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Après "Human Bomb" sur France 2, des interrogations demeurent
par Paul Villach

Catégorie société
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(JPEG) Pour qui s’intéresse à la complexité de « la relation d’information », il pouvait être intéressant de suivre, mardi soir, 25 septembre 2007, sur France 2, le docu-fiction « H.B. - Human Bomb, maternelle en otage » de P. Poubel : celui-ci avait tant insisté sur son souci de documentation et d’investigation qui n’avait rien laissé au hasard. Malheureusement, « docu-fiction » oblige, si documentés que soient les faits établis, ils n’empêchent pas d’ouvrir sur la fiction.

Pour être à même justement de voir quelles informations ce docu-fiction infirmait, corrigeait ou ajoutait, on avait sur Agoravox, le 19 septembre dernier, tenté une synthèse de l’affaire en cinq points principaux.

-  Doivent-ils êtres révisés ?

1- L’anonymat préservé

La première observation soulignait un anonymat longuement préservé. Le docu-fiction le confirme. Cagoule noire et consignes pré-rédigées à l’imprimante ont interdit toute identification de la personne pendant l’événement. Il faut attendre le journal de la mi-journée d’Antenne 2 pour qu’en présence de la capitaine-médecin des pompiers en cours d’interview, on apprenne par le ministère de l’Intérieur l’état civil du ravisseur.

Le docu-fiction, en revanche, confirme un fait qui n’est pas apparu sur le moment :

le ravisseur a écrit une dernière lettre de sa main, on ne sait pas trop quand.

Mais elle surprend par son lyrisme grandiloquent : « Je sens sur ma nuque la faux de la mort, etc. »

-  Est-ce qu’un ravisseur sur le qui-vive après une trentaine d’heures de stress peut être chatouillé par le démon de la poésie ?

Oui, si le ravisseur, comme il se présente, est vraiment hors du commun.

Le pseudonyme romanesque d’HB à la mode de la fiction hollywoodienne montrait déjà, c’est vrai, un art consommé de la communication visant un niveau de public précis. Néanmoins, ce faisant, il paraît avoir renoncé à garder jalousement son anonymat garanti jusqu’ici par ses consignes tirées à l’imprimante : une analyse graphologique expose à une identification, même si, depuis l’affaire Dreyfus, on sait que les experts peuvent se contredire.

2- Une vulnérabilité organisée

On soulignait ensuite une vulnérabilité curieusement organisée. Le docu-fiction est justement le récit de toutes ces allées et venues diverses dans la salle de classe. Les nombreuses personnes qui y accèdent, ont permis de renseigner précisément les forces de l’ordre. Une caméra a bien, en outre, été installée dans la classe pour permettre aux parents de voir que leurs enfants ne paraissaient pas souffrir de la situation. Le docu-fiction attire même avec raison l’attention sur de triviales conséquences sanitaires d’un enfermement de longue durée qui peuvent le contrarier. Les petits vont sur le pot. Institutrice et médecin peuvent s’absenter. HB prend le lavabo pour urinoir.

-  Mais encore ?

-  Qu’en a-t-il été pour le reste, exposant à des moments de grande vulnérabilité ?

3- L’information contrôlée

En troisième lieu, on constatait que l’information avait été strictement contrôlée. C’est on ne peut plus confirmé. Le ravisseur a bien exigé la carte d’identité du ministre de l’Intérieur pour être certain de ne traiter qu’avec lui. Neuilly fait partie des Hauts-de-Seine dont il est le président du Conseil général et le maire de la ville est son ami politique et personnel. Les porte-parole habilités à communiquer avec la presse ont été le ministre lui-même, le maire, un médecin du Samu et la capitaine-médecin des pompiers, envoyée sur Antenne 2 à l’issue de l’événement.

L’institutrice, le docu-fiction n’en parle pas, ne s’exprimera qu’une fois, quinze jours après, dans le même magazine "people" où s’est exprimée huit jours plus tôt la capitaine-médecin, et dont la spécialité est de s’attribuer, on ne sait pourquoi, un magistère moral élevant les uns sur les autels et jetant l’opprobre sur les autres.

Le procureur s’exprimera sans doute aussi sur "France-Info" à l’issue de l’événement, mais pour émettre des réserves : il s’étonne de n’avoir pas été prévenu de l’imminence de l’assaut. Il semble que son substitut resté sur place ne l’ait pas été non plus.

Il en ressort que l’affaire devait rester entre les mains du ministère de l’Intérieur.

À ce sujet, le docu-fiction ajoute, sauf erreur, avec clarté deux informations. Un des parents était conseiller à la communication du ministre de l’Intérieur. Surtout, on voit à visage découvert ou presque l’homme du Raid qui a tiré sur HB. Arrêt sur images, la semaine dernière, avait souligné que ce n’était pas une nouveauté. Avec quelques précautions de floutage, ce monsieur s’était déjà exprimé en mars dernier pour dire ce qu’il redit dans le docu-fiction : HB a bougé et il a dû tirer par trois fois à la tête.

Cette propulsion sur le devant de la scène d’un tel policier étonne et l’ouvrage qu’il publie dans le même temps, encore plus. Quand on connaît avec quelle rigueur un fonctionnaire est astreint au devoir de réserve, on suppose qu’au minimum, ce policier, même à la retraite, a été relevé de cette obligation par ses supérieurs. On imagine mal qu’il ait pris seul cette liberté.

-  S’est-il agi de mettre un terme définitivement à la polémique sur la légitime défense contestée ?

La justice avait pourtant déjà tranché par un non-lieu mettant le policier hors de cause. Et les deux magistrats, qui dans un livre parlaient d’une mort d’HB « hors-la loi », avaient été condamnés pour diffamation.

4- Des procédures contestées

-  Alors pourquoi sortir ce joker, seul témoin des derniers instants d’HB avec le collègue qui l’asssistait ?

-  Pour gommer définitivement les interrogations suscitées par la cagoule d’HB remise au médecin-légiste après lavage ?

Le docu-fiction n’en parle pas.

Mais certains expliquent cette curiosité procédurale par la volonté de faire disparaître d’éventuelles traces de poudre qui auraient pu être détectées sur la cagoule en cas de tir à bout portant ; elles auraient prouvé, aurait-on craint, une proximité accréditant un sommeil profond du ravisseur provoqué non seulement par 46 heures de veille, mais aussi par le somnifère mêlé au café donné à HB. Le docu-fiction insiste sur le conflit qui a opposé le Samu aux policiers du Raid à ce sujet.

Par déontologie, les médecins ont refusé de fournir le produit demandé : ils y ont vu une confusion des genres qui mettait en cause leur crédibilité.

Le somnifère n’est donc pas venu du Samu.

Le docu-fiction ne parle pas non plus des cassettes d’enregistrement de l’événement qui auraient été remises tardivement au procureur de la République, ni de celle de l’assaut qui aurait été inexploitable. Il n’évoque pas davantage une autopsie qui se serait effectuée en l’absence du juge d’instruction, comme cela arrive, paraît-il. Ces indices, qu’on le veuille ou non, mettent sur la voie d’une tenue à distance délibérée des autorités judiciaires au profit de l’autorité exécutive et de sa police, ce qu’on a supposé plus haut.

5- Une reconnaissance inopinée

Enfin reste une énigme qui entretient le doute. Le docu-fiction cite bien une interview télévisée de la sœur du ravisseur qui accuse les forces de l’ordre d’avoir tué son frère alors que, affirme-t-elle sans preuve, "il y avait certainement un autre moyen de le neutraliser". Mais rien n’est dit du témoignage qu’elle a livré aux journaux.

Le docu-fiction a insisté sur les trois balles tirées en pleine tête pour éviter légitimement toute prise de risque : on imagine les ravages qu’elles peuvent produire. Or voici ce qu’écrit L’Humanité du 20 juillet 1993 au sujet des circonstances de la reconnaissance du ravisseur par sa sœur à l’Institut médico-légal : « "On nous a déconseillés formellement de le voir, parce qu’il était défiguré et que ce serait dur à supporter, explique Anne-Marie Schmitt. Quand j’ai insisté, on me l’a présenté sous un drap blanc, à travers une vitre." Lorsqu’elle parviendra à le voir, elle constatera qu’il n’était "absolument pas défiguré, et qu’il n’y avait pas de traces de balles" ».

On peut regretter que le docu-fiction n’ait pas affronté cette bizarrerie.

-  S’agirait-il d’une hallucination à mettre sur le compte de la douleur ?

Si, en donnant la parole au tireur du Raid, le docu-fiction clôt la polémique sur une illégitime défense supposée, pourtant déjà rejetée par la justice, il ne répond pas aux autres questions posées.

-  Pourquoi les cassettes d’enregistrement auraient-elles été si longtemps refusées à la justice et pourquoi celle de l’asssaut aurait-elle été inexploitable ?

-  Pourquoi la cagoule d’HB a-t-elle été lavée avant d’être remise au médecin légiste, en violation des règles élémentaires de la procédure ?

-  Pourquoi le visage d’HB défiguré de trois balles tirées à bout portant ou presque est-il apparu intact à la soeur du ravisseur ?

-  Où HB avait-il pu se procurer ses explosifs et son système de mise à feu ?

-  Est-ce donc si facile de se les procurer sur le marché ?

On est enfin étonné que le docu-fiction soit allé chercher le tireur du Raid qu’on n’attendait pas, mais n’ait pas recueilli le sentiment de deux témoins majeurs qui se sont exprimés une fois pour toutes juste après l’événement, dans un contexte bien encadré, et dont on n’a plus jamais entendu parler, l’institutrice et la capitaine-médecin des pompiers ?

« La relation d’information » avec ses contraintes est décidément passionnante.

-  NDLR : à voir des extraits du docu-fiction et des vidéos sur le sujet sur Agoravox TV

-  source : Agoravox



Publié le 27 septembre 2007  par torpedo


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