e-torpedo le webzine sans barbeles



Le magazine Littéraire :
Franca Maï tout feu tout flamme
par Anne-Marie Koenig

Catégorie portrait
Il y a (17) contribution(s).

(JPEG)

N°472
Février 2008

Actrice, réalisatrice, photographe, chanteuse, réalisatrice de Web magazine, et romancière : Franca Maï fait preuve d’une hyperactivité qui témoigne d’une formidable passion de vivre.

Elle publie son sixième roman, l’Amour Carnassier.

Une résidence comme on en voit tant aux abords des petites villes. Rangés en blocs d’une couleur vaguement rose, les appartements sentent encore le neuf. Malgré le gentil cours d’eau en bout de piste, rien ne vient rappeler la douceur normande qui s’acharne à survivre à deux pas d’ici. Franca Maï détonne dans cette médiocrité architecturale. Les vieilles maisons humides, suitant leur ruine sur les côtes de Basse-Normandie, où elle habitait il y a deux ans encore, lui correspondaient mieux. Ici, ce n’est qu’une étape.

Et puis, Franca Maï se fiche des contingences matérielles, si c’est là le prix de la liberté, et de l’amour bien sûr.

D’amour ou d’érotisme, il en est beaucoup question dans les nouvelles et les six romans de Franca Maï. De l’amour passion jusqu’aux moches histoires de sexe et de viol, elle fouille au scalpel la folie et la barbarie humaines. Violeurs en série, tortionnaires de la guerre d’indochine, pédophiles, voyous minables... Les images de cruauté déstabilisent le lecteur par leur cadrage net, leur gros plan sans concession.

A travers cette violence crue, Franca Maï dissèque les rapports entre tortionnaire et victime.

Les mots peuvent-ils désarçonner la violence ? Comment enrayer le mécanisme infernal de la souffrance infligée pour sortir de sa propre souffrance ? La romancière approfondit les questions qui la passionnaient déjà en tant qu’actrice, réalisatrice, photographe, chanteuse et rédactrice de web magazine.

Une énergie étourdissante, un tourbillon d’activités qui commencèrent par la folie du grand écran. Franca Maï voulait fuir la morosité de la petite ville normande où elle grandissait vaille que vaille et devenir actrice. Fugue à 16 ans. Une rencontre avec un photographe lui met le pied à l’étrier. A 18 ans, elle tourne des petits rôles et voit son avenir d’actrice se dessiner quand un accident de voiture la défigure. Il lui en reste, presque trente ans après, une fine cicatrice sur la pommette gauche. C’est alors qu’elle change de répertoire. La nymphette joue les femmes-vampires et file un an au Mexique. Puis, elle fait des photos, monte un groupe de rock, rencontre Yorame et passe derrière la caméra. Ensemble, ils bâtissent une vie, réalisent des films alternatifs qu’elle adore projeter dans les cimetières. En même temps, elle écrit beaucoup, adaptant elle-même ses nouvelles pour le cinéma.

L’amour fait faire bien des folies. Des miracles aussi. Dans les années 2000, Franca Maï quitte tout pour vivre avec Didier et se propulse dans la littérature.

Tout partit d’une lettre, écrite sous forme de nouvelle à un homme qui bien sûr n’a rien compris. De rage, Franca Maï l’envoya à des éditeurs. Certains se montrèrent intéressés et, de mots en phrases, Momo qui kills sortit des limbes.

Au rythme d’un roman tous les ans, Franca Maï ajoute ses petits cailloux subversifs dans le paysage littéraire.

Elle en fait des lectures musicales, pour l’amour de la scène et du présent incandescent.

(JPEG)
Franca Maï
Crédit Photo : Mathieu Zazzo (2008)

En rez-de-chaussée, l’appartement où Franca Maï vit avec sa fille et Didier réussit à paraître accueillant, chaleureux. Bric-à-brac de toutes les passions. Une collection de statuettes de Vierge, inaugurée par sa tante religieuse, décline toute la gamme de cadeaux reçus par malentendus, gardés par affection, par amusement. Pas de salle à manger mais un cyber-salon. Une table couverte d’ordinateurs et de matériel électronique. Franca Maî fonda avec Didier (Di2) le webzine e-torpedo.net qu’elle alimente au quotidien d’articles : portraits, interviews, reportages sur la peinture, la littérature, la politique... Rapidité d’écriture, richesse de contacts, partages d’idées, tout fait mouche sur la Toile.

C’est le temps présent décuplé.

C’est aussi un levier pour qui rêve de changer le monde. Quand on refuse que "les riches marchent sur les pauvres, qu’un patron puisse délocaliser impunément, que les serments d’amour soient des illusions, que la bêtise humaine engrosse le racisme ", on n’a de cesse que les mots deviennent des outils pour mieux comprendre le dessous des cartes. C’est là une activité bénévole qui ne peut séduire que les tempéraments généreux.

En passant par francamai.net, on déniche le "Blog de feu" de Franca. On peut y lire des poèmes et nouvelles inédits, écouter ses lectures musicales, visionner les courts-métrages et les clips de ses chansons.

Lunettes fumées, habits noirs et ongles laqués, Franca Maï marche sur les braises. La vie en couleurs et en feux follets avant que la mort ne vienne mettre son goût de charogne.

Ses livres prônent le chaos total, le refus de la résignation et des destins pourris.

"L’être humain a besoin de rêver"

Sur ses sites internet et dans sa vie, Franca Maï venge tous ceux qui, croyant au paradis, sont tombés en enfer.

L’essentiel n’est-il pas de semer de la magie sur les jours gris ?

-  Un article d’Anne-Marie KOENIG pour le Magazine Littéraire

VIENT DE PARAITRE

(JPEG)

Les maisons cachent des drames. Elles pourraient abriter des paradis mais entérinent des carnages. Pour échapper au "désert programmé" qu’est son hameau perdu, Lou, une adolescente de 14 ans, observe les occupants de trois maisons. Trois histoires, celle de Fana et Manuelo, celle d’Ingrid Ziegerman et celle de Lou, racontent à la première personne l’amour et la violence, les rêves de liberté d’un monde utopique. Des destins qui courent à leur destruction.

Comme dans ses autres romans, Franca Maï met au centre des motivations la passion, qu’elle soit amoureuse et carnivore, ou souffrance et révolte. A la question récurrente des rapports de force entre tortionnaire et victime, elle ouvre une piste. " J’ai réalisé que la force mentale était une arme tout aussi redoutable pour se libérer de n’importe quelle chaîne "

Avec un stylo toujours trempé dans la rage, Franca Maï signe là un livre d’une parfaite maîtrise.

Amk

L’Amour Carnassier roman de Franca Maï
Cherche-Midi Editeur ISBN n° 978 2 7491 0972 5 204 pages 14 x 21, 14 € ttc France (2008)



Publié le 12 février 2008  par torpedo


envoyer
commenter
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin