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Alabama Song de Gilles Leroy, prix Goncourt 2007

Catégorie portrait
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« A 13 heures, je croyais que c’était “plié” »

Trois jours après avoir décroché le prix Goncourt, l’Eurélien Gilles Leroy raconte comment il a vécu cet événement.

La Ferté-Vidame, le 2 septembre, au salon Le dimanche de livres, Gilles Leroy est le “régional de l’étape” puisqu’il habite depuis 1995, à même pas dix kilomètres des ruines du château de Saint-Simon, à Boissy-les-Perche. Parmi les 77 écrivains invités, il est un de ceux dont le talent n’est pas reconnu à sa juste valeur. Alabama Song vient de sortir. Il dédicace les dix exemplaires disponibles de son roman dans lequel il dresse une fausse autobiographie romancée de Zelda Sayre, l’épouse du célèbre écrivain américain Scott Fitzgerald.

Paris (14e arrondissement), hier midi, Gilles Leroy est, depuis trois jours, lauréat du prix Goncourt 2007. Il nous reçoit dans l’appartement d’une amie où il loge quand ses activités littéraires ne lui permettent pas de rentrer en Eure-et-Loir. Il avoue n’avoir pas beaucoup dormi depuis lundi. Le sommeil ne peut gagner celui dont le rêve et la réalité se fondent.

Confidences d’une homme comblé, réalisant peu à peu ce qui lui arrive...

-  Gérald Massé : Vous étiez journaliste, comment êtes-vous devenu écrivain ?

-  Gilles Leroy : J’ai envie d’écrire depuis l’âge de 18 ans. A vingt ans, j’avais fini mes études. J’ai tout fait : repeindre des appartements, de l’enquête téléphonique. Comme j’avais un diplôme de lettres, je suis devenu prof pendant deux ans et demi. Puis j’ai eu la chance d’entrer dans la revue L’art vivant. Je ne connaissais rien au journalisme, pas plus qu’au design et à l’architecture que je devais traiter ! J’ai aussi fait des piges pour Libé et je suis rentré à TF1 comme pigiste permanent. En 1990, j’ai arrêté tout ça. J’avais commencé à écrire des textes.

-  Alabama Song est votre 10e roman, avez-vous senti qu’il allait être un succès ?

-  En l’écrivant, j’avais l’impression de prendre un risque énorme. Quel drôle de défi je me lançais là en parlant d’une inconnue, une Américaine ayant eu une vie atroce, commençant comme un conte de fée et finissant dans les flammes.

-  Avez-vous beaucoup romancé ?

-  J’ai apporté beaucoup de mon imaginaire, de mes obsessions, car j’ai des points communs avec Zelda et avec Scott, dans la façon de vivre, de me tourmenter. J’ai écrit dans une grande insécurité.

-  Pourquoi ces personnages vous fascinaient-ils depuis si longtemps ?

-  Le couple me fascinait. J’ai découvert les Fitzgerald. Le grand écrivain était une icône. Et elle, après une enfance dorée, elle était promise à un avenir de femme de grand notable. Ils sont devenus célèbres ensemble. C’était les années 20 et c’était un couple très rock, un peu trash, perdu entre le désir de s’accomplir et de se détruire. En même temps, lui avait le caractère macho de l’époque. Sa femme lui appartenait. Et ce qu’elle écrivait aussi. Le pire à mes yeux est qu’il ait essayé d’empêcher qu’elle soit publiée. J’avais vu une photo d’eux sur un paquebot. Je suis rentré dans la photo.

« Un bug téléphonique »

-  Et le 26 octobre, vous vous retrouvez finaliste du prix Goncourt...

-  Isabelle Gallimard, mon éditrice, m’a appelé, très contente car on était dans la dernière sélection (NDLR : avec Olivier Adam, Clara Dupont-Monod, Philippe Claudel et Michèle Lesbre). Elle m’a dit : « Faut rester zen ». Je suis rentrée à Boissy le vendredi 2 novembre en pensant que la première promo du livre était terminée. Je me suis senti en vacances. J’ai planté des trucs dimanche dans mon jardin. Le Goncourt me trottait jusque-là dans ma tête et le dimanche je me suis persuadé que je ne l’aurai pas. Et j’ai même très bien dormi.

-  Racontez-nous votre journée du lundi ?

-  Je suis parti à Paris en n’y croyant pas, même s’il y avait une rumeur me donnait des chances. Je suis arrivé chez mon éditeur à 12 h 40. J’ai trouvé Isabelle inquiète car il n’y avait pas de coup de fil. A 50 pas plus. On s’est dit, c’est fichu. A 55, rien. A moins 3, on choisissait le restaurant où on allait faire passer la déception. A 13 heures 3 ou 4 secondes, mon téléphone sonne, c’était Clara Dupont-Monod. Elle me dit : « Tu sais ? C’est toi ? ». « Moi, quoi ? » « C’est toi le Goncourt ». Je raccroche, je dis : « Ce serait moi ? ». Deux trois portables ont sonné. C’était la confirmation. J’étais assommé car je croyais que c’était plié. En fait, il y avait eu un bug téléphonique.

-  Vous attendiez-vous à cette frénésie médiatique chez Drouant ?

-  C’est très impressionnant, cette marée des photographes. A l’extérieur, ça allait. Mais à l’intérieur, je n’imaginais pas que ça allait recommencer à chaque étage. Au 1er étage, pour arriver au salon privé où déjeune le jury, il y avait même des policiers ! Ce n’est pas un prix comme un autre. Même en Europe. C’était insensé !

« On m’offrait le Goncourt à Noël ! »

-  Quand avez-vous réalisé que vous étiez le lauréat du Goncourt ?

-  Pas le jour même ! Tous mes amis pleuraient, pas moi, contrairement à ce qui a été écrit, je n’ai pas versé une larme. Ça vient par couche. Le lendemain en lisant la presse, ça avait l’air d’être vrai ! Et puis hier au Nouvel Obs’, le bandeau rouge est arrivé par coursier. Ça devenait réel. Mais j’ai quand même du mal à réaliser. Dire qu’ado, on m’offrait le Goncourt à Noël !

-  Une autre vie commence ?

-  Elle va changer, oui, mais pas pour l’écriture car j’ai des projets en cours et je vais les poursuivre malgré les sollicitations qui affluent depuis lundi. Je vais connaître une aisance financière que je n’ai jamais connue.

-  Craignez-vous qu’à l’image de Scott Fitzgerald, la célébrité vous change ?

-  Je ne sais pas ce qui va se passer. Rien de grave j’espère. Mon cas est différent car Scott portait ses démons en lui.

propos recueillis par Gérald Masse vendredi 9 novembre dans l’écho républicain



Publié le 13 novembre 2007  par Gérald Massé


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