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« Credit Crunch » : comment en est-on arrivé là ?

Catégorie politique
Il y a (3) contribution(s).

(JPEG) La question n’est pas sur toutes les bouches, bien évidemment. Ceux qui depuis les années 80 ont servi les architectes de l’idéologie néolibérale -ils sont plus nombreux qu’on le croit- connaissent la réponse et craignent aujourd’hui qu’elle s’ébruite. Pourtant, depuis le début du mois d’octobre 2008 - un automne qui restera dans les annales du capitalisme moderne- les « lundis noirs » et les « vendredis de nationalisation » repoussent chaque fois un peu plus loin dans l’inconnu le destin du modèle économique qui a salué les excès de la finance et de l’individualisme au risque de mettre la démocratie en danger.

"Casino Capitalism"

Les coupables aujourd’hui se taisent, ou bien, comme M. Brown, M. Bush, M. Sarkosy et leurs cliques, essayent de sauver les meubles à coups de nationalisations ! Hélas pour eux - et bientôt pour nous !- le navire continue de sombrer et rien ne semble assez bon pour lui faire redresser le nez.

-  Alors, qui sont-ils, ces coupables ?

-  Les banquiers et les financiers anglo-saxons ?

Oui, bien sûr, mais derrière eux se dressent les élites politiques et économiques des nations industrialisées qui nous ont imposé la déréglementation des marchés financiers et de l’économie, la liquidation de l’état -qui "allait nous mener à la ruine", disaient-ils et qui aujourd’hui se trouve être le seul garant de notre avenir-, les délocalisations vers des pays sans démocratie où l’on peut aisément trouver une main d’oeuvre docile et bon marché, les énormes déficits, la distribution de bénéfices faramineux aux actionnaires, au détriment de l’investissement dans l’appareil de production, la présence toujours plus sujette à caution des paradis fiscaux, et pour finir l’intense travail de propagande des médias et leur "pensée unique" matraquée en boucle sur les chaînes de télévision et dans les journaux.

C’est en fait tout un système qui nous a amené au bord du gouffre !

Une idéologie basée sur l’idée absurde que les marchés peuvent se réguler seuls, sans aucune intervention et surtout pas celle de l’état.

Pourtant, dès le début des années 80 des économistes comme John Eatwell et Lance Taylor avaient averti des dangers d’un marché financier qui systématiquement sous-estimait les risques qu’il prenait et qui était d’une remarquable incompétence quand on lui demandait des explications concrètes sur les produits qu’il mettait en ventes sur les marchés internationaux. Mais toutes les solutions qui à l’époque et pendant ces 30 dernières années furent proposées pour y remédier ont été ignorées.

Une idéologie donc, qui derrière ses beaux discours sur le "changement" et la "modernité", s’est patiemment livrée à une formidable entreprise de "restauration" d’un ordre ancien. La plus belle place y est réservée à une classe avide dont les idéaux extrémistes et anti démocratiques placent l’acquisition du profit avant les droits de l’homme.

L’Angleterre, une nation de banquiers !

La nouvelle tombait mercredi 8 octobre 2008, Gordon Brown venait de nationaliser en partie l’industrie financière anglaise poussant ainsi ses collègues occidentaux à faire de même ! Le G8 se réunissait à la fin de la même semaine après quelques jours de panique sur les places boursières du monde entier. Les pertes étaient colossales ! « Nationalisation ! » ce concept tabou depuis 30 ans était soudainement devenu un mot d’ordre chez les maîtres du monde ! On croit rêver !

Ceux qui, à peine six mois auparavant, avaient crucifié Gordon Brown et Alistair Darling, son ministre des Finances, pour avoir eu l’audace de nationaliser la banque en faillite Northern Rock (Cf. article du même auteur, intitulé :"Autant en emporte la banque"), ceux-là mêmes, se traînaient maintenant devant eux, les suppliant de « socialiser » le reste des banques anglaises en semi faillite !

Le monde à l’envers !

La City était devenue "communiste" et, beaucoup plus fort encore, c’est elle qui avait supplié de le devenir ! Dans leur hâte, ces bolchéviques en costume trois pièces oubliaient qu’ils allaient faire les frais de leur irresponsabilité en perdant leur bonus faramineux et leurs privilèges ! Mais surtout, les classes politiques qui jusqu’à présent les avaient protégés n’allaient pas tarder à se retourner contre eux.

Le contribuable, une fois de plus, se voyait jeter en pleine figure le vieil adage néolibéral : "Privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes".

C’est par cette petite phrase que les plus grosses fortunes françaises actuelles ont acquis frauduleusement leurs milliards !

Piocher dans les caisses de l’état est en effet chose commune.

Le dernier exemple en France est celui de Bernard Tapie qui s’est vu grassement remercié pour ses services.

Et comme le fait remarquer très justement Noam Chomsky dans un article publié dans « The Irish Times », cette nationalisation des pertes au profit de quelques-uns est assez courante.

Selon Winfried Ruigrok and Rob van Tulder, deux économistes qui ont étudié le phénomène il y a quinze ans, une vingtaine de grandes entreprises américaines classées dans Fortune 100 n’auraient pas pu survivre sans l’aide de leur gouvernement, à qui elles avaient demandé de « socialiser leurs pertes ». Les bénéfices correspondants, on s’en doute, ne tombèrent pas dans les poches du contribuable...

De telles interventions gouvernementales -on se rappelle du crédit lyonnais en France et avant cela, de l’industrie sidérurgique, dont la famille de l’ex patron des patrons, Ernest-Antoine Seillière, est l’une des heureuses bénéficiaires - ont « été la règle plutôt que l’exception au cours des deux derniers siècles ».

Ils concluent leur étude en disant : « Dans une démocratie digne de ce nom, une campagne politique aurait mis ces problèmes sur la sellette, aurait dévoilé leurs causes profondes et aurait offert quelques solutions. »

-  Londres, le 12 octobre 2008



Publié le 12 octobre 2008  par Philippe Nadouce


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  • « Credit Crunch » : comment en est-on arrivé là ?
    13 octobre 2008, par Serge Rivron

    Dans le contexte que vous décrivez et qui me paraît assez juste, un passage reste incompréhensible (et faux) :

    "La City était devenue "communiste" et, beaucoup plus fort encore, c’est elle qui avait supplié de le devenir ! Dans leur hâte, ces bolchéviques en costume trois pièces oubliaient qu’ils allaient faire les frais de leur irresponsabilité en perdant leur bonus faramineux et leurs privilèges ! Mais surtout, les classes politiques qui jusqu’à présent les avaient protégés n’allaient pas tarder à se retourner contre eux.

    La City, c’est évident, n’est pas devenue communiste et ne le deviendra jamais, ses "animateurs" dussent-ils être tous fonctionnarisés le temps que "les choses s’arrangent" grâce au secours massif des États libéraux d’Europe, d’Amérique et d’Asie. Ils n’ont pour l’heure perdu aucun de leurs privilèges et à peine subi la réduction de leurs bonus faramineux. Et "les classes politiques" (un peu vague, cette expression) qui les ont protégés les protègent toujours.

    Si on ne peut pas reprocher, d’ailleurs, à ces "classes politiques" d’essayer d’apaiser la tourmente, il me semble en revanche qu’on doit leur reprocher deux choses :
    -  qu’en injectant (j’adore la banalisation du verbe) des centaines de milliards pour éviter que les conséquences de l’effondrement, pourtant annoncé de longue date, du système financier international - milliards qui sont ceux des peuples, de leur force de travail - ne rende les peuples (otages à peu près consentants de leur incurie) furieux et misérables, les "classes politiques" (les dirigeants, quoi, et leur mercantiles exécutants députés, sénateurs et commissaires de tout obédience) se contentent de promettre une vague "moralisation" future des échanges, sans jamais nommer aucun des responsables de la gabegie, sans même faire mine d’en rechercher quelques-uns pour les destituer à vie.
    -  que nos dirigeants, contraints de faire pour une fois ce pour quoi nous les élisons, c’est à dire apporter à la menace une réponse, n’envisage celle qu’ils ont choisi sans aucune perspective de long terme, c’est-à-dire sans imaginer une seconde qu’il ne soit que temps de nous faire sortir de la fameuse "économie de croissance" qui est cause non seulement du marasme financier actuel, mais de l’exploitation par les citoyens démocrates et participatifs des pays riches de tous les peuples du tiers et du quart-monde depuis 100 ans, et qui de plus est en train de détruire les ressources planétaires, de déréguler les climats, et d’ensevelir la terre sous les monceaux de détritus de notre confort.

  • « Credit Crunch » : comment en est-on arrivé là ?
    14 octobre 2008, par paul
    En fait derrière tout ça il y a que ce système est celui des truands, jouant à être à la fois gendarme et escrocs ! des gens qui n’accepte pas l’intérêt général donc la loi qui se comportent comme des adolescents révoltés projetant sur les consciences adultes, par tactique de défense par l’attaque, retournement de tous les concepts progressistes et de gauche, sociaux et étatiques, tout ce dont ils sont accusables : lâcheté, égoïsme, mythomanie, mégalomanie, instinct de puissance et j’en passe. Ils me font penser à cette critique classique et pas très honnête que l’on faisait couramment des hyppies bourgeois américains et occidentaux en général, critiquant le système, crachant psychanalitiquement sur papa et maman, mais téléphonant en pcv depuis Katmandou pour obtenir un chèque de renfouemement après avoir tout dépensé en grossissant le trafic lamentable de trafiquants de drogues en tout genre et avoir entretenu le système féodal et miséreux des peuples du tiers monde où ils se prélassent avec une totale insouciance idéaliste et misérabiliste ! Comme par hasard beaucoup de cette génération d’ancien beatneek sont maintenant financiers ou coach, exemple terry Rubin auteur de DO IT ! la critique est certes un peu facile et trop généralisante pour être crédible. Mais il est tout de même frappant que c’est cette génération ayant été porteuse d’un élan idéaliste particulier qui est celle maintenant des gens au pouvoir : serait-ce en fait ceux qui étaient restés dans l’ombre des hyppies pendant leur triste jeunesse qui se vengent maintenant ?
  • « Credit Crunch » : comment en est-on arrivé là ?
    29 janvier 2016, par Sara
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