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Speedy Mata un roman de Franca Maï (extrait)

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Pages 35-36

ET PUIS...JE LA VOIS. Son manteau noir et ses petites bottines blanches. Ma mère est à deux cents mètres de ma carcasse, devant la benne à poubelles de la grande surface alimentaire voisine. Ce n’est pas notre base. Jamais nous ne faisons nos courses ici. Elle trie les surgelés abîmés ou en dépassement de date, qu’elle dépose dans un sac à commissions. Et puis je les vois. Deux employées à la face rougeaude avec des seaux d’eau qui lui ordonnent de partir, de quitter les lieux comme une vulgaire cantharide. Et ma mère place les mains au-dessus de sa tête mais n’évite pas l’eau sale et savonneuse. Elle est trempée et les passants fixent la scène sans moufter ou alors s’improvisent amnésiques. Et j’ai mal pour elle. Je n’ai qu’une envie, c’est de les cogner tous. Mais j’ai la conscience aiguë que si elle me distingue, la honte va la tuer sur place. Alors je recule lentement et je me cache dans l’entrebâillement de la station de garage et dans mon crâne s’installe un néant mortifère. J’enfonce mes ongles dans mon avant-bras jusqu’à en éclater des lambeaux de chair et je sais maintenant que je ne croirai jamais à la beauté supposée de ce monde de chiens.

Critique du Canard Enchaîné

Ça commence par un coup de revolver : « c’est très facile d’ôter une vie, il suffit de bien viser ».

La meurtrière a 16 ans, elle venge sa mère.

Tout ce roman, le troisième de Franca Maï, est une traînée de poudre : à chaque page tout peut sauter !

Les temps sont rudes pour Mata, qui vit seule en HLM avec sa mère. Elle l’adore. Aussi lorsqu’on touche à un seul de ses cheveux, Mata est prête à bondir. Et les occasions ne manquent pas : la visite de l’huissier est un moment de cruauté qui peut être enchanteur pour beaucoup, car Mata ne lésine pas... Elle anéantit cette « ordure lubrique ».

Du grand art !

Avec les copains ça va, mais avec les friqués qui l’invitent à une soirée, elle est sans pitié.

En phrases courtes, en chapitres brefs, Franca Maï dresse le tableau d’une société qui n’a pas beaucoup d’élégance pour ceux qui triment. Elle veut changer les choses. Radicalement, à sa manière. C’est brutal. C’est décapant. « La rage est en moi. Je le sais. Elle est tapie »

Toujours prête à surgir. Comme une mélodie assassine.

André Rollin (Canard enchaîné, 23 février 2005)

Le site de la romancière

Speedy Mata

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Franca Maï
Photographiée par Philippe Matsas

roman de Franca Maï Cherche-Midi Editeur SBN n° 2 74910 335 5 112 pages 14 x 21 10 € ttc France (2005)



Publié le 16 juin 2008  par torpedo


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  • Speedy Mata un roman de Franca Maï (extrait)
    19 juin 2008, par yankee zoulou

    MATSAS_cimetiere_200-133x200

    on devine les fleurs.. on suppose la peine.

    on a maté la photo, rapide, avec respect.

    on a rien compris..ou tout le reste..

    ou le contraire..

    ce regard existe.. vive la vie.. al.

  • Speedy Mata un roman de Franca Maï (extrait)
    17 janvier 2017, par enora
    Merci de partager cet article, ce que je dois trouver. picaram
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