Je suis partie aujourd’hui
Les soins palliatifs à domicile ou le dernier train avant le bleu du ciel par Franca Maï
Franca Maï : Fleurs vénéneuses extrait Crescendo (vidéo)

Petite étude des moeurs dans les lettres françaises de Olivier Bessard-Banquy par Tang Loaëc
Sexe et littérature d’aujourd’hui parTang Loaëc
Eloge des fétichistes de Pierre Bourgeade par Tang Loaec
Apollon et les putains de Carlos Fuentes
La chair, le sexe, la vie 
La rivière du Hibou et autres contes d’Ambrose Bierce par Roger Bozetto
Un appel de Jean-Pierre Théolier : Si quelqu’un parmi vous par Andy Vérol
William Burroughs - Cut ups par Andy Vérol
D’la fiction Vérol en livre !
Prix SADE 2010 : Chessex crâne par-delà sa mort ? par Tang Loaëc
Crash est un roman automobile de J.G. Ballard. L’union de la voiture et de la sexualité, pour étrangère qu’elle soit a qui n’a pas la fascination des engins à moteur, est une des novations du 20ème siècle. Les premières fois sur les banquettes arrières, classique américain popularisé par le cinéma, ne sont pas démenties à chaque salon de l’automobile par l’assort réalisé entre les modèles exposés et les hôtesses, vertiges concurrents et alliés.
J.G. Ballard, l’un des plus importants auteurs anglais de ces dernières années, plongeait déjà en 1973 beaucoup plus loin dans la perversion érotique avec Crash. Il le fait sans renoncer à sa quête constante, à travers toute son œuvre, pour déceler les prémices d’un monde qu’altère notre culture technologique et mercantile, jusqu’à transformer radicalement les rapports sociaux.
C’est ce commerce entre l’humain et l’inhumain, les visages nouveaux de sociétés gouvernées par des monstres mercantiles que nous avons façonnés et qui nous fascinent, que traque l’œuvre récente de Ballard, dans des livres tels que Super-Cannes, Millenium People.
Crash, écrit il y a un peu plus de trente ans et adapté depuis au cinéma par Cronenberg, poursuivait lui la machine triomphante de ces années d’avant le premier choc pétrolier, faisant écho à l’avènement d’une civilisation automobile.
Son thème, l’obsession développée par le narrateur et tous ceux qui l’entourent envers le malaise, mais le talent aussi. La rencontre morbide du sperme et de la technologie de l’industrie automobile s’accompagne en effet de la fascination pour les blessures, les invalidités, les chairs crucifiées par le démembrement de l’habitacle sous l’impact du choc, frontal ou autre.
Cette invitation dans un univers plutôt morbide n’est pas sans donner le vertige, certains des personnages centraux, Vaughan notamment, sorte de scientifique ayant sombré dans une folie obsessionnelle de l’accident automobile, jusqu’à manipuler un cascadeur, trop sonné par les chocs pour ne pas se laisser placer sur la trajectoire balistique de tous les crashs qui hypnotisent son mentor. Les noms de célébrités défilent dont les morts sont imaginées, ressassées, toujours dans un accident magnifique.
Si le narrateur, auquel l’auteur a prêté son propre nom, semble n’être pas perdu aussi loin dans la dérive qui mène d’autres du fantasme vers la psychose, son équilibre est fragile, à mesure qu’il érotise les carrosseries et ne désire plus les chairs que lorsqu’elles portent les stigmates de l’accident.
Lui aussi, choqué et transformé par l’expérience d’un accident auquel il survit mais pas l’autre, en sort halluciné.
Il y a une vision prophétique qui affleure, dessous le récit d’une expérience presque hallucinatoire, et l’on finit ce livre presque surpris que le narrateur soit encore vivant, se demandant s’il pourra échapper à l’enchaînement qui emporte les autres.
Erotique, ce livre évoquant des fantasmes morbides ?
Vous en jugerez. C’est assurément un vrai objet littéraire, méritant lecture.

