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Disparition de Georges Tabaraud

Catégorie société
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(JPEG) Ancien directeur du Patriote-Côte d’Azur, résistant, ami de Pablo Picasso, Georges Tabaraud vient de disparaître à l’âge de 94 ans.

Georges Tabaraud, c’est une vie au service de la presse et du journalisme. C’est également une rencontre avec Pablo Picasso qui initia cet homme de l’écrit, de l’information à l’art pictural.

C’est enfin un engagement militant sans faille au sein de sa famille politique, le PCF, toujours avec un esprit critique.

Journaliste avant-guerre dans la presse parisienne, Georges Tabaraud participe au combat de la Résistance avant de devenir peu après la Libération le rédacteur en chef du "Patriote", puis son directeur jusqu’en 1977. « Pendant ces trente-trois années, j’ai aimé ce métier avec ses jours de gloire, ses jours de colère, ses échecs et ses réussites, ses grandes illusions et ses immenses joies, le dévouement de tous ses diffuseurs anonymes, présents chaque semaine dans leur carrefour ou leur tournée. Sans eux rien n’était possible », écrit-il dans son « papier » intitulé « Souvenirs des bonnes années ». Et d’ajouter aussitôt :

« Je dois au journal ma rencontre avec Picasso. Elle illuminera ma vie. »

Georges et Pablo, c’est l’histoire incroyable d’un jeune journaliste tout juste sorti des maquis FTP, seul disponible à la rédaction en cette journée ensoleillée d’août 1946, pour aller à la rencontre, sur une plage de Golfe-Juan, du génie espagnol qui venait, après son adhésion au PCF, de s’installer sur la Côte d’Azur en compagnie de l’éblouissante Françoise Gilot. « Pour moi, cette journée avait été extraordinaire, pleine de joie et d’admiration ; j’avais trouvé chez cet homme dont j’avais tant craint la rencontre, une fraternité, une gentillesse, une chaleur que jamais je n’aurais pu envisager. Je pensais en le quittant que jamais je n’oserai revenir », raconte-t-il dans un étonnant livre de souvenirs ("Mes années Picasso"ed.Plon) sur cette profonde amitié qui se noua entre eux, sans doute dès ce premier contact.

Dès lors, Georges Tabaraud fut le grand témoin du dernier tiers, particulièrement mouvementé, de la vie de Pablo Picasso, des fêtes données en son honneur à Vallauris en compagnie d’Aragon, de Cocteau, de Prévert, de son militantisme en faveur de la paix avec notamment la création de la fameuse colombe mais aussi des crises avec le PCF, par exemple lors de l’affaire du portrait de Staline et des drames, plus intimes, de la séparation avec Françoise. Toujours à l’affût, le Patriote étant devenu « le journal de Picasso » notamment à l’occasion de chaque carnaval de Nice, le journaliste communiste a également suivi de près cette période vallaurienne et antiboise particulièrement féconde durant laquelle le peintre découvrit les perspectives créatrices offertes par la céramique et réalisa sa célèbre fresque sur panneaux la Guerre et la Paix.

Sous sa responsabilité, « Le Patriote », installé avenue de la Victoire puis rue Pastorelli à Nice, sera une pépinière de journalistes rejoignant de nombreuses rédactions. Le Patriote sera aussi une étape obligée pour des écrivains tels Nucéra ou Jean-François Rey, futur Prix Inter-allié. Une école du graphisme aussi pour de grands créateurs comme l’artiste-plasticien Ernest Pignon Ernest ou le dessinateur Edmond Baudoin.

Et quelques « grandes plumes », au fil des ans, sont venues accroître le prestige de ce « petit journal départemental » : citons Max Gallo, Michel Butor, Louis Nucéra, Jacques Prévert, André Verdet ou encore Jean Cocteau. Sans oublier, après Picasso, une pléiade d’artistes talentueux enluminant régulièrement les colonnes du journal : Lurçat, Pignon, Pignon-Ernest, Magnelli, Kijno, Vernassa, Ben, Moretti, Clavé, Baudoin.

Militant communiste, en tant que directeur du journal, il sera confronté à la violence de l’OAS dans les années 60.

Georges Tabaraud est le pur produit d’une famille qui a souvent su dire non. Il s’inscrit dans la lignée d’un Charles Tabaraud, par exemple, Communard, poursuivi en justice pour son action politique, puis journaliste de renom.

Georges Delserre-Tabaraud, s’était retiré à Sclos-de-Contes, patrie de ses grands-parents où il cultivait ses oliviers et observait l’actualité et la vie politique.

Source : HUMANITE

Lu sur : BELLACIAO



Publié le 28 février 2008  par torpedo


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