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Les Derniers Cow-boys français, la chronique de Melle Poussin

Catégorie édition
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Voici la chronique de

Mademoiselle Poussin

, version écrite et complète, sur le roman d’Andy Vérol : Les Derniers Cow-boys français

(JPEG)

Certains d’entre vous connaissent peut-être déjà Andy verol puisqu’il sévit énormément sur le web. Il fait partie du collectif Hirsute. Hirsute, c’est une nébuleuse littéraire sur Internet, un collectif qui s’est dissous, reconstitué, agrandit, diminué... J’ai demandé à Andy Vérol de m’en dire plus sur Hirsute :« C’est une nébuleuse très floue, très étendue qui touche des poètes amateurs, des errants Internet, des scribouillards énervés, etc. De tout. Vraiment. Je garde l’appellation Hirsute sur mon site parce que chacun peut venir y vomir, y crier, y gueuler. Des souffrances sont exprimées, des illuminés parlent, des tarés, des dépressifs, des gens décalés, ... Toute la frange du monde qui me plait... Je ne suis pas le chef, ni le leader, ni le directeur de publication. Je mets en ligne un tas de choses, parfois sans corriger... » Si vous avez envie d’aller voir ou de vous répandre à votre tour dans cette nébuleuse littéraire allez sur : Andy Vérol & Hirsute

Vous pouvez également découvrir Andy Vérol sur myspace : où il se présente lui-même comme ’Une petite frappe de la littérature’.

Sur son blog, il vous invite à : « plonger dans (m)a littérature de qualité aléatoire, imbibée de contradictions, mais qui n’est autre qu’une quête... Nier le monde, déformer les idées reçues, emmerder tout, tout le temps, éternellement, merde ! Je m’y engage solennellement devant vous, quidams affamés ! ».

Voilà, Andy Verol est dans cette conception de l’écriture désinhibée, libérée des carcans littéraires, libérée tout court.

Il le dit lui-même : la qualité de ces textes diffusés sur le web est aléatoire et répond à une forme de quête littéraire bien à lui... Son premier roman, Les Derniers Cow-boys Français, s’inscrit dans le contexte de cette forme de quête littéraire bien spécifique. C’est publié dans la Collection Pylône, une maison d’édition vouée au pilonnage comme le montre la note d’intention de son fondateur Alexande Hurel.« Pylône : des livres énervés. Insolents, râleurs, rageurs. Bien écrits.Autant dire , des livres énervants.Pas seulement une nouvelle maison d’éditions.Plus certainement, une nouvelle façon d’être énervé. »

Si ça vous intrigue, visitez-leur site

Les Derniers Cow-boys Français, c’est l’histoire d’un flic qui est surtout un pauvre type : passif et insignifiant, il mène une vie pas drôle partagée entre ses patrouilles dans Paris et sa vie de couple/vie de famille pas reluisante.

-  Banal ?

Pas vraiment, dans le sens où il est encore plus lâche et couard que la plupart des types comme ça... A titre indicatif, voilà comment il présente son boulot de flic, qui consiste à patrouiller dans Paris : « Montmartre est la planque idéale pour un flicard sans courage. Les mecs comme moi font encore tremper quelques femmes... je crois. Inopinément je termine souvent mes nuits dans des lits/clic-clac* d’anciennes étudiantes. Je fantasme... » Quant à sa femme, il a accepté dès le début de leur relation qu’elle couche avec d’autres types, plein d’autres types... Et qu’elle lui raconte tout en détail, même lorsqu’elle s’envoie en l’air avec des collègues à lui : « En petit chien obéissant à la virilité lacunaire, j’ai accepté, supporté et relativisé ses aventures pour la garder, pour moi. » Elle le méprise tellement qu’elle finit par le quitter en emmenant leur bébé d’un an, et c’est à peu près là que l’histoire commence...

-  De quel genre de roman il s’agit ?

Pas facile à dire, une sorte de plongée en enfer initiatique, un Voyage au bout de la Nuit contemporain, ou, comme le dit le narrateur lui-même dans le texte « C’est une non road-story bousillée par mon incapacité à planter le décor. » C’est Andy Vérol lui-même n’aime pas décrire les paysages.

Son roman est une fiction totale, mais il dépeint malgré tout une conclusion du monde bien réelle, en tous cas à un instant T.

Ce n’est pas un décor mais la réalité d’une perception. Ce n’est pas une histoire mais un parcours.Pour résumer l’intrigue, je vous livre le pitch écrit en 4ème de couverture : « Un flic se fait virer par sa femme et cogne sur de sales petits vendeurs de shit. Dégoûté, il démissionne pour se jeter dans les bras d’un gourou, un énorme black dont il tombe éperdument amoureux. Ensemble, dans une virée sans issue, ils vont rentrer dans un infernal cycle de décadence, physique et moral. »

Voilà pour les grandes lignes, mais il faut savoir qu’il y’a autre chose derrière ce pitch, une intrigue en filigrane, qui se lit confusément, au moins aussi confusément que le personnage ne l’appréhende lui-même... La pauvre cervelle de ce flic totalement dépressif tourne bizarrement, il est emporté par un flux de pensées agité, tantôt extrêmement lucide, et tantôt pas du tout (il délire réellement, il hallucine pour de bon...)

La toile de fond du récit est portée par le titre : Les Derniers Cow-boys Français, qui désignent une certaine race de flics : les cow-boys, ceux qui font la loi sans foi ni loi et abusent de leurs plus ou moins petits pouvoirs. Il faut savoir que ça devient une forme d’idéal pour le personnage. (Un idéal qu’il cherche à atteindre tout au long de l’étrange périple que le personnage vivra sous l’égide de son gourou Mimou. ) Parce que notre héros est tellement couard qu’il lui faut se dépasser pour atteindre cet idéal du Cowboy...

Qui consiste à savoir abuser du pouvoir qu’on a entre les mains, le pouvoir de l’acier froid d’un canon par exemple, pour défouler les frustrations nées de l’exercice même de la profession policière.

Pour résumer cette frustration, imaginez ce que ça fait de s’engager dans la police pour répondre à la vocation de devenir Starsky et Hutch, et de faire ensuite l’expérience du quotidien sordide des fonctionnaires de police...

Une description/dénonciation éparse des pratiques policières abusives, voire dégueulasses, structure le récit et en définit peu à peu l’intrigue. Lors d’une patrouille avec son collègue Marc, subtilement surnommé par ses semblables ’Le boucher de Montmartre ’, le narrateur se retrouve impliqué dans plusieurs scènes de bavure policière qui ne sont pas sans rappeler l’ambiance du Bad Lieutenant d’Abel Ferrara....

C’est violent, et ça va crescendo : le flicard apprenti cow-boy découvre ensuite que la cave de son commissariat a été transformée en une sorte de geôle honteuse et moyenâgeuse. Une pièce dans laquelle sont entassés une dizaine de mecs, soi-disant des terroristes, à poil, au milieu de leurs propres excréments, et soumis aux sévices de leurs tortionnaires... Et ces tortionnaires, c’est une bande de flics violents et frustrés qui se prennent pour des cow-boys justiciers sans foi ni loi. Et qui partagent entre seuls initiés le secret de cette geôle où ils enferment ceux qu’ils jugent comme des terroristes.

Tard dans le récit, on apprendra que c’est par l’intermédiaire du boucher de Montmartre qui le personnage s’est procuré l’adresse du Gourou Mimou avec qui il vit une expérience initiatique hallucinatoire, trash et déjantée...

Ce Mimou était sur la liste des flicards de cow-boys. Ils n’avaient pas prévu que le personnage (qui sera baptisé par Mimou le gourou du nom de La Vérole) allait se confier à lui corps et âme. Et c’est face à ce même flic (le boucher de Montmartre) et tous ses anciens collègues que La Vérole finira, après avoir commis des crimes ultras violents sous l’emprise des herbes macérées de son gourou. Les flics sont là du début à la fin du récit, ils sont impliqués, ils sont mouillés, leur culpabilité ne fait aucun doute et pourtant ils restent intouchables...

Voilà pour la toile de fond : Les Derniers Cow-boys Français, c’est une histoire sale, trash à vous filer la nausée. Et le vomi est très présent tout au long de l’histoire : déjà, avant que tout ne commence, les frasques de sa femme font littéralement gerber le personnage narrateur. Quant elle le quitte, c’est ses souvenirs qui le font gerber... Et ensuite, ce sont les tisanes d’herbes macérées que lui refile son gourou barge qui lui détruisent le système digestif. Nausées, diarrhées, le récit est truffé de détails gastriques plus ou moins dégueus du genre : « Mon vomi est consistant : un mélange de whisky, de cannabis, d’anxiolytiques et de choucroute en boîte ». Et ça n’est pas anodin :

le personnage est littéralement écoeuré : de sa vie, de sa femme, de son boulot, de sa propre lâcheté...

et grâce à son gourou Mimou, il ira jusqu’au bout du bout de cet s’écoeurement... Ecoeurement de lui-même, écoeurement du monde, le récit oscille entre ces deux pôles : d’un côté une critique sociale éparse mais récurrente, de l’autre une quête de soi-même. Comme si la véritable identité de La Vérole ne pouvait apparaître qu’une fois toutes les choses dégueulasses rendues au monde...Car le personnage est totalement noyé dans son vomi. Il ne sait plus qui il est, il ne sait plus ce qu’il est : par exemple, il a pris l’habitude de se travestir avec les vêtements de sa femme... Pour l’incarner elle, mais elle épurée de toutes ses souillures , épurée de tout le foutre étranger dont elle se saoule. Des fois il est lui, des fois il est elle...il a de véritables troubles de la personnalité. Et les herbes macérées n’arrangent rien à cette perte d’identité sexuelle et d’identité tout court...

Pour savoir où ça le mène, pour décider vous-même de la réussite ou de l’échec de cette quête, il n’y a qu’une solution : plonger vous-même dans ce récit de l’écoeurement, faire le tri entre éclairs de lucidité et hallucinations, crises de personnalité et prise de conscience...

Les Derniers Cow-boys Français, c’est un récit aussi dense et épais qu’un vomi consistant avec plein de trucs dedans : on identifie certains morceaux, on s’étonne de la dégradation précoce des autres... Le récit est constitué de cette façon : au lecteur d’en analyser les morceaux et de se faire une idée de ce dont le plat avait l’air au départ...En tous cas, ce qui est certain c’est qu’Andy Vérol, l’auteur, a totalement maîtrisé cette écriture de la quête du sens par la déconstruction...

Pour lui ce premier roman n’est qu’une étape :« Je transgresse nombre de règles de la littérature non par esprit de provoc, mais parce que j’y travaille dur. Je veux traduire ce que j’ai en moi, les images et les sons que je me fais du monde, comme je les perçois, sans me censurer. Pour ça, j’y vais sans complexe. Ce roman, c’est une des étapes de ce que je fais... J’adore les huit clos, les personnes qui à plusieurs, créent leurs existences déjantées... ça fait plus de 20 ans que j’écris, mais depuis 15 ans, j’ai compris que je n’écrivais pas pour être un mec respectable, accepté dans le métier, etc.

Je me sens comme une ouvrier non qualifié de la littérature.

J’ai la droiture, le courage, de la force pour moi qui me permet de maintenir ma tronche juste au-dessus du niveau de la noyade. Ce roman, pour mon éditeur et moi, c’est le redémarrage d’une certaine façon d’écrire contemporain. Prendre des risques, quitte à se faire cracher dessus par le pouvoir culturel et médiatique central... Je suis très bien accueilli dans les "sphères" alternatives, les publics populaires mais qui en ont dans la tronche...

Le rejet des possesseurs du pouvoir médiatique et culturel est symptomatique de toutes les époques.

Et l’édition en France est une vraie catastrophe. Plus aucune prise de risque, aucune capacité à décentrer la création... Ce pays est maintenant en queue de peloton en matière de littérature... La littérature francophone en général est plus dynamique. Les belges, canadiens, etc. ça bouge. En France on pense que publier une femme qui parle de "bite" et de "sucer" suffit à renouveler le genre... Moi je cherche plutôt à faire ce que je veux... Sans m’inscrire dans le "il faut faire ci ou ça".

Dans son dernier mail Andy Vérol m’a confirmé que la critique littéraire « officielle » l’accueillait très mal... Son livre est soi-disant trop trash... et bien moi, qui suit pourtant sensible, je l’ai trouvé beaucoup plus supportable, beaucoup plus riche surtout que les Houellebecq ou les Catherine Millet ...

Si le livre d’Andy Vérol est trash, c’est parce que le monde est trash... C’est une fiction, rien n’est vrai... mais la violence du ressenti est bien réelle et la violence de l’écoeurement n’étonne personne (en tous cas, moi pas).

Le lecteur qui n’a pas peur de faire face plonge avec La Vérole dans cette perception exacerbée d’une horreur banale.

-  Comment peut-on reprocher à un écrivain de traduire ça ?

A mon sens, les critiques qui préfèrent se vautrer dans la facilité du trash porno littéraire n’ont surtout pas envie de dénicher un auteur qui dérange à la façon d’un Céline...

-  Mademoiselle Poussin. Son Myspace ici

Ecouter la chronique avec la voix de la demoiselle pour l’émission La Backroom ici

-  Lire également l’interview d’Andy Vérol par Franca Maï



Publié le 15 avril 2008  par torpedo


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Forum de l'article
  • Les Derniers Cow-boys français, la chronique de Melle Poussin
    7 décembre 2015, par LenardJames
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