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Cinq ans après, le déni démocratique
de Bernard Giusti

Catégorie politique
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Il y a cinq ans, Jacques Chirac affrontait Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles et Vendémiaire voyait le jour. A l’époque, maintes raisons avaient été avancées par les commentateurs de tous bords pour tenter d’expliquer ce que la grande majorité des Français considérait comme un « scénario catastrophe », un camouflet à la démocratie. Pour notre part, l’une des raisons majeures que nous avancions alors résidait dans la méfiance des électeurs à l’égard des politiques politiciennes mises en œuvre dans les partis, et le fossé grandissant entre les électeurs et leurs élus, ces derniers non seulement ne remplissant plus leur rôle de courroie de transmission démocratique, mais plus encore se consacrant pour la plupart à mettre en œuvre ou soutenir des politiques pour lesquelles ils n’avaient pas été mandatés par leurs électeurs. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a été élu Président de la République.

Entre ces deux présidentielles, le référendum sur la Constitution européenne a eu lieu et a été largement rejeté par les Français.

Mais une fois de plus la majorité des élus, tous les présidentiables en tête (Sarkozy, Royal, Bayrou), ont bafoué la volonté populaire et se livrent sans vergogne à un déni de démocratie.

Cinq ans après, le déficit démocratique s’est donc considérablement accentué, et le fossé déjà important à l’époque entre les électeurs et leurs élus s’est encore creusé. En dehors de la Constitution européenne, les exemples sont si nombreux qu’on ne saurait les recenser tous. Passons sur les déclarations de telle candidate aux présidentielles déclarant après coup qu’elle avait fait des promesses sans y croire, que c’était juste par stratégie électorale. Certes, la plupart des électeurs ne sont pas dupes sur les promesses qui leur sont faites régulièrement, mais nul doute qu’ils auront apprécié le cynisme de cette candidate et le respect qu’elle leur porte... Passons sur ces élus ou ces représentants de parti soi-disant de gauche qui collaborent sans vergogne avec leurs adversaires (ou supposés tels) d’hier, confortant ainsi une politique pour laquelle ils n’ont pas été élus, bien au contraire :

à se demander pourquoi aller voter...

Les électeurs ont clairement et largement refusé la Constitution européenne lors du référendum. Pourtant il va leur être imposé, sans consultation cette fois, après un rapide toilettage qui ne fait pas illusion. Cela pourrait faire penser à un dialogue comique : « Alors, c’est oui ou non ? » - « Non ! » - « C’est pas une réponse... », si l’enjeu n’était pas si dramatique.

La Constitution européenne, rebaptisée Traité simplifié pour les besoins du maquillage, va être imposée aux forceps malgré l’opposition majoritaire des citoyens européens : n’oublions pas que là où elle avait été acceptée, c’était uniquement dans les pays où des parlements aux ordres l’avait votée, contre la majorité de leurs électeurs réciproques. C’est bien ce qui va se passer en France, et l’adoption de ce Traité se traduira notamment par l’accroissement de la pauvreté et des inégalités.

Cinq ans après, l’ultralibéralisme est au pouvoir, affublé de son costume populiste et avec la collaboration effective de la gauche caviar.

La gauche s’est éparpillée dans de vaines querelles de partis.

La chasse aux électeurs prime sur l’affirmation et la défense des valeurs fondamentales, tant de la République que de la gauche.

La pauvreté est en croissance exponentielle. Etc., etc.

Tout cela ne porterait guère à l’optimisme si certains signes ne venaient pas éclaircir un peu le tableau.

Si les partis se sont largement déconsidérés aux yeux de la plupart des électeurs, ces derniers continuent à défendre leurs idées sur le terrain, et on voit poindre quelques frémissements qui pourraient augurer des lendemains qui ne chantent pas pour les libéraux de droite et de « gauche ». Les récentes élections professionnelles, dans la Santé par exemple, bien que marquées elles aussi par l’abstention, ont largement donné la majorité aux syndicats les plus combatifs, contrairement aux élections politiques. Il semble bien qu’un nombre important de travailleurs, convaincus de ne plus pouvoir compter sur leurs élus politiques pour les défendre, a fortiori sur les politiques nationales appliquées au cours des dernières décennies, se tournent de plus en plus vers des actions qu’ils gèrent et maîtrisent eux-mêmes, ou tout au moins vers des actions sur lesquelles ils ont directement prise. Les grèves qui ont commencé et vont se poursuivre sont sous cet angle très significatives. Faute de structures politiques crédibles, le politique semble devoir s’exprimer de plus en plus à travers les syndicats, mais aussi à travers les associations de citoyens. Sur le plan syndical, il n’est pas sûr que cela soit souhaitable, notamment quant au bon fonctionnement des rouages démocratiques. Mais à partir du moment où les partis font défaut, on se saurait le reprocher aux travailleurs. Les dirigeants syndicaux sauront-ils réagir et seront-ils à la hauteur de leurs responsabilités ? Peut-être là aussi faudra-t-il aller à l’encontre de « la plaie de l’institutionnalisation » qui a stérilisé les partis... (1)

Il reste que le fameux « renouveau » de la gauche, c’est-à-dire en pratique la capacité de mettre à la disposition de ceux qui luttent sur le terrain une structure politique capable de canaliser et d’optimiser ces luttes, et donc capable de les transformer en victoire politique, dépend largement de la bataille idéologique. En dehors des intellectuels « officiels », ceux qui sont médiatisés car ne présentant aucun danger réel pour le libéralisme actuellement triomphant (2), des réflexions sérieuses et fécondes sont poursuivies (3), réflexions que nous devons soutenir, faire connaître et poursuivre afin de préparer l’avenir.

Cinq ans après, le combat politique, idéologique, social et culturel est plus que jamais nécessaire.

Les valeurs transmises par les Lumières, loin d’être obsolètes, ont à l’heure actuelle retrouvé toute leur dimension révolutionnaire. Nous devons continuer à affirmer les valeurs de la République face à celles de l’Europe libérale, et faire des Lumières et de la République le socle de notre action. Quoi de plus révolutionnaire à l’heure actuelle que de se battre pour la liberté, l’égalité et la fraternité ?

-  Bernard Giusti

1 Sur ce thème, lire l’article de Denis Cohen, « Syndicalisme et politique » 2 Un bon exemple en est fourni par BHL - voir l’article qui lui est consacré 3 Voir le dossier « Penser l’Histoire »

-  source : Vendémiaire



Publié le 1er décembre 2007  par torpedo


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Forum de l'article
  • Cinq ans après, le déni démocratique
    de Bernard Giusti
    29 janvier 2016, par Sara
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