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Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme

Catégorie société
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(JPEG) « Je n’appartiens à aucun parti politique connu, mais je ne désespère pas qu’il s’en crée un, un jour, qui correspondrait à ma pensée et aux idéaux qui fondent mon action politique. » René Balme

De deux choses l’une : soit on décide de faire de l’écologie la raison d’être de toute politique - et l’on met en cohérence les actes concrets qu’elle induit et la pensée politique que l’on prône - soit on fait de l’écologie un alibi à des politiques qui vont à l’encontre de ses propres principes fondamentaux.

C’est la raison d’être, je le crois, d’un « Contre - Grenelle de l’environnement ».

Car le Grenelle annoncé n’est qu’un pas de plus vers l’adaptation ultra-libérale d’une vision libérale de l’écologie. Il n’est qu’à observer les groupes de travail qui ont été constitués à cet effet, le groupe 6, par exemple (intitulé « Promouvoir des modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi »), pour comprendre combien il est ici question de faire de l’écologie un vecteur de la croissance économique.

L’écologie est fondamentalement une discipline qui place l’être humain au centre de toutes les préoccupations - principe qui a toujours guidé mes actes et ma gestion politiques.

L’écologie est intimement liée à l’économie - et c’est là le génie de ce Grenelle de l’environnement, de médiatiser ce lien si évident. Déjà la sémantique les unit : étude du milieu et des êtres qui l’habitent, gestion du fonctionnement de ce même milieu...

Cette évidence que la gauche n’a jamais été capable de voir, occupée qu’elle était à courir derrière les lueurs utopiques d’un libéralisme à visage humain, la droite aujourd’hui la manipule et l’impose à notre société.

Le devoir de la gauche aujourd’hui est de refonder une véritable écologie politique qui soit en cohérence avec une véritable politique économique antilibérale qui incluerait dans sa réflexion la notion de décroissance et du mésusage.

Nous en sommes très loin...

Le libéralisme ne place pas l’humain au centre de ces préoccupations, mais le financier. L’humain et le vivant sont au centre de la pensée écologiste. Le libéralisme ne peut donc pas être écologique. Et pourtant...

Et pourtant la manipulation du Grenelle consiste à démontrer (maintenant que l’on a imposé un premier théorème absurde : économie = libéralisme) que cette économie libérale peut s’adapter aux nécessités écologiques. Ne s’agit-il pas plutôt d’adapter l’écologie au marché ? Selon l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) - cette imposante machine à libéraliser la planète avec son Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS) : « le secteur des services concernant l’environnement est affecté par toute une série de dispositions gouvernementales, [...] par exemple les règlements d’urbanisme pour le choix des sites d’élimination des déchets [...]. Lorsqu’elles sont plus rigoureuses qu’il n’est nécessaire [...] elles peuvent freiner la concurrence » [1]

Alors que par définition l’écologie est en parfaite opposition avec la croissance économique, que la meilleure réponse à donner à l’urgence environnementale est un concept de « décroissance », les libéraux ont réussi à imposer la notion de « développement durable » qui intègre la nécessité de croissance comme horizon indépassable.

Ma commune de Grigny développe la place des produits issus de l’agriculture biologique dans les menus de son restaurant municipal.

Démarche qui permet à la fois d’agir sur l’alimentation et l’éducation alimentaire des enfants de la ville et de relocaliser l’approvisionnement en produits frais vers des agriculteurs locaux. Si l’AGCS est mis en place, non seulement cet approvisionnement ne sera plus possible car ne respectant pas les principes de la « concurrence libre et non faussée », mais je serai contraint de mettre en concurrence avec le secteur privé le service public de la restauration municipale avec les conséquences que l’on cornait déjà.

Pour en revenir à ce fameux « Grenelle de l’environnement » : je dirai que comme en 1968 avec les accords de Grenelle originels, la droite tente de nouveau de manipuler les foules par quelques miettes et du faux-semblant.

-  Comment croire à la sincérité de l’élan écologique de ce gouvernement alors que son Préfet m’assigne devant le Tribunal Administratif pour m’empêcher d’interdire les OGM sur le territoire de ma commune qui abrite, pourtant, des cultures biologiques ?

-  Comment croire à cette sincérité quand on sait que l’Europe veut nous imposer des normes bio permettant l’utilisation d’OGM ?

-  Comment croire à cette sincérité quand on sait que la gestion de plus en plus privée de la SNCF conduit à réduire de plus en plus la desserte du territoire français et donc à accroître le transport routier polluant !

(Je rappelle pour mémoire que la SNCF a annoncé la fermeture de 250 gares pour ce qui est du fret, ce qui va forcément générer du transport routier !).

Comment croire en ce Grenelle quand on sait les difficultés que l’on a à construire avec des matériaux écologiques, ou à produire sa propre électricité en milieu isolé !

Les multinationales et les lobbies pétroliers ou automobiles semblent d’ailleurs mettre tout leur génie à résister face aux nécessités environnementales. Pire, on peut aisément les soupçonner de bloquer la recherche sur les énergies non polluantes.

-  Sans ce blocage, aurait-on encore réellement besoin de pétrole pour se déplacer ?

-  La France serait-elle encore sous le règne du tout autoroutier ?

A titre d’exemple : la rive droite du Rhône, entre Givors et le Teil, longeant notamment le département de l’Ardèche est bordée de rails de chemin de fer... qui n’ont plus vu passer de trains de voyageurs depuis plus de 30 ans alors que la demande de transports en commun ne fait que s’accroître !

-  Pourquoi depuis plus de 30 ans, tous les gouvernements qui se sont succédés ont eu la même position intransigeante : ne pas rouvrir au trafic voyageur la rive droite du Rhône ?

La question du réseau de chemins de fer français met là encore en question les politiques de gauche. En 1997, Jean-Claude Gayssot, ministre communiste du gouvernement Jospin crée Réseau Ferré de France (RFF) dans le but de préparer la SNCF à évoluer vers un statut d’entreprise compétitive. On connaît le résultat : les trains privés roulent désormais sur les voies de RFF au détriment de la desserte locale. Aujourd’hui, seule compte la rentabilité et cette rentabilité ne permet pas le développement des transports collectifs pourtant nécessaires à un meilleur équilibre écologique.

Cette rentabilité ne bénéficie qu’aux lignes à grande vitesse !

Au pis-aller, quand elles ne l’ignorent pas, les entreprises abordent l’écologie comme une véritable marchandise.

La défense de l’environnement est devenu non seulement un concept publicitaire, mais aussi un véritable marché très lucratif.

L’exemple de l’exploitation et la distribution des ressources naturelles par des intérêts privés est lui aussi fort édifiant.

Cette gestion privée a toujours conduit à des conséquences sociales et environnementales désastreuses.

Ainsi l’on sait que la gestion de l’eau au niveau local par des régies permet une économie de plus de 20% sur la facture des consommateurs et que la qualité s’en trouve renforcée. Mais la gestion de l’eau reste majoritairement privée... Et recréer une régie publique de l’eau ou de l’assainissement est devenu quasi impossible pour une petite commune au vu des contraintes liées aux directives sanitaires et des liens qui unissent les petites communes à l’intercommunalité.

Comme pour l’énergie, seul un véritable service public national peut permettre de gérer l’eau dans le respect de la justice sociale.

-  Qui s’y attaquera ?

-  L’état UMP et son Grenelle de l’environnement ?

On peut en douter !

Car les discours préparatoires à ce Grenelle, légitimés par les bonnes intentions de stars télévisuelles ne servent qu’à cacher et à donner plus de marges encore aux fossoyeurs de l’humanité et de son environnement.

Peu à peu, les multinationales de la finance, véritables latifundios des temps modernes, dépossèdent les paysans de leurs terres.

Les territoires ruraux se désertifient.

L’équilibre des cultures n’existe plus, au profit du maïs en particulier. Et par le plus grand des hasards, c’est sur le maïs que se focalisent les recherches sur les OGM.  Or l’on sait que, pour les entreprises agrochimiques transnationales, l’objectif de la recherche sur les OGM n’est pas humaniste, ni humanitaire mais purement et exclusivement financier.

Les OGM permettent d’accroître la dépendance des agriculteurs vis à vis de ces grandes firmes à travers la confiscation des semences.

-  Comment le brevetage du vivant peut-il être en accord avec quelque principe écologique que ce soit ?

En disant vouloir nourrir le monde, Monsanto impose désormais des semences qui ne germent qu’une seule fois ou dont le brevet interdit la reproduction !

Il y a quelques années, le chercheur Raoul-Marc Jennar analysait ainsi la situation : « En agissant sur l’alimentation et sur la santé, on s’assure un contrôle absolu des peuples placés ainsi dans une dépendance totale. Aldous Huxley et Georges Orwell sont dépassés par la réalité. Selon la formule utilisée par un de leurs cadres, « la captation de la totalité de la chaîne alimentaire » est l’objectif ultime des transnationales de l’agrochimie. La fabrication d’OGM et le brevetage du vivant en sont les moyens techniques. L’Union Européenne et l’Organisation Mondiale du Commerce fournissent le cadre légal. »

Et Dominique Guillet lui répond en écho : « Les démagogues, de tous bords, promettent toujours plus de croissance : plus de salaires, plus de vacances, plus de travail, plus de consommation et bien sûr, plus de sécurité contre un ennemi inexistant. Le seul terrorisme est alimentaire et ce sont eux qui l’ont mis en place avec leurs complices des multinationales. La Planète se meurt d’extraction, se meurt de combustion. La Planète Terre commence à régler ses comptes avec l’humanité : à force de soustractions, c’est maintenant l’addition qu’elle présente ! »

Les cultures sont de moins en moins diversifiées et de plus en plus productives et ne tiennent pas compte de la spécificité des terroirs. La conséquence première est l’importation et l’exportation des produits avec des transports polluants plutôt que de les cultiver sur place et ainsi favoriser l’emploi et l’économie locale. La terre est respectée par ceux qui la travaillent et qu’elle nourrit, pas par des actionnaires qui n’en connaissent que les parcs touristiques et la rentabilité à court terme. Aujourd’hui, la majorité des terres soumises à l’agriculture intensive sont stériles.

A l’échelle planétaire, ce sont 1370 hectares de sol qui sont désertifiés à jamais toutes les heures, ce qui fait 12 millions d’hectares chaque année, l’équivalent de la moitié de la surface agricole de la France. D’où la nécessité impérative de mettre un terme à l’agriculture intensive, aux OGM et à la surconsommation.

Comme pour l’industrie, il y a donc lieu de relocaliser l’agriculture et de favoriser l’émergence d’une agriculture soucieuse du respect de l’environnement .

Enfin, l’action ou la répression face aux entreprises polluantes est inexistante, voire impossible dans le système actuel. Par contre le citoyen, lui, est culpabilisé à longueur de journée par des messages publicitaires en faveur de la défense de l’environnement. Et déjà l’on a vu apparaître une mesure « écologique » libérale, au détriment de la justice sociale : cette éco taxe qui touche de manière égale tous les consommateurs, quels que soient leurs revenus et leur consommation... On ne réglera pas les problèmes écologiques majeurs en taxant les citoyens. On les réglera de manière politique et à condition de redonner du pouvoir aux élus, j’ai envie de dire :

de redonner LE pouvoir aux élus du peuple.

L’écologie - comme l’économie - doit, par définition, prendre en compte la nécessité de justice sociale et de démocratie. Car l’humanité, la condition humaine, ses principes et ses droits fondamentaux doivent être au centre de toute réflexion écologique. En cela l’écologie est politique - et non commerciale. En cela l’écologie est de gauche - et non libérale.

C’est pourquoi il est de la responsabilité de tous les élus de proclamer que la défense de l’environnement et de l’avenir de nos enfants est politique.

C’est pourquoi, en tant que maire, je mets un point d’honneur à bâtir mon programme municipal avec des objectifs écologiques clairs et concrets, véritables choix politiques en opposition radicale à l’écologie libérale que l’on veut nous imposer au simple bénéfice des mêmes multinationales qui participent toujours à la destruction de notre environnement.

Je le fais, malgré les contradictions qu’il faut gérer au jour le jour car la ville de Grigny n’est pas un îlot déconnecté du système libéral.

Je le fais en disant haut et fort que les élus locaux sont le dernier contre pouvoir face à la vague libérale et liberticide qui déferle plus fort encore sur notre pays depuis un certain jour de mai 2007.

-  René Balme Maire de Grigny Lyon le 6 octobre 2007

[1] Document S/C/W/46 : « Services concernant l’environnement », 1998. Cité in L’AGCS, quand les Etats abdiquent

source : R.B

LIRE également :
MAINTENANT OU JAMAIS PLUS ! de LAIGUILLON



Publié le 8 octobre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme
    8 octobre 2007
    il me semble que ceux qui veulent vivre dans un écosystème naturel, il doivent avant tout renoncer a cette société ou il n’est plus possible de vivre en harmonie avec la nature. cette image est une utopie complète . peut etre pouvons nous infléchir un peu la dèstruction,mais ce sera encore avec un cout énorme pour les citoyens,mais surtout pour l’économie "mondiale" capitaliste ? :-)
    • Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme
      12 octobre 2007, par Jack
      Il est évident qu’il faut de toute urgence modifier nos pratiques, nos modes de production. Il n’en coûtera pas beaucoup plus au citoyen, voire l’assurera d’une meilleure santé. La multilication des cancers et de la maladie d’Alzaheimer n’est pas le fait du hasard (lire le livre du cancerologue D. Belpomme "Ces maladies créées par l’homme") C’est la survie de l’humanité qui est en jeu.
      • Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme
        13 octobre 2007, par un chouka
        oh, oui,les gens savent pour la plupart que les produits chimiques sont délétères ,mais ce n’est pas comme pour les drogues qui semble bonnes au début et qui finissent par tuer leurs consommateurs ? j’ai moi meme des pommiers entre autre,et je n’ai rien trouvé de plus facile au moins au début ,d’utiliser du zolone pour les carpocarses,mais ,je fini les dèrnièrs traitements par un traitement aux incècticides biologiques qui sont moins "rémanants " . dans ce jeu, je crois que je n’ai pas tout compris,puisque plus j’en détrui, et plus il en arrivent sur les pommes ,et au plus j’en tuent :-(
    • Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme
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  • Le libéralisme est l’ennemi de l’écologie par René Balme
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