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Le blues du citoyen
de Patrick Mignard

Catégorie société
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(JPEG) J’ai parfaitement conscience que la plupart de mes textes inspirent le « blues », la déprime. Je sais aussi qu’ils rencontrent un certain écho car ils expriment un malaise profond que de nombreuses et nombreux citoyens n’osent pas s’avouer... tout simplement car il ne voient pas « quoi faire pour en sortir ».

Le texte « DÉPRIME POLITIQUE » d’Elisabeth, de même que le commentaire de Bagheera, expriment parfaitement cette ambivalence génératrice d’un malaise qui devient de plus en plus lourd à supporter.

Ce n’est évidemment pas par obsession malsaine ou esprit de mortification que j’écris, c’est pour « enfoncer un coin » dans les failles de nos incertitudes et de nos doutes... prémices indispensables à un changement de comportement et à l’action.

SUR LA RELATIVITÉ DE LA « DÉFAITE »

Pour moi, l’élection de Sarko n’est pas une défaite car sa défaite n’aurait pas été une victoire.

Celles et ceux qui ont donc vécu cette élection comme une défaite se berçaient, et se bercent, d’illusion sur l’alternance qu’offre le système... autrement dit ils sont complètement soumis à sa logique.

L’élection présidentielle, comme toute consultation électorale, n’est pour moi que l’expression de la médiocrité de la politique... finalement, d’une certaine manière, le résultat m’importe peu. Je suis aujourd’hui intimement convaincu que le processus électoral non seulement ne règlera rien, mais qu’il est un dispositif mis en place pour que rien ne change.

-  Une preuve ?

Toutes les expériences de « gauche » depuis plus d’un siècle.

Que l’élection de Sarko aggrave, par rapport à Ségolène, la situation des plus fragiles, des plus pauvres, c’est vrai, encore que... Mais n’oublions pas qu’une bonne partie de celles et ceux qui ont voté pour lui sont justement les victimes de sa politique... et c’est finalement ça le plus dramatique,... c’est que le système est fait pour que les pauvres, les exclus et les fragiles en « redemandent une couche »... C’est ça qui doit nous interroger et nous faire réinterroger notre pratique du politique. Or de cela, qui est essentiel,...

-  mais qui en parle ?

Personne... Et toutes et tous sont prêts à se « refaire avoir » aux prochaines élections... en toute bonne foi.

La défaite est beaucoup plus grave qu’un simple résultat électoral... C’est la faillite de l’esprit citoyen... et ça, c’est autrement plus préoccupant.

C’est vrai qu’il est « difficile de prendre de la distance »,... j’en conviens parfaitement, mais je suis désolé, c’est la seule manière de s’en sortir. Certains ont plus de facilité que d’autres, c’est vrai aussi, et c’est à ce niveau que doit jouer la solidarité. « Fuir » ou « se terrer » est irresponsable pour nous en tant que citoyens-nes, mais aussi au regard des générations futures...

SUR LE « FATALISME POLITIQUE »

Il n’est pas simplement dans la rage impuissante qui fait que l’on a tendance à « fuir » ou « se terrer », il est aussi dans l’acceptation, souvent de « guerre lasse » de la logique qui nous est proposée/imposée : « il faut bien faire grève pour au moins se faire entendre », « il faut bien aller voter pour limiter les dégâts », « il faut bien se syndiquer, à défaut d’autre chose ».... « il faut bien... »

C’est ce « il faut bien que... » qui est le début, et l’aboutissement, de notre reniement.

Présenté en termes d’évidence il nous lie à une situation que l’on ne maîtrise plus et qui nous dicte la déclaration de notre propre capitulation.

Ce « fatalisme politique » nous est servi sur un plateau par les médias, les politiciens, calme notre propre lassitude et manque de perspective car manque d’analyse et d’imagination.

Ce « fatalisme politique » est en passe de devenir la philosophie du citoyen démissionnaire se complaisant dans une situation qui, si elle a l’inconvénient de le déposséder de l’essentiel de ce qui en fait un citoyen, le conforte dans une situation qui lui évite de penser et de s’engager. Les rares, qui font l’effort de s’extraire de cette torpeur, ont l’impression de patauger dans un marécage d’incompréhension qui colle à leur pied et les exténue d’une fatigue qui leur fait dire, comme tu le dis Elisabeth, « qu’ils se sont plantés »... et ils se sont effectivement plantés parce qu’ils sont descendus dans le marécage. Evitons ce marécage et choisissons un autre terrain. (voir « SUR LES STRUCTURES ALTERNATIVES ».

Tu me reproches Elisabeth d’employer le terme de « peuple soumis »... j’entends bien ta remarque mais,... persiste et signe.

Pour moi la soumission c’est l’acceptation d’une situation et l’inertie qui empêche d’envisager les moyens du changement... or, regarde autour de toi... sans commentaire.

La mauvaise humeur, la « gueulante » et autre manifestation de désapprobation, si elles sont nécessaires sont largement insuffisantes, et persister dans cette attitude ne mène à rien... ces attitudes n’ont jamais fait l’Histoire, même si elles y ont contribué.

SUR L’ANACHRONISME DE NOS ACTIONS

Nos espoirs ne sont pas chimériques, nos objectifs non plus, mais les moyens que nous mettons en action pour les réaliser et les atteindre, eux, sont aujourd’hui parfaitement inadaptés.

Tu dis que le syndicalisme « a l’avantage d’exister », certes, mais il a aussi l’inconvénient de ne plus être opérationnels, quoiqu’il le fut à une autre époque et dans d’autres circonstances (voir « LE TROISIEME AGE DU SYNDICALISME »), et il ne sert à rien de piétiner de rage devant les échecs ou de se pâmer d’admiration lors des « victoires » des époques passées. L’analyse critique, et sans complaisance, de nos outils de lutte est indispensable au risque d’une impuissance totale dans nos actions.

Le syndicat est devenu une valeur iconographique protégé par une aura qui plonge ses racines dans un glorieux passé...

-  mais quand est-il réellement aujourd’hui ?...

Il est un « gilet pare balles pour se protéger d’un canon »... et on s’étonne que l’on soit vaincu ?

La situation devient aujourd’hui toujours plus intenable malgré les discours enflammés lors des mobilisations.

Exemple concret (parmi d’autres) de situation intenable : une grève de la SNCF est décrétée pour le 18 octobre pour protester contre la suppression des « régimes spéciaux ». Il est évident qu’elle ne servira à rien et vu la conjoncture, tout le monde le sait,... comme n’ont servi à rien les mobilisations sur les retraites. Question : faut-il y participer ? Qu’elle que soit la réponse, vous avez tout faux :

-  si vous y participez, vous jouez un jeu faussé d’avance et dont on connaît le résultat ;

-  si vous n’y participez pas vous « jouez le jeu » du Gouvernement en refusant de protester.

-  Y a-t-il une autre solution ?

A mes yeux non, dans l’état actuel des données du problème, aucune.

Situation apparemment désespérante... sauf si l’on prend du recul et que l’on pose le problème en d’autres termes.

QUE FAIRE ?

J’ai répondu un nombre incalculable de fois à cette question, aussi bien par écrit dans des articles, les bouquins, qu’oralement dans les conférences que je fais... Pourtant cette question revient toujours comme si celles et ceux à qui je m’adresse ne m’entendaient pas.

J’en suis arrivé à la conclusion que ce que je disais était « inaudible », dans le sens où les gens qui m’écoutent et me lisent ne sont pas prêts, politiquement, socialement à m’entendre et à accepter et reconnaître une évidence insupportable.

Dans de multiples forums où j’ai posé ces problèmes, ils n’ont été que très rarement repris, la discussion s’orientant prioritairement sur des questions politico-médiatico-parisiennes, à propos de gens qui peuplent les gazettes et les informations télévisées et « auraient dit » ou « pas dit » ( ?)... autrement dit sur l’écume de la politique, sur ce sui fait les « choux gras » d’une classe politique parasite.

Donc pour la millième fois....

Dans mes textes, d’après Bagheera je ne propose « aucune solution ». C’est à la fois vrai et faux... Je m’explique.

-  vrai car je n’ai effectivement pas la solution... et j’affirme même qu’aucun homme ou femme n’a, et ne peut avoir, cette solution...

La solution sera collective....

comme tous les changements dans l’Histoire ont été collectifs et ne procèdera pas d’un quelconque programme porté par un ou plusieurs individus providentiels (voir mon bouquin « CRITIQUE DU SOCIALISME »

-  faux parce que j’analyse la situation apparemment bloquée, fait l’analyse de l’obsolescence des instruments de luttes et fait l’hypothèse qu’il faut changer de stratégie. Ce n’est pas une solution, mais une démarche pouvant ouvrir sur une solution.

Au risque de capituler définitivement, et malgré les réticences des organisations syndicales et politiques traditionnelles, nous ne pourrons pas faire l’économie d’un travail sur les nouvelles stratégies à mettre en œuvre...

-  Mais ce travail qui le fait, qui l’a commencé ?

Pas grand monde et certainement pas les organisations qui ont l’extravagante prétention de « changer le monde ».

En conclusion je dirais que les réactions comme celle d’Elisabeth et de Bagheera ne m’inquiètent pas... je préfère cette réaction à un immense éclat de rire qui me signifierait que je suis seul à voir ce que je vois.

Le changement de problématique dans notre réflexion et la remise en question de nos pratiques ne peuvent être que des moments douloureux de doutes, d’hésitation et d’abandon de toute une culture politique qui fut la nôtre.

Nous sommes cette génération qui doit liquider les pratiques du passé (depuis le 19e siècle et surtout le 20e) qui n’ont rien donné d’essentiel et de fondamental. Toutes les luttes essentielles ont échoué.

A nous de savoir « pourquoi » pour finalement répondre à la question : « que faire ?

-  Patrick MIGNARD

source : Altermonde sans frontières



Publié le 11 octobre 2007  par torpedo


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