bien placés, les promenades sont entourées par un simple grillage. Je descendrai dès demain pour me rendre compte. En attendant, je déballe mon paquetage et, après un nettoyage de la cellule, je commence à m’installer.

Je suis heureux de ne pas avoir été placé à l’isolement dès mon arrivée.

Il faut en profiter car je n’ai pas de temps à perdre, la lame de ma guillotine interne descend d’un millimètre par jour, il me faut agir avant que cela ne commence à me gratter la nuque...

Autour de moi depuis des années, ça crève à tout va du sida et je ne veux pas finir comme ça. Les prisons françaises sont devenues des mouroirs.

-  Combien de malades finissent à l’hôpital de Fresnes ?

L’administration ne libère que très rarement en phase terminale, et pour beaucoup cela se termine dans les "body-bag" en plastique avec la mention "DCD" inscrite au marker comme seule épitaphe ...

(Il faut dire qu’à cette époque, à part quelques médicaments comme l’AZT, il n’y en a pas de réellement efficaces ; les trithérapies arriveront un an plus tard et feront baisser considérablement le taux de mortalité à l’intérieur comme à l’extérieur.)

Dans toutes les prisons françaises, l’ouverture des portes se fait à 7 heures. À cette heure, je suis toujours debout et habillé, bref, toujours prêt pour prendre le déjeuner ou descendre en promenade. Je ne fais jamais de grâces matinées, mes réveils se font avant 6 heures. Peut-être est-ce la conséquence des arrestations faites par les troupes d’élites qui m’ont traumatisé...

Dès 8 h 15, je descends en promenade pour prendre l’air et me faire une idée de la configuration des lieux.

Parmi les détenus en promenade, je reconnais Marco, un "vieux de la vieille" comme on dit pour désigner les "bandits" proches de la cinquantaine. C’est un Parisien que j’ai connu sous d’autres cieux carcéraux. Il me reconnaît tout de suite, et nous entamons la discussion après un salut chaleureux et fraternel. Il est content de me voir car ici, il n’y a pas beaucoup de gars comme "nous", en général ce sont des affaires de stupéfiants, de mœurs, d’homicides sordides, passionnels ou soûlographiques.

Bref, l’ambiance s’en ressent et il est bon de retrouver quelqu’un avec qui on a des atomes crochus.

Cela fait quelques mois qu’il est ici pour un braquage dans la région. Bien qu’il soit multirécidiviste, il pense s’en sortir avec une peine inférieure à dix ans.

Pendant que nous discutons je scrute les environs et je constate que la liberté n’est pas loin... un grillage et un seul mur : le coup est jouable même en plein jour.

Juste derrière le mur, il y a un parking, d’après ce que j’ai pu voir de ma fenêtre. Un peu de matériel et je peux attaquer ; j’ai une petite idée qui me travaille. Pas de précipitation : la réussite dépend souvent d’une longue observation, il faut trouver la faille, le point faible. Durant les jours qui suivent, c’est ce que je fais en promenade ou de ma fenêtre.

Je mets Marco au parfum de mon projet, il m’aiderait mais "partir" ne l’intéresse pas car le jeu, pour lui, n’en vaut pas la chandelle.

Quinze jours après mon arrivée, j’ai, comme par magie et sans vous dire comment, pu me procurer deux lames de scie et une pince coupante.

Mon plan avait un peu changé : il me fallait maintenant quelqu’un de costaud car il y avait un surveillant à maîtriser durant quelques secondes. En effet, après des heures de surveillance, je m’étais rendu compte que lors des relèves de miradors celui qui était dedans envoyait la clé de la porte d’accès à celui qui venait le remplacer, il faisait cela même pendant les heures de promenade, il suffisait donc d’attendre une relève, attendre l’envoi de la clef, passer le grillage, maîtriser le maton dans le chemin de ronde, me saisir de la clef, ouvrir la porte, grimper dans le mirador, en espérant qu’il n’y ait pas de trappe blindée et sauter de celui-ci vers l’extérieur ; Tout devait se jouer avec la rapidité et par l’effet de surprise.

Une fois dehors, cela ne serait qu’une question de chance : tomber sur une voiture ou un moyen de transport quelconque...

Marco me présenta un candidat potentiel, un type au physique solide ayant pris quinze ans pour une tentative d’homicide.

Je le testais un petit peu pour voir ce qu’il valait et ce dont il était capable. Il était costaud et il était partant, il ne fallait pas en demander plus. Je ne lui dirais rien sur ce que je voulais faire exactement. Je ne le préviendrais qu’au dernier moment ; son rôle serait de tenir le maton pendant que je choperais la clef.

Pour les grillages, je commencerais à les couper quelques jours avant le jour J avec la pince ou les lames. Bien entendu, ce matériel restait dans un endroit extérieur à ma cellule à cause des fouilles fréquentes auxquelles j’étais soumis régulièrement en raison de mon statut de DPS. Je me décidais à agir fin septembre. Le plutôt serait le mieux, l’idée était simple ; ce n’était pas du 100 % mais je pensais tout de même avoir une chance de réussir.

Le 19 septembre 1995, dans le courant de l’après-midi, la porte de ma cellule s’ouvre sur deux surveillants et un gradé ; ce dernier s’adresse à moi :

-  Préparez votre paquetage, vous changez de cellule. Je suis un peu étonné, mais je ne me formalise pas, ces changements sont fréquents pour les DPS.

Je prépare donc mes affaires et une demi-heure plus tard, je les pose sur un chariot et je suis les deux surveillants et le bricard qui m’emmènent. Après avoir pris l’ascenseur et descendu un étage, nous arrivons au bout d’une coursive face à une grande porte blindée... Déjà, je commence à redouter le sort qui m’est réservé. La porte s’ouvre ; derrière, deux autres surveillants nous laissent le passage. C’est le quartier d’isolement !

Je me retourne vers le gradé :
-  Je suis placé au QI ?
-  Oui, par mesure de sécurité.
-  Appelez-moi le chef de détention ou le directeur car il n’est pas question que j’aille à l’isolement.
-  Il est prévu que le chef monte vous voir tout à l’heure.
-  Non, non, c’est maintenant que je veux voir quelqu’un !
-  Bon, écoutez, rentrez en cellule en attendant. Le ton commence à monter. L’un des surveillants a fermé la porte qui sépare le QI de la détention et je me retrouve seul face à eux.
-  Pour la dernière fois, rentrez en cellule.
-  Il n’en est pas question ! Soudain, un surveillant et le gradé me ceinturent, les autres me poussent vers la première cellule ouverte ; une fois à l’intérieur, ils me lâchent et ferment la grille puis la porte. Je me précipite sur la grille et je crie mon désaccord. Je ne me laisserais pas faire, je dois me battre et ne pas céder.
-  Allez chercher le directeur, je veux le voir ! Personne ne me répond. Il faut que je récupère mon paquetage resté sur le chariot dans la coursive car je dois, pour faire venir le médecin, m’automutiler en me tranchant les veines, c’est le seul moyen de voir quelqu’un de l’infirmerie... Après une heure d’attente, je réclame mes affaires. Quelques minutes plus tard, je peux les récupérer. Ils sont dix derrière la porte, dont le chef de détention. Je l’interpelle :
-  Pourquoi m’a-t-on placé à l’isolement ?
-  Pour une suspicion de préparation d’évasion, je vous ferai signer votre mesure d’isolement tout à l’heure.
-  Je ne vais rien signer, vous n’avez aucune preuve de ce que vous avancez, je ne resterai pas ici. Ils m’observent tous, prêts à intervenir au moindre geste ; la situation est tendue, mais ils ne m’impressionnent pas.
-  Fermez la porte et appelez le directeur parce qu’avant ce soir, il y aura problème. À peine ai-je terminé ma phrase qu’ils avaient déjà refermé grille et porte. Je plonge immédiatement dans mon paquetage pour prendre un rasoir jetable dont je récupère aussitôt la lame ; avec celle-ci je me fais une bonne entaille sur l’intérieur du bras. Le sang coule, je ressens comme une montée d’adrénaline. L’ambiance va grimper très vite en température... Je tape à la porte et dans la grille ; l’œilleton se soulève. Je montre mon bras saignant et dégoulinant.
-  Je veux voir un médecin, je me suis coupé ! L’œilleton claque et je ne reçois aucune réponse. Je continue de taper à la porte. Vingt minutes plus tard, des bruits de clefs se font entendre. Ma porte s’ouvre. Il y a foule, des surveillants, des gradés, le chef de détention et, dans la mêlée, une infirmière et ce qui semble être le médecin. J’interviens :
-  Docteur, je suis malade, j’ai le sida, je ne peux pas rester à l’isolement, il faut que vous me fassiez sortir d’ici.
-  Écoutez, je ne peux rien faire, je suis là pour votre coupure.

Je sens dans sa réponse qu’il est du côté de l’administration et que les jeux sont faits...

Cependant, il n’est pas question de lâcher prise, et je dois simuler une crise de nerfs, je crie et je tente d’en attraper un pour le coller contre la grille. Ils ont le temps de refermer la porte à toute vitesse ; je commence à tout casser dans la cellule et à crier comme un fou en les insultant. Je dois maintenir la pression, même si je sais que ça finira violemment.

Soudain, la porte s’ouvre ; je me retourne et je vois des bras qui se tendent et, au bout, des bombes lacrymogènes. Je reçois un premier jet qui m’aveugle ; je porte mes mains au visage en criant de douleur. Ils ont vidé leurs bombes durant environ dix secondes, puis refermé la porte. Je ne peux plus respirer et les yeux me brûlent, je cherche de l’oxygène, j’étouffe, je ne vais pas pouvoir tenir, c’est comme si j’avais des aiguilles dans la gorge et les poumons, je ne peux plus crier ni respirer, j’ai l’impression de crever c’est une horrible sensation...

Je m’effondre et rampe jusqu’à la porte.

Trois bombes lacrymogènes vidées dans un espace clos, on le sent passer, je vais perdre connaissance tellement je manque d’air. Je frappe dans la porte comme dans un appel au secours ; les secondes, les minutes paraissent des heures...

Dans un écho lointain, j’ai l’impression que la porte puis la grille s’ouvrent ; je me sens tiré à l’extérieur et je me retrouve au milieu de la coursive, maintenu au sol par des surveillants portant des gants. Je reçois un coup à la figure puis des coups de pieds ; la violence se déchaîne, les coups pleuvent. Je me recroqueville pour me protéger du mieux que je peux.

Le gaz m’a mis HS et j’ai l’impression d’être dans un brouillard. Après cette bastonnade, je suis sonné. Ils m’arrachent mes vêtements sans ménagement et je me retrouve complètement nu sur le sol glacé. Me tenant bras et jambes, les matons me soulèvent et m’emmènent vers un escalier. On me descend au quartier disciplinaire. J’entrevois les gradés et le chef de détention qui nous suivent. Arrivé au mitard, je suis jeté, à poil, dans un cachot. La porte s’est refermée, je suis au sol dans un état second essayant de reprendre mon souffle et mes esprits.

J’ai du mal à me mettre debout, j’ai froid, je m’assieds sur le lit en béton et je me replie sur moi-même en claquant des dents ; la fenêtre est cassée, je sens le vent me glacer les os...

Une demi-heure plus tard, la porte du cachot s’ouvre, ce sont les matons.
-  Tu t’es calmé ?
-  Je veux mes habits et voir le médecin. Comme par hasard, celui-ci passe la tête dans l’entrebâillement de la porte.
-  Docteur, je veux mes vêtements et que vous établissiez un certificat pour ce qui s’est passé.
-  On verra ça plus tard, vous n’aviez qu’à rester tranquille !

Les matons, avant de refermer la porte, me lancent un "bonne nuit" ironique.

Voilà la vraie gueule de la matonnerie dans toute sa splendeur avec sa lâcheté planquée derrière une administration et ses règlements.

Ils peuvent tout se permettre, ils ont tous les droits ; cela me met dans une rage folle, je leur crie des insultes en pleurant de haine et d’impuissance. C’est ainsi qu’ils traitent les gens : ils les humilient, ils les violentent, les maltraitent, les torturent, les tuent et ils croient qu’après ça je vais oublier ? ...

Personne n’est jamais témoin de ces faits, tout se passe dans l’univers clos des prisons. Je suis entre leurs mains, et tout peut arriver, tout peut déraper...

Je ne peux pas bouger, je suis paralysé de froid. Dans l’Est, en cette fin de mois de septembre, la température est très basse lorsque la nuit tombe. Ils m’ont laissé dans le noir et je n’ai pas mangé. Ils auraient pu au moins me laisser un tee-shirt et un caleçon.

De temps à autres, je me lève et je marche un peu pour me réchauffer, la nuit va être très longue, mais je tiendrai, je vais serrer les dents et tenir avec la haine dans les tripes et la rage dans les veines ...

Ils ne m’ont même pas soigné, ces chiens ; le sang a fini par sécher en une grosse croûte. Les heures s’égrènent lentement, j’entre dans le silence de la nuit profonde, là où les enfants rêvent et où les braves gens dorment. Il fait de plus en plus froid, le temps et la souffrance me semblent interminables...

Je n’ai pas l’heure. On doit être en milieu de nuit.

Toutes sortes de pensées me viennent à l’esprit et, en premier lieu, je me demande qui aurait pu me balancer ; ce n’est sûrement pas Marco, je le connais bien, la question reste en suspens...

Je ferme les yeux en espérant m’endormir assis. Je suis bleu de froid abandonné de tous entre ces murs de béton lisse et n’attendant plus que la chaleur d’une main amicale se posant sur l’épaule pour soulager sa peine...

mais personne ne viendra.

Personne lorsqu’on souffre, voilà la vraie solitude.

Je veux me souvenir toute ma vie de cette longue nuit passée nu dans ce cachot, car il y aura, assurément, un jugement dernier...

Le jour s’est levé depuis deux bonnes heures environ.

Je marche de long en large pour me réchauffer malgré la fatigue après cette nuit de torture blanche... La porte s’ouvre enfin, plusieurs matons, dont le surveillant chef apparaissent.
-  Habillez-vous, vous êtes extrait ! Ils me tendent mes fringues que je m’empresse d’enfiler. Encadré de près par une escorte de surveillants, je suis dirigé vers la fouille où m’attend déjà une escorte de gendarmes. Deux d’entre eux m’indiquent un emplacement et commencent à me fouiller. Un à un, ils prennent mes habits mais au bout de deux minutes, ils s’arrêtent et s’adressent à leur chef :
-  On ne peut pas l’emmener comme ça, il est plein de lacrymogènes, dans la voiture on ne pourra pas tenir... Le chef d’escorte se tourne vers le surveillant chef qui est visiblement mal à l’aise. D’un ton sec, il lui dit :
-  Trouvez-lui d’autres vêtements et mettez-lui un pansement sur son bras. Il avait remarqué ma blessure. Le maton de la fouille s’empresse de chercher quelque chose dans un tas de fripes réservé aux indigents, il en retire un bas de survêtement et un pull qu’il tend aux gendarmes qui les fouillent avant de me les donner. Avec ces fringues trop grandes pour moi, j’ai l’air d’un clown triste, mais je ne suis plus à cela près, après avoir passé une nuit à poil au frigo, je suis bien content de pouvoir m’habiller...

Un des matons qui s’était absenté quelques instants plus tôt revient avec un pansement ; je le prends et le pose sur la coupure.

Je suis prêt à partir mais, en silence, je fixe tous ces matons, chefs, gradés et surveillants, une vrai petite meute de "salopes" sans courage, ni humanité ; ils ne sont tout à coup pas très fiers d’eux et n’osent pas soutenir mon regard. Les gendarmes sont là et même si a priori ils sont du même bord, ce n’est pas si évident que cela.

En effet, le chef d’escorte me prend à part et me demande à voix basse ce qui s’est passé :
-  Ils m’ont gazé et tabassé, ces ordures.
-  Effectivement, dix contre un, ce n’est pas bien ! Nous, on les aime pas ; t’inquiète pas, avec nous ça se passera bien.

C’était la première fois qu’un gendarme me parlait ainsi, je pense qu’il était sincère ; il faut dire que je ne devais pas être beau à voir.

Le voyage s’effectue dans une Renault 21 Nevada escortée par deux autres véhicules du même type devant et derrière. Metz Rennes à 160 Km/heure, on a mis six heures ; c’est une bonne moyenne.

J’allais à la cour d’appel de Rennes pour une demande de provisoire. Sur la route, je somnole sans réussir à m’endormir vraiment. Ce soir, je dormirai à la MA de Rennes avant d’aller à la cour d’appel et de repartir pour Metz le lendemain.

Arrivé à la prison, je passe au greffe puis à la fouille, je tombe sur le directeur qui me demande si ça va. Je lui réponds que non et lui fais le récit de ce qui s’est passé, avec rage et colère.
-  Je vais en référer à la DR et demander des explications. Je suis un peu étonné par sa réaction, mais je suis trop fatigué pour essayer de comprendre, je ne demande qu’une chose : retrouver un lit et dormir.

Au matin, après une nuit de sommeil lourd, je quitte la maison d’arrêt pour rejoindre la cour d’appel avec la même escorte que la veille.

Devant les juges, je fais état de ce qui s’est passé et de mes conditions de détention. Je prends à témoin le chef d’escorte qui acquiesce quand je lui demande si je n’ai pas dû changer mes vêtements parce que ceux que je portais étaient pleins de lacrymogènes.

Le procureur ainsi que le président de la cour me font comprendre qu’ils se renseigneront auprès de la MA de Metz. Bien sûr, ma demande de mise en liberté provisoire est rejetée et je repars avec l’escorte pour six heures de route vers l’Est de la France.

-  Que vont-ils faire de moi ?

-  Me mettre au QI, au mitard ?

De toutes façons, je me battrai jusqu’à obtenir satisfaction.

À mon arrivé et après que l’escorte m’a laissé au greffe, je suis accueilli par le surveillant-chef qui me dit :
-  Après la fouille, vous serez reçu par le directeur. Quelques instants plus tard, je suis dans son bureau.
-  Bon, nous allons vous laisser en détention normale, mais je vous préviens, au moindre doute, à la moindre alerte vous serez placé illico à l’isolement. J’espère que c’est bien clair !
-  Vous avez changé d’avis ?
-  Nous avons reçu un fax du procureur de Rennes, le directeur de la MA de Rennes a téléphoné et j’ai pris l’engagement d’apaiser les choses.

Dans ma tête, je me dis que j’ai bien fait de dénoncer ce qui s’était passé, cela aura servi à me faire sortir de l’isolement.

Après l’audience avec le directeur, je monte au QI récupérer mon paquetage et je rejoins une cellule en détention.

Le lendemain, je retrouve Marco en promenade. Bien entendu il sait ce qui c’est passé et tout comme moi il a la rage. Le costaud, celui qui devait se saisir du maton, a été transféré le jour de ma montée au QI. De toute façon, on ne saura pas qui nous a "jetés" ; peut-être s’agit-il de celui qui a fourni les outils ou d’un autre ayant entendu une conversation.

Des balances, il y en a partout.

D’ailleurs, à ce propos, Marco m’avertit que l’auxi qui donne la gamelle dans ma coursive est un "indic" notoire et qu’il faut s’en méfier.

Il faut remettre l’opération à plus tard, calmer le jeu et chercher un autre candidat pour la neutralisation du maton car il n’est pas question de tenter l’opération seul.

L’instruction au TGI de Metz suit son cours.

Je suis extrait à plusieurs reprises mais le juge ne fait face qu’à mon silence, pas un mot ne sort de ma bouche, comme dans toutes les autres instructions.

Avant, c’était pour protester contre mon placement à l’isolement, maintenant que j’en suis sorti, c’est pour que Pascal lui aussi en sorte, je sais qu’il y est toujours.

Donc, la lutte continue.

SOURCE : Blog Vu de prison



Publié le 26 septembre 2007  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
  • La violence des murs
    par Laurent Jacqua
    28 septembre 2007, par un chouka
    désolé, mais ce monsieur, croit peut etre trop "que les autres rèspèctent la morale et les lois ",il fait trop confiance aux autres. le monde est une jungle dans laquelle meme les truans sont sensible au fric (argent de poche et passes droit divèrs ) les truans,ne sont pas plus honètes que les autres :-D,c’est chacun pour soi dans la vie ! il s’est fait pincer,et il est fichu maintenant . il sera broyé par la machine maintenant ,sans èspoir d’en sortir. la tèchnique est tellement bien rodée,meme pour les inocents . autant dire qu’il aurait pu se suicider que le résultat aurait ete le meme ! je ne peu m’empécher de repenser a ces "palestiniens" pris par les forces ennemies, qui préfèrent se faire exploser avec leurs assayants :-D ,plutot que d’avoir a subir la lente mort par la " torture légale " ? il y a des moments ou il faut savoir choisir sa fin ! il ne faut de mon point de vue, pas attendre surtout d’indulgence de la part des gens qui veulent vous détruir :-D,ce serait etre trop naif ! enfin, ce n’est que mon avis ;-)
  • La violence des murs
    par Laurent Jacqua
    22 avril 2014, par warrenstraw222
    It is watches that since Replica Watches uk their launch, necessary as iconic in their ability to evoke the identity and Replica Breitling history of a mark through their design. It is undoubtedly the case of the Luminor Fake omega watches 1950 3 Days - 47mm, the PAM372, whose lines were immediately captured enthusiasts. A model whose simplicity allows to find the vintage of the Panerai Watches charm.
  • La violence des murs
    par Laurent Jacqua
    7 janvier 2017, par EricaPierce
    Spot on with this write-up, I truly think this website needs much more consideration. I’ll probably be again to read much more, thanks for that info. Website Visit Visit Web Read More Information
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin