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Les hontes qui ne peuvent se boire ni s’oublier...
par Jean Dornac

Catégorie société
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(JPEG) Il y a eu, ces derniers jours, toute une série de faits qui me plongent dans la honte en tant que citoyen français, mais également dans la révolte et la volonté de résistance en tant qu’être humain. On dit que l’histoire ne se répète pas, certes, mais on dit aussi, et je le crois, que trop souvent, elle bégaie... À vous de voir ce que vous en pensez, au bout de ce petit article... Je vous invite à cinq voyages particuliers...

Le voyage de Nicolas Sarkozy...

Lorsque j’écoute les informations, reste dans ma bouche l’amertume du déjà vu, l’amertume d’appartenir à un pays qu’on livre à une trop grande puissance de cette époque. Je me pose des questions lorsque je vois la déferlante de séries télévisées, souvent des séries « b » sans intérêt autre que de venir des USA ; je me pose des questions lorsque je vois qu’on cherche à nous imposer l’anglais, surtout la part la plus pauvre de cette langue, la part économique ; je me pose des questions lorsqu’un certain ministre des Affaires étrangères oublie qu’il fut important dans le monde humanitaire pour s’aligner, sans même une différence de virgule, sur la politique hégémonique et guerrière américaine...

Mais je ne me pose plus de question lorsque je vois Nicolas Sarkozy faire allégeance à George Bush.

Et je dois avouer, que je suis triste, mais bien plus que j’ai honte de constater à quel point notre pays, sous la domination de la droite extrême qui nous gouverne désormais, abandonne toute idée d’indépendance réelle. Oh, pour les mots, ce pouvoir est très fort, il sait entretenir l’illusion que nous conservons notre pouvoir décisionnel, mais dans les faits, quel naufrage !

-  Après le voyage chez GW Bush, que reste-t-il d’une politique strictement française en matière étrangère ? Rien ! Si, pardon, de l’agitation tout azimut pour nous faire croire en l’existence d’une politique propre.
-  Mais dans les faits, que voyons-nous ?

L’alignement sur la position américaine en Irak, L’alignement sur la position américaine en Iran, L’alignement sur la position américaine partout ailleurs...

Et puis, le soutien, obligatoire lorsqu’on est inféodé au gouvernement de Bush, à l’État d’Israël, en niant les crimes commis par ce pouvoir contre le peuple palestinien. Hé oui, tout comme la politique US, notre gouvernement aura un œil grand ouvert, un œil particulièrement affectueux pour le gouvernement israélien en dépit des crimes, et un œil totalement fermé sur la souffrance du peuple palestinien...

-  Alors, pardonnez-moi, j’ai honte pour mon pays ; j’ai mal à mon pays qui fut une lumière des nations et qui vient de rejoindre volontairement, au travers des avatars de la dernière élection présidentielle, les ténèbres voulues et entretenues par le gouvernement d’une nation américaine qui n’aspire qu’à une chose : la domination mondiale pour le siècle à venir et pour plus loin si possible.

Et je ne peux m’empêcher de me souvenir de ce que ma famille, mais aussi mes enseignants, m’ont rapporté des abandons du gouvernement de Vichy...

L’époque n’est pas la même ; les régimes politiques ne sont pas les mêmes, l’histoire est différente, mais l’abandon de notre souveraineté est totalement identique...

Le voyage d’Eric Besson...

Eric Besson, ministre de je ne sais plus quoi, mais est-ce que ceci a vraiment une importance, vient d’organiser une petite réunion qu’on pourrait presque appeler une réunion familiale avec invitation de « papa », Nicolas Sarkozy...

Il est intéressant, le cas Besson. Ancien socialiste... passé avec armes et bagages sous la houlette de Nicolas Sarkozy.

C’est fou, mais à chaque époque de l’histoire française on a connu de tels cas... Les derniers en dates, du moins les plus marquants, nous ramènent à plus de soixante ans en arrière... Ceux-là, je parle de ces hommes qui étaient anciennement issus de la gauche, ont, pour la plupart, payé de leur vie leur revirement de pensée... Je ne souhaite évidemment pas un tel sort à ceux qui, aujourd’hui ralliés à Sarkozy, se nomment eux-mêmes des « progressistes ». J’ai voulu savoir ce que disait mon dictionnaire à propos de ce mot : 1. tendance politique favorable aux réformes sociales et économiques tendant vers un idéal 2. tendance religieuse favorable à des changements, au contraire des intégristes

De fait, on retrouve un peu des deux définitions dans le cas de nos « nouveaux progressistes ». Le problème, à mes yeux, c’est qu’en dépit de toute ma bonne volonté, je n’ai jamais pu assimiler droite et progrès, du moins, s’agissant de progrès en faveur du peuple, de celui qui souffre au jour le jour. S’il y a volonté de réforme, et c’est totalement évident actuellement, ce sont toujours des réformes négatives, c’est-à-dire des réformes nous ramenant à des temps éculés, des réformes que je qualifierais volontiers de « retour au féodalisme ».

-  De fait, quel progrès social y a-t-il donc dans cette boulimie sarkozienne de réformes ? Rien... Le vide... en tout cas pour les plus nécessiteux des Français.

Pas d’allocations familiales améliorées, pas de SMIC revalorisé de façon sérieuse, rien pour les handicapés, rien pour les chômeurs et de graves reculs pour tous les retraités... et des malades bientôt punis d’être malades, des êtres déjà blessés par la maladie et la souffrance, des êtres que le pouvoir s’apprête à sanctionner gravement en les ruinant toujours un peu plus...

Alors, je me demande ce qu’Eric Besson vient faire dans cette galère qui marche à reculons...

Cela ne semble pas le gêner, pas plus lui que les quelques ex-socialistes qui l’ont suivi. À vrai dire, je crois qu’il a des circonstances atténuantes, tant le parti socialiste n’a plus de sens, plus d’essence, plus de valeur.

-  Comment certains de ses anciens membres auraient-ils pu échapper, au marasme de la pensée, à une confusion généralisée ?

Se proclamer comme héritiers de Jaurès, mais lorgner jusqu’à se faire une luxation des yeux, du côté de Tony Blair, forcément, ça met la pensée cohérente à mal...

Et cela fait bien les affaires d’un politicien en mal de gloriole, quitte à ce que ce soit sur une « ouverture » aussi fausse que ridicule...

Il se pourrait bien que le réveil soit dur pour les ralliés.

Mais ce qui est dur, c’est d’avoir, comme c’est mon cas, mal à ma démocratie. Une démocratie réelle n’existe que si la majorité trouve en face d’elle une opposition réelle, sérieuse et cohérente. Ce n’est plus le cas dans notre pays... Alors, encore une fois, j’ai honte en tant que citoyen qui constate que les gouvernants de ce pays ne connaissent même plus « l’a, b, c » de la démocratie... Quant à l’être humain que je suis, je ne peux me trouver que du côté des résistants, si démuni que je sois...

Le voyage de Brice Hortefeux...

Ce voyage-là est sans nul doute l’un des pires, l’un des plus pervers et l’un des plus proches de l’abominable période de Vichy.

Ici, on glisse carrément dans le ministère de la honte.

C’est, non-dit bien entendu, le racisme en application pratique. À ceux qui voudraient, après avoir lu ces quelques lignes, me faire un procès d’intention, ou carrément un procès réel, en affirmant que je diffame le ministre et son ministère de la honte, j’opposerai simplement ce titre d’un article du Nouvel Observateur en date du 9 novembre 07 : « La France légitime le racisme, dit-on à l’ONU ».

Et en effet, ce ministère que je ne peux qualifier que de « maudit » est tout à la fois :
-  le ministère de la honte ;
-  le ministère des rafles ;
-  le ministère de l’arrestation et de l’incarcération d’enfants dans les centres de rétention ;
-  le ministère de la mort infligée aux immigrés expulsés dans des pays en guerre, dans des pays aux dictatures avérées et violentes ;
-  le ministère de la peur infligée aux humains qui ne cherchaient que leurs droits légitimes, c’est-à-dire, manger, se vêtir et se loger ;
-  le ministère de la répression policière amenant certains sans-papiers à se défenestrer plutôt que de risquer de tomber dans ces mains-là ;
-  le ministère de la misère garantie infligée aux sans papiers expulsés dans les pays où règne la faim...

Je ne sais pas de quoi il faut être fait pour accepter de diriger un si misérable ministère. Là, oui, ça pue Vichy et à plein nez encore. Les dénégations du ministre ou de ses collaborateurs n’y changeront rien ; nul bourreau ne reconnaîtra jamais qu’il est un bourreau et qu’il fait un sale boulot de bourreau. Mais nous, spectateurs obligés et presque impuissants de l’horreur quotidienne, nous ne nous laissons pas impressionner par les paroles lénifiantes destinées à tromper le « bon peuple » sur la nature abominable d’un tel ministère. Nous savons ce qu’il en est et sous une forme ou une autre, nous sommes des témoins qui témoigneront pour les générations futures.

Qu’on me dise comment un humaniste, comment un amoureux de la vie et de l’humanité pourrait être fier d’appartenir à un pays comportant un tel ministère ?

Non, c’est la honte, une honte imbuvable, une honte ineffaçable que nous ressentons ! La seule réponse possible à cette chose est et reste la résistance avec RESF, la Cimade et les autres associations qui seules se soucient de l’humain.

Pour finir sur ce sujet, je dirais juste que pour moi, ce ministère est le ministère du « non-futur ».

Voyage dans le monde médiadico-sondo-maniaque...

Après l’horreur, passons à la manipulation médiatico-sondo-maniaque... Donc, passons à quelque chose qui est à la fois grave et hautement ridicule...

Je n’ai pu, en effet, m’empêcher de sourire, presque de rire aux éclats, lorsque j’ai lu dans divers journaux l’information suivante au début du mois de novembre 2007 : « Les Français prêts à réélire Sarkozy ! »

Sans blague, en voilà une nouvelle ! Etonné par ce titre pour le moins étrange, six mois à peine après l’élection présidentielle, je me suis dépêché d’aller lire l’article. Ah, merveille de manipulation grossière ! Ah, formidable imagination des scénaristes « people » qui, déjà, s’ennuient, trop loin des potins concernant les présidentiables ! C’est qu’il était facile de faire des papiers, il y a un peu plus de six mois. Il y a de la nostalgie, pitoyable, je vous l’accorde, dans cette volonté de rester accroché au non-événement qu’est l’élection présidentielle en France ces derniers temps.

Tout dans ce sondage est ridicule ; tout dans ce sondage est manipulation des esprits les plus faibles du pays, ces « esprits-gogo » qu’on veut à tout prix coller, de façon indélébile, à la majorité actuelle et à son chef de file.

C’est qu’il ne faut pas lâcher le gogo qui, soudain, devant l’absurdité des décisions du pouvoir pourrait se raviser et penser qu’il a eu tort de voter Sarkozy ! Alors, il faut le matraquer avec des sondages (truqués ou non ?) pour lui faire croire qu’une majorité de Français veulent toujours et encore du Sarkozy ! Ainsi, au cas où il aurait un petit doute, le gogo visé se raviserait et comme ce n’est pas le courage de sa pensée politique qui l’étouffe, vite, vite, il se ralliera à la majorité, qu’elle soit ou non bidon, cette prétendue majorité qui adule toujours Sarkozy...

-  Question : Le gogo, enfin les nombreux gogos visés, réalisent-ils qu’il n’y a plus de médias majeurs indépendants des milieux de gros financiers, de gros canonniers, de gros profiteurs du luxe ?

-  Réalisent-ils, ces gogos visés, que ces financiers, ces canonniers, ces vendeurs de luxe, sont tous des alliés plus que fidèles de Sarkozy ?

-  Réalisent-ils que ces « patrons » ont fait Sarkozy et feront tout pour nous l’imposer bien au-delà des cinq ans du premier mandat ?

Surtout, réalisent-ils, ces gogos-visés, que tout ce « beau monde » se moque totalement de la démocratie, de la population, des institutions et que seul est important pour eux le « produit Sarkozy » parce qu’il peut rapporter gros ?

Ici encore, le citoyen français que je suis ne peut qu’éprouver de la honte à la vue de ce que devient son pays. Mais l’être humain, lui, veut résister et le plus fermement possible !

Le luxueux voyage des êtres minéralisés... L’expression n’est pas de moi. C’est Patrick Viveret, au cours de sa conférence au festival Camino de la non-violence, en 2006, qui l’a utilisée pour désigner les porteurs de grandes et très grandes fortunes... J’ai aimé cette expression très imagée.

Dans cette partie de mon article, je veux en effet parler de quelques voraces en argent. Je peux faire ce que je veux, réfléchir dans tous les sens, mais à mes yeux, ces gens dont vous allez découvrir les noms et les gains, ne sont plus sains d’esprit. Dommage pour eux ; grave pour nous, car ils pillent, sous une forme ou une autre, ce qui est vital pour toute la nation et en particulier pour les plus pauvres.

-  Quel est le lien avec Nicolas Sarkozy ? Oh, c’est simple...

D’abord, ce sont tous ou presque des « amis » à lui et tous ou presque des gens qui ont participé à son élection au travers de leurs journaux ou par le moyen de leur influence. Ensuite, parce que j’ai entendu dire que Nicolas Sarkozy voulait réhabiliter l’argent dans l’esprit des Français...

Si c’est pour devenir comme ces êtres minéralisés, non merci !

Evoquons-les un peu, ces derniers en humanité mais premiers minéralisés... Source : inégalités

En 2006, Bernard Arnault (LVMH) a touché l’équivalent de 27 000 années de Smic net en dividendes et les revenus de Louis Schweitzer (ex-Renault) se sont montés à un millénaire de Smic...

Si vous, amis lecteurs, trouvez que ces individus sont encore sains d’esprit, je m’inquiétais...

De telles fortunes amassées, c’est un scandale mais aussi une absurdité. Certains affirment qu’ils méritent de telles fortunes car ce seraient des esprits brillants... Mais, à l’évidence, être brillant (en esprit et intelligence) et convoiter ou accepter de tels revenus est totalement incompatible avec un esprit sain. Quelque chose a déraillé en eux, c’est tellement évident !

Découvrir le tableau ici :

On pourrait penser que je suis jaloux de ces gens.

Oh que non ! Personnellement, j’aurais honte d’être un tel profiteur, un tel pilleur de ressources terrestres, un tel accapareur des biens destinés et nécessaires à tous.

Conclusion

Ces cinq parties qui composent cet article peuvent vous permettre de comprendre à quel point les politiciens et les hommes d’affaires ont dérivé dans notre pays ; ces cinq parties d’articles tentent de vous montrer que nous venons d’entrer dans une ère d’inévitable honte d’appartenir, désormais, à une société sans cœur, sans conscience ; une société qui n’existe qu’au profit des quelques voraces et au détriment de plus pauvres, des plus nécessiteux, de tous ces êtres ruinés par ceux que l’on nomme les puissants.

La seule conclusion qui s’impose vraiment si l’on a conscience de la gravité des différentes dérives, c’est la résistance absolument nécessaire.

Avec, pour ma part, l’espérance qu’elle puisse encore se faire dans la non-violence...

-  Jean Dornac

source : Altermonde sans frontières



Publié le 14 novembre 2007  par Jean Dornac


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