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Entretien avec Franck Thilliez

Catégorie édition
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(JPEG) Marc Alpozzo : Franck, on te considère comme un auteur de thrillers morbides alliant des scènes pleines d’hémoglobine. Revendiques-tu cette étiquette ou trouves-tu cela un peu réducteur par rapport à ce que tu écris ?

Franck Thilliez : En effet, auteur de thrillers, je le revendique. Quand j’écris un roman, je pense avant tout à générer dans le lecteur quelque chose comme de la peur, ou au moins l’envie de savoir. L’emmener sur des territoires inconnus, et susciter une sorte d’angoisse qui serait du plaisir. J’écris pour faire plaisir au lecteur. Je n’écris pas de polar social ou même du polar non plus. Ni même du roman noir. Oui ! Je revendique l’étiquette « thriller ». En revanche, l’hémoglobine, cela dépend. De plus en plus je cherche à m’en détacher. Lorsqu’on écrit, on évolue et progresse dans l’écriture, et je m’aperçois que je peux me passer de scènes de ce type. Car elles ne sont pas forcément nécessaires.

A présent, je préfère la peur qui s’apparente au malaise.

C’est autre chose. L’horreur demeure, mais de manière latente. Je suis de plus en plus heureux quand je parviens à écrire des scènes très forte, mais quand il n’y a pas de sang.

Je rebondis sur ce que tu as dis : à la base, tu imagines avant tout l’histoire, puis tu écris le livre. Comment ficèles-tu un roman ?

C’est le processus complet de l’écriture. Lorsque je termine un roman, j’entame un autre en repartant de zéro. Je ne fais pas partie de ces auteurs qui connaissent déjà le thème à l’avance etc. Je commence par me demander, avec une petite angoisse, ce que je vais faire. Quel thème, quels personnages, quelle trame. Est-ce que cela sera une enquête policière ? Cela repart donc de zéro. Et il y a d’abord une période. Je le sais par expérience, il y aura d’abord une phase de un ou deux mois, plus cérébrale, où il ne se passera rien, mais durant laquelle, je ferai des recherches, je m’ouvre à ce qui m’entoure, faisant des lectures, ou regardant des reportages sur des tueurs en série, des faits divers, observant mon entourage ce qui se passe, cherchant un thème directeur. Et là, je sens que le truc arrive. Cela ne vient pas d’un bloc. Dans cette phase, on jette 99% des idées, parfois elles ne durent qu’une journée, et cela se construit comme cela. En arrière-plan, il y a quelque chose qui se met en place, qui était probablement plus inconscient. C’est l’avant scénario.

Je mets donc en place la pelote, le nœud.

Prenons le cas de Mémoire fantôme, je m’étais ouvert à une revue scientifique sur la mémoire, et je suis tombé sur cette forme d’amnésie très particulière. L’oubli à mesure. J’ai eu aussitôt l’idée d’un personnage. C’était intéressant. Car on pouvait le manipuler. J’ai donc essayé d’imaginer, de ramifier un peu tout cela, puis j’ai imaginé des scènes, mais sans histoire, je n’avais pas de lieux ni rien. En même temps, il se trouve que les lecteurs me demandaient des détails supplémentaires sur Lucie Hennebelle. J’ai imaginé son retour, et j’ai même imaginé un couple. Je pouvais alors construire mon histoire autour.

Tu fais revenir ce lieutenant parce que les lecteurs te l’ont demandé. Ce sera peut-être un de tes personnages emblématiques ?

Comme je fonctionne d’un livre à l’autre, je ne saurais te dire s’il sera un personnage influent. Je n’ai pas envie de prendre un personnage parce qu’il a bien fonctionné. Il faut qu’il y ait des choses à raconter, il faut que cela me parle à un moment donné. Je n’ai pas envie de faire comme Patricia Cornwell, parce que ça marche. C’est l’histoire qui prime sur le reste. Si l’idée se situe en forêt noire, et que cela implique la psychiatrie, mais que cela n’appelle pas de policiers, je ne vais pas les faire venir pour impliquer Lucie Hennebelle.

Au centre de tes romans, il y a toujours une idée qui implique beaucoup de recherches scientifiques.

C’est vrai que celui-ci, scientifiquement parlant, est le plus pointu. Puisqu’on touche à la neurologie, et aux découvertes les plus récentes. La forêt des ombres, ce qui se passait en forêt noire, il y avait de l’entomologie, comment les insectes viennent sur les cadavres, etc. Il y a en effet, toujours un thème scientifique, car cela m’intéresse, et les lecteurs aussi. Les gens par exemple se posent la question pourquoi malgré la pertes de mémoires, on sait encore rouler à vélo. Je développe des thèmes qui sont proches des gens. Robin Cook par exemple, développe des thèmes qui sont si pointus que cela sélectionne les lecteurs. Avec le lecteur, je joue, mais c’est fait avec pédagogie.

Quels sont les ingrédients essentiels pour écrire un bon thriller ?

Cela m’embête de dire qu’il faut écrire des chapitres courts. Il faut élaborer beaucoup de pistes, de telle manière que le lecteur soit intéressé de savoir comment l’auteur va faire pour regrouper tout cela. Je ne vais pas dans le sens de l’école américaine qui prétend qu’il y a une recette pour écrire un bon livre. Chapitres courts, etc. Par exemple, je suis tombé sur des thrillers qui font environ 120 chapitres de trois pages, mais où les scènes sont coupés au milieu sans aucune raison. Pour moi, quand on coupe le chapitre, on passe à autre chose. Le thriller, c’est qui se passe dans la tête des gens. Les petits détails sont intéressants. Je m’intéresse à la vie des gens. A la vie de tous les jours. Comment par exemple un enfant peut devenir un tueur en série, parce qu’il s’est passé quelque chose avec ses parents. De plus en plus, je m’éloigne du policier qui va poursuivre le tueur en série, et je me rapproche du cerveau. Donc de l’action pure et dure policière...

Tu t’éloignes du comment pour te rapprocher du pourquoi ?

En effet.

Le tueur en série est un phénomène de société. C’est une mode en littérature policière : Dantec, Ellroy. Toi également tu es connu pour cela. Pourquoi utilises-tu toujours ce thème ?

Parce que c’est intéressant. On ne comprend pas encore aujourd’hui comment il fonctionne. Pour moi, un tueur en série c’est un cerveau qui a des dysfonctionnements qui ne sont pas neurologiques.

Si l’on fait un scanner de tueurs en série, il est complètement normal.

Rien à voir par exemple avec un schizophrène. Il ne faut pas se leurrer 90% des tueurs en série ne sont pas des personnes intelligentes. Mais il y a un pourcentage de tueurs qui n’ont pourtant eu aucun problème dans leur enfance, qui sont intelligents, mais qui s’enfilent dans la brèche. On s’en sert alors pour écrire de belles histoires, très tordues. A la base, je ne m’intéresse pas à la littérature. ce qui m’intéresse ce sont les histoires. Faire frissonner les gens. Je n’ai pas beaucoup lu, jeune, si ce n’est des Stephen King. Ma base d’inspiration est surtout cinématographique. C’est sûrement curieux. Mais c’est tous ces grands films d’horreur ou de thrillers qui nous ont fascinés dans les années 80-90. J’avais 15 ans. C’est l’âge où l’esprit fonctionne énormément. J’avais des cauchemars. Et puis en même temps, j’avais une certaine fascination pour ces films. J’avais ce plaisir d’avoir peur, et c’est ce que je souhaite communiquer aujourd’hui à mes lecteurs.

Franck Thilliez



Publié le 16 décembre 2008  par Marc Alpozzo


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