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Le processus bolivien en cours, c’est la pensée du Che !
Par Bernard Perrin

Catégorie politique
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Bolivie

A l’heure où Benicio del Toro est récompensé à Cannes pour sa prestation dans « Che », entretien avec Olvaldo « Chato » Peredo dont les deux frères ont combattu aux côtés du « comandante ».

Pour le guérillero-médecin Olvaldo « Chato » Peredo, la guérilla du Che en Bolivie, c’est avant tout une héroïque et tragique histoire... de famille. Ses deux frères ont accompagné Ernesto Guevara dans les onze derniers mois de son ultime combat révolutionnaire. Le premier, Coco Peredo, est mort dans une embuscade près de la Higuera, en septembre 1967, deux semaines avant que le comandante au béret étoilé ne soit lui-même abattu dans la petite école de ce hameau perdu de l’est du pays. Le second, Inti, survit au désastre. Revenu clandestinement à La Paz, il recrée un groupe de combattants afin de poursuivre la lutte du Che.

Mais il est abattu en septembre 1969 avant d’avoir pu mettre son projet à exécution.

C’est donc « Chato », le frère cadet, qui devient le nouveau commandant et qui prend le maquis dans la région de Teoponte, au nord de La Paz. Jusqu’à son arrestation. Il échappe alors de peu à la peine capitale et part en exil au Chili, le jour de l’accession au pouvoir de Salvador Allende. Avant de revenir clandestinement : « Sous la dictature de Hugo Banzer, dans les années 1970, j’étais avec les ouvriers des mines. Le combat continuait, il fallait réorganiser la lutte politique et sociale », explique-t-il.

Quarante ans après la mort du Che, cette lutte pour un idéal de justice continue de diriger la vie de « Chato » Peredo, aujourd’hui âgé de 67 ans. Conseiller municipal du MAS (le Mouvement au socialisme, le parti du président indien Evo Morales) dans la ville de Santa Cruz, ce médecin - comme l’était aussi le Che - spécialiste de l’hypnose, partage sa petite clinique avec les docteurs cubains envoyés par Fidel Castro pour soigner gratuitement les humbles de Bolivie, au coeur de la région où Ernesto Guevara est tombé.

Entretien.

-  Le film de Steven Soderbergh, Che, crée l’événement au Festival de Cannes. Une partie de l’oeuvre est consacrée à la dernière campagne de Bolivie, qui allait conduire Guevara et un de vos frères à la mort... Quarante ans après les faits, qu’est-ce que cela vous inspire ?

-  Olvaldo « Chato » Peredo : J’ai de la peine à vous exprimer tout ce que je ressens avec des mots. C’est une émotion très intense. D’abord celle du souvenir de mes deux frères et de nos luttes dans la guérilla. Leur mort a laissé un vide énorme en moi, mais en même temps, ils m’accompagnent chaque jour dans mes combats. C’est aussi la fierté immense de ce qu’ils ont fait, de leur courage auprès du Che, un courage que le comandante relève très souvent dans son Journal de Bolivie. Et puis, c’est un moment très fort et unique que celui de vivre la sortie d’un film aussi important, dans lequel des acteurs jouent le rôle de deux de vos frères ! Et en plus, l’un des acteurs, celui qui joue le rôle de Coco, n’est autre que mon filleul...

-  Dans votre clinique, le portrait de vos deux frères est accroché au mur...

-  Nous avons grandi dans une famille pauvre, nous avons connu la réalité de la misère et des privations. Comme mes frères, je me suis donc engagé très jeune au sein du Parti communiste afin de lutter pour une société plus juste. Mais depuis leur mort, mon engagement est plus fort que cela, c’est un engagement de sang. Je poursuis chaque jour ce qu’ils ont commencé et ce pourquoi ils ont donné leur vie. Et je serai conséquent avec eux, avec le Che, et avec moi-même jusqu’à mon dernier souffle...

-  Le Che est souvent réduit à une image, à une simple photo. Et aujourd’hui à un film...

-  Oui, on peut dire que le Che a beaucoup de facettes ! Il est une photo sur un t-shirt, un mythe, un mystique, et je ne sais quoi encore. Mais moi, si je devais le qualifier d’un seul mot, je dirais qu’il était un précurseur. Le Che n’était pas fait pour gouverner, il était là pour ouvrir un nouveau chemin.

-  Un chemin qui, de l’avis de beaucoup de gens, s’est pourtant conclu par un désastre, le 9 octobre 1967 à La Higuera...

-  Certains pensent en effet que la guérilla du Che fut un échec cinglant. Je ne suis pas de cet avis.

Le Che a mené une action politique. Il était porteur d’un projet nouveau, et il l’a incarné dans cette lutte armée.

Comme d’autres avant lui, il a généré un processus extrêmement important et très profond. Un exemple parmi tant d’autres : en 1970, la Centrale ouvrière de Bolivie a repris à son compte le message du Che, appelant à la libération de la Bolivie et à la construction du socialisme.

-  Mais en 2008, presque quarante et un ans après sa mort, qu’en est-il de ce chemin ?
-  Le peuple bolivien veut le changement, et c’est le même changement que voulait le Che, celui qui apporte l’égalité et la dignité aux pauvres, aux oubliés.

Le processus qui est en cours en Bolivie, c’est la pensée du Che !

Notre histoire aujourd’hui, c’est celle du Che. Et son image est un des symboles de notre parti, le MAS. Enfin, il faut le dire haut et fort, notre président Evo Morales est guévariste ! D’ailleurs pour tout vous dire, je l’ai rencontré pour la première fois à La Higuera, un jour de commémoration...

-  Qu’est-ce qui a changé en quarante ans ?

-  Aujourd’hui, la lutte n’est plus le fait de quelques guérilleros. Elle est menée par l’ensemble des mouvements sociaux. Et elle n’est plus cachée dans les montagnes : en 1990, les peuples indigènes du département du Beni ont marché jusqu’à La Paz pour exiger le respect de leurs droits fondamentaux, lançant cette dynamique incroyable du changement. C’est donc le moment ou jamais de se rappeler du discours du Che devant les Nations Unies en 1964 : « L’épopée qui nous attend, ce sont les masses d’indiens affamés, les paysans sans-terre et les ouvriers exploités qui vont l’écrire. » Il l’a dit il y a quarante-quatre ans, on le vit aujourd’hui.

-  La lutte reste difficile...

-  Oui, mais elle est essentielle. Dans les années 1960, il s’agissait de la lutte du socialisme contre le capitalisme. Aujourd’hui, ce n’est plus cette vision qui est fondamentale. Nous luttons pour la survie de notre planète, contre un système capitaliste prédateur, contre une culture de la mort et de la destruction. Mais sinon, l’ennemi a peu changé. En 1967, la CIA a collaboré à la capture du Che. En 2008, la campagne médiatique odieuse qui tente de déstabiliser le gouvernement bolivien, entre autres, est orchestrée par les mêmes Etats-Unis. Mais cette lutte pour l’indépendance que nous vivons dans toute l’Amérique du Sud n’est pas nouvelle et le Che n’a pas été le seul précurseur : en 1817 déjà, Simon Bolivar, le libérateur du continent, disait que les Etats-Unis étaient apparemment prédestinés à exploiter nos peuples et à y répandre la faim et la misère...

-  Bernard Perrin Source : Le Courrier Paru le Lundi 26 Mai 2008

-  Lu sur : RADIO AIR LIBRE

-  Visionnez également la VIDEO CHE PLUS QUE JAMAIS

Une interview filmée de Jean Ortiz menée par la romancière Franca Maï



Publié le 28 mai 2008  par torpedo


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Forum de l'article
  • Le processus bolivien en cours, c’est la pensée du Che !
    Par Bernard Perrin
    7 juin 2008, par Delcuse

    Mon humble réponse (chapeau bas, el che !) :

    http://www.dailymotion.com/relevance/search/ Che%2BGuevara/video/ x367dg_che-guevara-hasta-siempre_music

  • Le processus bolivien en cours, c’est la pensée du Che !
    Par Bernard Perrin
    29 janvier 2016, par Sara
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