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Suisse : Le taser est-il une chaise électrique de poche ?
par Philippe Poirson

Catégorie société
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(JPEG) Les Etats ont décidé hier de refuser l’usage de pistolets à électrochocs lors de renvois d’étrangers. Ces pistolets, impliqués dans près de 300 décès aux Etats-Unis et au Canada, n’a jamais fait l’objet d’une étude sérieuse. Pour les médecins, c’est est une arme mortelle.

La "chaise électrique de poche", ainsi que les banlieues étasuniennes ont surnommé le Taser, sera-t-elle en circulation dans les rues helvétiques ? L’article 15 de la Loi sur les mesures de contraintes, s’il est accepté par les Chambres fédérales, permettrait aux polices d’utiliser le Taser X26, notamment lors d’expulsions de réfugiés, de manifestations ou face à des personnes en "crise de nerf". Le pistolet électrocutant est pourtant très controversé en raison des nombreux décès consécutifs à son usage et aux dérives que sa qualification d’arme "non létale" favorise.

Au 1er octobre, Amnesty International recensait depuis 2001, 291 personnes décédées aux Etats-Unis et au Canada "après avoir été touchées par un Taser de la police".

Depuis, d’autres morts, dont deux au Canada, se sont ajoutés à la liste. Mais pourquoi ne pas simplement dire que ces personnes ont été tuées "par un Taser" ? En partie parce que les légistes n’ont établi la responsabilité directe du pistolet électrocutant que pour 30 cas. Pour la plupart des décès, les médecins ont conclu à l’effet conjugué du Taser X26 à d’autres facteurs tels qu’abus de drogues, blessures ou défaillances cardiaques. Pour quelques cas, l’arme a même été disculpée.

Soupçons de corruption

Cependant, les soupçons de corruption de responsables canadiens par l’entreprise étasunienne Taser Inc., récemment révélés par Globe and Mail (1) , laissent planer le doute. En cause notamment, James Cairns, médecin légiste de l’Ontario et expert très sollicité sur la question, à qui le fabricant d’armes aurait offert des voyages en avion.

Une autre raison de prendre des précautions rhétoriques est le réflexe de la multinationale à porter plainte pour diffamation lorsqu’on impute la cause de ces décès à son arme fétiche (2). Et les avocats du marchand d’armes ont beau jeu dans le flou entourant le pistolet à électrocution. En effet, bien qu’il soit utilisé depuis 2001, aucune étude indépendante sérieuse n’a jamais été réalisée, ni sur ses effets sur la santé (3) ni sur ses conditions d’usage.

Demande de moratoire

Malgré la demande insistante d’Amnesty International d’un moratoire dans l’attente d’une telle enquête, cela n’a pas empêché plusieurs pays dont les Etats-Unis, le Canada, l’Angleterre, la France et la Suisse, depuis 2003, de doter leurs forces de l’ordre de l’arme dite "non létale".

Mais le Taser l’est-il vraiment ?

Le Taser X26 peut être utilisé à bout touchant ou à distance en propulsant jusqu’à dix mètres deux fléchettes de cinq centimètres reliées à des fils. Pouvant percer d’épais blousons de cuir, les lames se fichent sur la personne visée et délivrent une décharge de 50 000 volts à 2 milliampères, et à une cadence de 15 à 19 impulsions par seconde durant cinq secondes. Une durée limite fixée pour des raisons de sécurité mais qui peut être dépassée en réitérant les tirs (4).

La personne touchée se retrouve immédiatement paralysée, ses muscles ne la portent plus et elle tombe au sol.

Les témoignages de rescapés insistent sur les douleurs indescriptibles, mais aussi sur les difficultés à respirer (5).

-  Mais comment le Taser agit-il au niveau physiologique ?

En l’absence d’études rigoureuses, son mode d’action reste obscur. Le champ électrique induit par les 50 000 volts semble à la fois toucher le système nerveux et provoquer une contraction des muscles. Selon la firme, son pistolet électrocutant serait doté d’une technologie unique : les ondes NMI, pour "neuro-muscular incapacitation". C’est sa manière d’interférer sur le système nerveux qui en ferait une arme électrique originale. "Cette onde (NMI) brouille la commande neuromusculaire et provoque une forte contraction des muscles moteurs et uniquement ceux-ci", peut-on lire sur le site Taser.fr. Frédéric Defrasne, porte-parole de Taser France, précise : "Le principe est de couper l’onde T qui véhicule, à travers les nerfs, les commandes du cerveau aux muscles."

Un appareil "très dangereux"

Certes, avancer l’unicité de la technologie d’un pistolet électrique a un goût de publicité. Cependant, l’interférence évoquée sur le système nerveux mérite attention. L’onde T correspond à la phase de repolarisation des ventricules cardiaques (6). "Le grand risque avec cette arme est de provoquer un arrêt cardiaque. Le coeur fonctionne avec des courants électriques pour se synchroniser. Une forte décharge peut le troubler et entraîner une arythmie. Cet appareil est très dangereux", explique Bertrand Buchs, membre du conseil de l’Association des médecins genevois. Ce brouillage du coeur pourrait expliquer les cas de fibrillations consécutives à des décharges de X26, notamment celle d’un adolescent en février 2005 à Chicago (7).

Outre les troubles du rythme cardiaque, des scientifiques ont constaté des montées du taux d’acide dans le sang et des surchauffes du corps lors d’électrochocs répétés ou prolongés7. Ces effets, en se conjuguant aux états physiques ou psychologiques des personnes les plus susceptibles de subir une intervention avec Taser, rendent l’arme extrêmement dangereuse, selon Jacques De Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH). "Des organes comme le coeur sont plus sensibles à l’électricité dans des situations de stress intense, comme lors d’expulsion ou d’arrestation. Le Taser doit être considéré comme une arme mortelle et régi avec les mêmes restrictions qu’une arme à feu."

Philippe Poirson

-  Note :

(1) Le Globe and Mail du 1er décembre révèle qu’une enquête du comité fédéral des Communes est ouverte à ce propos. (2) Olivier Besancenot, de la Ligue communiste révolutionnaire en France, est poursuivi pour avoir déclaré sur Canal + "Le taser a tué 250 personnes". (3) En Juillet 2004, le New York Times révèle que la firme Taser s’est contentée de tester le M26, modèle précédent le X26, sur un cochon et quatre chiens. (4) Lire notre édition du 6 décembre et Mediablog.romandie.com (5) Voir le documentaire de l’émission "Effet papillon" de Canal+, notamment sur le site raidh.org (6) R. Klabunde, Cardiovascular Physiology Concepts. (7) Selon le New York Times du 2 septembre 2005, le rapport du docteur Wayne H. Franklin, de l’hôpital de Chicago, met en cause directement le Taser.

source : Radio Air Libre



Publié le 14 décembre 2007  par torpedo


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