e-torpedo le webzine sans barbeles



Réactions de Simone Veil
et d’Annette Wieviorka

Catégorie société
Il y a (3) contribution(s).

(JPEG)

Simone Veil

"Inimaginable, dramatique, injuste" : L’ancien ministre n’a pas de mots assez durs pour condamner la proposition de Nicolas Sarkozy de "confier la mémoire" d’un enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2. A la seconde, mon sang s’est glacé".

Simone Veil, qui assistait mercredi soir au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), n’a pas de mots assez durs pour condamner la proposition de Nicolas Sarkozy de "confier la mémoire" d’un enfant français victime de la Shoah à chaque élève de CM2, dès la rentrée prochaine.

"C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste, tranche l’ancien ministre, déportée à 16 ans et demi à Auschwitz. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans ! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort.

Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent - très bien - de ces sujets à l’école."

Aux yeux de Simone Veil, la suggestion du Président de la République risque, en prime, d’attiser les antagonismes religieux.

"Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ?" s’interroge-t-elle.

source : lexpress

Annette Wieviorka : "J’ai été choquée puis révoltée"

Propos recueilis par Alexandre Duyck Le Journal du Dimanche

Chercheuse au CNRS, l’historienne Annette Wieviorka est l’auteur de nombreux ouvrages sur la Shoah dont Auschwitz expliquée à ma fille (Seuil). La chercheuse estime qu’il n’y a pas de risque d’oubli et que la proposition du chef de l’Etat est même dangereuse pour la démocratie. Ce n’est pas le rôle du président que de s’occuper du contenu de l’enseignement scolaire.

Un "cadeau" ? Ce terme est insultant

"En entendant la proposition du président de la République, j’ai d’abord été choquée, puis révoltée. Et l’âge évoqué (10 ans) rend cette idée encore plus choquante. Mais mon hostilité aurait été identique à n’importe quel âge. Que veut-on faire ? Jumeler un enfant vivant et un enfant mort ? Donner au vivant la charge d’un fantôme, l’introduire dans la mort ? Doubler sa vie de la mort d’un autre ? C’est insupportable. "On ne traumatise pas un enfant en lui faisant ce cadeau de la mémoire d’un pays", a dit vendredi Nicolas Sarkozy. Un cadeau ? Mais ce terme est insultant ! La mémoire de ces enfants assassinés n’est certainement pas un cadeau. C’est une tragédie, une charge. Les enfants de 10 ans, on peut leur faire d’autres "merveilleux cadeaux" que celui-là. Alors comme Simone Veil, je trouve cette proposition "inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout injuste". Nos enfants, nos petits-enfants n’ont pas à porter des crimes qui ne sont pas ceux de leur génération. Il faut bien mal connaître les enfants pour faire une telle proposition, tout à fait indécente. A ce compte-là, si l’on veut aller plus loin encore dans l’obscénité, pourquoi pas servir la soupe d’Auschwitz à la cantine des écoles une fois par an ?

Lubie ou "coup" mémoriel

-  Pourquoi cette proposition ? Je ne sais pas.

Il n’y a pas eu de demande de la communauté juive. Je pense plutôt à une lubie ou à un "coup" mémoriel, plutôt raté puisqu’il me semble qu’à l’exception de Serge Klarsfeld, qui vit depuis des années en compagnie de ces enfants morts dont il a retrouvé les noms, et pour beaucoup d’entre eux les visages, ce dont nous lui sommes à jamais reconnaissants, la proposition n’a pas rencontré grand succès. Le président de la République avait déjà exigé que les enseignants célèbrent la mémoire de Guy Môquet. Ces injonctions, hors de propos, dont on comprend mal la logique, me semblent néfastes. Elles imposent un usage politique étroit de l’Histoire. De façon curieuse, elles plongent les enfants et les adolescents dans le culte d’enfants et d’adolescents de leur âge morts. Je trouve étrange et malsain que ce Président, qui prétend représenter la jeunesse, ne donne aux jeunes comme modèles que des jeunes assassinés, qui n’ont pas demandé à mourir. Nicolas Sarkozy doit trouver ces thèmes de la déportation et de la Résistance porteurs, moins glissants que d’autres périodes de l’Histoire qui seraient plus conflictuelles. Mais la façon dont il intervient dans le débat aboutit à faire de ces sujets, sur lesquels il y avait accord, des sujets de discorde. Parce qu’il s’agit de sa part d’injonctions qui ne sont ni pensées ni conçues dans la concertation. Encore une fois, ce sont des coups. Il n’y a ni réflexion ni profondeur.

Il n’y a pas de risque d’oubli

J’ai écrit Auschwitz expliqué à ma fille en pensant à des enfants de 14-15 ans, l’âge de ma fille à cette époque. Elle était en 3e. Je ne pense pas qu’il y ait un âge idéal pour évoquer la Shoah avec les jeunes. Ce que je sais, c’est qu’il faut attendre. Aborder le génocide des juifs à l’école primaire est selon moi une mauvaise chose. La spécificité de la Shoah n’est guère compréhensible aux écoliers.

-  Comment comprendre que des hommes sont venus chercher des enfants de leur âge, parfois dans leur propre école, pour aller les tuer à des milliers de kilomètres de là ?

C’est aujourd’hui encore incompréhensible à nos esprits d’adultes, ça l’est forcément pour des enfants. Il y a la littérature, les visites des survivants dans les classes, des films autant qu’on en veut, autant de moyens d’entrer dans cette Histoire sans ajouter cette surcharge émotionnelle insupportable. L’enseignement de la Shoah en France est très satisfaisant, énormément de choses ont été mises en place. Il est faux de dire, comme Nicolas Sarkozy : "Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que cela se reproduise." Il n’y a pas de risque d’oubli. Cette période historique est sans doute celle sur laquelle on insiste le plus au cours de la scolarité, celle pour laquelle les moyens les plus considérables sont déployés.

Dangereux pour la démocratie

Les enseignants n’aiment guère cette incursion du politique dans leurs classes. Certes, il leur reste la liberté de travailler selon leur conscience. Mais je trouve la démarche de Nicolas Sarkozy significative d’un manque de confiance à leur égard.

Avec lui, l’Etat se mêle trop de l’enseignement de l’Histoire.

Cela me choque beaucoup. Que l’Etat organise des célébrations, des commémorations, c’est normal. Mais un président de la République n’a pas à faire le métier des enseignants à leur place. C’est insultant. Il existe des procédures régissant la rédaction des programmes, il existe un ministère de l’Education nationale, avec des enseignants, des inspecteurs... Il n’a pas non plus à délivrer des bouts d’idéologie en permanence. C’est dangereux pour la liberté des historiens et pour la démocratie. Je fais en cela le rapprochement entre la proposition de Nicolas Sarkozy sur la mémoire des enfants juifs morts et ses discours de Saint-Jean-de-Latran et de Riyad sur la religion. On n’a jamais vu ça en France, un président de la République intervenant sans cesse à-propos ou hors de propos dans des domaines qui ne relèvent pas nécessairement de sa fonction. Nous avons en France une séparation entre l’Eglise et l’Etat et c’est très bien comme ça. Et ce n’est pas à lui de la remettre en cause. Ni de décider des enseignements que doivent recevoir les écoliers."

source : Le jdd



Publié le 18 février 2008  par torpedo


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
  • Réactions de Simone Veil
    et d’Annette Wieviorka
    18 février 2008, par delcuse
    c’est pour ça que madame Veil a été ministre d’un chef d’Etat imbécile. J’ai envie de hurler contre les traitres du genre "madame Veil". Alors, comme ça, Môdame est pas contente ? Bin chat alors.... dans quel camp elle joue sa partition ? Le libéralisme, c’est le pouvoir de l’argent, et elle ne peut pas l’ignorer. Et je trouve dégueu d’utiliser des prétextes pour faire valoir sa parole. j’ai rencontré cette personne lorsque je fréquentais activement Act-Up à l’époque de Clews Velays. J’ai vu le mensonge en direct. il me semble qu’il n’est pas bon de faire usage de la soufrance de l’histoire pour en faire l’histoire de la soufrance.
  • Réactions de Simone Veil
    et d’Annette Wieviorka
    19 février 2008, par régis

    Serge Klarsfeldt a engendré Arno Klarsfeldt. ON sait dans quel camp se trouve ce dernier. Choqué Arno Klarsfeldt ? Simone Weil ? On peut-être légitimement choqué. Comme on peut se féliciter de ce que l’UNICEF organise une pétition en faveur des enfants expulsés de France. Beau spectacle, horrible spectacle. Qui est la présidente de l’UNICEF ? Ann Venneman. Elle est républicaine. Elle a été secretaire d’Etat du gouvernement Bush. Il est probable qu’en hommage aux dépouilles calcinées d’enfants afghans et irakiens, elle a été nommée à la tête de l’UNICEF. Laquelle UNICEF bravant tous les dangers engage à signer une pétition en faveur des enfants expulsés en France. S’il y a une morale à tirer de cette histoire c’est une morale d’assassins, l’absence totale de morales donc. Il est probable qu’on nous soupçonnera d’aimer qu’il en soit ainsi. Nous aimons être surveillés, nous aimons qu’on épie chacun de nos gestes et qu’on les répercute pour nous faire admettre que nous n’avons plus une once de libertés. Quelques années après la Shoah, longtemps l’idée a courru, que les juifs s’étaient laissé mener à l’abattoir. On s’arrange pareillement, aujourd’hui, pour défaire des réputations. Il y a toujours beaucoup d’imbéciles pour les accréditer. La lacheté recouvre bien des masques et prend bien des attitudes pour se cacher, elle se manifeste sous des formes inattendues, telles que la perversité, la discrimination et l’ostracisme.

    Ce régime ne respecte pas plus le silence des morts, qu’il instrumentalise, qu’il ne respecte les vivants, et l’enfance en particulier. Arno Klarsfeldt en a apporté la preuve. Une victime de la Shoah a engendré un monstre.

  • Réactions de Simone Veil
    et d’Annette Wieviorka
    22 avril 2014, par waynedavies222
    De hecho resulta posible medir Relojes Especiales varios sucesivos con precisión sin precedentes a corto plazo, sin tener Replica Rolex que detener el cronógrafo presionando primero primero, restablecerla por un segundo, antes de elevarlo por un tercero y presión Patek Philippe replica final. El Flyback, complicación real de los cronógrafos mejores, permite que todas estas operaciones en una sola presión.
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin