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L’Autre Salon à Grigny 2008 (vidéo)

Catégorie société
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L’AUTRE SALON Grigny 2008, l’inauguration. part1
envoyé par zala55

L’Autre Salon organisé à Grigny, en Rhône Alpes, fut un véritable régal. Des yeux, des oreilles et du toucher.

Réunissant la fine fleur de l’édition indépendante engagée et quelques représentants des médias alternatifs, l’Autre Salon, s’est déroulé les 14 et 15 novembre 2008 dans une ambiance festive et chaleureuse.

Découvrir autant de beaux livres, de tous formats, créatifs et originaux a insufflé au public, non seulement une envie de lire itérative mais a prouvé également que

l’édition indépendante n’avait pas dit son dernier mot.

Sous la férule de René Balme, l’Autre Salon -organisé par la Ville de Grigny en collaboration avec la médiathèque Léo Ferré et l’espace Pandora- a démontré encore une fois que la résistance n’est pas un vain mot.

En musique et en mots.

La fanfare Doc Mad puisant principalement dans les oeuvres du répertoire Klezmer a envoûté les promeneurs attentifs et le crieur public Gérald Rigaud s’est chargé de les rendre actifs avec une belle énergie communicative.

L’Autre Salon, propose une nourriture intelligente de l’esprit possible. Il suffit d’être curieux, d’emprunter les chemins de traverse qui mènent en train, en voiture ou en stop à Grigny la fauve.

Alors rendez-vous l’année prochaine. Encore plus nombreux. Vous succomberez au charme certain de cette ville aux rétines ouvertes, debout et fière de l’être.

Le prix Léo Ferré a été attribué cette année à Serge Rivron pour son roman La Chair et à Alain Guillard pour Ombre Androgyne.

Etaient présents :

Maxime Vivas en invité surprise (dont vous découvrirez très prochainement l’interview sur e-torpedo)

-  Revues : Le Citoyen (Grigny) Les Antennes (Grenoble) Le P’tit gavroche (Lyon)

-  Radios : Radio Pluriel (Saint-Priest) Tropiques FM (Bourg en Bresse) Radio d’Ici (Saint-Julien-Molin-Molette)

-  Télévisions Vivé (Grigny) La Télévision Paysanne (Lyon)

-  Internet Acrimed (Lyon) E-Torpedo Sistoeurs La M@ison de Grigny

-  Librairies A tire d’Aile / Jeunesse (Lyon) Librairie ambulante (Lyon) Le bal des ardents (Lyon)

etc ...

Voir liste complète ici

Discours de René Balme

Mesdames, Messieurs, Cher-e-s ami-e-s,

Le salon de l’Ecrit à l’Ecran a vécu 10 ans, l’Autre Salon lui succède pour occuper toujours et encore une place particulière au sein des manifestations consacrées aux auteurs, au livre, à la lecture et maintenant aux médias indépendants.

Une place singulière car il est un des rares, organisé par une collectivité, qui propose depuis sa création d’entrer en résistance et d’organiser cette résistance pour qu’elle devienne une force incontournable.

Et à Grigny, nous savons ce que résister veut dire : résistance aux OGM, résistance à l’AGCS, résistance aux expulsions locatives, résistance à la désinformation, résistance à la pensée unique, résistance au sarkozysme et d’une manière générale : résistance à tout ce qui porte atteinte à l’être humain et met en péril son avenir et celui de la planète. Je rappellerai que la création de ce salon du livre qui fête sa onzième édition, a été un acte de résistance fort face aux alliances douteuses lors de la parenthèse Millon à la tête de la Région Rhône-Alpes.

Cette parenthèse, pour grave qu’elle fut, relève de l’anecdote face à la parenthèse Sarkozy qui s’est ouverte voilà un an et qui broie tout ce qui ne sert pas la finance en général, la bourse en particulier et les multinationales. Sarkozy et les siens qui ont recyclé les idées d’extrême droite et mettent en œuvre une politique que n’aurait pas reniée Le Pen, ni Pétain, du reste. Hé oui, la mémoire est fragile !

L’heure est grave, et si nous sommes toujours là aujourd’hui à faire acte de résistance, c’est parce qu’il reste, encore, dans ce pays des êtres humains qui n’ont pas vendu leur âme à la médiocrité, à la cupidité et qui ne seront jamais les serpillières du pouvoir sur lesquelles l’auto proclamé sauveur de la finance internationale viendra s’essuyer les talonnettes.

Nous ne serons pas, non plus, les complices des enfermements ou des déplacements arbitraires. Et nous garderons la tête haute, comme Ferré et comme celles et ceux qui sont aujourd’hui ignorés, censurés, oubliés de force. Et il sont nombreux, même si, dit-on, les écrits demeurent...

Le monde que nous voulons n’est pas celui que nous dicte le capital et la finance. Nous en avons un autre de disponible car nous avons d’autres rêves qui ne s’écrivent pas à la calculette ceux-là. Ces rêves, c’est vous qui les portez par vos écrits et ils sont dans les ouvrages que vous publiez, avec difficulté, mais avec opiniâtreté aussi.

L’Autre Salon est un des rares qui depuis plus de 10 ans participe à mettre dans la lumière ce travail exceptionnel et exemplaire.

Nous sommes donc bien loin des salons parisiens et des farces littéraires qui produisent des Goncourt en fonction de la situation politique internationale ou de la nécessaire soumission à tel décideur du moment.

Nous sommes loin de ce monde là - virtuel et éphémère - et votre présence à ce salon, que ce soit en qualité d’auteur, d’éditeur ou de représentant de la presse indépendante, témoigne de cette volonté de hurler plus fort que les loups pour faire valoir une autre vision de la littérature, de la presse et des médias.

Nous sommes, aussi, très loin de ce monde qui a placé l’édition, la presse et les médias entre les mains des marchands de canons et qui exige que leurs patrons prennent leurs ordres directement à l’Elysée. Un monde où les éditeurs de livres scolaires se permettent de réécrire l’histoire ou de la passer sous silence, au gré des intérêts du moment. Un monde ou le « laisser faire » est devenu une valeur sure.

Mais laisser faire face à une telle situation, n’est-il pas pire que de faire soi-même ? Et n’est ce pas là l’expression de la lâcheté absolue ? Car comme disait Ferré :

Il y a derrière les yeux des gens une cité privée où n’entre personne Une cité avec tout le confort d’imagination possible Les gens que tu vois chez toi sont d’abord chez eux Ils ne te voient pas Ils se singularisent dans l’immédiate et toujours constante défense de soi Ils ont peur Ils sont terribles les gens Ceux que tu appellent tes amis, ce sont d’abord des gens remplis du moi qui les tient en laisse L’homme est un "self made dog"... Mais il parle au centre du monde, et le monde, c’est lui

A Grigny, nous avons le sentiment profond de participer, à travers notre résistance personnelle ou collective, à la construction de cette autre société qu’une majorité silencieuse appelle de ses vœux. Un monde où, enfin, l’être humain serait placé au centre de toutes les réoccupations ; où il participerait effectivement à l’ensemble des décisions.

A Grigny, tout ce qui est fait ou mis à disposition des habitants est défini et géré, de manière participative, comme étant un véritable service public. Quoi de plus naturel donc que la culture soit appréhendée de la même manière ?

Et à ceux qui nous reprochent que « la culture ça coûte trop cher », nous répondons que la culture ne peut pas être appréhendée sous le seul aspect comptable.

En effet, lorsque le peuple est cultivé, qu’il sait se situer dans son environnement, il est beaucoup moins malléable et il sait entrer en résistance quand il s’agit de défendre le bien commun ou assurer la survie de l’humanité. Sa survie. Modestement, à Grigny, nous avons la prétention de participer à cet éveil là, ce qui suppose une volonté politique forte.

Il est évident que ceux qui nous font cette critique - et qui boudent cette manifestation au prétexte qu’il s’agirait d’un salon du livre gauchiste, donc infréquentable - préfèreraient que nous collaborions en appuyant sur l’accélérateur du libéralisme qui nous mène droit dans le mur, en chantant ses louanges. C’est peine perdue. Nous avons choisi, de longue date, la voie de la révolte.

Et puisque notre médiathèque porte le nom de Léo Ferré, je lui laisse le soin de conclure par ce texte, ô combien d’actualité :

« Il n’y a plus rien Et ce rien, on vous le laisse ! Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez, Nous, on peut pas. Un jour, dans dix mille ans, Quand vous ne serez plus là, Nous aurons TOUT Rien de vous Tout de nous Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse, Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles, Le sourire des bêtes enfin détraquées, La priorité à Gauche, permettez !

Nous ne mourrons plus de rien Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que vous n’aurez pas manqué de nous léguer, montant De vos fumures De vos livres engrangés dans vos silothèques De vos documents publics De vos règlements d’administration pénitentiaire De vos décrets De vos prières, même Tous ces microbes juridico-pantoufles Soyez tranquilles, Nous avons déjà les machines pour les révoquer NOUS AURONS TOUT

Dans dix mille ans... »

René BALME Maire de Grigny Le 15 novembre 2008 Discours de René Balme Inauguration de l’Autre Salon



Publié le 20 novembre 2008  par franca maï


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