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AGCS : Pour qui sonne le glas ! conversation N°9
de Blacksting

Catégorie société
Il y a (1) contribution(s).

Cette conversation est-elle une fiction réelle ou une réalité fictionnelle ?

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-  Bonjour Monsieur le Maire... tout baigne ?

-  Ah... bonjour... euh oui, ça va...

-  Pas très convaincant, tout ça... des soucis ?

-  Oh et bien oui... des soucis de maire, voilà tout.

-  hum... c’est vrai, je me dis souvent que ce doit pas être évident.

-  ah ça non ... pour qui a la fibre, c’est devenu presque ingérable

-  oui, je comprends.. sincèrement... la pénalisation des maires, la décentralisation. Vous en avez de plus en plus sur les épaules. Faut vraiment être costaud..

-  oui, c’est juste. La décentralisation tant réclamée a jouer un rôle pernicieux. Les responsabilités sont bien descendues sur nos épaules, mais en ce qui concerne les crédits, là ...c’est un peu plus délicat. Il devient difficile de pouvoir conjuguer l’intérêt communal avec les décisions nationales...

-  ben ouais, regardez, l’environnement, le foncier, le social. Tout ça doit être aménagé subtilement en fonction de la commune.

-  exactement ... il y a une différence entre être totalement déconnecté de la réalité en étant assis dans le bureau d’un quelconque ministère et d’être là, face aux habitants, qui manifeste tout de suite leurs ressentis vis-à-vis de vos décisions. C’est la différence entre la théorie et la pratique, vous voyez... Pour qui prend ce rôle à coeur, c’est souvent déroutant et dévalorisant...

-  Je vous crois. Assurer le bien public n’est pas forcément dans le sens de la rhétorique actuelle. En charge d’une collectivité locale, vous devez trouver les enjeux nationaux quelque peu distordus par rapport aux souhaits de vosadministrés.

-  Voilà ! Nous sommes finalement en bout de chaîne. Nous observons sous la loupe, les effets directs de décisions plus générales...

-  Vous voulez dire concernant tout ce qui est social, éducatif, environnemental...

-  Oui en partie. En fait les gens sont à la fois plus friands et plus regardant sur le sujet des biens publics.

-  Et bien oui, et l’heure n’est définitivement pas à l’amélioration des services publics...

-  Certes, il faut reconnaître que le contraste est bien là. Nos décisions doivent tenir compte...

-  En parlant de décisions, intercommunalité ou pas, vous êtes en plus sur la voie d’en être dépossédé !

-  Dépossédés ?!. Non je ne vois pas vraiment...

-  Monsieur le Maire, attendez, loin de moi l’idée de vous affoler mais les prérogatives locales concernant les services à assurer dans une commune sont en passe de vous être tout bonnement retirés...

-  Mais de quoi parlez-vous, de la régionalisation ?

-  Oui et non, je parlais des accords dans le cadre de l’AGCS...

-  L’AGCS ? ah, oui... bon, pour être franc, je ne suis pas convaincu que ce soit du ressort des maires de...

-  et bien, du ressort ou pas des maires, vous allez être aux premières loges, ça c’est un fait certain

-  je connais mal le sujet, mais ça me semble l’épouvantail...

-  épouvantail ? mais attendez, je ne me projette pas dans le futur, je vous parle des effets actuels. Ce ne sont pas des prédictions, malheureusement, ce sont des faits avérés. Aussi gros que ça puisse paraitre, le propos n’est plus de s’y intéresser mais bel et bien d’en mesurer tous les jours, les effets...

-  ... ?

-  j’ai l’impression que vous ne connaissez pas vraiment le sujet, je me trompe... ?

-  ben si, j’ai interrogé le conseil régional qui m’a ...

-  qui vous a dit que ce qui avait été signé n’impactait absolument pas sur les prérogatives des maires, puis ils ont ajouté que seuls certains services étaient concernés et patati, et patata... ? je me trompe ?

-  c’est à peu près ...

-  Cela dénote parfaitement la méconnaissance du sujet par nos élus. J’vous rassure, même de certains de nos ministres. C’est d’ailleurs un élément important de ces accords, ils avancent masqués...

-  pourquoi vous dites que c’est faux ?

-  bon je vais reprendre mais en résumé. Le commerce mondial des services couvert par l’AGCS est estimé à 2 000 milliards de dollars/an que se partagent les entreprises transnationales européennes et américaines. Parmi les marchés potentiels les plus juteux, nous trouvons l’éducation (2000 milliards de dollars), la santé (3500 milliards de dollars), l’eau (1000 milliards de dollars). Vous comprenez l’enjeu...

-  ben...

-  L’AGCS, c’est un mécanisme mondial décrit dans des articles très précis qui tentent de mettre en place une mise en concurrence internationale de TOUTES les fournitures de services , pour chacun des 150 pays qui ont ratifié ces accords (dont la France, malheureusement).

-  justement, c’est mondial et...

-  eh non... patience. Autrement dit, ces services seront vendus à des multinationales pour qu’elles en assurent la gestion et le contrôle.

-  ah, ça y est... l’épouvantail des multinationales !

-  mais non, c’est tout simplement les seules qui auront les reins pour le faire. Aucune petite entreprise ne pourra rivaliser avec ces ogres. Déjà on voit que le tissu entreprenarial va en prendre un grand coup dans la gueule

-  ouais,ouais mais je ne vois...

-  patience... La bonne question c’est : qu’est qu’un service ? et bien, c’est absolument tout ce qui nous entoure et auquel nous faisons appel dans notre vie de citoyen : le domaine social, éducation, santé, retraite, formation, fournitures de services de base comme l’eau, le gaz, l’électricité. Ajoutons les transports, les communications...

-  d’accord mais dans ma commune ...

-  je finis ... donc c’est tout finalement. Le moins drôle pour vous, c’est peut être bien que le rayon d’action de ces accords est vertical. C’est écrit dans l’article 1, je n’invente rien : Tous les niveaux : internationaux, nationaux, régionaux, locaux.

-donc d’après vous, au niveau de ma commune, l’intégralité des services sera assurée par d’énormes sociétés.

-  à terme, exact...

-  non, mais personne ne va signer un truc..

-  ah, je suis désolé, mais ces accords ont déjà été signés et re-signés, Roccard, Jupé, Jospin et ils sont effectifs depuis plusieurs années.

-  mais d’après mon député, il n’y a que quelques domaines qui sont ouverts et ...

-  non, non et non. Votre député est soit un menteur, soit un incompétent, soit il répète benoîtement ce qu’on lui a dit de dire. Il y a une lettre type de réponse qui circule parmi les députés et les conseillers régionaux...

-  tout de même, vous ...

-  C’est faux parce que ces accords se renégocient très régulièrement, environ tous les deux ans, pour s’étendre à d’autres services. Je vous répète, le but est de libéraliser TOUS les services. Aujourd’hui en France, l’accord porte sur l’énergie, la distribution postale, une grosse partie de l’environnement, dont l’eau, le financier, le transport maritime, les télécommunications, les...

-  d’accord mais c’est pas tous les services...

-  je trouve que c’est déjà pas mal, moi, et en plus il n’est pas possible de freiner. C’est l’effet de spirale. A terme, je répète, tous les services devront...

-  je ne vois pas quel intérêt...

-  vous plaisantez, j’espère ! Les grosses entreprises Françaises sont intéressées. Elles sont fortes dans le domaine des transports, de l’eau, du traitement des déchets... Et puis, réfléchissez un peu. Coté fabrication, la mondialisation économique a déjà fait son oeuvre. Qu’est-ce qui reste pour les pays de l’ouest ? les services ...

-  C’est plutôt bien pour la compétitivité de ...

-  comment ça, bien ? J’ai l’impression que vous ne saisissez pas très bien comment ça fonctionne. C’est du donnant-donnant. Il y a d’abord une phase de requêtes dans laquelle les pays font leurs marchés. Ils demandent aux autres l’ouverture de certains services. Puis, il y a la phase des offres dans laquelle chaque pays propose une liste des secteurs qu’il est prêt à libéraliser. Enfin, il y a la phase de négociations du genre :"Ok je t’ouvre le secteur de l’éducation, si tu m’ouvres ton secteur énergétique".

-  On pourra arrêter et ...

-  ma foi, oui... bonne idée. Le problème c’est que c’est impossible !! Il y a un effet cliquet. Un état peut par exemple donner une liste des services qu’il veut protéger. Mais au prochain "round", cette liste ne peut pas être moins favorable. D’autre part, pour que la France par exemple puisse prendre le service des déchets de l’Argentine, admettons, il faut qu’elle ouvre en compensation, un de ses services durant cette phase d’offre, vous saisissez ?

-  euh...oui, en gros. Mais si on n’est plus d’accord, on boucle ce service et puis voilà...

-  mais non, ce n’est pas non plus possible. L’OMC a tout prévu. Il y a d’abord un article qui prévoit que ce soit bloqué pour au moins trois ans. Ensuite si vous avertissez l’OMC que vous rebloquez un service, alors il faut payer une compensation à TOUS les états membres ou ouvrir d’autres secteurs. Paf !

-  mais il y a des lois internationales et ...

-  ah non... L’OMC est la seule institution internationale à avoir son propre organe juridique. Elle accuse, elle juge et elle punit. En plus, le mini traité Européen comme son clone, celui qu’on a refusé par référendum, est la mise en texte des ces accords et l’inscription en toutes lettres de leur intégration au sein de l’union. On fait plus fort encore que les américains ...

-  bon et bien annulons ces accords et on en parle plus...

-  Mais ce n’est pas possible, enfin ! la seule possibilité serait de sortir de l’OMC et il y a trop d’enjeux financiers.

-  je continue à ne pas comprendre. Comment se fait-il qu’un truc pareil se déroule depuis des années et que nous ne soyons pas au courant ?

-  voilà ! le jeu depuis le début a été d’avancer masqué. Maintenant, en y regardant d’un peu plus près, il y a certaines choses qui peuvent s’expliquer, du coup. L’élimination progressive et discrète des services publics n’est pas un fait du hasard, pas plus qu’elle est le fait d’une vraie décision gouvernementale. La décentralisation a sans doute aussi apporté son lot d’avantages. Vous comprenez, si certains services restent difficilement atteignables au niveau national, il n’en est plus de même au niveau régional...

-  Hum... oui... peut-être. Maintenant je me demande pour quelles raisons précises il faudrait obligatoirement penser que tout ça va être néfaste, ce n’est pas un peu manichéen. Il me semble distinguer un relent de poujadisme...

-  Non mais ça va pas ? Je ne suis pas poujadiste. Si la libéralisation de ces services se faisait au profit de tous et pour de la qualité, encore ...

-  qualité, j’veux bien, mais le prix aussi est important...

-  mais vous pensez encore sérieusement que la libéralisation signifie baisse des prix ? dites ? vous plaisantez. Moi, quand j’entends qu’aucune entrave au commerce ne pourra être tolérée dans le cadre de la libéralisation des services, je crois avoir de bonnes raisons de m’inquiéter...

-  entrave mais...

-  et que ces entraves sont tout à fait stipulées dans les textes. Ces entraves se nomment normes sanitaires, phytosanitaires, qualité de l’environnement, critères sociaux, critères culturels, etc... mais j’ai du mal à ne pas m’inquiéter.

-  Effectivement. Bon, pour tout dire, j’ai du mal à voir l’impact au niveau de ma commune

-  Vous plaisantez, j’espère ? Hormis les privatisations des services publics qui se jouent plus particulièrement au niveau national, ce sont vous, les élus locaux qui allez en faire les frais. Imaginez que vous souhaitez créer un crèche. Imaginez que vous souhaitez, sous la pression de vos administrés, changer le fournisseur des repas dans vos cantines scolaires. Imaginez que vous voulez favoriser à votre échelle, une plus grande part de l’écologie, pour le traitement des déchets, pour l’éclairage public, pour des aides locales aux initiatives, imaginez que vous souhaitez revoir le traitement de l’eau au sein d’une communauté de communes. Bref tous ces projets ne seront plus traités, pilotés ou réalisés, selon vos critères ou selon les desiderata des administrés, mais uniquement selon leur coût. On vous refusera le choix d’un acteur pour des raisons de qualité et on vous imposera celui d’un autre pour des raisons uniquement financières.

Vous n’aurez comme rôle que celui de rédacteur du cahier des charges, un point c’est tout.

-  mais ...

-  vous ne pourrez même plus tenter de favoriser des acteurs locaux qui vous permettraient de conserver un bassin d’emplois.

Ces acteurs seront laminés par des sociétés énormes qui emporteront tous les marchés. Vous ne pourrez plus accorder des aides, basées sur vos préférences sociales, sociétales ou écologiques. Ces aides seront interdites sauf si vous en faites bénéficier alors tous les prétendants... Vous verrez des travailleurs venir de tous les pays d’Europe aux normes sociales insignifiantes, venir exécuter vos projets de a à z.

L’OMC fixe des règles dont les implications réelles sont in-fine locales.

Localement ce ne sont plus des signatures vagues sur des accords complexes mais ce sont la vie de tous dont il est question.

-  Mais quel rôle voulez-vous que je joue, c’est plutôt aux citoyens de ...

-  Ah non ! Là je ne suis plus d’accord ! C’est totalement faux et vous le savez pertinemment. On ne peut pas d’un coté se plaindre de la perte de pouvoir des élus locaux et d’un autre coté en profiter , pour botter en touche.

Que les citoyens se tiennent informés, oui, mais vous êtes le premier rempart pour eux, ne l’oubliez pas !!

-  Quand je disais perte de pouvoir, vous y allez un peu fort...

-  Soyez honnête, un peu, je vous en prie. Le seul élu démocratiquement qui vit vraiment avec les gens, c’est bien le maire, non ? Mais sur ce point encore, les citoyens sont totalement floués, les maires n’ont presque plus aucune latitude. Regardez vos attributions, elles fondent comme neige au soleil et vous ne faites rien. Vous êtes le dernier garant de nos droits et l’AGCS va vous transformer définitivement en signataire de contrat pour des entreprises privées. Les impôts locaux serviront à financer les campagnes de publicité et les parachutes dorés de ces machines économiques. N’oubliez pas que ce sera vous que vos administrés viendront voir pour se plaindre de la qualité et des coûts soi-disant tellement plus favorables. C’est déjà le cas, regardez ce qui se passe avec le traitement de l’eau en France, avec certains départements qui privatisent le social.

Vous avez le devoir de nous défendre, vous m’entendez, le devoir !!

-  Et moi tout seul, je devrais réagir.

Vous n’êtes pas seul.

Déjà un grand nombre de communes, de région, de département se sont déclarés "Zone Hors AGCS" et se sont regroupées.

Votre seule chance et du coup NOTRE seule chance est votre réflexion et votre clairvoyance. Vous devez dire NON à cette horreur programmée, Monsieur Le Maire... Plus que jamais votre devoir est de nous représenter !!

-  LE MIROIR Blacksting Conversation No 9 -AGCS : Pour qui sonne le glas ! 20 Novembre 2007

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Publié le 15 novembre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • AGCS : Pour qui sonne le glas ! conversation N°9
    de Blacksting
    31 janvier 2017, par Fredella
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