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A.R.P.P.I
A quoi ça sert ?

Catégorie société
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(JPEG) Au début, j’avais trouvé cela étrange mais, il était incroyablement difficile de fédérer les familles ou les proches contre l’inacceptable dans une énergie de lutte ou de simple résistance. Pour eux, la mobilisation était une hérésie. Ils me regardaient avec des yeux ronds quand je parlais de mobilisation et que je leur précisais qu’elle seule trouverait un écho à leurs cris. C’était comme si je leur parlais dans un dialecte étrange qu’ils ne comprenaient pas.

-  A quoi ça sert. A quoi bon ? me répondaient ils la plupart du temps, « Ils » sont plus forts que nous.

-  Oui et alors c’est pour cela qu’il faut tout accepter ? Et cette fatalité aussi ?

Les familles n’osaient pas répondre à l’injustice par peur des représailles contre leurs proches. Elles les subissait de plein fouet, courbaient l’échine et arrondissaient le dos. Je comprenais cela même si je ne m’y résignais pas. La peur du transfert, de l’isolement, du mitard, d’entamer le petit crédit de grâces et de réduction de peine du détenu ou pire encore, de perdre le permis de visite le sésame incontournable qui autorisait la rencontre.

Ces chantages permanents étaient comme des épées de Damoclès qui oscillaient au-dessus de leur tête et tuaient dans l’œuf la moindre velléité de rébellion.

Cet « A quoi bonisme » ambiant me déprimait au plus au point et plus je déprimais plus je devenais vindicative. Un orgueil inconscient me poussait à combattre comme si le monde entier, si je ne le faisais pas, allait s’arrêter de tourner . C’était d’une prétention sans nom et à cause de cela pas mal de gens ne m’aimaient pas. Mais, je ne le faisais pas pour qu’ils m’aiment et sur ce dernier point j’avais en partie réussi.

Il fallait bien admettre que la plus petite remise en cause du fonctionnement de l’administration pénitentiaire faisait de vous un paria.

Moi, je m’en foutais, parce qu’aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, j’avais toujours été exclue ou bannie de la norme, j’en avais l’habitude. Mais dans cet exil social ce qui me tourmentait le plus, était l’exode des énergies et des envies de vie. Les seules qui faisaient avancer les choses. Pour cela, il aurait fallu que tous les parias s’unissent en une vague immense qui déferlât sur le système à la moindre injustice, à la moindre exaction, au premier acte de torture, à la première humiliation avant que celui ci ne piétinât les plus faibles d’entre nous.

Vivre c’est aussi prendre des risques.

Mais, pour tout ce qui avait trait à la prison nos goûts de vie et d’aventure semblaient avoir bugué. Une sorte de fatalité carcérale, un encéphalogramme archi plat à la lecture, dont les rares pics de résistance étaient voués à la carotte et au bâton. Et doucement, nous nous éteignions comme des bougies sous un torrent de pluie.

Comme ces éléphants que les dresseurs d’animaux attachaient dés leur plus jeune âge à un arbre solide, où leur grande force ne leur était d’aucune utilité. Après avoir essayé de nombreuses fois de s’extraire en vain de leur enchaînement, ils abandonnaient la lutte. Parvenus à l’âge adulte ils étaient dotés d’une force considérable mais n’essayaient même plus de se sauver alors qu’ils étaient parfois attachés à de simples arbrisseaux. Ils s’étaient habitués à l’idée que l’arbre était le plus fort ; leur survie dépendait de l’homme qui les avait dressés et subvenait à leurs besoins.

Ils étaient anéantis par le conditionnement humain auquel ils n’opposaient aucune résistance.

Les regroupements, les associations, la camaraderie sur les terres de la fraternité auraient pu voir fleurir des révoltes et c’est cela que l’Ap ne pouvait accepter. Et dans toutes les serres de France, elle détruisait les libertés bien avant qu’elles ne germent, ne poussent ou n’éclosent sur le terreau de l’amitié.

Elle savait orchestrer tout ça. Un véritable orfèvre en la matière. Elle ciselait au maillon près la trame sécuritaire après être passée maître dans l’art de diviser, de dé fraterniser, de dissocier, de morceler les révoltes. Et ça tout le monde semblait l’accepter.

Mais, elle avait beau brûler, arracher, piétiner, l’amitié repoussait toujours, comme une herbe folle profondément enracinée, comme un roseau terroriste qui pliait parfois mais ne se rompait pas.

Elle se régénérait sur le fumier du pire au hasard des rencontres, dans les quartiers d’isolement ou devant les prisons. Contre cela, elle ne pouvait rien faire.

Mais, de l’autre côté du mur, la prison était si profondément fichée dans les consciences humaines qu’elle faisait peur à toute la société et partout on crevait d’inertie.

Le pire c’est que le monde entier était à son image.

-  Catherine

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Publié le 25 septembre 2008  par catherine


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