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L’ARPI selon Catherine

Catégorie société
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Jeudi 16 octobre 2008

1ère assemblée de l’association ARPPI

Abus, humiliations, honte, impuissance, isolement, exclusion. Quelques raisons parmi tant d’autres qui aujourd’hui ont fait se rencontrer des personnes de tout horizon autour de la problématique de l’inexistence de la voix des proches de détenus. Une rencontre réalisée dans une même volonté de faire bouger les choses, de casser les murs, les tabous et les interdits qui nous entourent en tant que proches. Voici donc le compte rendu de cette première table ronde.

I. Présentation de l’ARPPI.

Pourquoi ?

Le but premier de l’association est d’aider les familles et proches à faire face aux institutions pénitentiaires et juridiques. Dans un objectif de mobilisation et de fédération des proches pour apporter une unité de parole face à ces administrations et faire évoluer la vision de la société sur les réalités de ce qui se passe devant et derrière les murs. Faire comprendre que cela peut arriver à tout un chacun est une priorité, ainsi que se rassembler pour que notre vision pèse dans la balance et oppose une vraie force de résistance face au rouleau compresseur pénitentiaire.

Quelle différence avec les autres associations ?

-  Tout d’abord, la volonté de rendre la parole aux proches de personnes détenues sous forme de témoignages directs et d’actions de groupe.
-  Mettre en avant leurs droits et leur dignité bafoués au quotidien.
-  Faire passer le message suivant au gouvernement et à la société : la réinsertion des personnes détenues est indissociable du respect de leurs droits familiaux et humains. L’incarcération d’une personne ne doit plus être une peine collégiale dont la lourdeur exceptionnelle anéantit des familles entières.
-  Il faut que l’entourage soit soutenu, accompagné, informé et considéré afin qu’il puisse à son tour aider la personne détenue à réintégrer la société.
-  Prendre conscience que toute humiliation, toute brimade infligée à des proches de personnes détenues nourrit la colère, la rancœur et la haine et de fait, favorisent la récidive.

II. Chacun prend la parole

Au cours de cette assemblée, la parole a été donnée à tous. Pour commencer à Claude Charles- Catherine, présidente de l’ARPPI, mère de Christophe et de Cyril Khider. A Malika Khider trésorière et Sylvie Piciotti directrice de l’ARPPI. Chacune a évoqué les notions et valeurs essentielles qu’elles souhaitent inscrire dans l’association et les combats qu’elles désirent mener en son sein :

-  solidariser les familles, tisser un maillage de fraternité pour ensemble, réfléchir et faire évoluer le rapport au milieu carcéral

-  Evoquer la question du coût de l’incarcération pour les familles en terme d’éloignement, de frais de transport, de journée de travail, d’usure physique et psychologique face au tourisme carcéral qui leur est imposé.

-  Dénoncer les abus, les humiliations les contraintes, les heures passées au téléphone pour prendre un rendez vous, les transferts impromptus que les proches subissent en déplacement stériles puisqu’ils ne sont que très rarement prévenus par les services sociaux, parfois pour des milliers de kilomètres.

Il y a l’exemple de cette jeune femme qui vient d’Italie jusqu’à la prison de Saint Maur ou Clairvaux pour s’entendre dire : « désolée votre époux a été transféré hier » !
-  Le problème des enfants qui deviennent anorexiques ou énurétiques face à cette violence qui fait aussi voler les couples et parents en éclats.

-  Résister face à l’inertie, au manque de solidarité et de fraternité du reste de la société face à face à cette problématique des proches.

Catherine nous a également présenté trois avocates dont une, Delphine Boesel, a proposé l’idée d’une permanence juridique aidée par ses consoeurs et ainsi créer une stratégie commune pour contrer les dérives pénitentiaires.

Elles ont en outre évoqué le temps, les moyens financiers et la difficulté d’accès au droit que rencontrent les familles.

-  Gwenaëlle Ricordeau sociologue, proche de détenu(s), auteure d’un livre paru chez Autrement écrit après une longue et rigoureuse enquête, « Proches et familles de détenus », a pour sa part, souligné le manque de dialogue entre les familles qui se rendent au parloir comme quelque chose de récurrent et l’importance de se connaître pour créer une force. Précisant que l’absolue nécessité est de faire comprendre à tous que faire bouger les choses à l’extérieur est le plus sur moyen de faire bouger les choses à l’intérieur.

Enfin, elle a évoqué la nécessité comme l’a fait Catherine, de mettre de côté entre nous les délits et crimes pour ne parler que d’une peine commune, car les motifs de condamnation dé fraternisent donc, d’éviter le jugement.

Enfin, Catherine a repris la parole pour souligner qu’il est plus que temps de briser le tabou de la honte d’être famille de détenu, car la prison aujourd’hui peut être le fait de tous et elle a insisté sur une prise de conscience de cette réalité.

Par la suite, chaque personne s’est présentée et parlé des raisons de sa présence, de son travail autour de ce thème, de ses propositions.

III. Les propositions

Comment atteindre ces objectifs ?

De nombreuses propositions ont été faites durant la réunion :

-  Communiquer au maximum autour de la création de l’association : sites internet, radios amies, journaux alternatifs, associatifs, tout support pouvant servir à la diffusion de l’information, local de réunion, numéro d’appel pour les familles, logo etc.

-   Financement et médiatisation au travers d’organisation de concerts, de pièces de théâtres ou des témoignages de proches seront mis en scène (projet en cours) d’évènementiel, de débats, de conférences, de projections de films etc.

-   Création d’une radio autour du thème des proches de personnes détenues. (Projet en cours)

-   Accès à l’information, à des conseils juridiques grâce à une permanence offerte par des avocats dont Delphine Boesel avocate de l’association.
-   Organisation et suivi de l’évolution de l’ARPPI au cours de réunions et de comptes-rendus réguliers (environ tous les 15 jours)

-   Faire connaître l’association au plus grand nombre ( tracts, cartes postales dessinées par des personnes détenues, autocollants, transmission de l’information au sortir des parloirs, forums, blogs, films, débats, conférences etc)

-   Développer des réseaux en province.

-   Création d’un cahier de doléances où remarques, revendications et propositions seraient faites par les proches des personnes détenues, devant et dans chaque prison de France, une sorte « d’état des lieux » mais côté des proches et familles cette fois ci.

-  Signature d’une charte associative proposée et peut être à retravailler :

1)

Je refuse définitivement que l’on me traite comme du bétail lorsque je me rends au parloir d’une prison et d’être considéré comme un rebut de la société juste parce que j’aime ou soutiens un disqualifié social.

2)

Je refuse que ma dignité soit bafouée, d’être jugée, humiliée et l’accepter comme une fatalité insurmontable parce que je suis proche d’une personne détenue.

3)

Je refuse que l’on mesure ma valeur et que l’on m’exclue du système en fonction du délit ou du crime dont est accusé mon proche et m’engage à mon tour, à ne pas juger les autres sur ces critères.

4)

Je refuse catégoriquement et en toute objectivité de nier la réalité des choses, de fermer les yeux ou de m’en faire complice, à chaque fois que cela s’impose face à une situation jugée inacceptable, de la dénoncer sans céder au chantage carcéral pouvant s’exercer sur les transferts, les remises de peines, les permissions de sortie, la libération conditionnelle ou l’UVF par exemple.

5)

J’accepte avec cette charte de mettre en œuvre les ressources d l’amitié, de la fraternité, de l’amour et de la responsabilité partagée pour réfléchir, concevoir, oser et tisser des liens afin de faire valoir mes droits, ma dignité et me faire respecter en tant que personne et proche de détenu.

ARPPI

IV. Bilan

Beaucoup de problèmes soulevés, beaucoup de questions posées que l’on retrouve, de parloir en parloir, dans chaque histoire. Des humiliations, des pressions, des difficultés que nous avons en commun, malgré la diversité de nos parcours individuels.

Un manque de considération et d’humanité criant constaté par tous, dénoncé 1000 fois, mais toujours passé sous silence. Un silence imposé par la machine juridique et pénitentiaire qui écrase dans l’oeuf chaque action, chaque velléité de résistance, chaque opportunité que nous avons de faire avancer les choses en attendant de les changer.

C’est pourquoi face à ce constat, face à la stagnation des pouvoirs quand au système carcéral, face à la dégradation de la situation pour nos proches incarcérés et pour nous-mêmes, face à la détresse des familles et de tous les proches enfants compris, nous avons constaté qu’il existe bel et bien une demande et une offre de soutien pour une évolution positive des choses, elle s’appelle fraternité et mobilisation.

Beaucoup de projets, d’envies, de volontés, mais un manque de solidarité, de dialogue, de communication, d’organisation. Un manque que nous voulons tous aujourd’hui combler, une force que nous voulons créer à travers une association, forte, apolitique, vivante et active.

L’union fait la force, et si nous prenons appui sur cet adage, nous pourrons fortifier les liens familiaux et les maintenir souples et déliés, défendre nos droits, casser les isolements et nous battre pour obtenir enfin une évolution des mentalités afin qu’elles se pétrissent des valeurs de respect, d’éthique, de fraternité et d’humanité pour tous.

V. Contacts

Catherine Charles : arppi@live.fr ou catherine-2005@hotmail.fr Merdy Anne sophie : shalliana@yahoo.fr, sur le forum : http://au-dela-des-murs-famille-de-detenus.monforum.fr (pseudo shalliana)



Publié le 11 novembre 2008  par catherine


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