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Autruches en débandade

Catégorie société
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(JPEG) Hallucinant ce déluge d’inflammations patriotardes, d’outrances hystérico-guerrières, qui a suivi la mort en Afghanistan de ces dix malheureux soldats. C’est à qui remporterait la palme de la bouffonnerie cocardière. De Foutriquet soi-même, toujours en forme étincelante sur ces sujets merdeux, aux éditorialistes lèche-bottes de la presse poisseuse (la palme à l’éditorial de Laurent Joffrin dans Libé du 20/08). Vont même leur faire des funérailles nationales, à ces pauvres gosses. Célébration de la déroute !

Ce qui frappe l’esprit, c’est que ces rodomontades ampoulées, ces forfanteries déclamatoires dissimulent bien mal, par leurs excès, le désarroi de leurs auteurs.

La guerre d’Afghanistan est depuis longtemps perdue.

Comme celles d’Irak ou du Moyen-Orient, ou du Darfour. Comme est vain leur acharnement misérable contre les sans-papiers.

Autant de bourbiers lamentables où nous nous enlisons sans le moindre espoir de rémission, où nous nous épuisons à essayer d’éteindre les feux que notre suffisance a elle-même embrasés.

-  Faut-il rappeler que les talibans d’Oussama Ben Laden ont été en leur temps armés, au nom de la lutte contre le bloc soviétique, par ceux-là mêmes qui se les prennent aujourd’hui, comme des boomerangs, en pleine gueule ?

Incroyable l’usage lamentable que les humains font du langage et de la raison quand la panique les saisit. La méthode Coué, le "si je te le dis, c’est que c’est vrai".

L’actualité vient de nous en fournir deux autres exemples, moins brûlants peut-être, mais tout aussi significatifs : le discours du premier ministre sur l’entrée de la France en récession ("ni récession, ni politique de rigueur") et les trémolos médiatiques devant quelques "exploits" olympiques retentissants ("16 août 2008 : un homme a couru cent mètres en 9 secondes 69 !!!!!")

N’en déplaise à notre premier ministre, la partie économique du système libéral, parangon proclamé de toute notre existence, est désespérée. On peut même raisonnablement en fixer la chute à la fin de l’année 2008 ou à la mi-2009 au plus tard.

Plus rien ne marche, aucun remède pour enrayer l’absurdité et la folie de cette mécanique imbécile.

Et il faut avoir le solide mental de l’autruche pour croire encore que les exploits extravagants de nos champions relèvent de l’eau claire (le Jamaïcain Usain Bolt a pulvérisé le record du monde du cent mètres... en se permettant de se relâcher dans les derniers mètres ! Et dès le lendemain, trois de ses concitoyennes, de nobles inconnues n’ayant jamais de leur vie atteint le moindre podium, se permettaient par un triplé extravagant de ridiculiser leurs adversaires américaines, pourtant peu novices en matière de préparations pharmaceutiques[1]).

Peut-on parler de cynisme ?

Oui, peut-être, sans doute dans une certaine mesure. Mais je pencherai plutôt pour des manifestations de paniques. Les humains sont incorrigibles. Plus ils s’enfoncent et plus ils continuent de se pavaner en offrant leur derrière au ciel. Et en enfouissant leur tête dans le sable. Mais la réalité a tôt fait de les rattraper. Ainsi de ce lamentable épisode afghan.

-  Qu’apprend-on tandis que brûlent encore les feux braillards des patriotes d’opérette ?

Que nos pioupious d’Afghanistan n’ont probablement pas été victimes d’un banal "lâche" guet-apens, mais plus sûrement d’une attaque en règle par des adversaires clairement identifiés. Mais totalement non maîtrisés. Que durant plusieurs heures, l’impéritie de leur commandement laissa nos bidasses se démerder tout seuls sans munitions et sans appuis sous le feu de cet ennemi qui n’existe que par nous. Que lorsqu’ils finirent par intervenir, les gros bras de l’artillerie et de l’aviation se seraient gourés de cible et auraient joyeusement allumés leurs propres troupes. La débâcle pathétique des ganaches.

-  Qu’apprend-on encore ?

Les mômes qui morflèrent avaient entre dix-huit et vingt ans, qu’ils n’avaient même pas un an de formation, qu’après avoir cru jouer aux petits Rambos en s’engageant dans l’armée, c’est en pleurant qu’ils étaient partis en Afghanistan[2]. Pas mieux qu’à l’époque, quand nos recrues partaient vers les tranchées fleur au fusil. Ou quand les nazis en déroute envoyèrent en pure perte leurs ados survivants et leurs derniers vieux au casse-pipe !

Rien ne sert jamais de leçon aux hommes. Ils sont fous.

Bon, respirons. L’air est irrespirable.

Je ne sais pourquoi mais je me rappelle ce soir de vacances, au camping de Saint-Sulpice, sur les bords du Célé dans le Lot, quand une responsable des lieux vint nous prévenir qu’une alerte orange à l’orage avait été lancée par Météo-France sur notre petit coin débonnaire. Instantanément, les visages des gais vacanciers se refermèrent. Chacun rentra renfrogné dans sa coquille et son campement. On entendit dans la nuit noire quelques maillets arrimer précipitamment les sardines des tentes menacées. Il ne se passa rien cette nuit-là, une petite pissette à peine propre à éteindre les braises somnolentes des barbecues, un grondement lointain d’orage, une esquisse de coup de vent pour faire la nique aux peupliers. Mais c’était cette peur sourde qui vrillait les estomacs que l’on remarquait. Une angoisse prégnante, lourde et asphyxiante. Sans fondement pour cette fois-là.

-  Mais pour combien de temps ?

Source : Les chroniques du Yéti



Publié le 25 août 2008  par Le Yéti


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