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Je suis à l’âge où l’on bouffe les restes des autres par Andy Vérol

Catégorie free littérature
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Où on commence à s’en foutre de vos petites rebellions de petits actionnaires frustrés.

C’est l’âge des grosses baffes dans la gueule du môme parce qu’il mâche du chewing-gum en disant vaguement "bonjour". L’âge des fins de branlettes aussi douloureuses qu’un coup d’rasoir sur le menton/la/joue le matin trop tôt (forcer un connard comme moi à gagner sa vie en travaillant, je cauchemarde là).

L’âge des miettes, des promenades, des excès de vitesse avec la Simca fac-similé de voiture la moderne. La vieille baderne, les fringues sans genre (pas m’habiller comme un jeune, j’aime plus les jeunes, les aime que pour les foutre au front qu’ils se fassent buter par des "que-dalles" de leur âge.

Boum ! Plutôt que l’chômage, t’es cadavre au front.

J’suis à l’âge des fuck off, planqué dans la berline, les boules boudinées dans un calfiote à fleur un truc du style hue. L’âge des baffes qu’on donne aux vieux qui tombent dans les pommes (les pommes, dans le pâté les lacets défaits)...

L’âge à se rappeler les journées dimanche à taper le ballon contre le mur de l’usine en briques rouges.

L’âge des bitures meurtrières, qui mettent en danger ce qui n’est plus en état, plus complètement. Une tête de daron avec des attitudes d’ado révolté, les couilles aussi pleines, et des rêves d’enculage en zonzon. Zue !

Dans le décor, c’est l’âge des pan ! pan ! la pute qui pleure dans les bois : "T’avais qu’à parler français sale bulgare !! J’sais pas quoi ! L’ukrainienne j’m’en fous".

C’est l’âge du passage de jeune étalon à vieux pervers... La boîte de nuit est pleine et la petite pute me reluque plus. L’aurait fait y’a quelques années. Mais j’ai la lourdeur du corps adipeux, le regard frustré et les bras costauds pour pourrir sa nuit, sa vie, avec mon vit...

V’lan !

Où on dit "Fuck !" à tout bout de champ, qu’on regarde des émissions de catch et de tuning sur la TNT en souffrant l’agonie sur l’canapé de fauché.

Bang ! L’âge où on change de champ, on révise, on se ravise, finalement les armes à feu c’est un bon trip, s’amuser à tirer des grosses balles dans le tronc des arbres, vider un chargeur sur une salope de lapin dans l’sous-bois, menacer, l’flingue sur sa tempe, cette meuf qu’on peut plus voir dans sa maison... Enculer en zonzon.

L’âge où on s’en branle de la France, de la retraite, des fauchés, des pacifistes, des enfileurs de perles, des magouilles galeuses des hue hue de là-haut. L’âge des je-m’en-fous voilà, du me-reste-pas-des-masses-de-temps avant de pouvoir foutre un bordel monumental dans ce trou de chiotte sans javel qu’ils-z’appellent-le-monde...

Immonde.

La sueur des pieds dans les chaussures. Sur le piste de danse (j’sais plus danser avec mon corps gras essoufflé)...

J’arme le fusil dans le garage et retourne dans la maison. Je tire une balle dans la nuque d’l’épouse... et j’monte à l’étage, et j’tire dans l’corps du p’tit garçon, et j’tire dans l’corps d’la petite fille...

Je suis à l’âge où c’est plus facile de tuer ses proches que se tuer...

Andy Vérol

Source : Andy Vérol et hirsute



Publié le 7 mars 2009  par torpedo


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