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Une carte bleue, un caddie et du chômage...
par Andy Vérol

Catégorie société
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On te dit de consommer moins, on te dit sans cesse de faire attention.

Attention !

Tu sais bien, en regardant les infos, en écoutant France Info, tu sais, la radio là, et les autres aussi. Quand tu écoutes les ministres, le président. Quand tu écoutes tes anciens amis, tes voisins, la boulangère, les économistes, tout le monde... Tu sais qu’il faut bosser. Tu sais qu’il faut utiliser ta bagnole le moins possible, rapport à la pollution. Tu sais que tu dois faire attention de bien faire le tri sélectif. Tu dois respecter les femmes, pas insulter les vieux, tu dois aimer les enfants, tu dois essayer d’aider ceux qui galèrent. Tu dois trimer. Prouver que tu mérites ton salaire... Tes Assedics, tes aides sociales... Tu le sais. Tu veux bien, à la rigueur...

Mais ils te poussent à prendre ta bagnole pour aller au centre commercial construit à la périphérie des mégapoles, tout ça. Tu peux y aller en semaine, en plein milieu de l’après-midi. Tu n’as plus qu’à faire le "control of your body". Tu as le petit jeton entre l’index et le pouce. Tu l’introduis dans la fente du caddie, et te voilà proprio, pour un moment d’un panier à roulettes. Y a que des chômeurs et des mamans avec des bébés en bas âge, des retraités. C’est bien. C’est easy. T’as la carte bleue avec des sous dedans. T’as le caddie qui roule bien, qui tourne facile dans les rayons. T’as de l’espace. De la musique marrante genre des tubes des années 80 ou ce genre de confiture sonore. Et puis tu choisis. Tu regardes si tu fais des affaires.

Tu te laisses tenter, parfois, par un truc au chocolat, un machin glacé, une pizza en promo, avec le fromage frais.

Paraît qu’il y a le Darfour, Guantanamo, la calotte glacière qui fond vitesse grand V. On t’a assuré que ta retraite, tu te la mettras au cul, que pour se soigner, ce sera auto-médication pour un cancer de la prostate et heures sup’ pour mourir plus vite.

Alors le caddie, les roulettes qui font pas de bruit (le week-end, t’es obligé de te contenter du caddie avec la roulette qui part en couillette et te rend nerveux dans la foule des salariés consommateurs), le chauffage l’hiver, les rayons frais pour les étés post-réchauffement climatique, les promotions, les petits raisins que tu peux bouffer genre tu goûtes et la dégustation de sauciflard (en fait tu fais ton repas à l’oeil), une ou deux vieilles bien conservées avec de gros nichons bien mous et volumineux que tu dragues comme un porc dans le rayon laiterie ("Ah c’que ça a augmenté avec les euros !").

On peut chercher à te culpabiliser.

Tu as de moins en moins envie de te réinsérer (la dernière fois on t’a viré alors que tu faisais des heures sup’ non rémunérées, for example...), de moins en moins envie d’arrêter de picoler, de fumer, de snifer, de baiser sans capotes.

T’as juste envie de t’en mettre plein la panse avant de finir dans le ventre de la misère et de la dépression...

Ne pas se plaindre. Ne rien dire. Consommer. Jusqu’à épuisement. L’écrire. Puis se taire. Jusqu’à épuisement...

-  Andy Vérol

source : Hirsute



Publié le 30 octobre 2007  par torpedo


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