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Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol

Catégorie société
Il y a (6) contribution(s).

(JPEG) J’ai la révolte archi-fausse. J’ai des postures que je suis incapable de tenir. J’ai un canapé, des envies de bonbons. Je n’ai plus envie de changer le monde, je n’ai plus envie d’anarchie. Je n’ai plus envie d’analyser, de lire, de comprendre, d’approcher des pauvres, d’insulter des riches. J’ai des rêves de viocques : mater des culs dans la rue, boire beaucoup d’alcool, posséder un jardin, laisser une oeuvre capable d’être diffusée dans des émissions de variétés.

Je ne crois plus en ce que j’écris.

Je me trouve complètement con, avec les "il faut impérativement remettre le capitalisme en question", "Sarkozy paiera" bla bla bla... ça ne vaut strictement rien. Je ne me retrouve plus que dans l’écriture. Juste l’écriture. Même de la merde, de la daube. Mais de l’écriture qui paie le loyer, qui paie le gasoil pour la bagnole, les couches pour l’petit. Je veux assez d’argent pour plus tard, pour ne pas être sur la paille quand mon chômage sera suivi d’un divorce douloureux et d’un cancer long et pénible à guérir.

J’en pleure sincèrement. J’ai de grosses larmes comme ça.

Je n’ai pas bu d’alcool, je n’ai rien fumé, je n’ai rien injecté dans mes veines. Et je me vois en vrai. J’écris de la merde. Je revendique une révolution à laquelle je n’ai pas envie de participer. Je n’ai même plus les couilles de me suicider. Croupissant là, devant mon écran d’ordinateur, avec ma calvitie déjà bien avancée, quelques cheveux blancs...

Et ces échos venus du journal télévisé.

Des Birmans se font massacrer.

Et j’ai honte d’être là. J’ai honte parce que sincèrement, je n’ai pas envie de les aider. Je ne me sens aucune forme d’affinité avec leurs douleurs. Je ne veux pas voir leurs souffrances. Je ne veux plus supporter le mal des autres. J’en ai assez. Assez. J’ai un cancer futur à soigner. J’ai des proches qui vont mourir. Un chômage de longue durée. Des tourmentes, des anxiétés à assumer.

J’entends bien que les Etats-unis nous écrasent et broient notre système social.

Mais là, je m’en fous.

J’espère juste que je serai mort quand ça tournera au vinaigre. J’espère que le climat va changer un peu plus tard.

Pendant ce temps, je simule la vie. Je paie mes factures. J’ai le chômedu. Mais je ne me sens pas de reprendre une activité professionnelle. Je me suis grillé avec ce pseudo "Vérol". Je suis fiché là où j’aimerais travailler. Pourtant je n’ai tué personne. Mais j’ai tellement peur de faire du mal à quelqu’un. J’ai tellement peur de faire une connerie, d’avoir des ennuis, de me retrouver en prison. De devenir quelqu’un. Je ne veux pas balancer des pavés sur des CRS, parce que j’ai peur qu’ils m’attrapent. Je suis sincère. Je me sens si lâche aujourd’hui. Tellement rien.

Si j’étais célibataire, je crois que je n’oserais même plus dire "bonjour" à une femme pour la draguer ensuite. Je rentrerais le soir, me rappelerais d’elle et me branlerais goulûment en pensant à son visage et à ses nibards.

Je suis autocentré. Je croupis dans mon égotrip pseudo-littéraire. Je n’ai vraiment plus rien à dire, ou peut-être raconter mes factures, mes plantes arrosées sur le balcon, mon étonnement sur cette mode stupide des ballerines, mes découvertes porno sur Internet...

Raconter que je n’ai plus envie de rien, que je ne crois pas que ça puisse aller mieux.

Raconter que les voyages ne m’interessent pas, que voir d’autres pays, d’autres cultures, j’ai déjà France 5 pour ça. Je sais pas. Je ne sais plus vraiment si j’ai encore quelque chose à écrire et à dire. Ce texte prouve que je n’ai plus rien à dire... Que je n’ai dit que des conneries. Que je me suis soûlé tout seul. Alone.

Comme un grand dadais bidon, encore criblé de boutons dégueulasses, purulents...

Et des grandes dents.

Je pars en vrille.

Bref, je suis un prototype occidental. Je suis la rouille plaquée sur la carapace du monde. Je suis un microbe. Un morpion. Un mec qui n’a jamais réussi à devenir un bon écrivain, un intellectuel, un combattant, un militant, que sais-je ? J’aimerais qu’on me dise que je suis bon, très bon. Quand j’écris ce texte, j’ai envie qu’on me dise ça. Je veux être quelqu’un d’impressionnant, d’estimé, en qui on croit parce que talentueux. Je veux ça, mais sans rien faire, sans sortir de chez moi, sans me coltiner des conversations, sans avoir à subir celui que je suis en public : trop bavard pour planquer ma gène, mon impression d’être de trop. Et quand j’écris ça, je sais que des centaines d’autres l’ont déjà écrit avant moi. Et que vainement j’essaie d’imaginer que c’est utile. Que c’est bien. Tourner. En. Rond.

Je n’ai plus de respect que pour les suicidés.

-  Andy Vérol

source : Hirsute



Publié le 1er octobre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
    1er octobre 2007, par Anonyme
    La chute est excellente et frappe au coin du bon sens...
  • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
    1er octobre 2007, par un chouka
    une page qui tourne et c’est la tete qui chamboule. hièr,j’ai eu ce sentiment que j’ai souvent connu dans le passé,et j’ai "chèrché a savoir ce qui dans ma tete etait caché et semait le doute . j’ai trouvé la déstabilisation qui a chasée le doute (simple mais il faut s’ouvrir aux choses désagréable et vouloir les "sacager au besoin" ) la peur de la mort peut faire mourir,mais les "tantriques" proposent de l’afronter,regarder les autres comme ils sont sans pitié(des bèstioles fragiles )"kali déesse de la mort connait son affaire ". baisser les bras, n’est pas mourir ? lorsque la mort montre son visage, ne faut ’il pas lui montrer ce que nous pouvons faire,et ne pas se soucier des "enfants frileux" (immatures ) ? c’est peut etre l’occasion de découvrir de tres belles choses qui étaient pourtant a porté de main ?
  • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
    2 octobre 2007, par Globe trotteuse
    Première visite sur le site, première lecture d’une humeur d’Andy Vérol.. Juste pour dire que j’ai trouvé celle d’aujourd’hui très Beigbederienne !!! J’aime beaucoup...... Andy, disciple de Frédéric ????
    • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
      3 octobre 2007

      Arrete tes jérémiades et relève la tete, quel que soit le nombre de tifs qui y adhèrent encore (et le pack de neurones y sévissant toujours !) !

      En vérité je te le nie, l’écri-vain : tu es vraiment très bon et très à chier à la fois !

      ça te convient comme schizothérapie express, Monsieur le vérolé de l’ame ?  ;)

      Sirieix

      (expert en blues tous azimuts)

  • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
    3 octobre 2007

    Tu oublies une chose camarade !!

    C’est que nous avons la haine au profond Une haine fondamentale du quotidien et du fatal De la hierarchie et des cons. (Lavilliers - UTOPIA) C’est elle qui nous pousse chaque jour un peu plus loin !!

  • Chaque jour qui passe... une humeur d’Andy Vérol
    7 janvier 2017, par EricaPierce
    Your place is valueble for me. Thanks !... Website Visit Visit Web Read More
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