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Le grabataire de la chambre N°9
une nouvelle de Franca Maï

Catégorie free littérature
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(JPEG) Les vieux dans les contes d’antan étaient ceux qui transmettaient le savoir et l’expérience. Ils avaient une place au coin du feu et quelquefois, lorsqu’ils dodelinaient de la tête, les enfants pensaient qu’ils berçaient leurs souvenirs et se moquaient gentiment de tout ce passé ressassé. Mais les vieux étaient au coeur de la maison, et les images d’une génération en fin de course se logeaient à jamais dans les têtes affranchies, leur offrant quelques traces et parfums d’un autre temps. La mémoire qui perdure avec l’insistance d’un message à décrypter.

Les vieux crèvent aujourd’hui, seuls ou abandonnés dans des maisons de retraite, leurs chagrins enfouis sous la peau, leurs messages étouffés par des doses médicamenteuses.

Surtout assurer la tranquillité de la force vive qui se démene dans le monde actif, sans l’encombrer inutilement d’ états d’âme liés au troisième âge. Le vertige du trou noir.

Et l’être humain ne voit ni son père, ni sa mère, seulement deux ombres rampantes accrochées à un ultime souffle. L’être humain, pressé et prédateur, comptabilise les tracas engendrés mais ne sent plus le souffle de la sagesse comme il ne sent plus le vent caresser son visage.

Dans les représentations collectives, la vieillesse commence avec le ralentissement des fonctions physiques et psychologiques entraînant des modifications comportementales.

Le troisième âge représentant plus de 23% de la population française.

Combien de vieux sont-ils maltraités dans nos sociétés réfrigérées ?

« ... La maltraitance s’entend de toutes formes de violences et de négligences, notamment physiques, morales et psychologiques, médicamenteuses, financières, négligences actives (l’enfermement) ou passive (absence d’aide à l’alimentation) violation des droits civiques (contraire sur bulletin de vote) »

J’ai écrit cette nouvelle « le grabataire de la chambre N°9 » en hommage aux anciens. Elle est déconseillée aux âmes cartésiennes et pragmatiques.

-1-

J’ai fait crisser le mur en grattant mon ongle sale. Une légère trace s’est imprégnée dans la paroi marquant mon passage pernicieusement et je me suis dit que j’étais content de contribuer à la décrépitude de cette maison. En répétant ce geste tous les jours, une ligne finira par se former comme une frontière qui déterminera la limite à ne pas dépasser. Une ligne qui finira par les étouffer, elles, celles d’en-bas. J’introduis le majeur dans mon rectum et quelquefois j’en sors également un peu de matière fécale que je distille sur le plâtre au papier peint moisi et je me dis que l’odeur nauséabonde finira par les incommoder et qu’elles sauront enfin ce que je pense.

Cette maison de retraite est très trompeuse. C’est un ancien château avec un parc attrayant fleuri de roses rares. Parqués, nous sommes. Je dis trompeuse car dans le château en bas, est installé le personnel et les grabataires comme moi, sont relégués en haut, dans les préfabriqués cachés derrière les troènes. Se débarrasser de ses vieux dans un environnement aussi idyllique donne bonne conscience aux enfants que nous avons sculptés avec tant d’ardeur innocente mais c’est le coeur léger qu’ils se barrent en nous y laissant avant trépas. Le seul intérêt est que la population y est mixte.

Tous les jours, je retrouve Denise à 15 heures précises et je la grimpe. C’est devenue ma fiancée. Elle a mon âge, c’est-à-dire soixante dix huit ans et c’est une vraie friponne. Elle retire inlassablement son dentier et le dépose sur la chaise empaillée, en un rituel très élaboré. Sa bouche brûlante est merveilleusement douce quand je lui introduis mon membre à l’intérieur. C’est si doux que quelquefois mon sexe s’oublie et s’endort dans sa luette en même temps que ses yeux gris métallisé se ferment. Alors je sombre moi aussi dans une torpeur comateuse. Vous ne pouvez pas imaginer comme à ce moment-là, comme à cet instant précis, je me sens bien et comme je voudrais lâcher ce monde en prenant mon envol pour l’au-delà. Corbeau noir et yeux jaunes, tralalalalère...

C’est dans cette posture-là que la directrice, la Krieka, nous a surpris Vieux cochons, ce n’est plus de votre âge, vous êtes dégoûtants, vous n’avez pas honte... Elle était outrée, réellement, comme une vierge effarouchée. Son débit de paroles, haché, témoignait d’un grand chaos cérébral.

Moi, ça me fait doucement marrer car mère de trois enfants et mariée à un notable, elle se fait culbuter tous les lundi dans les taillis par le jardinier. Je les ai vus. Je les guette même. Alors ses leçons moralisatrices, elle peut se les avaler et se les coller où je pense. On croit rêver !

Et puis, ça m’emmerde ces règles de bienséance qui empoisonnent notre vie sursitaire.

Moi, je bande et j’ai l’intention de bander jusqu’à mon cercueil. Même que je baiserai la terre et que je me ferai sucer par les lombrics !

Là où je me marre moins, c’est qu’elles nous ont séparés, je dis elles au pluriel car les infirmières ont suivi les ordres de la directrice, sans moufter et Denise, elles l’ont enfermée à double tour dans sa chambre. Impossible de la rencontrer. Ils ont même mis sa famille au parfum, paraît que ses enfants sont tellement commotionnés de stupeur qu’ils songent à la retirer et à la déplacer ailleurs. Ma Denise, mon sucre d’orge, avec son sexe à la fente si serrée que quelquefois j’ai l’impression de baiser une fillette. Lorsqu’elle dénatte ses cheveux perlés, je suis réellement ému, tout mon corps est en ébullition. De vraies garces, ces femmes, je les hais profond ! ... Elles nous apprécient quand nous sommes agglutinés à la télévision, à moitié assommés par des images insipides et achevés par des médicaments. Nous sommes si sages, si bêlants.

18 heures, bouffe, 18 heures 30, dodo.

Tranquillité assurée. Moi, je n’avale pas leur paradis virtuel.

Je les emmerde. Je fume, je bois, je baise et je nique les anges. Alors de temps en temps, une infirmière se penche à mon oreille et me susurre Allons Pépé, il faut être raisonnable, ce n’est plus de votre âge ! C’est l’heure d’aller vous coucher, cachez-moi ces revues, c’est malsain. Je vais en parler à votre fils si vous continuez !...

Et la nuit me tombe dessus et Denise me manque et j’ai peur que la mort s’empare de moi, la salope, pendant mon sommeil, en traîtresse, alors je ne dors pas ou très peu. Je m’astique le gland mais je m’ennuie très vite. Ce que j’aime le plus au monde, c’est partager cet instant de grâce infinie, alors tout seul comme çà dans mon coin, vous comprenez, ça ne me branche pas.

Je bande mou et je suis triste... très triste.

Les enfants de Denise, ils n’auront pas besoin de la changer de bercail, elle est morte à cinq heures du matin. Elles disent que c’est d’une crise cardiaque, moi je sais que c’est de désespoir. Elles l’ont toilettée et la famille l’a parée d’une robe de bigote. Tout ce que Denise détestait, j’en vomis mes darnes. Je me précipite dans la chambre froide, fais semblant de me recueillir et profite d’un moment en solitaire pour lui caresser la toison, les seins. Elle va me manquer.

Son rire aussi quand elle le lançait à la lune et ses éclats de voix lorsqu’elle se rebellait contre le règlement.

Ouais, elle va ma manquer et des larmes roulent sur ma joue que je ne peux même pas contenir. J’en veux à la terre entière et je sais que la directrice, cette pute, je vais me la faire en beauté et qu’elle regrettera d’être venue sur terre. Je vais lui faire avaler son chapelet de faux-culs.

En ce moment, je suis anéanti. Je n’ai plus d’appétit. Je n’ai même pas envie de sortir de ma chambre. Rejoindre les soumis de la dernière heure, me déprime profondément. Ma chambre sent l’urine, les suppositoires et le tilleul périmé. Je me vautre dans les draps suintant de sueur. J’attends la faucheuse. Qu’elle arrive vite, je ne supporte plus les humains. J’entends des pas familiers. Je n’ai pas aéré la chambre, une véritable auge. Je n’ai aucune envie de faire un quelconque effort. C’est mon fils qui fait sa B.A. Il vient voir son vieux papa ou plus exactement, vérifie le miroir que je lui renvoie de ce que sera sa propre sénescence. Il vient se rassurer, tromper le temps. Mais elles ne font jamais le ménage ici ! Incroyable, avec le prix que l’on paie mais c’est scandaleux ! . Il est réellement en colère et ça me plaît car je sais que la Krieka va passer un sale quart d’heure. Il ne pense pas à moi, non, ce qui le dérange, c’est juste ce que les autres pourraient penser de lui en voyant l’état de ce lieu. Je n’aime pas parler avec lui car on n’a rien à se dire. Il me prend pour un gâteux alors je joue au gâteux. Je rote, je pète, je le mets mal à l’aise.

Il est tellement poli, lisse.

Un véritable supplice pour lui et j’en profite. S’il me regardait vraiment, il décèlerait la petite lueur extrêmement vivante logée dans mon oeil. Mais il ne me regarde pas, il fait semblant. Il me parle de clichés, il oublie que je l’ai torché petit, ce morveux, il oublie que je l’ai câliné, rassuré lorsqu’il avait des cauchemars, il oublie que je lui ai payé sa première catin, l’ingrat. Et s’il m’aimait un peu, il me sortirait de ce trou et m’emmènerait voir les filles dans les vitrines d’Amsterdam. Il sait que c’est un vieux rêve à moi. Ouais, voir de la chair fraîche et des femelles aux seins siliconés, ouais, ça me plairait. Les observer se déhancher et exhiber leurs moules sans aucune pudeur, ça me ravigoterait les os et alimenterait mon indigent coeur en déroute. Non. Il me parle maison, architecture, enfants, famille mais de sexe, jamais. C’est comme si on m’avait coupé les couilles, comme si la sexualité n’avait jamais existée, comme si elle était occultée.

-   Tu sais me faire tailler une pipe par Denise, sans les dents, c’était une pure merveille. Son haleine brûlante, c’était divin... Je n’avais pas peur... Elle me manque...

Il tousse, se détourne, gêné. Jamais, il n’essuiera l’eau qui coule de mes yeux secs car il ne la détecte pas. Elle est invisible à son cerveau. Non, il se contente de répéter Je vais leur demander de faire le ménage... C’est beau la transmission. Puis il repart comme il est arrivé et ses pas s’estompent peu à peu pour mourir dans la ligne à ne pas franchir. Tic tac tic tac tic tac. Et l’horloge prend le relais. Et je regrette de ne pas l’avoir étouffé dans son berceau, ce morveux. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde.

J’ai de plus en plus froid. L’hiver s’installe avec ce blanc immaculé qui mange toutes les couleurs. Et ce blanc est effrayant. C’est une antichambre du désespoir, je le sais et c’est ici même, dans cette maison de retraite. On ne peut ni fumer dans les chambres, ni dans les salles communes, il faut sortir dans le parc. On nous rationne tout, on doit demander des autorisations pour chaque acte qui nous passe par la tête et on garde notre argent de poche dans un coffre, pour notre bien, paraît-il.

On est les assistés du train de la mort et moi, je les emmerde.

Je ne veux pas de leur tour de manège infantilisé, il manque de relief, il est mal pensé. Il n’y a pas une note de musique à part le ronronnement hypnotique du téléviseur du salon principal. Et ça me gave. Je veux une fête, du champagne, des plumes dans le derrière et des cuisses tendres et avenantes.

Allez Pépé, faut être raisonnable ! ... La voix qui cause, je ne la connais pas. Je suis amorphe face à la vitre, les yeux cloués au vague et j’attends que tout s’arrête d’un coup. J’ai tenté de figer les battements de mon coeur, de bloquer ma respiration, mais la vie semble vouloir s’agripper à ma carcasse. Putain de merde, je voudrais crever lamentablement. J’étais un mec génial avant, j’étais capable de dessiner des plans de dingue, d’inventer des maisons hors normes, ma clientèle c’était que des riches du moyen-Orient. Quand je pense que mon fils a toujours cru que j’étais maçon. Il regardait mes mains cagneuses et il les admirait craintivement mais tout sortait de ma tête azimutée et j’en ai gagné du fric pour l’élever ce petit con, j’en ai passé des nuits blanches à trouver des solutions infernales pour qu’il puisse poursuivre ses études. Et me voilà, branlant à regarder la pluie pleurer. Allez Pépé, faut être raisonnable ! Couvrez-vous un petit peu, vous allez attraper froid !. Décidément, je ne connais pas la voix qui cause. Et la voix s’approche de mon visage et je découvre une fée.

L’ensorceleuse s’appelle Françoise. C’est la nouvelle recrue de la mère Krieka.

C’est la fille de salle.

Elle fait le ménage et tout particulièrement dans ma chambre, après la gueulante mémorable de mon fiston. Je suis de bonne humeur. Ca sent la cire, la lavande et son parfum pas cher qui éclabousse de flagrances, l’atmosphère. Elle passe l’aspirateur et aujourd’hui, sous sa mini-jupe, elle a enfilé des bas de soie. Elle se baisse et me dévoile des bouts de chair et je sens une énergie s’élever de ma trique. Repérant très certainement l’intensité de ce débordement incontrôlé, elle se retourne furtivement et découvre mon regard lubrique. Elle rougit et rabat son morceau de tissu. Je m’emmitoufle dans mon plaid. Elle quitte a pièce, gênée. Je ne dis rien, j’ai un sourire béat fixé aux lèvres.

Elles ont attaché la Gabrielle sur le fauteuil roulant. Elles l’ont entravée avec de grosses lanières en cuir bien serrées comme pour les chevaux sauvages. Paraît que sinon, elle tombe. Mais c’est du pipeau tout çà, c’est parce-qu’elle faisait des fugues et qu’une infirmière l’a récupérée au bistrot du coin, à chanter et à rire, complètement avinée. Ca faisait désordre et la maison de retraite en prenait pour son grade. Du coup, elles l’alimentent à la cuillère et la Gabrielle, elle n’apprécie pas. Elle a tout recraché sur leurs sales gueules. Les petits pois et le boudin noir. La tête des garces !... Elles n’en revenaient pas. Du coup, la Gabrielle, elle est couverte de bleus mais elles s’en foutent, elles ont un alibi. Elle répètent à tout va que la Gabrielle perd l’équilibre. C’est vraiment dégueulasse ! ... Je vais les niquer, un de ces jours...

Je creuse le mur et je contribue chaque jour à la décrépitude de cette maison de retraite. Le couloir sombre offre des striures anormales mais personne ne voit rien car tout le monde s’en fout. Les excréments se sont insérés dans la paroi et créent une petite rigole malicieuse. L’odeur est intenable. Ma chambre est parfaite, un vrai musée. Je m’en occupe moi-même. Je cire, j’astique, je purifie l’air, je ne me reconnais pas. Le temps ne passe pas assez vite.

J’attends Françoise. Elle arrive toujours à l’heure. Deux fois par semaine. Elle est très ponctuelle cette petite et gentille avec çà. Elle m’a réconciliée avec l’existence. Elle passe l’aspirateur. Je me place dans mon fauteuil et je n’ai pas le droit de bouger. Elle me l’a interdit. Je lui demande d’enlever sa culotte et à distance respectueuse, elle me tend sa croupe céleste en bougeant les hanches harmonieusement. Elle ne veut pas que je la touche, ça non, elle déteste l’odeur des vieux, elle me l’a dit. Je peux comprendre tout çà car moi-même je ne supporte pas ce mélange fétide de pisse et de naphtaline que l’on traîne sur nous. Elle n’affectionne pas la peau des vieux non plus, leur contact rugueux et noueux, lui donne des démangeaisons et franchement son épiderme, c’est une merveille. Donc je peux comprendre çà aussi. Mais je ne désespère pas que notre relation évolue. Elle est vraiment mignonne cette petite, très serviable. Je lui tends deux billets qu’elle cache dans son soutien-gorge et elle repart avec du rire dans les yeux. Et je vous jure qu’elle dégage une sacrée beauté.

Mon fils s’inquiète. Je dépense trop paraît-il. Il ne comprend pas où va l’argent, il a peur que l’on abuse de moi ou que je perde la tête en distribuant mes billets comme le petit Poucet avec ses miettes pourries. Je le rassure en lui expliquant que je prépare un super cadeau pour mon petit fils donc son propre fils et que j’aimerais bien qu’il n’intervienne pas dans le peu qu’il me reste à vivre pour lui préparer une surprise digne d’un grand-père. Ca marche. Il ne m’emmerde plus. J’en ai profité pour lui glisser que je souhaitais qu’il vende un de mes lotissements car j’ai besoin de cash, urgemment. Il le fera car il sait que lorsqu’il était petit, j’étais le roi des surprises. Il me fait confiance. Pauvre tâche ! ... Sinon, il est ravi de constater l’état impeccable de ma chambre. Il trouve même que j’ai bonne mine. On se quitte et pour la première fois, depuis des lustres, on s’embrasse. Le contact de sa joue me fait bizarre.

Françoise est toute chose. Elle n’est pas dans son assiette. Je la trouve fébrile, pas concentrée sur sa danse. Sa croupe, elle la bouge mécaniquement. Je n’aime pas. Je le lui fais comprendre. Elle perd les pédales quand je suis excédé et que je ne suis pas content. Je lui demande de se cambrer un peu plus car j’entrevois alors le bout de ses petites lèvres fermées et c’est un spectacle que pour rien au monde, je ne voudrais rater. Elle m’explique qu’elle n’est pas certaine de pouvoir rester à cette place. Son cdd arrive à terme et personne ne lui dit rien. Elle est inquiète pour son avenir. Je lui demande de se retourner et de me regarder. Je lui tends cinq billets. Je veux qu’elle me montre sa toison, qu’elle la fouille, qu’elle se caresse le bouton magique et qu’elle fasse chanter son sexe. Je lui dis que tant que je serai vivant, rien de grave ne lui arrivera. Elle est sous ma protection. Elle s’exécute mais elle ferme les yeux. C’est déjà un pas vers moi. Je fais durer ce plaisir longtemps. J’attends qu’elle halète.

La nuit s’approche sans sourciller et un voile noir obstrue ma cataracte. Il faut que je me fasse opérer. Les vieux ânonnent sous la véranda, quelques-uns radotent, d’autres tricotent des chandails trop grands ou trop petits qui finiront de toute manière en chiffon recyclé pour la cire d’abeille. Je n’appartiens pas au troupeau.

La Gabrielle à force de tortures mentales et physiques, ils ont fini par la mater. Elle est résignée, elle mange correctement, ne s’évade que pour s’assommer d’élixirs. C’est maintenant devenue une petite vieille, bien sous tous rapports. Depuis, personne ne parle de chutes et aucun bleu n’écaille son squelette. Elle ne me jette plus des coups d’oeil complices. Au contraire, elle m’évite. Tralalalalère...

On s’est pris la tête avec mon fils. Il pense que j’ai la mémoire qui flanche. Il m’explique avec beaucoup de patience que j’étais maçon et pas architecte. C’est lui, l’architecte. Au comble de l’énervement, je lui précise qu’il vaut mieux un maçon avec mille idées, qu’un architecte, sans. Je ne veux même pas lui raconter le chantier de Riad avec ce hammam aux multiples facettes complètement restructuré par ma boîte crânienne. Ces femmes magnifiques, parées juste d’un voile transparent qui exhibaient leur corps généreux. Les trous que j’ai fait creuser dans les parois pour que seuls, leurs fleurs généreuses, apparaissent, anonymes et luisantes, offertes aux besoins du sultan et de sa cour. Et toutes ces queues joyeuses qui papillonnaient facétieusement, sur ce gigantesque terrain de golf improvisé. Il vient trop souvent me visiter mais remarque, il me donne mon fric,

c’est tout ce qui compte.

Françoise est assise sur mes genoux. Elle est complètement nue. Comme j’ai la vue qui plonge et que je ne distingue que des formes floues, elle m’a autorisé à la toucher mais avec des gants. C’est plus doux, m’a-t-elle chuchoté. J’ai approché ma bouche de son téton et j’ai commencé à la mordiller. Elle m’a dit qu’elle était d’accord mais qu’elle voulait que j’enlève mon dentier car je lui faisais mal. Je me suis exécuté. Je me suis souvenu de la gorge brûlante de Denise et du plaisir intense, qu’elle me procurait. J’aspire son sein délicatement, Je promène ma langue en apnée. Françoise est très obéissante. Elle sait que lorsqu’elle est mon esclave, elle obtient tout de moi. Je lui demande d’écarter les cuisses et je la branle frénétiquement. J’aime bien ses petits jappements. Puis j’exige qu’elle porte son sexe à ma bouche et je la lèche comme seuls les vieux qui reconnaissent un cadeau du ciel, savent le faire.

Et je sens son liquide de jouvence envahir mon organisme et je sais que je suis immortel.

Les garces l’ont virée comme une malpropre. Paraît qu’elles l’ont surprise forniquant avec ce bâtard de René. Mais je le connais lui, c’est un sacré vantard ! ... Il ne bande même pas. Elles salissent ma fée en l’insultant et en l’habillant de leurs toutes petites, petites vues...

Elles on fait le tour des chambres et ont commencé à éplucher nos comptes. Faut être raisonnable, Pépé, faut nous aider !... Mais personne n’a balancé Françoise, on sait trop ce que l’on a perdu. La Krieka a pété un plomb, elle est partie sans laisser d’adresse avec son jardinier.

Des mois passent, j’attends la mort. Elle sera froide et frigide comme cette maison de retraite lugubre qui se dresse sur la colline.

Je sais que la chance ne se représentera plus. Je suis docile. J’ai la queue basse, le dos voûté et le nez qui coule. Elles ont téléphoné pour dératiser le lieu. Il y a une odeur nauséabonde qui circule et fait fuir les familles.

Elles n’ont trouvé aucune horde de muridés, tout juste une musaraigne en goguette, mais elles m’ont changé de chambre. Paraît que l’origine de la puanteur vient de là. Remarque que peut-être qu’en creusant bien, elles découvriront un couple enlacé. Je suis un grand romantique et un architecte singulier.

-  Une nouvelle de Franca Maï (2002) Avec l’aimable autorisation du Cherche-Midi Editeur

Cette nouvelle a été diffusée sur le e-torpedo, bellaciao, sistoeurs, oulala etc...



Publié le 5 novembre 2007  par franca maï


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