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Elle rêvait d’un studio, d’un lit pour son aïné...

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(JPEG) Alexandra Rossi-Landi, journaliste, employait une des victimes de l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra. Elle nous livre son témoignage.

« Maira était en France depuis dix ans. Elle n’avait habité que dans des chambres de bonnes, sous-louées ou sous-sous-louées. Depuis dix ans, tous ses revenus lui étaient versés en liquide. Pendant ces dix années, Maira a consulté de nombreux médecins, notamment pour le suivi de ses deux grossesses, puis après, pour faire soigner ses deux garçons, âgés de 4 et 2 ans. Elle a aussi rencontré des dizaines d’assistantes sociales de la Ville de Paris, ainsi que les instituteurs de son fils aîné. Elle a, bien entendu, demandé à être régularisée. Pour cela, il lui a fallu écrire à la préfecture de police, et joindre des justificatifs de sa présence en France.

Certificats médicaux, d’hospitalisation, d’hébergement, factures Edf, attestations sur l’honneur. Malheureusement pas celles de ses employeurs, qui ne demandaient pas mieux que de la déclarer, dès qu’elle aurait obtenu des papiers.

« Les réponses de l’administration se suivent et se ressemblent. C’est une lettre type qui vous invite à quitter le territoire dans les quinze jours.

Maira travaillait chez moi depuis six mois. Elle s’occupait de mon fils, qui a maintenant 11 mois. Je l’avais connue grâce à une amie, qui employait elle-même une jeune Philippine, en France depuis dix ans, sans papiers. Tous les jours de la semaine, qu’elle soit malade ou qu’elle ait passé une nuit blanche à cause d’un de ses enfants, Maira arrivait à la maison, et mon fils souriait. Tous les matins, samedi compris, Maira se rendait tôt dans un restaurant du VIIe arrondissement pour faire le ménage. Le père de ses enfants, en France depuis dix ans, sans papiers, était d’ailleurs occasionnellement cuisinier dans ce restaurant.

« Pendant dix ans, Maira a gardé des générations d’enfants des beaux quartiers. Elle a aussi nettoyé de beaux appartements, de ces appartements qu’on dit "bourgeois", et qui ont souvent deux portes de sortie, et des fenêtres jusque dans les salles de bains, c’est toujours plus pratique en cas d’incendie.

« Je ne sais pas ce qu’elle pensait en nettoyant la chambre à coucher de 15 m2 d’un bébé né au bon endroit, ni même si elle a jamais établi une comparaison avec la chambre à coucher de 6 m2 qu’elle occupait, moyennant 500 euros par mois, avec sa famille. Elle se contentait de travailler, de travailler dur. Et elle cherchait un autre logement.

« Elle rêvait d’un studio, où elle aurait eu la place de mettre un lit pour l’aîné de ses enfants, qui était bien trop grand pour partager l’unique lit du couple.

« Maira, son mari et ses deux enfants occupaient une chambre au troisième étage de l’hôtel Paris-Opéra. Ils sont morts tous les quatre. »

source :

-  libération

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Publié le 18 avril 2005  par torpedo


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