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Poudre aux yeux pour une casse sociale programmée

Catégorie politique
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(JPEG) Après les incursions répétées sur le terrain de la religion et de sa place dans la société (discours de Latran le 20 décembre 2007, discours de Riyad le 14 janvier 2008 et discours devant le CRIF le 13 février 2008), une proposition supposée pérenniser le devoir de mémoire sur l’holocauste (discours devant le CRIF encore), cette fois-ci c’est sur le problème des sectes que le pouvoir en place souhaite positionner le débat. Le tout en moins de deux mois. En plus c’est Emmanuelle Mignon, la "grosse tête" des conseillers de l’ombre du président (voir à ce sujet l’article très détaillé de Joseph Confavreux et Jade Lindgaard dans le numéro de Mouvements de novembre 2007 consacré à la New Droite) qui s’y colle. Bien entendu cette succession d’interventions provocatrices, très médiatiques et très médiatisées, traduit en partie l’idéologie du clan au pouvoir. Elles doivent donc, en tant que telles, être décortiquées, analysées et fermement critiquées et combattues puisqu’elles proposent une conception réactionnaire et dangereuse de la société,

visant à mettre sur un pied d’égalité approche "spiritualiste" et approche rationaliste du monde.

Cette opposition est au cœur des propos sur la laïcité et sur les sectes, mais concerne également la proposition de faire adopter par chaque élève de CM2 un enfant juif exécuté dans les camps de concentration. Il s’agit bien en effet de repousser le plus loin possible tout travail d’analyse historique rigoureux (et d’occulter la somme considérable de travaux effectués sur le sujet) au profit d’une approche basée uniquement sur le "brouillard des sentiments" comme le nomme Henri Pena-Ruiz dans son article publié dans Le Monde du 19 février 2008. La plus haute vigilance sur ces questions reste donc de mise.

Il serait cependant illusoire de considérer que là est le seul objectif de ces déclarations, mûrement réfléchies et dispensées avec la régularité d’un métronome. L’objectif principal est de faire diversion, de s’offrir à peu de frais des débats de société qui doivent permettre d’en masquer un plus embarrassant et surtout plus urgent, celui de la casse sociale initiée il y a plusieurs années (au moins depuis 2002 et l’ère Raffarin) et qui continue invariablement à s’accélérer.

Deux exemples sont caractéristiques de la régression en cours : la réforme des retraites et l’instauration de franchises médicales.

Dans les deux cas il s’agit de rompre avec un système datant d’après guerre et fondé, sur une solidarité intergénérationnelle dans le cas des retraites (les actifs financent les pensions des retraités) et sur une solidarité "interclasses" dans le cas de l’assurance maladie (chacun paie en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins). Les difficultés éprouvées pour contrer la dynamique en cours ont principalement deux origines :

-  L’appel au traditionnel "bon sens populaire" : l’espérance de vie augmente régulièrement, le ratio nombre de retraités / nombre d’actifs ainsi que les dépenses de santé augmentent en conséquence, il faut donc travailler plus longtemps et payer une part grandissante de ses soins, CQFD.
-  La justification officielle des réformes en cours (d’un cynisme exemplaire) : il s’agit de tout faire pour sauver les systèmes de financement actuels des retraites et de la santé auxquels les Français sont si attachés.

Combattre cet argumentaire demande un travail de pédagogie important et difficile, que la gauche a laissé aux mains des seuls syndicats, bien trop faibles en France pour pouvoir supporter cette charge [1].

En effet les réformes en cours touchent à un véritable choix de société (et donc à une question éminemment politique) et ne doivent pas se limiter au simple débat technique dans lequel on tente de les enfermer. La question est de savoir si oui ou non nous souhaitons que la société dans laquelle nous vivons prenne en charge ses membres les plus fragiles : les vieux et les malades.

Si la réponse est oui, alors on met en face le système de financement approprié, ce qui passe inévitablement par la question de la répartition des richesses générées chaque année dans la société. Il s’agit d’inverser la tendance de ces 20 dernières années qui consiste à faire supporter une part croissante des dépenses sociales au travail au profit du capital. Cette tendance est parfaitement illustrée dans le livre de Michel Husson "Les casseurs de l’Etat social" (éditions La Découverte) présentant notamment l’évolution de la répartition entre salaire (direct ou non) et profit (réinvesti ou distribué sous forme de revenus financiers), de la valeur ajoutée des entreprises en France entre 1982 et 2002.

La tendance est nette : la part des salaires a reculé de 8 points

pendant que celle des profits (transformés en dividendes) a augmenté d’autant [2]. L’auteur montre qu’inverser cette tendance permettrait de maintenir le financement des retraites et de la sécurité sociale à son niveau actuel. A l’heure du parler "sans tabou" et de la "rupture", c’est bien à ce niveau là qu’il faut maintenir le débat.

La période de régression sociale à laquelle on assiste actuellement n’est pas inéluctable, seulement elle est rendue plus difficile à combattre du fait des multiples foyers qu’allument Sarkozy et ses troupes et dont le but est de noyer la gauche dans une multitude de luttes.

Religion, génétique, justice, culture, tous les thèmes éternels des luttes progressistes y passent. Ces thèmes de combat ne doivent cependant pas être l’écran de fumée derrière lequel s’opère la destruction de notre système social.

Frédéric Bumbieler et Mahdia Hattab pour La Bifurcation (voir le blog)



Publié le 14 mars 2008  par La Bifurcation

[1] On a vu par exemple, lors des grèves cheminotes de novembre 2007, que seul SUD Rail s’est engagé sur ce terrain en s’efforçant de démontrer que l’objectif de la réforme des retraites est bien de passer d’un système de financement par répartition à un système de financement par capitalisation, les autres Organisations Syndicales se contentant du discours de défense des acquis sociaux, voué à l’échec vu la politique de division pratiquée par les gouvernements successifs : réforme Balladur de 1993 pour le secteur privé, réforme Fillon de 2003 pour le secteur public et enfin réforme Bertrand de 2007 pour les régimes spéciaux.

[2] Michel Rocard lui-même, qu’on ne peut pas taxer de sympathie anti-capitaliste excessive, évoque dans Le Monde du 5 mars 2008, une baisse de 10% de la part des salaires (directs et indirects) dans le PIB du pays, ces 30 dernières années.


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  • Poudre aux yeux pour une casse sociale programmée
    29 janvier 2016, par Sara
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