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Un regard sur le Vietnam
Episode 4 par André Bouny

Catégorie exterieur
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Avant Huê lever de soleil sur la rivière
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Huê est très étalée. Ancienne capitale impériale (ou royale), elle fut terriblement éprouvée par la guerre américaine -sur les trois cents édifices construits au travers de son histoire, il en reste moins de quatre vingt.

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Huê Cité impériale Aile Gauche du Palais des cinq Phénix
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Á deux pas de la mer et de la montagne, Huê est sereine, tranquille et reposante.

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Huê grillades dans la petite maison française
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

C’est une ville d’histoire, de littérature et de poésie, de culture avec un joli parc jalonné de sculptures contemporaines devant la rivière des Parfums -qui doit son nom aux plantes médicinales cultivées jadis sur ses rives. Son anémie économique la préserve du tohu-bohu de ses grandes sœurs du Sud et, maintenant, du Nord. On y fabrique les chapeaux coniques et les baguettes d’encens.

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Huê fragment d’un portique de la cité impériale
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

La Citadelle ayant abrité la Cité interdite -où seul l’empereur et l’impératrice pouvaient pénétrer accompagnés de leurs eunuques- déroule un périmètre de dix kilomètres de remparts situés sur la rive gauche de la rivière des Parfums -la ville moderne étant bâtie sur la rive droite.

En passant le pont et la porte du Midi, entrée principale réservée au roi et à sa famille, je me représente, en cet endroit même, l’Empereur Bao Dai remettant le pouvoir au Vietminh au mois d’août 1945. Faisant partie de l’enceinte, le bâtiment sous lequel passe cette porte est le pavillon des Cinq Phénix. De là haut, le souverain assistait aux défilés militaires. Un autre pont, le pont de la Voie centrale, traverse un grand bassin foisonnant de carpes et de lotus. Á son entrée et à sa sortie, deux portiques triples et identiques, aux colonnes de bronze ouvragées et aux pieds posés sur des lotus de marbre, leurs sommets surmontés de gros boutons de lotus en céramique polychrome, supportent des tableaux d’émail aux couleurs vives. En face, l’esplanade des Grands saluts mène au Palais du Trône, seul palais resté intact suite aux bombardements américains de 1968 lors de la bataille du Têt. Sur les soixante-sept édifices historiques de ce patrimoine du pouvoir, quarante-deux disparurent complètement. Á Huê, presque tout le monde a du sang royal car les treize empereurs eurent tant de concubines -trois cent cinquante pour Minh Mang qui eut cent quarante-quatre enfants d’elles et dont on disait que sa vigueur pouvait en ensemencer trois par nuit- que l’essaim d’enfants engendré dans le harem ou sous les frangipaniers produisit à son tour dans la ville une quantité considérable d’individus issus de lignée royale.

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Huê et des champs de tombes s’y traînent...
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

En remontant la rivière des Parfums, nous croisons les sampans chargés de sable et débarquons sur un minuscule chemin de terre serpentant jusqu’au sommet de la berge sous la végétation, car il faut passer par là pour se rendre au tombeau de l’Empereur Tu Duc -qui lui n’eut pas d’enfant à cause des oreillons. C’est un complexe tombal démesuré, quatre cent soixante quinze hectares pour un homme mesurant un mètre quarante-quatre. Il effectua le plus long règne.

La stérilité conserve.

Le cruel Tu Duc est enterré avec son trésor, mais pas dans "son" tombeau. Il aurait fait réquisitionner post-mortem aux fins fonds du pays des sourds-muets pour accomplir la besogne macabre. Á la suite de quoi ces miséreux auraient été éliminés. Le plus difficile restant à découvrir qui a éliminé les liquidateurs... Je songe : « Tu Duc est enterré sous la rivière² des Parfums, au beau milieu du courant au large du virage où l’on doit s’arrêter pour se rendre à "son" tombeau. Là où les sampans ne peuvent ni stationner ni creuser son lit. »

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Huê des tombes et des tombes
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Départ de Huê.

Sur la droite du paysage, des jeunes femmes recouvertes de chapeaux coniques ploient sous le poids des palanches chargées de sel dans une mine à ciel ouvert. Plus loin, des villages de tombes et de pêcheurs s’étirent dans une lagune quadrillée de parcs à crevettes. Puis nous passons le col des Nuages -considéré comme la délimitation du climat entre le Nord et le Sud- avant de plonger sur la magnifique baie de Da Nang (ancienne Tourane). Ici se trouvait une des plus importantes bases américaines, hautement contaminées par l’Agent Orange. Encore quelques kilomètres de sable et de landes et on arrive à Hoi An.

Hoi An est un port séculaire sur la rivière Thu Bôn, le plus important comptoir d’Asie du Sud-Est entre le Xème et le XVème siécle. Á l’époque, elle approvisionne Simhapura -qui aujourd’hui s’appelle Trà Kiêu- ancienne capitale du royaume cham. Chinois, Japonais, Indiens, Anglais, Portugais, Hollandais et Français viennent y acheter épices et porcelaines.

Et les riches marchands y construisent leurs maisons, pour attendre la fin des tempêtes.

C’est ici que le jésuite Alexandre de Rhodes débarque en 1625 et commence son travail de translittération des idéogrammes de la langue vietnamienne en alphabet romain aimanté d’accents de toute sorte signifiant la phonétique et les tons : le quôc ngu -langue qui permet alors de mettre fin à la lourde influence chinoise, c’est la langue vietnamienne d’aujourd’hui.

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Hoi An maison au balcon en bois
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Et tandis que les bateaux deviennent toujours plus gros, la rivière débouchant sur la mer à quatre kilomètres de la cité s’ensable. Cela profite au port de Da Nang qui prend la relève. Alors Hoi An tombe dans l’oubli et la pauvreté.

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Hoi An Femme maçonne
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Mais c’est aussi l’ensablement de sa rivière qui lui évite les affres de la guerre américaine. Sa récente ouverture au tourisme est une réincarnation, il y a des travaux partout. Classée récemment au patrimoine mondial par l’Unesco -comme de nombreux autres sites vietnamiens- sa restauration est urgente. Il s’agit d’une véritable merveille avec ses petites maisons de poupées passées au badigeon jaune et autres demeures de bois noir avec leurs balcons où pendent des lampions rouges. Parfois, l’architecture de ces maisons est d’une telle simplicité que c’est à tomber à genoux d’admiration. Seuls cyclo-pousse et vélos circulent dans le vieil Hoi An. Au 103, rue Nguyen Thai Hoc, se trouve la boutique Hoa Nap, idéale pour un achat éthique. Elle vend du très bel artisanat -céramiques serties et ornées de bronze- fabriqué par des handicapés physiques et mentaux, certains sont des victimes de l’Agent Orange. On peut les voir travailler dans l’atelier situé côté rivière, derrière la partie marchande donnant sur la rue.

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Hoi An Charpente du pont japonais
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Et puis, à Hoi An, il y a le merveilleux pont japonais. Couvert sous son exquise charpente d’un rose délavé, elle-même recouverte de tuiles jaunes et vertes signifiant le yin et le yang, il abrite une pagode.

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Hoi An pont japonais
Crédit Photo : ANDRE BOUNY 2008

Deux singes et deux chiens devant leur stèle gardent chacune des extrémités du pont dont la construction commença à la fin du XVème siècle, probablement lors d’une année du Chien pour se terminer l’année du Singe, ou bien l’inverse. Il y a aussi la maison de la famille Trân. Fondée par un mandarin confucéen ancien ambassadeur en Chine et au Japon, c’est une maison d’habitation et de culte. On entre par la petite porte côté droit de l’allée car l’entrée principale ne peut être ouverte que le jour de l’hommage rendu aux ancêtres ou celui du Têt. Côté droit, une chapelle avec des boîtes en bois qui contiennent chacune la relique d’un ancêtre. La pièce principale est parsemée d’antiquités ramenées de voyages. Les derniers de cette lignée vivent là, à l’arrière de la maison.

Ils perpétuent la tradition, sous l’arbre du minuscule jardin sont enterrés les cordons ombilicaux des enfants.

Les temples du royaume du Champa de My Son sont proches de Hoi An, à une heure.

J’y rencontre un Vietnamien qui parle remarquablement le français. De l’École française d’Extrême-Orient, ancien professeur d’université et féru de civilisations, c’est lui qui sort de l’oubli les temples de My Son -découverts précédemment par les Français à la fin du XIXéme siècle- après que les bombardements américains les aient abîmé plus que le temps. Cet homme s’appelle Jean. Il est jésuite. Il fait le "guide" depuis que les entreprises privées font le tourisme au Viêt Nam, car il ne peut pas obtenir sa carte officielle de guide comme les autres, à cause de son passé religieux dit-il. Il renouvelle ses demandes mais rien n’y fait. Je le devine atteint dans sa dignité et son salaire -car il est certainement le plus compétent de tous, chose qu’il ne me dit pas.

Il me demande si je suis croyant.

Ma réponse est non. « Ça c’est pas bon ! » répond du tac au tac Jean le jésuite. Il me fera découvrir la montagne de Marbre : un village entouré de cinq collines -portant le nom des cinq éléments du monde- où il n’y a que des sculpteurs et des sculptures, partout, petites et monumentales à faire pâlir Michel-Ange.

A suivre...

Lire ou (re)lire :

-  Episode 1

-  Episode 2

-  Episode 3



Publié le 18 novembre 2008  par André Bouny


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