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FRANZA un roman
d’Ingeborg Bachmann

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(JPEG) Extrait p 120 Franza roman d’Ingeborg Bachmann

Que cherches-tu dans ce désert, dans cette ville des morts, rive ouest, rive est, peu importe la rive, c’est le désert ici et là-bas. Rentrant à la maison par la route des mille sphinx, des mille crânes de béliers, flanqué de ta peur, flanqué non pas d’un sphinx mais de mille sphinx de pierre, à portée des mains. Que cherches-tu dans cet unique paysage qui ne dit rien, qui ne s’exprime pas, sur lequel il n’y a rien à dire. Que veux-tu ici ? La pureté devant les yeux et en fuite devant quoi, traqué chaque jour à l’intérieur du désert et encore vers le désert, pour en boire toujours davantage avec les yeux.

Où est le golfe d’Abaka ? Traqué encore et toujours, franchissant le Nil, la nuit au bord du Nil, dans l’ombre des voiles, seul lieu sombre. Que cherches-tu dans ce désert ? S’ouvre-t-il à un étranger qui a le nimbe d’un faible d’esprit, torturé par des mots qui gardent une résonance, par des actions qui le font encore trembler et qu’aucun paragraphe de la loi ne considère comme répréhensibles. Ici je serai rétablie dans mon droit. Mais l’alibi des hommes blancs est solide. Ne l’oublie pas ! Rien ne fut négligé pour t’éliminer, pour te faire sauter sur les mines de leur intelligence qu’ils utilisent mal, pour t’asservir à leurs projets et à leurs machinations.

Les hommes blancs arrivent. Les hommes blancs descendent à terre. Et s’ils sont refoulés, ils reviendront, une révolution ne servirait à rien, ni une résolution ni une loi sur les devises, ils reviendront avec leur esprit s’ils ne peuvent revenir autrement. Ils renaîtront dans un cerveau brun ou noir, ce seront toujours les hommes blancs. Ils continueront de posséder le monde, par ce détour ...

Résumé : Le point de vue de l’éditeur

Franza a quitté son mari - un éminent psychiatre viennois -, et elle a entrepris avec son frère un voyage aux sources du Nil. C’est dans l’atmosphère fantasmagorique du désert que lui apparaissent peu à peu la personnalité malfaisante de ce mari et la nature criminelle de leur mariage. Pour lui, Franza ne fut jamais qu’un cas. En cela, elle ressemble aux héroïnes des autres romans d’Ingeborg Bachmann - Malina et Requiem pour Fanny Goldmann -, elle a vécu comme elle dans un monde où passent sans cesse les mêmes silhouettes, les mêmes patronymes, où l’expérience de la vie et de l’amour révèle une suite de crimes quotidiens et impunis. Tel le passeur dans la mythologie antique, le frère soustrait Franza à l’univers aseptisé des cliniques d’Europe et l’aide à franchir le seuil de l’ultime libération. Avec ce roman posthume, Ingeborg Bachmann a poursuivi la dénonciation exemplaire des sévices que la société fait subir à tous ceux, à toutes celles qui, faibles mais irréductibles, en transgressent la règle.

Hubert Nyssen

Lire également : Ingeborg Bachmann la femme de feu

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Publié le 29 août 2008  par torpedo


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