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EDF-GDF : Fusion = privatisation par Pierre Michaud

Catégorie société
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Vous ne sentez pas comme une odeur
envoyé par zala55





La fusion annoncée depuis dix-huit mois devra franchir encore quelques obstacles : l’avis des représentants du personnel et une mobilisation des usagers et des salariés.

Dans la foulée de ce qu’a dit le Premier ministre, je redis qu’EDF et GDF ne seront pas privatisées” : ­Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale, le 6 avril 2004. “Je l’affirme parce que c’est un engagement du gouvernement : EDF et Gaz de France ne seront pas privatisées. [...] Mieux, le gouvernement acceptera l’amendement du rapporteur prévoyant de porter de 50 % à 70 % le taux minimum de détention du capital d’EDF et de Gaz de France.” Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale, le 15 juin 2004.

Pourtant, alors que la fusion Suez-Gaz de France semblait au point mort, le président de la République a pesé de tout son poids pour que cette opération réussisse, selon ses propres modalités.

Le 30 août dernier, à l’Université d’été du Medef, Nicolas Sarkozy déclare : “J’ai proposé à Suez de fusionner ses activités énergétiques avec Gaz de France et de constituer un grand groupe de gaz et d’électricité à la ­dimension du marché européen, dont l’Etat sera le principal actionnaire.”

Le 2 septembre, interrogé à la télévision, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, a confirmé qu’il s’agissait d’une privatisation de facto de Gaz de France.

Au cours de la conférence de presse des présidents des deux groupes, le lundi 3, Jean-François Cirelli a employé le terme de privatisation à plusieurs reprises, précisant même qu’”il a fallu se doter d’une loi pour y parvenir”.

Pour son collègue Gérard Mestrallet, qui sera le président du futur groupe GDF Suez, “une fusion est un accord entre actionnaires”.

Selon lui, “le prix du gaz ne doit pas pénaliser les actionnaires”, voilà qui est clair.

Notons au passage que le nom GDF Suez a été choisi en sorte que le mot France n’apparaisse pas : c’est qu’il ne faudrait pas choquer les actionnaires présents ou à venir.

Réunis pour un week-end de séances marathons, les conseils d’administration de deux groupes ont présenté officiellement la fusion le lundi 3 septembre 2007.

Elle se ferait donc sur la base de 0,9545 action de Gaz de France pour une action de la multinationale Suez, soit 21 actions GDF pour 22 actions Suez. Le capital du nouveau groupe GDF Suez appartiendra à 55 % aux actionnaires du groupe privé et à 45 % à ceux du groupe gazier public. Dans ce Meccano capitalistique, la part de l’Etat se situerait à environ 35 %, bien loin donc des 70 % promis par Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, afin que les actionnaires de Suez (comme Albert Frère, Paul Desmarais, le vicomte Etienne ­Davignon, Lord Simon of Highbury, Anne Lauvergeon, ­Gérard Mestrallet lui-même...) ne soient pas au RMI, 65 % du capital du pôle environnement de Suez leur seront distribués.

Cette combinaison peut donc être présentée comme un succès à la fois par le président de la République, qui peut dire qu’il a obtenu ce qu’il voulait : un groupe recentré sur le seul métier de l’énergie, et aussi par Mestrallet qui conserve une minorité de blocage dans la ­filiale environnement qui restera dans le groupe.

La fin du système de réglementation des prix ?

Avec aplomb Cirelli a affirmé : “La fusion n’aura pas de ­répercussions sur les prix du gaz.”

Affirmation contredite par les associations de consommateurs et les syndicats.

Les interrogations ne manquent pas quant à la poursuite de la politique de réglementation des prix de l’énergie de la France, où les factures de gaz et d’électricité sont parmi les plus basses d’Europe. Cette privatisation va entraîner une fin du système de réglementation des tarifs de gaz “plus rapide et non dans deux à trois ans comme prévu initialement”, anticipe Jean-Michel Rothmann, responsable du service économique et juridique de l’Institut de la consommation (60 millions de consommateurs).

Indexés sur les cours du pétrole, les prix du gaz ont déjà augmenté de près de 40 % ces trois dernières années. Avec la fin de la réglementation, ils devraient grimper encore plus vite, pour s’aligner sur le marché. D’ailleurs, on ne voit pas comment le gouvernement pourrait imposer à une société privée une tarification publique. Ce grand groupe privé viendra donc concurrencer EDF et l’indépendance énergétique du pays sera gravement menacée.

Quant aux salariés des deux entités, ils risquent aussi des mauvais coups, notamment les agents de la distribution commune à EDF et GDF. Le personnel de l’activité environnement ne sera pas épargné.

Gouvernants et patrons ont parlé filiales, distribution aux actionnaires, mais pas un mot sur le sort des femmes et des hommes des entreprises.

-  Pierre Michaud

source : CCAS282 en ligne le 24 juillet 2007



Publié le 28 septembre 2007  par torpedo


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