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-  par Le Yéti, lundi 1 octobre 2007

(JPEG) Dans un billet précédent (Copie conforme), une certaine Grazia est intervenue. Elle y faisait état de son mal vivre (62 ans, sans emploi, 488 €/mois pour subsister). Mais Grazia croyait bon de panser ce mal vivre par une diatribe aigre contre ceux qui viennent "de leur savane", qui gagnent forcément "1200 € net par mois pour seulement 20 h de travail", avec allusion sordide aux "excisées" africaines qu’ils font venir "par une ou même par deux"...

J’ai supprimé ce commentaire. Mon amie MC s’en est émue, en appelant à la discussion et à l’éducation. Explications.

"En période de fascisation des esprits, (écrit MC) au moment où les classes les plus pauvres se solidarisent idéologiquement avec leurs oppresseurs, y trouvant une satisfaction morbide, l’illusion d’échapper à leur destin au moins par l’idéologie, je trouve nécessaire de se poser la question : allons-nous laisser ces gens-là servir de masse de manoeuvre consentante et teigneuse à ceux qui ont préalablement détruit leurs vies ?"

Je comprends parfaitement l’interrogation de MC. Je partage sa préoccupation. Mais j’ai souvenir d’une expérience personnelle qui m’a conduit à adopter un point de vue un peu plus tranché.

Pendant ma période de service militaire, il y a bien longtemps, j’étais "instituteur", c’est-à-dire que j’apprenais à lire et à compter à ceux, plus nombreux qu’on ne le pensait, qui ne savaient tout juste qu’écrire leur nom. À l’issue de cette année de "service", une dizaine de mes grands élèves a pu passer avec succès le certificat d’étude d’alors. Ils étaient si gentils, si émus, si attendrissants... Et pourtant, c’était eux qu’on envoyait, le week-end, cogner les manifestants post-soixante-huitards (dont j’étais) qui protestaient contre tel défilé militaire ou pour des trucs genre Larzac.

Et les bougres y allaient de bon coeur, sans autre état d’âme !

-  Alors, que faire ?

-  La discussion ?

-  L’explication ?

-  L’éducation ?

Elles sont indispensables bien sûr, mais au-delà d’un certain seuil de désarroi, elles deviennent inopérantes.

Car les rancoeurs et les aigreurs de Grazia et des siens viennent d’au-delà de la raison. De ces terreurs venues de l’ombre qui rendent aveugles et sourds, imperméables précisément à tout raisonnement. Comme la phobie des araignées ou du noir. Comme la claustrophobie ou la peur de la mort.

-  Tu crois avoir gagné grâce à ta patience et à tes explications ? C’est un leurre.

Tu as juste réussi à consoler quelques instants l’enfant de sa peur du noir. Mais dès que tu ré-éteins la lumière, que tu t’éloignes...

-  N’y a-t-il aucune solution, aucun espoir ?

Si bien sûr, continuer à allumer le maximum de lumières, faire passer le maximum de certif’ ou équivalents, s’habituer à côtoyer les araignées, rire suffisamment fort de la mort pour que ton rire devienne communicatif... En sachant que rien ne sera jamais définitivement acquis et qu’il faudra sans cesse remettre le travail sur l’établi.

Mais en attendant, pas question de supporter un instant ces explosions d’aigreurs et d’amertumes.

-  Faut-il comprendre, s’expliquer avec ces "petites gens" qui dénonçaient leurs voisins juifs pendant la guerre pour récupérer quelques miettes de leurs biens ?

Ou même pas, par simple rancoeur.

Pour ma part, je ne pense pas que la misère ou le désarroi moral soient une excuse à l’ignominie.

Avec le temps, je me suis résolu à adopter une position la plus claire possible, même si j’ai conscience qu’elle n’est pas hélas totalement satisfaisante : je ne rejette jamais les personnes elle-mêmes, j’accepte ou rejette les thèmes et les sujets qu’on aborde ensemble. Tu me parles de certif’, de famille ou de problèmes personnels genre 62 ans, sans emploi, 488 €/mois ? OK on continue. Tu me sers tes exploits guerriers contre les manifestants ou ton couplet anti-immigrés, tu dégages (ou je me casse, c’est selon).

Grazia et les siens sont tout à fait libres de venir sur ce blog, mais sans leurs sales et malodorants oripeaux de répulsions.

C’est souvent dans les moments douloureux que se révèlent les êtres humains.

Il y a ceux qui vont du bon côté, ceux qui tombent du mauvais côté. J’ai encore suffisamment d’estime pour le genre humain pour croire que chaque individu adulte et sain d’esprit est entièrement responsable et comptable de ses actes. Que chacun doit les assumer entièrement.

-  À commencer par soi-même, car qui a la certitude d’être toujours à la hauteur devant des circonstances extrêmes ?



Publié le 3 octobre 2007  par Le Yéti


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