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Yann Arthus-Bertrand : Belles bacchantes : le retour
canard enchaîné du 27 Août 2008

Catégorie société
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(JPEG) Le moustachu Yann Arthus-Bertrand se contentait jusque là de nous narrer l’agonie du reste de la planète. Il s’en prend cette fois à notre bout de territoire français (France 2, dimanche). Pour sa rentrée, il nous fait beaucoup de peine.

-  Quoi de plus inoffensif que la Beauce ?

C’est plat, propre, bien aligné, rien ne dépasse, sinon des champs d’éoliennes de temps à autres, qui montent la garde au dessus du blé.

Et justement, un biologiste Claude Bourguignon, brandit sous notre nez une motte de terre : « C’est mort, dit-il. Il n’y a même plus de vers de terre là dedans. Ça va se transformer en caillasse. » Nous sommes le deuxième exportateur mondial de grain. Avec une surface cultivée vingt fois moins vaste que le Middle West américain. La terre est à bout.

Bientôt, nous promet l’homme de sciences, les TGV vers l’ouest traverseront une espèce de dalle.

Les Vosges, ensuite. Superbe paysage : l’homme à la moustache s’y entend pour faire de la belle image. Des vaches ruminent de l’herbe : «  C’est leur métier, fait observer un vieil agriculteur en colère. Pour qu’elles poussent plus vite, ailleurs, on leur donne du maïs, qui gaspille des quantités d’eau. En plus, il faut compléter avec du soja venu des Etats-Unis. Du coup, on enferme les vaches dans des étables en béton pour qu’elles boulottent ça plus vite. La propagande a commencé en 1970. La catastrophe est arrivée l’année suivante : les producteurs de maïs ont été déclarés sinistrés D’où subventions. Jusqu’à 1992, une année sur deux, subventions. Depuis, c’est tous les ans. »

Ses vaches à lui ont l’air pensives. Et il n’a pas besoin de subventions.

« Et les cochons ? Reprend-il. Entassés les uns sur les autres dans des camps de concentration. Un mètre carré soixante-six d’espace vital pour "nos amies les bêtes" ». Sans compter les mixtures qu’elles avalent.

Mais qui n’a pas visité un abattoir à poulets nickel-chrome, neuf, aseptisé, n’a pas idée des sommets de perfection atteints, quand la mort devient une industrie. L’humain avale 45 millions de volatiles par an : Il faut les faire naître d’abord : 57 600 oeufs dans cet incubateur autrichien. A peine sorti de sa coquille, le poussin dispose de 55 jours avant de se retrouver dans une assiette. 20 bêtes par mètre carré : les pattes déformées. Les os, le coeur n’auront pas une croissance normale. Mais on s’en fout : on ne les bouffe pas. Des nuits raccourcies par des jeux de lumière. 8 semaines plus tard, l’abattoir. Assommoir électrique. Puis sectionnées au couteau rotatif, plumées, parées : 12 millions de bestioles sortent de là par an dans leur emballage.

On ne nous parle pas des déchets, des rivières polluées par les abats pour ne pas nous écoeurer.

A propos de fleuves, l’embouchure du Rhône et la Camargue. Avec ses envols de flamants roses et ses chevaux sauvages. C’est tellement beau une fois de plus qu’on dirait du Yann Arthus-Bertrand. 100 000 molécules diverses de synthèse se déversent là-dedans.

La France est le premier consommateur de pesticides au monde.

80 % des anguilles ont le cancer. Et chez les enfants, nous révèle le professeur Sultan du CHU de Montpellier, une pathologie nouvelle s’est développée : la maladie des glandes endocrines, qui a décuplé en Languedoc-Roussillon. Et elle s’est encore multipliée par deux chez les petits agriculteurs. Un papa qui cultivait des pêchers y fourrait 22 sortes de produits chimiques pour que les fruits soient jolis.

Un tour par les Antilles françaises pour le chlordécone, ce pesticide ultrapuissant qu’on a continué à balancer sur les bananes jusqu’en 1999 bien qu’il ait été interdit aux États-Unis depuis 1976 et en France depuis 1990 : il a contaminé les sources, les rivières, les nappes phréatiques, les sols. Les femmes enceintes ont été atteintes, et jusqu’aux embryons.

Les cancers de la prostate ont été multipliés par trois en dix ans.

La Guadeloupe est un « cercueil mal verni » dit joliment Moïse Chérubin.

Un saut au Mont Blanc sur la mer de Glace, qui a reculé de 400 mètres en quelques années. Une plongée dans Bornéo déforestée, une autre dans la pieuvre à OGM de Monsanto, pour en arriver à la conclusion que 800 millions de gens souffrent de la faim, des paysans, surtout, qui vont grossir les bidonvilles. Et que les experts de la FAO nous jurent qu’on pourrait nourrir toutes les populations du monde avec de l’agriculture « normale ». Bon Caddie®.

-  Bernard Thomas.

Source : Le canard enchaîné N°4583 DU 27 AOUT 2008



Publié le 3 septembre 2008  par torpedo


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Forum de l'article
  • Yann Arthus-Bertrand : Belles bacchantes : le retour
    canard enchaîné du 27 Août 2008
    3 septembre 2008, par Delcuse
    Sauf qu’on n’a pas besoin de la caution du menteur Yann Arthus Bertrand pour savoir ça. Qu’apporte-t-il de plus ? Des belles mamages, comme au temps de Spirou ? Ce Monsieur soigne son image et son compte en banque, pas la planète. C’est grâce à la pollution, aujourd’hui, que ce sinistre personnage met son "steak" dans son assiette et sur son compte en banque. Il faut dénoncer le spectacle de la critique, afin de faire la critique du spectacle. Kenny Arkana hier... Yann Arthus Bertrand aujourd’hui... Et demain ? Al Gore, peut-être ?
    • Yann Arthus-Bertrand : Belles bacchantes : le retour
      canard enchaîné du 27 Août 2008
      4 septembre 2008

      Indécrottable (et c’est tant mieux comme ça) Gilles...  :)

      Sirieix

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