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Kavall records : interview d’Ibrahim Gueye par Séverine Capeille

Catégorie Musique
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-  Bonjour Ibrahim, tu es le directeur général du label Kavall Records, que tu as crée il y a un an. Parle nous d’abord de toi et de cette dichotomie entre ton métier initial dans l’informatique et tes nouvelles activités artistiques. Pourquoi ce changement si radical ? Tu avais déjà ce projet avant de rencontrer Dial ?

J’étais en effet Directeur de la Division Grands Comptes Internationaux dans une multinationale américaine et je n’avais jamais imaginé travailler dans l’industrie musicale. Lorsque j’ai quitté cette multinationale, je souhaitais me diriger vers la finance, mais au hasard d’une rencontre tout a basculé.

- Comment fait-on pour monter un label ? C’est une entreprise vraiment comme une autre ?

Un label est effectivement une entreprise comme une autre. Cependant il y a toujours une connotation de légèreté et d’insouciance attachées à une activité musicale ou artistique. Or non seulement un label musical nourrit les mêmes aspirations qu’une entreprise classique mais il a la contrainte supplémentaire de devoir gérer des carrières, des ambitions et des espoirs.

- Est-il plus difficile de parler aux banquiers ou aux artistes ?

Dans notre activité, il est aussi compliqué de parler aux uns qu’aux autres. Les banquiers comprennent trop peu cette activité pour vous accompagner correctement et certains artistes pensent que vous disposez d’une planche à billets. Dieu merci, nous venons de rencontrer une banquière formidable.

- Vers qui te tournes-tu pour demander conseil ? Tu connais d’autres producteurs ?

J’ai en effet rencontré quelques producteurs et patrons de labels avec qui j’ai échangé de temps à autre. Par contre, ma rencontre avec Bouya Ndoye, Manager de Ismaël Lô a été déterminante puisque de manière totalement gratuite et désintéressée, il m’a fait rencontrer à son tour de nombreux acteurs de la profession. C’est un être exceptionnel, d’une générosité et d’une intégrité rares de nos jours.

- Il y a cinq personnes dans ton équipe. Tu peux nous parler d’elles ? Sont elles toutes aussi polyvalentes que toi ou ont-elles un rôle bien déterminé ?

Nous sommes en effet une équipe réduite donc chacun tient une place importante et doit être efficace en permanence pour permettre à tout le monde d’avancer.

D’abord, il y a Patrick mon alter ego qui s’occupe des orientations artistiques. Il est très compétent et c’est un gros travailleur ; sans lui nous n’aurions jamais réalisé les progrès enregistrés depuis la création du label. Il est indispensable à notre bon fonctionnement.

Caroline Lifshitz, un auteur qui manipule avec beaucoup de subtilité et de finesse la langue française. Ses textes sont de toute beauté.

Yves : ingénieur du son, réalisateur qui a travaillé avec les plus grands dont Peter Gabriel et Manu Dibango

Armandine qui s’occupe des Relatiosn Extérieures

Haze notre « compositeur-maison »

Nous allons collaborer plus étroitement avec Philippe Osman, réalisateur de renom qui a travaillé avec Yannick Noah, Zazie et bien d’autres.

Mais il y a aussi d’autres personnes avec qui nous travaillons ponctuellement.

- Ta collaboration avec Dial est due à un heureux hasard, une rencontre dans une galerie d’art. Mais de façon générale, comment procèdes-tu pour le recrutement des artistes ? Ce sont eux qui te contactent ou tu préfères dénicher les nouveaux talents par toi-même ?

J’ai rencontré Dial grâce à la peinture puisqu’il est peintre et moi je collectionne des œuvres d’art depuis quelques années. Nous ne sommes pas vraiment à la recherche de nouveaux artistes puisque nous préférons concentrer nos efforts au développement et au succès de ceux que nous avons déjà. Mais le bouche à oreille fonctionne bien dans ce secteur aussi et nous avons pratiquement toutes les semaines de nouveaux candidats.

- Fénomène10’gla et Dial, deux personnes que j’ai pu rencontrer et qui se distinguent par leur énergie et leur optimisme. Ce sont des qualités nécessaires pour toi ? La personnalité des artistes, au-delà de leur talent, est-elle importante à tes yeux ?

Notre premier critère de choix est la personnalité. Nos artistes sont tous énergiques et surtout de grands travailleurs car le talent n’est rien sans le travail.

- Quelles sont les deux principales qualités nécessaires pour être producteur ?

Je suis peut-être trop jeune dans ce métier pour répondre avec exactitude à cette question, même si KAVALL RECORDS a réalisé de belles choses et jouit d’une excellente réputation. Il me semble néanmoins qu’il faut d’abord avoir les qualités d’un chef d’entreprise dont la rigueur et la capacité à prévoir et anticiper mais aussi une forte dimension humaine pour appréhender les aspirations, doutes, joies, succès de ses artistes.

- Tu voudrais contribuer à la professionnalisation du secteur concernant la musique urbaine et africaine. Tu peux nous expliquer ?

Nous voulons simplement être des professionnels. J’apporte dans cette entreprise toute l’expérience acquise dans mes précédentes fonctions, ce qui nous permet d’avoir des process clairs, de prévoir à court, moyen et long terme. Nous souhaitons être aussi rigoureux que dans l’industrie pharmaceutique ou l’informatique. Si notre fonctionnement sert d’exemple tant mieux mais il est certain que nous n’avons aucune intention ou prétention de dire aux autres comment ils doivent mener leurs barques.

- Tu privilégies le hip hop, le dancehall, le RNB, la soul-rock... Est-ce que ce sont des styles qui nécessitent de prendre plus de risques que d’autres ?

Etre producteur c’est toujours prendre un risque puisque dans ce métier, il y a indéniablement un facteur chance que vous ne pouvez évidemment pas maitriser.

- Quelles sont tes références musicales ?

J’ai grandi au Sénégal et le peuple sénégalais a une extraordinaire culture musicale. J’ai baigné dans des ambiances très différentes avec du Rythm’N Blues : (Otis Redding, James Brown...), Salsa, Meringué, Reggae plus tard le Disco puis la Funky Music. J’entendais souvent la musique de mes oncles maternels qui avaient longtemps vécus en France : Bécaud, Aznavour, Dalida, Johnny. Je dis « j’entendais » parce qu’à cette époque, il n’y avait pas d’intention de ma part, j’écoutais parce que j’étais là, avec eux. Paradoxalement c’est à ma majorité que j’ai commencé à écouter le mbalax, la musique populaire sénégalaise.

- Quels sont les lieux que tu affectionnes tout particulièrement pour écouter de la musique ?

Je peux écouter de la musique partout. En ce moment c’est beaucoup dans la voiture et au bureau.

- Il y a un(e) artiste que tu aurais voulu produire ? Il y a un(e) artiste que tu voudrais absolument rencontrer ?

Bob Marley ! Ce n’est malheureusement plus possible.

- Et si je te dis « copyleft »... ?

Nous sommes aujourd’hui dans un secteur en pleine mutation. Nous avons besoin de trouver de nouveaux moyens de faire circuler la musique et la faire partager au plus grand nombre. Le « copyleft » est un des moyens. Il faut néanmoins souligner que les artistes ont fait beaucoup d’efforts pour rendre la musique accessible à tous mais il faut aussi que la société dans son ensemble veille à protéger les artistes afin que la création musicale et artistique reste de bonne qualité. Un album, c’est plusieurs mois voire années de travail avec de nombreux intervenants et il est plus déterminant pour l’avenir de respecter le travail de toutes ces personnes. Comme j’ai coutume de dire, personne n’oserait entrer dans une galerie d’art et repartir avec une œuvre sous le bras sans payer, manger au restaurant ou faire une course en taxi sans payer non plus. Ce qu’on n’ose pas faire aux autres, il n’y a pas de raison qu’on le fasse subir à l’industrie musicale.

- Quelle place occupe Internet dans ta vie ?

Une place de plus en plus grande d’autant plus que nous travaillons à l’international et nous pouvons ainsi communiquer plus aisément avec nos interlocuteurs qu’ils soient artistes, distributeurs, fabricants.

- Dans quelques jours, les disques de Fénomen10’gla, et Blackapar vont sortir dans les bacs... D’abord, comment te sens-tu ? Angoissé ou serein ?

Je suis serein comme toutes les personnes qui ont travaillé sur ces projets car nous n’avons ménagé aucun effort ni financier, ni artistique afin d’en faire des projets de très bonne facture. Nous avons travaillé avec de très grands compositeurs tels Scorblaze (Sefyu, Rohff, Admiral T, Perle Lama...), Nomad, Get Large, Mister Franky (Krys, Princesse Lover...) des ingénieurs son comme Fred le magicien (Booba, Corneille, Mafia k1fry, Axel Bauer...) Les premières séances d’écoute que nous avons réalisées nous confortent dans ce sentiment mais comme je vous le disais plus haut, il y a toujours le facteur chance qu’aucun producteur ou artiste ne peut maîtriser.

- Comment as-tu rencontré Fénomen10’gla ?

C’est amusant ! Patrick connaissant la nounou de ses enfants et c’est elle qui a créé la rencontre.

- Dial est passé au journal télévisé de 13h sur France2. Sa carrière semble bien amorcée...

Dial est un véritable professionnel. Il tourne depuis des années dans la France entière et il séduit le public partout où il passe. Je suis très content pour lui que sa notoriété grandisse au fil des semaines.

- Blackapar, c’est du rap engagé, militant ?

Militant, je ne pense pas. Engagé certainement.

- Tu as d’autres artistes en ce moment en studio ?

Il y a Nawal. C’est une nantaise d’origine marocaine ; elle fait de la new pop (du Rnb mélangé avec des rythmes electro comme Christina Aguilera). Elle a une pure voix qui séduit tous ceux qui l’écoutent. Elle a d’ailleurs été finaliste du concours 2M, qui est l’équivalent de la star académie au Maroc. Son album est en cours de production.

- Keny Arkana dit dans une interview que « Le rap actuel est déconnecté de la réalité. Il s’est mis hors des luttes. Les rappeurs à la mode ne pensent qu’au fric ». Qu’en penses-tu ?

C’est son opinion. Vous n’êtes pas obligés d’être pauvres pour être sensibles au maux de la société et même de les dénoncer.

- Peut-on voir les artistes de Kavall Records se produire sur scène ?

Les artistes reçoivent de plus en plus de sollicitations et se produisent donc de plus en plus. Nous essayons cependant de ne pas nous disperser et de concentrer nos efforts sur la réalisation des albums.

- Tu reviens du Sénégal où tu as pu rencontrer les groupes Wa Flash, Pacotille et Fou Malade. Parle-nous de cette expérience.

J’ai eu le bonheur de rencontrer le groupe Waflash lors de sa tournée européenne de cet été. J’étais un fan inconditionnel depuis plusieurs années car pour moi c’est le meilleur groupe du Sénégal. Une sympathie s’est tout de suite créée entre nous et nous avons donc décidé de travailler ensemble en commençant par le prochain album que nous voulons résolument international pour répondre à la demande d’un public que le connaît depuis longtemps, grâce aux festivals auxquels il participe régulièrement.

- Que signifie pour toi le mot « rencontre » ?

Les rencontres sont la ponctuation de la vie. Mon ami, le sculpteur Renaud Vassas me dit toujours que la vie est faite de rencontres, c’est ce qui nous permet de nous ouvrir aux autres et de nous enrichir en permanence.

- Wa Flash, Pacotille et Fou Malade : ce sont tous des rappeurs ?

Pacotille et Fou Malade sont parmi les rappeurs les plus connus au Sénégal, nous envisageons de leur faire faire des featurings avec Blackapar. Waflash est plus un groupe d’afrobeat, extrêmement talentueux, qui tourne beaucoup en Afrique de L’ouest et en Europe. Ils étaient récemment en Suède où ils ont eu un énorme succès.

- Tu penses repartir bientôt ? Ailleurs ?

Pour l’instant non puisque nous travaillons à la finalisation des projets Fenomen10gla, Blackapar et Dial.

- J’ai l’impression qu’il te faut toujours de nouveaux défis. Je me trompe ?

Ce ne sont pas vraiment des défis mais il est vrai que j’aime progresser et faire progresser mes collaborateurs. J’aime construire sur la durée et voir évoluer les choses.

- Tu donnes beaucoup aux autres. Mais est-ce que les autres te le rendent ?

Je pose les actes sans attendre des autres qu’ils fassent quelque chose pour moi. Je pense qu’il est important de toujours faire ce que l’on doit faire sans calcul.

- Qu’est-ce qui te révolte en ce moment ?

Beaucoup de choses mais en particulier l’injustice que je n’ai jamais supportée.

- Un proverbe Sénégalais qui te plait ?

Je pense plutôt à une pensée de Léopold Sédar Senghor : « Enracinement et ouverture ».

- Une fée te permet d’exaucer un vœu...

Que toute la planète puisse vivre en paix, que tout le monde puisse manger et boire à sa faim, se soigner. Cerise sur le gâteau, avoir accès à l’éducation. Je remercie tous les jours Dieu de m’avoir donné autant mais je souffre beaucoup de la souffrance des autres.

- Quel symbole te représenterait le mieux ?

Je ne sais vraiment pas.

- Quels sont tes projets ? Un grand studio professionnel ?

Nous projetons de travailler dans un studio encore mieux équipé. Travailler un peu plus avec des artistes outre atlantique par le biais de notre compositeur Haze qui est américain.

- Je te laisse le mot de la fin...

Plein de succès à mes artistes.

Visitez le site du label Kavall Records

source : Sistoeurs.net



Publié le 26 décembre 2007  par Séverine Capeille


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