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Les « erreurs humaines » de Roselyne Bachelot par Michel Strausseisen

Catégorie société
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A la suite de la mort d’un enfant à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e arrondissement de Paris, Roselyne Bachelot a avancé l’explication d’une « erreur humaine ». Le cynisme de notre ministre de la Santé mérite que l’on y regarde de plus près...

Dans la soirée du 24 décembre, une infirmière venue prêter main forte à une de ses collègues d’un autre service, s’est malheureusement trompée de médicament. L’injection qu’elle a alors pratiquée sur un enfant aurait entraîné la mort de ce dernier. Une enquête est en cours pour déterminer les causes et les circonstances exactes de la mort. Sans attendre les résultats de l’enquête, Mme Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, s’est empressée de parler « d’erreur humaine ».

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Illustration ROZOR

Pourtant, les syndicats et personnels de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris ne cessent de dénoncer depuis longtemps les réformes initiées par Bernard Kouchner lorsqu’il était ministre de la Santé d’un gouvernement socialiste, et poursuivies ensuite par les autres ministres de la Santé. Ces réformes conduisent en effet non seulement au démantèlement du service public, mais aussi à une dramatique pénurie de personnel, notamment dans les services de soins.

La réduction drastique des effectifs, comme l’ont souligné sans cesse les syndicats, à commencer par le syndicat majoritaire à l’AP-HP, la CGT, met gravement en danger la vie des patients.

-  Comment des infirmières et des aides-soignantes surchargées de travail, et sans cesse harcelées par une hiérarchie pléthorique et souvent inutile, pourraient-elles assurer de façon convenable la sécurité des patients ?

Pour tous ceux qui travaillent à l’AP-HP, les conditions sont devenues telles qu’ils s’étonnent qu’il n’y ait pas déjà eu plus de morts...

Le nouveau plan concocté et imposé par Mme Bachelot va encore aggraver les choses dans toute la Santé, réduisant non seulement les capacités d’accueil des patients, mais imposant encore des réductions d’effectifs au détriment de la vie des patients.

Il est vrai que l’on ne parle plus de « patients », les managers revisités à la sauce anglo-saxonne étant passés par là. On parle désormais de « clients », et ce n’est pas par hasard : plus que la santé, la sécurité et le bien-être des patients, il s’agit d’en retirer des bénéfices...

Le grand leitmotiv mis en avant par tous les soi-disant réformateurs, de Kouchner (alors socialiste) à Bachelot, pour justifier la casse de la Santé publique, c’est l’argent.

On nous rabâche comme une évidence que la Santé doit être rentable.

Hé bien, non ! La Santé ne doit pas être rentable.

Qu’il y ait une gestion saine des services publics, dont la Santé, personne ne s’y oppose. Mais le hic est que ceux qui prétendent mettre en place des réformes afin que la Santé devienne rentable sont les mêmes qui depuis des années gaspillent allègrement les budgets de la santé.

Leur notoire incurie est seule responsable des déficits que l’on nous brandit sous le nez à tout bout de champ.

CQFD : ils gèrent les budgets d’une façon aberrante, ce qui leur donne le prétexte aux « nécessaires réformes », lesquelles aboutissent toujours à la même chose : remplir les poches du privé.

Le fait que le drame ait eu lieu à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul n’est pas non plus, malheureusement, dû au seul hasard. Cet hôpital, qui non seulement était un pôle d’excellence (de réputation internationale, plusieurs premières mondiales en matière médicale y ont eu lieu), non seulement était rentable et d’un intérêt public irréfutable, a été délibérément sacrifié sur l’autel du libéralisme par les requins qui ont fait main basse sur les services publics.

Tout a été bon pour le démanteler.

On se souvient par exemple de la mise en scène autour des fameux « fœtus de Saint-Vincent-de-Paul » qui était destinée à discréditer la maternité de cet établissement, maternité spécialisée dans les grossesses à risques et de réputation internationale. L’ancienne Directrice Générale de l’AP-HP, Mme Van Lerberghe, et le ministre de l’époque, M. Xavier Bertrand, s’en étaient alors donné à cœur joie, avec le concours de politiciens plus préoccupés de leur carrière que d’autre chose, dont M. Delanoë.

La justice avait fini par constater que le dossier était vide de tout fondement, mais le mal était fait...

Nul doute qu’à l’occasion de cette « erreur humaine » Mme Bachelot et ses comparses, en premier lieu ceux de l’AP-HP, en profiteront pour discréditer un peu plus cet hôpital et son personnel.

Mais quelle que soit la conclusion de l’enquête menée à la suite du décès de cet enfant, la conclusion du personnel qui est quotidiennement en première ligne restera la même : les erreurs, ce sont les dirigeants de l’AP-HP et de la Santé.

Les erreurs, ce sont eux.

-  Michel Strausseisen 24-12-08



Publié le 25 décembre 2008  par torpedo


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