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Les quatre facteurs déclencheurs d’une grande faillite bancaire

Catégorie société
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(JPEG) LEAP/E2020 Thursday, 15 November 2007

LEAP/E2020 estime désormais qu’au moins un grand établissement financier américain (banque, assureur, fond d’investissement) fera faillite d’ici Février 2008 provoquant la banqueroute de plusieurs autres établissements financiers et banques en Europe (notamment au Royaume-Uni), en Asie et dans les pays émergents.

C’est bien un « trou noir » financier, selon l’expression employée par Tony James (1), président de Blackstone, qui s’est formé à partir de la crise des « subprimes » américains.

Les facteurs déclencheurs d’un tel événement sont désormais si puissants et les signaux précurseurs si nombreux, que, selon nos chercheurs, sa probabilité à trois mois atteint désormais près de 100%.

Il est tout aussi certain pour notre équipe que les autorités financières américaines tenteront de mettre en place un filet protecteur de remboursement pour éviter la contagion de la panique à l’ensemble du système financier américain (2) ; mais que l’ampleur de la faillite touchera immédiatement les institutions financières les plus exposées aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Les pays où les opérateurs financiers sont les plus liés aux opérateurs financiers américains seront donc en première ligne : Royaume-Uni, Japon, Chine en particulier (3). Les principaux facteurs déclencheurs sont, selon notre équipe, au nombre de quatre :

-  1. Réduction drastique des revenus des banques opérant aux Etats-Unis

-  2. Effondrement accéléré de la valeur des actifs détenus par ces mêmes banques sous l’effet de la nouvelle réglementation bancaire US (FASB regulation 157)

-  3. Fragilisation croissante des assureurs obligataires

-  4. Récession économique aux Etats-Unis.

Ces facteurs sont bien entendu à replacer dans le contexte général que décrit LEAP/E2020 depuis le début de l’année 2006, à savoir la crise systémique globale, que visiblement les dirigeants politiques, financiers et économiques mondiaux ne font que commencer à appréhender (4). Le fait que depuis près de deux années les banques centrales, notamment la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, comme les principaux opérateurs financiers, aient été systématiquement en retard sur les évènements, laisse penser que cette fois encore ils ne prendront la juste mesure de la crise bancaire qu’une fois un événement majeur consommé.

C’est en général le moment où il est trop tard pour empêcher efficacement la contamination systémique.

Facteur N°1 - Réduction drastique des revenus des banques opérant aux Etats-Unis

Comme analysé dans le GEAB N°19, l’application de la norme FASB 157 dès le 15 Novembre 2007 va exposer directement le bilan des établissements financiers opérant aux Etats-Unis aux conséquences de l’effondrement de la valeur d’une part importante de leurs actifs. Et cette part est en accroissement constant, car la crise des « subprimes » n’est en fait que le catalyseur d’une crise financière plus vaste affectant désormais l’ensemble des actifs financiers américains (5). Les différents CDOs sont dorénavant entraînés dans cette crise de confiance généralisée, alors qu’ils constituent une part importante des actifs bancaires, puisque ces dernières années les grandes banques sont sorties de leur rôle de prêteur pour se lancer dans l’investissement et la spéculation, à la manière des « hedge funds ». Ces derniers ont d’ailleurs représenté depuis près d’une décennie une source croissante de revenus pour les grandes banques internationales. On se souvient encore des honoraires faramineux que les « hedge-funds » et les fonds d’investissements versaient aux banques ! dans le cadre de leurs multiples opérations, dont les rachats en LBO (« Leverage Buy-Out », ou rachat à effet de levier financier), fusion-acquisitions (ou M&A, « Merger and Acquisition ») et autres introductions en bourse (IPO, ou « Initial Public Offering »).

Cette époque, pourtant pas si lointaine (puisqu’elle s’est terminée cet été), est maintenant révolue.

Désormais les « hedge-funds » se battent pour ne pas tomber en faillite.

Les fonds d’investissement creusent leurs pertes en tentant d’éviter d’être aspirés dans le « trou noir financier » dont parle le patron de Blackwater (cité en introduction de ce numéro du GEAB). Les projets de fusion-acquisitions sont au point mort. Ainsi, dans le secteur technologique (marché par excellence des fusion-acquisitions), Wall Street a vu le montant des transactions passer de 99 Milliards USD au troisième trimestre 2006 à 52 Milliards USD au troisième trimestre 2007 (soit une baisse de près de 50%) alors que la crise du crédit n’en était encore qu’à ses débuts.

Pourtant la faiblesse du Dollar US a provoqué au troisième trimestre 2007 une frénésie d’achats européens aux Etats-Unis puisque ces derniers ont pour la première fois dépensé autant que leurs homologues nord-américains (6).

Les introductions en bourse à Wall Street, qui avait mieux résisté à la crise estivale, sont désormais repoussées « aux calendes grecques » en attendant des jours meilleurs.

Ainsi le nombre d’introductions en bourse de plus de 1 milliard USD est passé de 8 par trimestre (au troisième trimestre 2006) à 2 (au troisième trimestre 2007). Et ce phénomène se renforce comme viennent par exemple de l’illustrer RWE, le producteur d’énergie allemand qui a décidé de repousser la mise en bourse de sa filiale American Water du fait de la crise du crédit aux Etats-Unis (7) ainsi que Rusal, le géant russe de l’aluminium qui a repoussé à une date indéterminée son introduction en bourse alors qu’elle promettait d’être la plus importante de l’année 2007 et que les banques opératrices avaient déjà été choisies (à savoir Morgan Stanley, JP. Morgan et Deutsche Bank) (8).

Quand aux LBO (ces remarquables montages financiers permettant d’acheter une entreprise en utilisant la richesse potentielle qu’elle recèle(9)), non seulement leur marché s’est pratiquement éteint, mais les transactions qui n’ont pas pu être gelées ou annulées finissent au tribunal comme le montre le cas emblématique de SallieMae, la société de prêts étudiants, et JC. Flowers (un fonds d’investissement très actif, mais qui, pour l’anecdote, n’a pas de site web)(10).

D’ailleurs en Octobre, les LBOs n’ont représenté que 5% des transactions de fusion-acquisitions contre 31% en Juin 2007.

Toutes ces évolutions convergent dans la même direction, à savoir la perte d’une source importante de revenus des banques opérant aux Etats-Unis, qui va donc se cumuler aux conséquences de l’application de la norme FASB 157 et de la crise des CDOs, à savoir la perte de valeur d’une part importante de l’actif de ces mêmes banques.

En 2006 en effet, les revenus provenant de leurs honoraires de conseils et intermédiaires pour ces rachats, fusions, acquisitions, etc... ont constitué 27% de l’ensemble de leurs revenus, avec la plus forte progression enregistrée depuis sept ans (sept ans plus tôt, en 1999, nous étions à la veille de l’explosion de la bulle Internet !).

Par ailleurs, en 2006 déjà, ces revenus avaient dû compenser les pertes générées par les premiers effets de la crise des « subprimes ».

En 2007, les pertes liées au marché hypothécaire ont littéralement explosé par rapport à 2006, et, comme on peut le constater, les revenus de conseils et intermédiaires des grandes transactions financières se sont taris11.

Nul besoin d’être un grand clerc pour en conclure que ces banques vont connaître entre la fin 2007 et le début 2008 une crise très grave qui va entraîner pour certaines des pertes auxquelles elles ne pourront pas faire face.

Ce que nous voyons aujourd’hui de la crise n’est selon LEAP/E2020 que les signaux avant-coureurs de cette crise bancaire. LEAP/E2020 Laboratoire Européen d’Anticipation Politique GEAB n° 19 - 15/11/2007

Notes :

-  1 : Tony James a utilisé cette expression pour décrire l’environnement financier qui a conduit sa société de capital-investissement, l’une des « merveilles » de Wall Street il y a encore peu, à afficher une perte de 113 Millions USD (source Forbes, 12/11/2007). Blackstone a été introduite en bourse l’année passée comme d’autres méga fonds d’investissements, KKR et Fortress par exemple. Notre équipe avait d’ailleurs prévenu au Printemps dernier que ces introductions en bourse visaient sans aucun doute à mutualiser les pertes à venir plutôt que les bénéfices passés. C’est désormais confirmé.

-  2 : Comme c’est le déjà le cas avec le « super-conduit Paulson » (voir GEAB N°18).

-  3 : Pour plus de détails sur ces degrés d’exposition aux risques financiers américains, consulter notamment les GEAB N°16, 17 et 18.

-  4 : C’est à dire qu’ils commencent à peine à comprendre la nature « systémique » de la crise. Jusqu’à présent, ils ont d’abord nié l’existence d’une crise, pour, depuis quelques mois, la traiter comme un épisode habituel des cycles économico-financiers.

-  5 : Source : Bloomberg, 13/11/2007

-  6 : Source : The451Group, 01/10/2007

-  7 : Source : YahooNews/Reuters, 14/11/2007

-  8 : Source : Financial Information Service, 21/09/2007

-  9 : Pour peu qu’on parvienne à convaincre un nombre suffisant d’opérateurs financiers de vous prêter la somme correspondante.

-  10 : Source : SeekingAlpha, 25/11/2007

-  11 : Il faut lire sur ce sujet le remarquable article de Diana Choyleva, de Lombard Street Research, publié sur AlphaVille, 06/08/2007

source : newropeans-magazine

De : LEAP/E2020 vendredi 16 novembre 2007

Lu sur : Bellaciao



Publié le 16 novembre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Les quatre facteurs déclencheurs d’une grande faillite bancaire
    17 novembre 2007, par noir ,noir
    la finance ,l’économie,les saigneurs ............. ne doivent rien avoir a faire des citoyens des USA ,mais pas d’avantage des citoyens européens,ainsi couler les états doit faire parti d’un plan de purification géant :-D
  • Les quatre facteurs déclencheurs d’une grande faillite bancaire
    27 janvier 2016, par SophiaJames
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  • Les quatre facteurs déclencheurs d’une grande faillite bancaire
    31 janvier 2017, par Fredella
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