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Les derniers cow-boys français un roman d’Andy Vérol une critique de Patrice Maltaverne

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Il serait temps de vous y habituer : depuis des années déjà, nous vivons presque dans un monde tout beau tout bon tout moelleux, sauf qu’aujourd’hui, même la femme de votre vie, même les enfants, ça s’achète avec des babioles, car tout s’achète dans la société de consommation et plus vous enterrez le vide de sentiments qui découle de cet état de fait impensable sans une bonne dose de folie, plus ce vide là revient en force et finit par éjaculer sur les nombreuses façades de l’apparence.

Le premier roman d’Andy Vérol, Les derniers cow-boys français, est exemplaire de ce chemin là, parcouru. Il raconte l’histoire d’une chute splendide, celle d’un policier largué par sa femme, trop banale histoire d’un couple qui retire un tout petit peu de jouissance de toutes ces choses achetées et que tous les jeunes dans le vent doivent posséder, « Avec le numérique, l’ordinateur, les logiciels de retouche d’images et l’ensemble de l’arsenal des technologies nouvelles/la/révolution, on est passé au stade : « Je prends tout en photo, je manipule l’image, et je chie des œuvres d’art intimistes/autobio de qualité supérieure ». A mourir de rire », avec à la clé cependant quelques expériences sexuelles bizarres : « c’est insidieusement, que périodiquement, j’ai commencé à ressentir le besoin incroyable de me travestir, un peu ».

En effet, c’est comme ça que l’on s’ennuie moins et avec tout ce stress, en plus... « ma main tremble. La pluie frappe ma veste. Je sais que les petits fumeurs de shit se sont planqués dans la cour intérieure du n°4 ».

Alors, pour combler le trou et pour creuser le sien, le policier, après qu’il soit redevenu célibataire, va vivre une belle descente aux enfers en compagnie d’un black gourou de l’Oise avec du sexe (peu), de la violence (pas mal) et de l’herbe (énormément).

Bien que le livre relève du genre hardcore polar déjanté, il serait préférable que les lecteurs ne s’arrêtent pas à ces qualificatifs trop réducteurs. D’abord parce que l’on ne s’ennuie pas dans ce chaos, ensuite parce qu’une sorte d’humour malsain s’en dégage. La figure idéale des derniers cow-boys français à laquelle les deux zéros principaux finissent par se raccrocher avec passion se résume aux trois éléments suivants :

un 4X4, un chapeau et un flingue.

Cet attirail lamentable dérobé à l’ennemi et qui détruit tout sur son passage ne peut que devenir touchant pour les yeux du lecteur armé de lucidité : « j’étais parfait. Voilà. Un peu maigre de corps mais avec un grand nez de cow-boy, un chapeau de cow-boy et des grands pieds avec des orteils longs à peine poilus de cow-boy ».

Certes, il ne reste pas grand chose à la fin, hélas, il devenait impossible d’aimer ce qui restait, tellement les personnes normales, des flics souvent, « le commissaire Bertrand et sa petite gueule d’homme bien élevé », suintent de lâcheté.

Le style d’Andy Vérol, dur et lyrique à la fois, n’appartient qu’à lui.

Il exprime à merveille le mélange extrême, la confusion mentale dans laquelle plonge notre cow-boy. « Le rapport est osseux. L’os blanc et poreux. Le rapport est blanc. Le rapport entre MOI le cow-boy avec l’arme en joug contre eux ! ». Même le titre des chapitres, nombreux et courts, montre que l’imagination de l’auteur n’est jamais en panne : « « Ma p’tite langue à califourchon contre la sienne », « La route est conne », « Le banc des g’noux qui craquent, re-craquent enfin ».

-  Alors quand finira-t-il d’exister ce monde du n’importe quoi ? Lorsque nous y plongerons une bonne fois pour toutes, peut-être...

(JPEG)

LES DERNIERS COW-BOYS FRANÇAIS, d’Andy VEROL, Editions Pylône, Bara Buru, Chemin de la Camieta 64122 URUGNE

-  Patrice Maltaverne

Né en 1971 à Anvers, Patrice Maltaverne vit entre Nancy et Metz. Dès 1988, il publie des textes dans plusieurs revues ("Décharge", "Diérèse", "Le Jardin ouvrier"). Il est l’auteur de quatre plaquettes : "Comme une lampe qui s’éteint" (Ed. On a faim, 1999), "Descente au nadir" (Ed. l’Impertinente, 2001), "La fête seule" (Ed. Clàpas, 2001) et "Le don du sang de la demoiselle en tailleur gris" (Ed. Part en Thèses, 2003). Depuis janvier 2004, il anime le poézine "Traction Brabant".

Source : Le mort qui trompe

Lire également l’INTERVIEW d’Andy Vérol



Publié le 12 juin 2008  par torpedo


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