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Points aveugles. Interstices.

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(JPEG) L’ordre en place est contesté, les insurrections comme de nouvelles approches de la vie se multiplient, un rapport de force, des idées et des pratiques émergent, la répression et le contrôle des individus s’érigent en « normes » ;

le basculement est inévitable.

Le changement ne dépendra que de notre capacité d’organisation, sans ces organisations ne résistant que contre leur propre perte. Structurons- nous autour d’une volonté de non retour, et de vies sans concessions, là où nous nous trouvons. Prenons le contrôle direct de nos vies sous tous ses aspects, ne laissons rien au triomphe des autorités étatiques et financières. « A bas l’argent, l’Etat, les flics et les patrons... »

La misère du quotidien consommable, capitalisé mondialement, manifesté et visible partout, la sacralisation de l’économie bureaucratisée de marché capitaliste mondialisée, la puissance de la nébuleuse et opaque sphère Politique verticale, semblent déstructurer toutes perspectives d’interactions humaines vivantes et dissoudre toutes les formes de rapport sensible au monde en nous séparant de celui-ci.

Individuellement, nous perpétuons le désir inhibé, l’existence castrée et les plaisirs refoulés comme si nous préférions souffrir réellement.

Ce que nous vivons aujourd’hui à l’échelle mondiale n’a nul besoin d’explicitation experte ; il est compréhensible par notre simple position personnelle : que l’on soit un vrai salaud ou un exploité ; les deux n’étant pas incompatibles.

Il est inutile de perpétuer les discours ennuyeux, monotones qui ne changent en rien l’état actuel des choses et prolongent l’attente d’une issue souhaitable aujourd’hui devenue incontournable. Nous connaissons déjà l’état de la catastrophe et nous en soupçonnons l’ampleur selon notre propre sensibilité, mais nous la dissimulons selon notre position et intérêt présent. Les constats établis, il nous faut juste cesser de croire. Le moment est à l’organisation et à la désobéissance permanente, bien plus qu’à la participation, la moralisation ou la reconstruction d’un monde épuisé que nous devrions soutenir et entretenir en partageant les maux engendrés par ce qu’est la civilisation. Nous devrions même, selon les dernières injonctions des « décideurs » ressentir de l’empathie, voire de la sympathie, envers la planification destructrice prenant aujourd’hui le tournant fashion de l’écologie.

L’instant est à la libération de la parole, à la multiplication des actes et des situations là où nous nous trouvons, là où nous habitons, là où nous avons senti le besoin de déserter pour donner suite à nos idées.

Notre implication locale et affective est à même de créer du lien, ce qui manque cruellement à tous ceux qui espèrent le trouver sur leur lieu de travail, à l’Ecole, en famille ou dans l’amitié superficielle.

Ces refuges sont autant de leurres ; ils ne représentent aucune force effective mais ont le mérite de propager quelques illusions que nous espérons partager.

Ce ne sont que les lieux de liens déguisés reflétant notre impuissance masochiste actuelle, des lieux de joies ou de souffrances, de tendresses ou de coups, d’abrutissement voire de révélations, de jouissances, de bonheur éphémère parfois, mais le plus sincèrement hypocrites. Certains d’entre eux peuvent être les bases où peut s’envisager le renversement irréversible de la situation actuelle en y impulsant de la consistance créative et joyeuse.

Une situation présente révélant un niveau de tension visible à chaque nouveau conflit libéré de son emprise totalitaire. La radicalité affichée lors de quelques évènements n’illustre que la volonté d’en finir, de s’organiser, de s’approprier ou de devenir le territoire. Des deux côtés.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le flic dont la panoplie témoigne davantage de la protection d’un certain sens de l’ordre étatisé que de la protection de l’individu. Le flic est d’ailleurs une barrière, il protège l’infamie, arrête et violente ceux qui la combattent. Le non respect des « forces de l’ordre » et les guet-apens qui leur sont tendus s’établissent en rapport ;

le moment opportun où devient visible l’affrontement de ceux qui désirent révéler une société de zombis en ce qu’elle est contre ceux qui la couronnent.

Du Chiapas aux cités des grandes villes occidentales ravagées par le fait économique du profit et de la rentabilité, ces conflits sont ceux de l’affirmation d’existences intérieures que l’on désire ne plus voir reléguées au simple rang d’espoir, d’utopie ou dans le sas irrespirable d’une attente promise telle une carotte au bout du bâton.

La volonté et la capacité d’agir contre les contraintes extérieures affligées à la vie prennent à certains moments la voie de l’affirmation d’un non retour et d’une volonté d’en découdre. La capacité d’agrégation et de propagation des situations destructrices de l’ordre imposé, en fait leur vitalité et annonce la possibilité d’inverser ou plutôt de renverser le cours des choses.

Elles balaient comme il se doit le règne de l’autorité financière de l’économie et des Etats punitifs conservant « l’ordre » imposé en exerçant une emprise sur nos vies. Ces actes sont des réponses, mais ne se suffisent pas à eux seuls.

La renaissance vers une société moins absurde, en dehors de cet ordre, se fera certainement si l’on parvient à sortir de nos étroites appartenances, si chacun se met à faire grève de soi en tant que simple pièce destinée à contribuer à la satisfaction d’une Croissance sans fin. Une grève comme pour rompre avec cette quête insatiable de l’accumulation en générale, propre à la Croissance comme fin en soi : de la « culture », à l’argent, aux objets, aux amis, aux cuites en passant par les conquêtes sexuelles.

Bref, avoir toujours plus en étant toujours moins, et combler indéfiniment ce vide généré par la création de l’absence inhérente à la logique capitaliste adaptée au monde.

La « grève de soi » n’est que l’affirmation d’une volonté de vivre en refusant une vie dédiée au prolongement d’un état de crise.

Cette grève est celle de la rencontre avec d’autres vivants pour en finir avec le triomphe de l’individualisation qui révèle à chacun sa propre vulnérabilité là où la compétition élimine les insoumis aux cultes de la concurrence. Nous pouvons vivre ici, en dehors des ruines d’un paysage dévasté dont je considère chaque pierre comme étant autant de projectiles potentiels. Rien ne sert de fuir.

Il faut au contraire, face à la violence d’un rapport au monde revêtir ce qu’il y a le plus d’humain : la vie excitée par la seule considération de celle-ci en abolissant tout ce qui la dénature et la rend inatteignable pour tous ceux qui s’épuisent dans ce qu’ils s’efforcent d’acquérir comme l’ensemble de ces gadgets et de ces loisirs séparés d’eux-mêmes.

La multiplication des espaces, des temps d’échanges de savoirs et de pratiques là où nous nous situons sont à même d’être à l’origine d’un renouveau.

Il faut s’organiser pour sortir de l’irréversible cataclysme en cours annonçant de bien triste jour à ceux qui « croient ».

Ceux qui ne croient plus ou pas, s’organisent déjà ou vivent déjà organisés.

Les quelques pages qui suivent constatent quelques uns des points qui nous sont familiers que nous désirons fuir. Un point révélé étant déjà ce que nous sommes en capacité de nous détourner, voire d’abattre.

Il offre un nouvel interstice, une nouvelle donne, des possibilités vivantes et rend risible toutes les autres.

Face à la gravité de la situation, nous n’allons tout de même pas pleurer ; il suffit juste de ne pas la conforter et d’envisager l’après maintenant en toute sérénité, sans complaisance envers le vieux monde, avec ceux qui le considèrent, et à juste titre, comme étranger à eux-mêmes. L’hémorragie est déjà trop importante, rien de ce qui est proposé ne pourra l’arrêter. Ne prenons pas la peine d’organiser quelconques funérailles ni de nous apitoyer sur le sort du défunt.

Réjouissons-nous, l’esclave ne va tout de même pas pleurer son maître !

En plus, les esprits sont ailleurs ; ils rejoignent le parti de la vie.

* Les points sont des représentations atomisées les unes des autres. Visiblement. Ils sont pourtant contenus dans un même ensemble perceptible là où règne la relation marchande, là où la civilisation a imposé ses codes, son empire, son organisation et sa pérennité.

Cette désorganisation totale quant à l’agencement de ces points est un choix ; le reflet d’une époque qui nous traverse, nous désorganise en détruisant la part de simplicité, d’authenticité, réelle mais dissimulée en ce nous travesti. N’importe quel point a une relation à un autre ; pris dans un ensemble, ils se font échos, s’établissent en norme en la définissant sans intervention étrangère à eux-mêmes ; c’est-à-dire sans notre implication vitale.

Critiquez ce choix. Le plus important réside ailleurs que dans cette mise en page.

L’important est même ailleurs que dans ces pages, il est à la fois dans ce que vous détestez mais que vous intériorisez : le fatalisme gangrenant les esprits.

* Evidemment qu’un autre monde est possible. Délaissez pour cela ceux qui prétendent l’établir sans votre consentement mis en activité. Vous risquez d’attendre longtemps, alors qu’il suffit de le construire là où l’on vit avec ceux qui en ont la force et qui le désire.

* Dans l’imaginaire collectif, avoir réussi sa vie c’est aussi avoir eu un travail, en exploitant les autres ou en se faisant exploiter puis profiter relativement du peu de temps qui nous reste lors de la retraite, le Salut, l’horizon paisible octroyé à ceux qui y parviennent. A moins que le capitalisme ne les enterre avant.

* « Il faut bien gagner sa vie », est la réponse toujours évoquée lorsque l’on s’interroge sur la raison de l’implication quotidienne consacrée à l’exercice d’un métier. Chaque jour, se lever à la même heure, vivre au même rythme sans être capable de discerner la différence entre la veille et le jour suivant ; chaque jour se suit et se ressemble. Aucune place pour l’improvisation ni l’excentricité ou l’immédiateté dans nos contrées remises aux mains du libre marché ;

doux euphémisme pour qualifier une économie basée sur la privation de toute humanité.

* La répétitivité de nos actes et l’implication aliénante au sein de notre environnement vécu est aujourd’hui une norme. Travailler, 35 heures par semaines, plus ou moins, peu importe, mais jusqu’à s’en abrutir pour réaliser des gestes non naturels totalement déconnectés de nos besoins, est la règle.

Travailler semble même être la seule source de reconnaissance sociale, en dehors de lui point de Salut comme si nous ne pouvions vivre sans lui en le substituant par la multiplicité des activités journalières séparées de toute abstraction comme le Capital et de tous ses instruments de mesure aussi absurdes les uns que les autres.

Nous n’avons rien à tirer d’un P.N.B. ni même du cours des bourses ; ils n’ont de sens que pour les besoins du maintien de ce système ; ils ne sont d’aucune nécessité pour la création d’une Humanité. Le travail définit selon les lois du capitalisme est sacralisé, l’on envisage rien d’autre en dehors de cette perception de l’activité humaine ; les intérêts de la mondialisation dépendant de cela.

C’est cette conception qu’il est nécessaire de renverser en renversant et détruisant ce qui fonde l’aliénation mais également en construisant cette autre chose là où nous nous situons pour enfin (re)découvrir les plaisirs humains étrangers au triomphe du tout argent et du temps passé à s’économiser.

* L’ouvrier ou le précaire manifestant pour « plus de CDI » le jour de ses RTT, comme l’étudiant aliéné par la dialectique du syndiqué ne s’insurgeant contre le seul CPE, ne se bat seulement pour, voire contre, son propre avenir, rarement pour remettre en cause ce qui produit la manifestation de son mécontentement.

La colère contre le sacrifice du temps présent, passant par, pour l’activité salariale et tout ce qui y prépare, comme l’Ecole, n’est que peu affirmée.

A chacun de ces moments de timide contestation, de peur de trop en demander, nous continuons de jouer le jeu. Exiger, élaborer, mettre en oeuvre quelque chose au lieu de se contenter de contester ou de protéger cet ordre, marquerait une nouvelle manière de concevoir la Politique en tant que domaine non détaché de nos conditions applicables d’existence ; en dehors de toutes autres considérations étrangères à celle-ci.

* Au fond, nous nous sentons bien dans la misère que nous répandons du haut de notre méprisante position de pays dits « développés » mais humainement retardés.

* Si cette misère est mondiale, elle n’est pas sans atteindre nos gestes du quotidien ; ils seraient même la cause de l’irradiation mondialisée en cours d’approfondissement. Inversement, un changement de conception et de pratiques de son quotidien serait la condition préalable à l’émergence d’une nouvelle société. Non pas dans l’esprit d’une révolution qui après un moment de perturbation du cours des choses rétablit ce qu’elle était censée renverser, mais dans l’esprit de l’aménagement d’un ensemble de solidarité, d’entraides, d’affects, d’activités et de coopérations humaines qui rendraient impossible tout retour à la normale, telle qu’elle est décrite sommairement dans ces points.

* Si l’on descendait dans la rue, la redessinant, sans mot d’ordre nécessaire, pour la prise en main totale de nos vies contre toutes les formes d’exploitations salariales ou de domination étatique ; contre toutes formes de coercition.

Si l’on se soulevait contre cette vie abrutissante de travailleur-consommateur lobotomisé.

Si l’on luttait pour une égalité effective, non pas celle de la possession égoïste mais celle du partage, des savoirs comme des pratiques, entre égaux, au sein d’un environnement réel et vivant en tout lieux ; alors là oui, l’on pourrait parler de victoire contre cette morale qui nous consigne dans une vie morose marquée par la répétitivité d’un quotidien s’inscrivant dans la platitude et l’inaccomplissement de l’Homme dépossédé de ses choix par des intérêts financiers.

* Certains experts ou écologistes conciliants proposent le « développement durable ». Les propositions pour une « croissance propre » ne sont que les solutions envisagées pour gérer au mieux les conséquences désastreuses d’un monde tel qu’il est, en espérant son prolongement tout en écartant ou en détournant les regards de ce qui paraît comme irréversible, puisqu’elle est déjà là :

« la crise ».

*Séparer le travail de l’esprit de celui du corps, revient à s’amputer d’une grande part de notre liberté, soit en étant dépendant des cercles de la distribution marchande et de ce qu’elle signifie pour ceux qui s’y laisse vivre, soit en se sentant tributaire de celui qui prétend « savoir » mais qui au fond diffuse la mise en ignorance en relatant sa part de vérité et uniquement celle-ci.

* L’on ne peut séparer ces compétences (penser et agir, dire et faire, écrire et construire), sous risque de dévaluer certains savoirs par le biais de critères sociaux construits par la présence de l’inégalité régulatrice de la machine.

Un savoir en vaut bien un autre ; chaque individu témoigne d’une égale intelligence.

Si les pratiques sont différentes parmi les individus, l’une ne peut être jugée comme étant supérieure à l’autre, même si l’Ecole est le lieu où s’opère la division arbitraire entre les savoirs fondamentaux et ceux jugés secondaires. « Il n’y a pas de hiérarchie entre les savoirs » d’après Julie Roux.

Il n’y a qu’une hiérarchie parmi les individus, tant soit elle infondée.

Les places salariales les plus pénibles sont pour moi celles du travail à la chaîne en usine. Bien trop souvent, ses occupants se disent qu’ils n’avaient qu’à mieux travailler à l’école. Cette réflexion témoigne de leur croyance envers l’Ecole et de sa justice scolaire qui distribuerait les filières et les débouchés comme autant de bons ou de mauvais points, en fonction des capacités acquises, des dons individuels ou des efforts personnels. Bienvenue dans l’imprégnation de la conception méritocratique de l’Etat républicain et des valeurs capitalistes qu’il contient comme l’efficacité, l’évaluation, la compétition. L’Ecole et le marché, bien que l’une se désirant extérieure à l’autre, partagent indéniablement la même cours de récréation.

Si l’école est bien perçue comme le lieu du « tri sélectif », elle est trop souvent estimée comme étant le lieu de la révélation des intelligences, justifiant ainsi la position sociale occupée par chacun.

Afin d’éviter sa destruction prématurée par les victimes et les conscients de cette cage, cette institution singe l’état schizophrénique en prétendant pallier aux inégalités par cet oxymore de « l’égalité des chances » héritée de Vichy, les rendant ainsi plus acceptables puisque conjoncturelles .

Par la reproduction ou le déplacement des inégalités, permises par la chance, l’Ecole remplit alors bien son rôle, en perpétuant par ses aigris et frustrés professeurs un état de misère du quotidien communicatif. La classe et ses programmes, tuent dès le plus jeune âge les aspirations à la liberté et aux jouissances intégrales des non parvenus encore en cette vie ennuyeuse des adultes qu’ils érigent en modèle du haut de leur prétentieuse position de perdant d’avec la vie ; la multiplication des incendiaires de toutes natures visant L’Ecole n’a alors rien de surprenant.

L’Ecole est surtout ce lieu préparant une vie sacrifiée au travail, sans nul autre horizon hormis celui de se cultiver au nom du culte de la distinction qui va de pair avec l’éloge de la séparation : la culture conçut comme « un plus » et non comme étant l’un de ces domaines dit de savoir repérable partout sans explication nécessaire, alimentant les capacités créatives illimitées propre et égale en chacun. L’explication n’a nul raison d’être, elle n’est pas un savoir mais seulement ce qui peut y conduire maladroitement ; elle détourne l’apprenant des objets qui l’animent directement mais encore faut-il s’en rendre compte. Le maître rend, par le fait de sa présence institutionnalisée, opaque et indisponible temporairement ce qu’aimerait connaître l’apprenant immédiatement ; mais ce dernier est soumis à la rigidité de la temporalité des programmes scolaires répondant à d’intérêts insaisissables en dehors ses logiques dominantes du moment extérieur à soi.

* L’observation, la relation directe, le besoin et la sympathie envers ce que l’on désire connaître est bien souvent ce qui permettra de changer durablement ce quelque chose d’en soi ; c’est-à-dire d’apprendre.

* Le travail est ressenti comme quelque chose d’épuisant et de peu épanouissant, mais pourtant l’on se bat pour sauvegarder son emploi à l’annonce d’un nouveau plan économique, d’une nouvelle vague de licenciement. L’on veut à tout pris un CDI, l’on accepte d’être exploité, de vendre son corps en donnant un prix au temps que l’on perd au bureau, à la boutique, à l’usine ou au service de l’Etat.

* L’on ressent parfois une haine exacerbée contre la hiérarchie et ceux qui nous assignent à un poste mais jamais cette haine ne s’exprime concrètement, jamais elle ne terrasse ce qui fait de nos vies une simple survie inorganisée. Le discours dominant est si prégnant qu’il parvient à qualifier ce totalitarisme de société démocratique.

Nous touchons là au point sensible qu’est la démocratie associée à l’illusion des peuples quant à leur souveraineté au sein d’un état démocratique.

L’acceptation de cette croyance haranguant la capacité de changement par l’activité démocratique, est inséparable de l’intériorisation de notions fédératrices comme celle de « société d’Hommes libres et égaux en droit ».

Ces qualificatifs lourds de sens semblent stériliser les actes réels que nous devrions leur associer : la liberté et l’égalité sans compromis pas même lorsque la Constitution d’un Etat les use au détriment de ce qu’ils signifient pour ceux qui leur donnent vie sans contrats ni lois préalables.

* L’habileté de la morale capitaliste est d’avoir su développer un réseau de communication et de diffusion permanente de ce que l’on doit faire, penser, porter, dire, manger en étant à chaque instant dans une relation capitaliste au monde.

Nos actes du quotidien doivent être au service de l’écoulement des marchandises produites. Du lever au coucher, on nous somme de les utiliser, de remplacer par du neuf ce que l’on a déjà, de changer d’appareil pour un plus « perfectionné », et plus généralement d’acheter « la lessive qui lave enfin plus blanc que blanc ».

Nous subissons une véritable pollution intellectuelle de part les messages véhiculés par les média de tout bord répétant inlassablement le même discours : ce produit facilitera votre quotidien, vous serez enfin heureux dans votre petite maison (que vous vous efforcez de combler par des choses vides) !

Le mensonge fait partie de la dialectique totalitaire.

Le capitalisme s’en ait accommodé. L’apologie des produits alimentaires issus de cette forme de production industrielle productiviste, délocalisée du vivant, en est un bel exemple. Les publicitaires n’hésitent pas à faire du partage d’un plat surgelé en famille, un moment agréable. La supercherie est poussé à son extrême quand on nous fait croire qu’ils sont préparés d’une manière traditionnelle avec des ingrédients on ne peut plus naturel.

Chaque nouvelle réclame harcèle ses spectateurs prêts à croire que l’on a enfin trouvé la recette miracle pour arrêter la progression visible de l’âge ou le produit qui permet de nettoyer sans frotter. Epaté ! Comme face à un magicien, le nouveau nous fascine, l’on croit volontiers à son efficacité d’autant plus que nous en avons la garantie par le fabricant garant du produit fabriqué : « satisfait ou remboursé » ou « élu produit de l’année ».

La vérité d’un message publicitaire est probablement à chercher dans l’inverse de ce que l’on nous en dit. Si les réelles conditions de production des produits consommés étaient aussi visibles que l’image de l’agréable sensation par l’acquisition, il pourrait y avoir une véritable remise en cause de tout cela.

* Le Che s’affiche comme n’importe quel logo de fast-food. « La lutte contre la vie chère » est repris par les grands distributeurs qui en font leur publicité. Ironie mesquine ou simple volonté de contenir, de vendre la révolte en l’intégrant a un système qu’elle est pourtant censée renverser.

*Le pire ennemi de la nature est incontestablement l’Homme muni de sa capacité d’abstraction financière meurtrière.

* Les empreintes que nous laissons derrière nous sont plus importantes que le temps qui passe. D’où la nécessité de les révéler.

* La virilité est à l’Homme ce qu’est le pouvoir aux puissants.

* Les insurrections des banlieues 2005, 2007, les dernières émeutes post-électorale au jour du triomphe de Sarkozy par l’illusoire isoloir, eurent la portée d’être différentes de ces manifestations réglées auxquelles nous nous sommes habitués. Les fameuses ritournelles de rentrée sociale manifestent cette habitude au goût amère de négociations dès lors que le mouvement « s’essouffle » ou est considéré comme tel par les organisations syndicales bureaucratisées toujours contre productive dans la pensée et l’acte révolutionnaire.

Celles-ci sont celles qui canalisent, orientent et masquent les réelles revendications contenues en chacun, non par véritable nécessité de se rendre utile pour les exploités, mais pour mieux assiéger les gestes et paroles de ceux-ci en évitant tout débordement envisageable. Le souci de leur devoir est d’instaurer le dialogue réclamé par le patronat ou par le gouvernement heureux de savoir à qui s’adresser en cas de « situation de crise » ; en situation qui risquerait de rendre possible tout non retour à la normale. C’est cette possibilité qui est davantage recherché chez les émeutiers dont on peut reconnaître la perspicacité quant aux conclusions qu’ils tirent des mouvements « pacifistes » qui gagneraient à être connu s’ils étaient effectivement efficaces.

Si ces entrées en scène des habituels gouvernés et exploités salariés ou non sont ponctuelles, elles inaugurent néanmoins un renouveau dans l’acte politique se distanciant de l’acceptation ordinaire de la démocratie représentative, voire une certaine défiance vis à vis de l’animation de la démocratie en général. L’inquiétude des hautes sphères détentrices du capital, du pouvoir et des esprits n’a donc rien d’étonnant, comme en témoigne la présence policière renforcée lors des sommets du G8. Ce sont bien ces soubresauts qui peuvent porter des coups au respect de l’ordre du règne des Etats capitalistes. La violente répression de ce type d’évènements témoigne de l’intérêt des Etats à maintenir cette machine ; peu leur importe le coût. Que des individus, luttant contre la tyrannie de la marchandise, soient tués par l’Etat au nom de leur engagement contre cette mondialisation, marque bien l’absence d’humanité de cette relation imposée au monde. Ne vous y trompez pas, nous sommes en guerre.

* Une guerre engagée contre le profit, la rentabilité, l’appropriation du vivant et de l’espace bref contre le tout marchandise, le tout argent, l’efficacité, le fatalisme, l’acceptation de l’inacceptable à toutes ses échelles, le paraître, l’uniformisation des pratiques ; une guerre contre les savoirs et les compétences distribuées à « la tête du client », la retenue, la souffrance plutôt que les jouissances, la docilité, le sentiment d’infériorité ou de puissance au lieu de l’égalité reconnue, la conformisation et l’aseptisations des esprits ; une guerre contre la tyrannie de la majorité hypnotisée par l’abondance des distances la séparant du vivant paralysé par ces guides stupides et prétentieux se voulant grand pédagogue, « Homme d’Etat » ou petit chef ; bref, une guerre latente et permanente contre toutes ces valeurs affichées ou sous jacentes dont Nous ; la multitude et la complexité que nous formons, devrait s’imprégner.

Difficile d’y échapper, à moins de se faire violence et d’accepter d’être considéré comme les nouveaux hérétiques de cette morale capitaliste.

* Que la tempête balaie tout sur son passage.

-  Qui sait aujourd’hui produire son beurre, son pain, ses légumes, tisser, bricoler, penser, jouer d’un instrument ou jouer tout court, lire la nature, soigner son proche, agir avec autrui, apprendre tout et n’importe quoi sans « maître » ... ?

-  Qui a au terme de sa vie, révélé, exploré la multiplicité des facultés physiques, morales et intellectuelles de l’individu ?

Peu de personnes, puisque nous sommes projetés dans un milieu où l’on nous assigne de savoir et de savoir-faire ce que l’on veut bien nous transmettre ; en jugeant ce « on » indispensable.

L’on nous a appris à désapprendre des gestes ancestraux dans ce milieu rationalisé que l’on nous demande de consommer.

S’en suit l’ennui, la dépression ou les loisirs comme palliatif ; c’est-à-dire par la vente de l’absence du vrai gratuit comme mode vie.

* Réapprenons ensemble à vivre plutôt que de transmettre naïvement aux jeunes générations à « vivre ensemble » en étant chacun à sa place.

* Bien souvent, d’après des « anciens », l’on ne croit pas toujours à ce que l’on a précédemment fait dans sa vie ; à savoir des actes aussi stupide que décerveleur, en conduisant par exemple un bus plus de 8 heure par jour. « Quels gâchis ! » Me disent-ils, une fois la prise de conscience tardive de vies perdues à la gagner. Pourtant, en nous nous organisant humainement nous pourrions profiter pleinement de ce que nous sommes, en ayant en l’esprit qu’une vie est bien trop brève pour être vendue.

« Profitez bien de votre jeunesse ! », est aussi ce que j’ai pu entendre parfois au simple retour d’une nuit d’ivresse.

-  Pourquoi ne pas profiter de toute sa vie en faisant preuve de sérieux et de responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous entourent et de ce qui nous entoure quotidiennement, dans un quotidien redécouvert, transformé et inaliénable ?

La prépondérance de l’avoir sur l’être semble l’emporter, comme l’efficacité l’emporte sur l’affectivité dans nos rapports avec autrui. Rien n’est gratuit ou désintéressé. Pas même le bonheur qui dans ce paradigme doit être inat-teignable, il doit être aperçu à tout moment par tous pour que chacun perpétue le cercle spectaculairement infernal du travailleur consommant.

L’illusion de la satisfaction ressentie dès lors que nous accédons à l’objet désiré alimente sans cesse le besoin d’acquérir mieux, voir autre chose. La conséquence d’un tel comportement fabriqué et entretenu dans cet univers de la multiplication des désirs monnayés, est que nous accomplissons notre existence à travers les objets. Ceux-ci, doivent être à notre « image », ils doivent nous ressembler et parfois même habiter notre corps comme ces puces RFID.

La voiture et le téléphone portable en sont deux exemples. La panne ou la perte de ces derniers est perçue comme la mutilation de notre propre corps.

Plus besoin de vivre alors si les objets le font à notre place !

L’apparente facilité communicative que certains d’entre eux sont censés procurer, nous éloignent pourtant les uns des autres. Les relations à distances sont privilégiées ; la mise en situation réelle de deux êtres communicants se raréfie. Ce n’est qu’une des conséquences de l’individualisme montant, de l’isolement comme échappatoire à notre propre mise à mort. Rien ne peut pourtant remplacer la présence physique lors d’un échange réel.

Seule, la rencontre spontanée procure d’ailleurs de vives émotions de part les regards et les gestes entre locuteurs.

La présence physique semble même aujourd’hui déranger comme en témoigne les regards bas et les corps qui s’évitent ici et là.

Un sentiment de honte semble envahir ceux qui vivent un rôle appris et bien joué, en s’accrochant chaque jour à un scénario les délaissant comme figurant indispensable dans un décor de plastique. Nous nous sommes retranchés derrière bon nombre d’artifices. Notre impossibilité à vivre heureux dans cette irréalité agencée, qui en demande toujours plus, est visible par la recherche de la fuite virtuelle.

Nous sommes de plus en plus à passer chaque jour davantage de temps face à un écran qu’il soit télévisé, informatique, moral, marchand ou étatique.

* Si la télé figure comme l’un des nombreux attributs pouvant être dénombré au sein de la société du spectacle qui érige l’aliéné en modèle ; elle permet de visualiser, à travers sa propagande, la séparation tel un non-sens diffus de la vie quotidienne doublée d’une misère affective et émotionnelle pour ceux qui en font leur échappatoire ou leur office les contenant misérablement dans ce qu’ils font en pensant s’en affranchir, parfois. Internet n’a pas bien plus de mérite, même si cette communication à distance semble offrir la possibilité de s’accomplir seul en ayant parfois l’impression d’appartenir à un groupe.

On y recherche l’amour, parfois son parti Politique. Elle inhibe pourtant en situation vécue ce qu’elle semble offrir ou plutôt monnayer virtuellement.

Ce mode de rapport au monde n’existe pas, Internet n’offre aucune visibilité, il ne permet que la dissipation de ce que l’on pourrait vivre. Mais non. Nous ne voulons plus vivre. Nous préférons nous enfermer, aigri et frustré en mettant nos rêves sur la toile comme si nous craignions de les vivre pleinement.

Nous entravons nous même notre liberté en quittant les lieux publics que nous délaissons à l’ineptie d’une économie de marché réellement appauvrissante.

Nous pensons qu’il est impossible de rêver ou plutôt de vivre nos rêves.

C’est aussi une énième décharge à frustrations ; un défouloir de ce que l’on ressent et un exercice d’accomplissement de ce que l’on est sans en donner la portée des actes réels. Ceci est d’autant plus vérifiable pour celui qui chercherait comment et avec qui mener sa lutte internationalisée et majoritaire, en fuyant les présents désireux de lutter et de s’émanciper là où ils se trouvent.

Rien ne sert de fuir là où nous nous situons ; Il serait stupide de penser que l’on peut trouver mieux ailleurs ; cet ailleurs se trouve en réalité n’importe où ; sous nos pied et entre nos mains.

*Que le spectacle s’achève, nous en connaissons la chute. Abaissons le rideau et cessons de jouer !

* La science et le Progrès ont longtemps cru dépasser les « lois supérieurs » de la nature en stimulant des générations d’individus avides de conquêtes marchandes, d’exploitation en tous genres et de séparation d’avec le vivant. La césure consommée ne tardera pourtant pas d’éveiller la nécessité de se plier aux exigences naturelles de ce qui peut nous être offert sans effort.

* Le règne de la domination, admise puisque existante, et l’exploitation barbare de soi pour le néant, sont bien réduites à une autorité inférieure au regard des forces de la nature nous rappelant notre vulnérabilité dès lors que nous la contemplons.

* La peinture, et tout ce qui est caractérisé comme « art » avec toute la part de subjectivité que cela comporte, est majoritairement perçue comme étant quelque chose à contempler puisqu’il ou elle a été réalisé par un professionnel. Le professionnel est donc « celui qui passe son temps à ».

L’autre, le spectateur-consommateur, admire ou achète.

Nous laissons l’art être à la portée de quelques uns. Nous pensons que seul quelques uns sont aptes pour le domaine artistique et à comprendre la signification d’une oeuvre. Nous nous interdisons donc tous d’être un peu artiste, de vivre la création.

Délaissons les sottes significations et les recherches insensées de celle-ci.

Il est à la portée de n’importe qui d’exprimer ses sentiments, son humeur du moment sur n’importe quel support. L’art n’est rien d’autre que l’expression d’un moi vivant.

Musical, plastique ou corporel, l’art est fait pour être vécu, non pour être contemplé. Ce qui manque à chacun c’est du temps.

Il faut le prendre car ce système ne nous le laissera pas de son plein gré, puis multiplier les possibilités de rencontres, toutes créatrices dès que nous l’admettons et les rendons ainsi.

Autrement dit, sorti de cette division du travail, il n’y aurait pas plus de raison de produire un jambon que de peindre.

*Le rôle de chacun est défini, borné, rationalisé par un « tri sélectif ».

* La production et la consommation localisée, le troc et le don ne sont plus les rapports existants privilégiés entre occidentalisés ou mondialisés uniformisés dans notre propre intégralité ; ce sont même les démons de ceux qui tirent profit d’un système auquel personne n’a jamais librement consenti en dehors de ses quelques instigateurs devenus de simples codes, normes, valeurs érigés en comportements dominants.

* Selon les spécialistes, toutes formes de production détournées de la morale capitaliste sont désormais impossibles, les pratiques ancestrales et traditionnelles sont qualifiées d’un « autre âge », disqualifiées d’avance.

En réalité, elles ne sont pas compatibles avec l’économie actuelle, ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’elles soient impossibles à (re)mettre en oeuvre ; ce discours, asséné par la sphère des experts, relève simplement d’une idéologie élevée au rang de nécessité vertueuse afin de mieux protéger et réprimer légitimement les attaques incessantes que subira cette économie absurde, jusqu’à son inévitable effondrement.

Les garants de l’ordre créé ne peuvent que catalyser son avènement tant une telle gestion engendre un désir de renversement muni d’une multiplication de questionnements vitaux.

L’Après s’ouvre dans une zone de liberté.

* Aucun temps n’est libre s’il est soumis à la nécessité d’y parvenir par l’argent ou par autre contrepartie. Aucune vie n’est libre si elle est obnubilée par la recherche d’une vie stable quotidiennement répétée et fade. Une vie est libre quand la considération de la souveraineté de celle-ci prime sur tout autre chose.

* Quand l’inédit, la jouissance, la découverte, la création, les liens humains renoués ; la passion, l’apprentissage en tant qu’appropriation de gestes utiles ; le respect des lieux harmonieusement vécus et d’espaces dont nous faisons usage en affinant la liberté créative, deviennent un mode de vie, nous pouvons enfin jouir et nous réjouir en portant en nous une existence révolutionnaire et épanouissante.

* La possibilité de changement ne peut être que directe, en reconnaissant à l’individu le choix de suivre des chemins déviants parmi ou avec d’autres, en impulsant des rapports à la vie d’un genre nouveau. De la multiplication de ces choix et des déplacements appliqués dépendra une émulation à même de détrôner l’unique vision sacralisée de l’accomplissement de l’être en tant que particule comme une autre apte à répondre aux injonctions de la consolidation d’une entreprise mondialement désastreuse, licencieuse de la vie.

Du renversement de cette tendance nous ne pouvons que nous égayer.

En là se situe le réel fondement de tout acte révolutionnaire désencombré des parades politiciennes des partis, des syndicats et de toutes les formes « d’organisations de gauche » dont le véritable combat est de renoncer à l’abrogation de la division capitaliste du travail et à ses répercussions altérant l’individu tenu au coeur d’une machine dont il est tenu à l’écart.

Un renoncement amorcé avant même de l’avoir effectivement combattu. La gauche et son extrême, ne désirant que le triomphe d’un Etat à même de gérer l’économie, à même d’exploiter à la place de propriétés privées chères à la gestion libérale du Capital, n’offrent aucune issue radicalement autre concernant la seule considération de l’individu et de son environnement vivant, familier et inestimable.

* Le retour à l’authenticité nécessite la destruction des sources de la colonisation mentales et physiques des individus ainsi qu’à l’humiliation constante de la société du spectacle agençant temporairement l’espace comme les pensées en détruisant plus qu’elle ne créée, en atrophiant plus qu’elle ne vitalise.

L’individu n’est pas lui-même. Il est avant tout un déraciné de sa terre projeté dans la sphère consumériste. Il est devenu la composante majeure du néant dans un mécanisme créateur de l’absence.

* L’habileté des reconnus « dominants » , au sein des Etats démocratiques, est d’avoir su reconnaître au Peuple, constitué d’individualités diverses, un pouvoir ou une souveraineté qu’il ne possède pas.

De plus, la (les) multitude(s) ont été habitué(s) à subir les lois, décrets ou autres directives puis à leur obéir, sous peine d’être considéré(s) comme étant hors la loi. Ce dressage démocratique ne peut l’être que par l’intériorisation de gestes, comme le bulletin dans l’urne et autres preuves de civisme, élevés au rang d’actes démocratiques.

Leur neutralité et leur bien fondé peuvent être discutés, puisqu’au fond la démocratie, telle qu’elle nous est vendue, n’est rien d’autre que l’outil préservant un système obsédé par la production de richesses et de « services » rendus aux citoyens.

Sous couvert d’une « cohésion sociale », la démocratie aurait pour vocation de tuer la parole de ceux que « l’on » juge de ne pas être digne d’être entendu, de ceux que l’on stigmatisent comme inaptes voir inadaptés à l’élaboration de ce que certains qualifient de décisions pragmatiques : A savoir, la généralisation et l’approfondissement de la marchandisation de l’espace, du temps et de tout le vivant en nous séparant de plus en plus de celui-ci pour être dépendant de tous ces placebos censés garantir un « mieux être » dans la catastrophe en cours plus qu’annoncée.

Cette économie comme cette vie passée à s’économiser, à bout de souffle, indiquent le moment adéquat pour envisager l’Après ; l’après capitalisme et l’après « Etats démocratiques ».

* Une société nouvelle, ou plutôt ce que la libération de la créativité détrônant le travail peut permettre, ne peut vivre et être vivable sans individus humbles et simples désirant vivre et « traiter autrui comme ils aimeraient être traité eux-mêmes », pour citer Kropotkine.

En cela, ce projet est irréalisable pour tous ceux qui croient en une société capitaliste libérale ou d’Etat, ruinant les individus derrière la marche personnelle de l’enrichissement de la performance concurrentielle d’un soi émietté, pillant les richesses simples et accessibles partout.

En revanche, elle est réalisable pour ceux qui ne désirent ni être les meilleurs, ni être les moins bons, ni même être rangés dans ce que la classification sociologique contre émancipatrice nomme catégorie socio-professionnelle.

* L’on considère l’individu, ici le fameux « citoyen », comme un éternel mineur, brutal et imbécile ayant besoin d’être représenté par quelques uns se situant arbitrairement au-dessus de tous les autres, en affichant quelques titres considérés comme étant autant de sésames à gouverner : les études, la naissance, l’éloquence, le charisme, la rhétorique, le savoir, l’expertise ou l’argent.

L’intériorisation de l’inégalité est probablement la condition nécessaire et préalable à la reconnaissance de quelconque représentation. Celle-ci permet à l’élite issue de l’acceptation de la pensée dominante de régner au-dessus du lot grâce à une économie ségrégative qui la dispense de tout autre chose hormis de gouverner ou plus quotidiennement d’éprouver quelconques sentiments pour ce « vieux monde ».

Nous y figurons comme si nous en étions les derniers.

Insurrections, émeutes, expériences humaines et remise en cause du « bain mondial », confortent cette hypothèse et annoncent inévitablement la volonté de précipiter le déshumanisant dans le gouffre du passé et d’enterrer le triomphe de l’argent abrutissant ceux qui s’épuisent à en vouloir chaque jour davantage au prix d’un dédain réel pour le vivant.

C’est dans cet espace émergeant que se constitue un espace Politique ; un lieu qui questionne au nom de quoi nous remplissons notre « devoir de bon citoyen » tel qui nous est présenté dès nos premières années passées au coeur de l’institution de cet Etat méritocratique : l’Ecole

*La sacralisation de l’élection est du même niveau que n’importe quelle compétition. L’électeur fait un pari sur le candidat qui lui paraît être le meilleur voire le moins pire, comme en 2002 sous la menace du chantage démocratique qui permit de faire triompher celui ou le parti de celui qui expulse, surveille et contrôle impunément, rend un culte démesuré au travail, privatise à outrance, démantèle le service public, remet l’ADN au goût du jour... bref le parti pris a été d’accélérer ce qui est partout et s’approfondit :

le triomphe accéléré de la déshumanisation.

Le vote est un défouloir, le moment du spectacle Politique où chacun espère voir son jockey franchir la ligne d’arrivée avant celui de son voisin.

Après avoir séduit un semblant de majorité, l’élu s’octroie le titre de représentant ainsi que le pouvoir de décider à la place de son électorat et de ceux même qui n’ont pas votés pour lui. Ces derniers représentent la réelle majorité si l’on ne tient compte que des seuls en droit de voter : ses opposants, les non-inscrits, les abstentionnistes et les votes blancs. Ceux-ci sont plus nombreux que ceux qui se sont prononcés volontairement pour un porte-parole qui ne portera que celle de sa vision du « monde ».

Bien entendu, si l’on y ajoute les moins de 18 ans ainsi que les présents sur la circonscription de l’élection, ceux que l’on désigne par étrangers ; nous énonçons là, la réelle majorité.

*Voter, c’est accepter notre incapacité construite de ne pouvoir infléchir directement le cour des choses ; c’est accepter de cautionner la présence d’un chef, c’est accepter la verticalité comme principe de gestion d’un lieu et la hiérarchisation infondée parmi les individus. Au fond, le vote ne garanti pas l’engagement personnel de celui qui a voté, ni même ses idées.

Voter, c’est choisir de ne pas agir ou du moins ce n’est rein faire de concret pour voir triompher ce que l’on considère comme être juste. Voter, se résume à se donner bonne conscience, on prend le temps de se déplacer le temps d’un scrutin en se dédouanant des maux engendrés par ceux qui dirigent puisqu’au fond nous considérons avoir fait notre devoir en jugeant avoir bien voté.

Ainsi, nous reconnaissons le pouvoir du nouvel élu puisque nous prenons part à un jeu dont on accepte que le pire des individus ait la possibilité d’avoir une emprise sur nos vies. C’est aussi postuler une intelligence inférieure « aux gouvernés » dont on reconnaît la seule capacité de subir les lois sans qu’ils aient besoin de les comprendre et de s’impliquer dans le contenu de ce qu’ils devraient accepter.

*La loi est ce qui contrarie le rapport normal entre égaux. L’existence triomphante et le désir des individus de s’appartenir à eux même, constitutif à une nouvelle ère, sauront composer sans ces normes séparées d’un tout incontrôlable puisque devenu vivant.

* Jamais plus je ne me plierai à une quelconque majorité et à son inhérente inconsistance. La majorité est une manière de nommer le néant et refoule la puissance personnelle créatrice contenant un autre. La mutilation individuelle est alors ce qui unit les séparés en une majorité invisible et silencieuse qui témoigne uniquement d’une certaine défaite.

* Une majorité n’a pas davantage raison qu’une minorité.

La position sociale ne justifie en rien la raison politique. Ces deux points suffisent à discréditer un système reposant sur ces deux principes qui valent tout autant que l’acceptation d’une monarchie de droit divin en son temps.

Le pouvoir n’est qu’une abstraction que quelques uns ont érigée en nécessité absolue.

La seule loi que je cautionnerais serait celle qui les supprime toutes. L’organisation locale pallierait ainsi aux carences multiples du quotidien, de l’affectif aux subsistances en passant par l’émancipation de chaque individu : Vive la Commune passée, celles qui se tissent et celles qui adviendront !

*L’élite et les divers rapports de force supranationaux, constitués par l’inertie des gouvernés accordant leur confiance à l’inconnue, dévaluent le ressenti de ceux qui subissent le plus durement les orientations libérales d’un quotidien de plus en plus précaire.

La précarité étant définie ici, comme la pénibilité de la vie accrue par des rythmes imposés par un Capital qui ne répond qu’à la constance de son accroissement en répandant l’atrophie du vivant et du vivable en l’incorporant dans un mouvement définissant les cours de la bourse.

Diriger, c’est faire prendre une direction ; déléguer c’est l’accepter.

Une décision n’est donc jamais neutre, elle est fonction de ceux qui la conçoivent et d’objectifs déterminés dans un contexte particulier : la mondialisation libérale dans laquelle les Etats et l’économie capitaliste se maintiennent par la violence, le contrôle, la peur, la hiérarchie et ses conséquences.

*Le fait d’envoyer ses enfants à l’Ecole en espérant une quelconque ascension sociale par rapport au milieu de naissance, témoigne de ce qu’est l’Ecole. La seule ascension souhaitable est pourtant celle de l’abolition de ce que produit cette institution dont la fonction réelle est celle d’abrutir bien plus que d’émanciper.

L’éducation se situe ailleurs ; partout même, en dehors de ce que l’on établit comme lieu ségrégué du reste. L’éducation est avant tout une volonté ; celle qui réside dans l’individu qui s’affine au gré des révélations de ce qu’il est.

Pourtant l’on croit bon lui inculquer la norme d’un environnement et d’un quotidien non enviable qu’est celui des adultes ; l’on délaisse et corrige pour cela l’instantanéité de l’enfant pour l’entrée dans la triste ronde d’une vie programmée abandonnant les lieux de la jouissance et de la coopération humaine bien plus enrichissantes que l’apprentissage d’une réalité nous enfermant comme esclaves.

* L’argent et sa répartition passe pour être l’engagement d’une solidarité. Ce n’est qu’en fait son placebo garantissant le bon fonctionnement de ce qui répand l’état de misère.

* Aujourd’hui comme hier, les structures syndicales tuent les mouvements contestataires. Le luddisme n’est plus le mode de révolte ouvrière privilégiée.

A la place, certains s’érigent comme des professionnels de la lutte en prenant le temps de roder une dialectique qui leur est propre, particulièrement efficace dès lors qu’il faille faire accepter à la « base » ce qu’on lui communique comme étant la nécessaire négociation ; soit l’amorce de la défaite par le compromis.

Les négociations ne se font pas sans contreparties, sans que le gouvernement et les instances bureaucratisées syndicales ne lâchent quelque chose ; ainsi les mouvements peuvent avoir l’impression d’avoir remporté une bataille en cas de compromis mais perversement, ils obstruent la visibilité d’une guerre dont seul une minorité à conscience.

* Les attaques néo-libérales, parfois trop exacerbées pour être acceptées majoritairement, réapparaissent en cas de mise en échec, sous un autre jour, déguisées pour finir par habiter notre quotidien. Le traité de la constitution européenne en est un bel exemple. Le peuple l’ayant rejeté une première fois, celui-ci réapparaît sous une forme « simplifiée » et la pilule est bien passée.

Ce n’est que la conséquence de l’acceptation de la démocratie en tant qu’horizon indépassable.

La formulation de son dépassement passe pour être ce qui nous conduira vers le chaos.

Contester son fondement, c’est établir de la vérité ; c’est s’extirper de l’opacité fondamentale la constituant ; Son assise, ses maîtres, ses stratégies et régimes totalitaires qu’elle peut amener, suffiraient à rendre suspect cette forme de gouvernement et par là même toute forme de gouvernement.

La société nouvelle se rendra à l’évidence qu’elle peut et quelle doit s’en passer ou du moins se passer de ses outils comme le vote ; les choix par consensus des présents, étant une marque de dépassement de la démocratie localement. Le vote et la représentation n’engagent en rien le « citoyen » puisqu’il est tout simplement tenu à l’écart de ce que l’on indique comme étant démocratique, donc légitime et légal.

Le devenir vivant n’a nul besoin de démocratie mais davantage de liens communs immédiats, inconnus à la majorité invisible dépassée par la croyance de sa totalité en réalité insaisissable ; celle-ci forme pour moi la véritable tendance abstentionniste (pour ce point, Mort à la démocratie de Léon de Mattis).

* Par pouvoir, j’entends davantage la capacité de n’importe qui à saisir l’importance de vivre pleinement, humainement, détourné de l’égocentrisme et de cette volonté irrationnelle qu’ont certains à ne vivre que pour l’accroissement illimité de leur capital familial en alimentant conjointement la Croissance.

Avoir du pouvoir, c’est être capable de se dégager de cette morale qui nous condamne dans un train de vie précédemment décrit.

Le pouvoir de l’individu c’est sa possibilité de vivre librement, créativement, spontanément, désintéressé, sans cette nuisance que lui confère une croyance aveugle envers le Capital.

* La Politique ne se limite pas aux frontières d’un Etat ; elle les transcende. Elle est la formulation de volontés ne répondant à aucune autre nécessité que de vivre pleinement.

Contrairement à la restriction opérée par les expropriateur de nos choix d’existence, la Politique ne consiste pas à gérer « consciencieusement l’économie nationale » alimentant les caisses d’un Etat soucieux de préserver la tenue d’un budget sans lequel il n’y a plus de raison de maintenir un Etat.

* La Politique est un lien ; un ensemble de pratiques, de connaissances communes ; c’est un rapport sensible au monde quotidien et n’a rien en commun avec l’usure ou l’argent.

C’est l’affinement poétique de l’être ni contraint ni spectateur ; c’est la conduite du vivant donnant de l’éclat à l’effervescence d’une vie proliférant dans cet instant inquantifiable qu’est la vie.

Loin d’être une affaire de spécialistes, c’est l’expression concrète de ce que nous désirons construire, non tant en terme de structure que de dialogue, de relations et de liaisons immédiates.

La Politique n’a pas de visage, encore moins de couleurs ; ce n’est pas non plus la préoccupation de quelques uns sous peine de les voir défilés en nouveaux Tartuffes déguisés à la place des anciens.

La Politique se fonde en l’absence de gouvernement ; c’est le rapport normal, vrai parmi les individus et non cette paralysie ahurissante qui draine les repas dès que la conversation est politique ; lors de ces échanges stériles qui consistent à mesurer, selon sa position, lesquels d’entre eux peuvent le moins nuire à mes intérêts qui en réalité ne sont que des refuges où prolifère l’absence.

Ce n’est pas un domaine à séparer de nous même puisque c’est de bel et bien de nous qu’il s’agit lorsque certains estiment faire de la politique. L’important réside alors ici.

La multiplication des Communes adviendra dès que nous cesserons de jouer le jeu ; dès que nous cesserons de canaliser nos énergies dans ce que nous « offre » ce qui est présentement à détruire pour le triomphe de sociétés de vivants désencombrées de la morbidité de l’abstraction financière figée, régnant telle une épée de Damoclès sur un monde sacrifié à sa destruction massive.

* En dehors de quelques individus soucieux d’ôter leur capacité de nuisance, aucun ne m’apportera autant qu’une immersion au sein de la nature.

* Le chantier des Hommes n’aura été que de ruiner celui de la nature.

* L’on ne vit réellement qu’avec ceux que nous voulons bien reconnaître.

* Les carriéristes politiques ou ceux qui y aspirent ne valent pas mieux que les Hommes d’Eglise.

*Voter, élire, déléguer, c’est laisser à certains la possibilité de s’exprimer en mon nom alors qu’ils n’ont rien à voir avec moi. Les états démocratiques ne sont que les constructions politiques transitoires succédant aux empires et royaumes ; mais, comme ces formes de gouvernements, la démocratie passera à posteriori comme l’attribut et l’instrument de tyrannies déguisées assiégeant majorité et minorités aveuglées par leur temps.

*La peine de mort et les guerres offensives ne sont pas étrangères à la démocratie.

* Développement durable, énergie renouvelable, commerce équitable, décroissance ne contribuent qu’à la préservation du vieux monde capitaliste en esquivant son écroulement indispensable pour le retour à la vie inhibant tout retour à l’anormal.

Quand les dominés luttent pour obtenir ce que possèdent ceux situés au-dessus d’eux, ils ne font en réalité qu’un pas de plus vers leur propre aliénation.

*Rien ne témoigne plus d’une certaine complaisance vis-à-vis du monde tel qu’il est que lorsque nous désirons supérieur notre pouvoir d’achat. Que nous gagnerions en existence à délaisser ce pouvoir pour le vouloir de vivre sans concessions.

* Le plaisir est synonyme d’acquisition, le bonheur passe pour être celui de l’abondance matérielle et de la multiplicité des connections technologiques. Pourtant, le règne de la marchandise étendue au monde n’a fait qu’éteindre les plaisirs offerts par la vie réelle et gratuite, en nous déconnectant les uns des autres.

* Le sauvage se déplace essentiellement pour se rendre à son travail, mange des plats surgelés et souffre de l’abondance, de la suralimentation et de la surconsommation. Peu lui importe le sacrifice de sa vie, le sauvage veut absolument accroître le capital de l’oikos.

Il contribue ainsi à l’enrichissement de la nation et à la destruction planétaire ; il paie des impôts et part en vacances à des moments bien déterminés. Le sauvage est programmé. Il dispose de multiples assurances pour assurer la protection de sa vie misérable ; il rêve d’être propriétaire et d’un écran nouvelle génération pour s’y réfugier.

Ce parasite ne veut pas perdre son temps qu’il considère comme de l’argent. Cet argent, il l’emprunte aux circuits financiers par son travail puis il le redistribue ensuite aux cercles aliénants de la consommation. Il est très croyant puisqu’il vote et se plie aisément aux ordres de toutes natures comme à la loi.

L’être vivant est exactement son contraire.

*Nous avons honte de ce à quoi nous participons à un tel point que nous n’osons sourire à l’inconnu. Nous sommes bien trop préoccupé pour cela.

* Le vieux monde est repéré par ceux qui le transgressent.

* Je baise, je sors, m’amuse vis et apprends après ma stupide et pénible journée de travail.

* Nous sommes comme pris au piège.

Nous nous comportons comme de dociles prisonniers dans l’attente d’une libération que l’on sait incertaine.

Préparons l’évasion ou le sac de la prison !

* Que chaque quartier, immeuble, commune, village ; que chaque espace gagné par la déconsidération d’une gestion rentable de ses occupants, s’organise afin d’enrayer ce fléau qu’est l’économie capitaliste en cette phase avancée, démocratiquement gérée. Nous devons vitalement quitter cette course à l’armement de chacun contre les autres, espérant quotidiennement franchir un nouveau seuil au sein d’une pyramide sociale dont l’effondrement est à soutenir ; l’ascenseur étant en panne, ce qui égaie déjà.

Multiplions les lieux communs d’échanges et d’activités formatrices où chacun apportera sa part d’humanité à l’autre, même inconnu, par le biais de la seule communication réelle habitée du seul principe de l’inaliénabilité de nos vies.

Approprions-nous localement l’espace et faisons en quelque chose de vivant plutôt que de laisser s’édifier les temples morbides de la consommation et les remparts destinés à la protection ou à la gestion de celle-ci. L’initiative revient à chacun.

Que les écrits, les projections alternatives, les lieux de vie gratuits, les moments de pensée collective, les actions spontanées anonymes agressant et destabilisant le vieux monde, que l’humiliation des investis supérieurs et la dégradation du nuisible, prolifèrent dans un élan d’assouvissement révolutionnaire.

Les corps ainsi libérés dessineraient une voie inverse à ce qu’ils auront combattu.

Des révoltes passées, nous n’avons qu’à retenir leurs échecs en fuyant dès que possible les stratégies et théories « centralisa-tristes ».

Aucun guide n’est à suivre, tout est une question d’implication et d’appropriation de chaque instant de nos vies.

Etre civilisé, c’est propager au monde son ignorance, la destruction, la domination et l’exploitation. C’est en être fier et s’ériger en exemple.

Si l’éducation émancipe, l’Ecole abrutit.

La laideur d’un environnement est d’autant moins perceptible qu’il nous est familier.

A force d’être entourés de machines, nous en sommes devenus.

Croyances, manifestations, ivresses, pétitions, anti-dépresseurs, écriture, loisirs, psy, couple et autres refuges sont d’un sens les recours possibles à la médiation des conséquences directes occasionnées par un système inhabitable.

D’un autre côté, ce ne sont que quelques uns de ses attributs collatéraux renforçant ce qu’il est.

* Nous parlons souvent pour ne rien dire ; de la pluie, du beau temps, du turbin, de notre culture de consommateur et de nos loisirs. Nous formulons nos propos depuis notre position ordinaire dominée par le pouvoir langagier effectif de proclamés ou devenus supérieurs. Nous oublions que parler est l’arme nécessaire à l’affranchissement des contraintes inhibant ce que nous pensons et désirons au plus profond de nous : l’abolition de l’inhumanité et de tout ce qui la perpétue.

* La culture de la séparation est devenue une activité à part entière élevée au rang de culte publicisé. C’est ce qui permet l’agrégation de ces quelques points aveugles.

L’après est ce qui naît à l’issue de ce qui est obsolète, destructeur, invivable.

Si l’après se positionne au-delà de ce qui est dominant, il ne prend pas moins ses racines dans ce qui est déjà là ; contre ce processus infernal qui ne pense pas, qui n’envisage rien d’autre que l’appauvrissement et le pillage de tout.

L’après n’impose rien et ne peut être envisagé par personne ; L’après s’impose de lui-même par la simple volonté créatrice de sa venue.

L’après s’expérimente déjà mais n’envisage en rien la « révolution » ou la « lutte finale » qui s’éloigne encore davantage à force d’être chanté mollement par ceux qui se détachent de ceux qui la font, ou de ceux qui croient la faire.

L’après est déjà une révolution.

L’après apparaît dès lors que nous détruisons les distances multiples séparant facticement les individus de ce qui leur est vital.

L’après est une réappropriation de toutes les activités et lieux de la vie. La relation humaine, encore inconnue sous toutes ses formes, envisageant l’individu comme un tout capable de tout, y règne en maître, sans maître.

Rien ne sert de s’y projeter, ça serait déjà le fuir.

L’après est tout autant imprévisible, protéiforme qu’inévitable. L’après ne s’envisage que dans la souveraineté de la vie.

Il s’affirme, se construit, se vit, s’inscrit sans que quiconque nous y contraint.

L’après est un désir.

Une volonté révolutionnaire du quotidien.

Plus qu’un art de vivre, c’est l’art de la vie.

L’après réside dans la multiplicité des déplacements, dans l’exploration de soi sans frontières, dans l’abolition des propriétés égoïstes.

L’après n’a nul besoin d’autorisation. Il ne s’inscrit nullement dans le droit. L’après est hors la loi. Il est parmi les individus. Entre égaux, entre tous.

Il n’exige que sa mise en situation, sa mise en mouvement en parasitant ce qui lui nuit, en déstabilisant ce qui l’inhibe, en humiliant ce qui l’ignore.

Partout. Tout le temps.

-  Loïc Henry. Janvier 2008 A diffuser librement. copyright/copyleft Loïc Henry / diogene.ch 2008.

Le texte est disponible selon les termes de la licence libre "créative commons" (http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/fr/%20) Points aveugles. Interstices.

Contact : dire-et-faire@no-log.org



Publié le 8 mars 2008  par loic henry


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  • Points aveugles. Interstices.
    8 mars 2008, par Sabine

    Vous devriez faire un tour sur le site du philosophe Vincent Cespedes, proche de vos vues (lisez ses articles) ! Il sort un livre le 26 mars : "Mai 68, la philosophie est dans la rue !" (éd. Larousse). Je mets un extrait de votre texte sur son blog Sabine

    http://www.vincentcespedes.net

  • Points aveugles. Interstices.
    12 avril 2008, par Delcuse
    Bon, ok, c’est un peu tard pour répondre, mais, hein ??? Alors, j’ai pas été loin dans la lecture, bicose, ça commence mal, si j’ose dire. Il y a une grosse différence entre un salaud exploité et un salaud qui exploite. Si vous voyez pas, carrément, vous êtes grave ; Un salaud exploité n’est qu’un idiot, tandis qu’un salaud qui exploite est franchement une ordure. Vous voyez pas la différence ? Marx, à force de se retourner dans sa tombe, a du tellement labourer la terre, qu’elle est bonne pour ensemencer...
  • Points aveugles. Interstices.
    8 décembre 2015, par SophiaJames
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  • Points aveugles. Interstices.
    5 octobre 2016, par isamsamantha
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