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Maneksha et les yogis blancs II : "le banquier suisse, Paulo et Tarzan"

Catégorie intérieur
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Depuis les terribles événements survenus aux grottes et la disparition de la regrettée Yogi qui vivait là (cf : La légende de Maneksha), vingt longues années s’étaient consumées. Au fil des saisons, le site chargé de mystères accueillit toutes sortes d’individus. Bergers nomades, amants fautifs, sorciers noirs et trafiquants en tous genres y trouvèrent refuge. Plus aucun habitant des alentours n’osait s’aventurer là-bas et aucune femme n’entrait plus en transe dans l’antre autrefois vénérée. Les anciennes adeptes des oracles se contentaient alors de cérémonies pratiquées dans leurs salons les nuits propices aux prédictions célestes. Bien sur, ces rituels ne parvenaient pas à transcender leurs frustrations profondes comme l’avaient permis naguère les forces de la nature. Mais telle était la pénitence qu’elles enduraient depuis deux décennies, privées de leurs extases libératrices. Désormais, il émanait du sanctuaire un malaise persistant au delà du temps et tous les villageois craignaient l’ambiance presque menaçante des lieux redevenus sauvages. Le charmant petit temple rouge finit lui aussi par être con­sidéré comme maudit.

(JPEG) Par une fabuleuse pleine lune, Sonu, un type originaire des plaines arides que la faim attira un jour dans les vertes montagnes, mendiait parmi d’autres paumés aux portes de la ville. Il se retrouva vite imbibé de son alcool préféré grâce à la générosité de certains passants et l’euphorie grandissante estompa vite toute crainte de l’inconnu. Il décida alors de monter aux grottes cuver sa vinasse de contrebande, bravant toutes les superstitions en vigueur. L’endroit s’avérait idéal pour s’offrir un instant de rêve, loin de la crasse et de la poussière urbaine.

Après avoir allumé un feu dans la petite caverne, le jeune homme fuma tranquillement plusieurs shilums de haschich dans lesquels il ajouta des petites graines de datura , un fruit défendu extrêmement toxique qui abondait en ces lieux rocailleux. On utilisait parfois cette plante sacrée lors de certains rituels dédiés au dieu Shiva, mais elle était fortement déconseillée pour les voyages en solitaire. L’audacieux et détonnant mélange envoya Sonu grimper dans les arbres, emporté dans une transe puissante lui faisant pousser des hurlements libérateurs qui déchiraient l’obscurité. L’homme extasié passa d’abord une partie de la nuit à sauter de branches en branches sous l’effet du narcotique. Quelques heures d’hystérie passèrent avant que Sonu ne retrouve son calme. Il commença alors à converser avec l’ombre bleutée d’une femme mystérieuse assise à l’entrée du temple.

Persuadé d’entrer en relation avec le fantôme de Maneksha, dont la fameuse histoire ne lui avait pas échappé, le gaillard métamorphosé se sentit d’abord extrêmement troublé, puis finalement enchanté de ce nouveau pouvoir. Mais il ne put retrouver la paix. Au lieu d’en rester là et de prendre le recul nécessaire pour digérer cette initiation, Sonu voulut tenter l’expérience la lune suivante et rencontra une nouvelle fois le spectre magnétique. Il prit finalement goût à cette relation avec l’étrange créature, rendue possible grâce au poison des plantes.

Les jours passèrent et le néophyte, toujours plongé dans ses fumées enivrantes, s’offrit des hallucinations qui le menèrent vite aux limites de la raison. Sonu ne supportait plus ses vêtements dont il faisait des lambeaux pour se couvrir les pieds. Ces drôles de chaussures lui permettaient d’escalader les grands feuillus pour voir le monde d’en haut, tel un Tarzan illuminé. Afin de parfaire cette magie, il s’inventa tout un rituel d’accompagnement consistant à rouler une feuille sauvage en forme de shilum pour y fumer avidement sa défonce tout en invoquant l’esprit de Maneksha autour du feu.

Fatalement, l’abus de ces mirages commença à le déstabiliser. Son apparence hirsute et l’énergie qui se dégageait de lui effrayait autant les humains que les animaux. Sonu aurait pu libérer positivement sa nature sauvage, mais au lieu d’éclater librement, elle se retrouva prisonnière des pouvoirs illusoires d’une plante. La datura taillait son œuvre irréversible en lui ouvrant toutes grandes les portes de la folie...

Alors qu’il errait dangereusement entre le monde des rêves et la réalité, Sonu se proclama gardien des grottes et décida de s’y installer durablement puisqu’après tout, la ville ne lui apportait que du malheur et de la mauvaise ivresse. Dans la jungle, devenu vengeur de fantômes, il donnait enfin un sens à sa pauvre vie. Ainsi, plus aucune crapule n’osa venir cuver son vin au sanctuaire par peur de l’y rencontrer et les rares villageois qui tentaient d’accéder au temple pour y déposer des offrandes fuyaient sous les hurlements du dément qui protégeait à sa façon les lieux en écartant tous ceux qui l’avaient souillé par le passé.

Maneksha y veillait encore !...

A quelques collines de là, dans un petit village longeant le Gange, quelques gurus riches et célèbres se prélassaient au soleil tandis que Robert, un banquier suisse déguenillé en Sadhu, pratiquait assidûment ses méditations psychédéliques. Fervent adepte du chamanisme, il lui était difficile voir impossible de séjourner dans un ashram traditionnel. Ce fut la raison de sa venue au cottage de Swami, réputé pour sa neutralité.

Robert, un authentique électron libre, aimait (JPEG) s’installer en position accroupie avec les bras croisés, entouré de ses précieux cailloux pour entrer en réflexion profonde sans devoir se limiter à cause du temps ou des hommes. Je l’observais aisément depuis son arrivée puisqu’il campait juste en face de chez moi, de l’autre côté d’une cour minuscule. L’étrange spécimen aimait partir à l’aventure là où son instinct le menait. Il avait fait le tour de la planète et découvert toutes les magies et sorcelleries d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du sud. Un haut fonctionnaire qui traînait en Inde pieds-nus, avec un bout de tissu crasseux autour de la taille pour seul vêtement, était des plus intrigants. Je pouvais alors difficilement l’imaginer en costume haute-couture dans les bureaux luxueux d’une banque de Genève...

Notre rencontre me renvoya tout droit au cœur de la tragédie de Maneksha car, lors d’une escapade dans la forêt, le sorcier suisse arriva jusqu’aux grottes sacrées. Dès son retour, il m’invita à prendre un thé pour me faire part de son expérience et Paulo, un yogi blanc qui restait toujours terré au fond de sa cahute à étudier les Védas(1) fut également convié à l’écouter.

Robert nous décrivit avec précision le lieu qu’il jugeait hautement magique, avec ses sources et son temple rond surplombé par deux grottes. Il pointa alors son doigt vers la montagne et désigna l’endroit exact dont m’avait parlé Swami quelques jours auparavant en me contant la triste histoire qui s’y déroula. Quel incroyable et curieux hasard !

Le charme enchanteur des lieux l’envouta rapidement. Robert décida d’y passer une nuit qui s’avérait propice à la magie, la pleine lune éclairant le somptueux paysage sauvage de sa douceur argentée. Il rencontra ce soir là un personnage farfelu et complètement drogué ressemblant un peu à Tarzan qui se prétendait gardien des lieux. Le garçon possédé sautillait dans tous les sens en racontant tout et n’importe quoi. Il paraissait impossible de communiquer avec lui. Pour avoir la paix, Robert dût le tenir en permanence sous hypnose, une pratique dans laquelle il excellait. Finalement, Sonu tomba dans les bras de Morphée.

Alors, le banquier qui se reposait aussi reçut dans son sommeil une puissante vision nous concernant. Le message délivré par les esprits de la forêt était clair : nous devions absolument, Paulo et moi, demeurer là bas quelques temps. Cette affirmation surprenante nous laissa aussi perplexes l’un que l’autre. Nous ne semblions posséder aucun atome crochu et aucune envie de faire connaissance ne nous avait jamais effleuré. Pour ma part, garder mon sérieux avec les prophéties relevait du défi, mais là, ce drôle de banquier me conduisait tout bonnement sur les lieux de l’histoire bouleversante qui hantait ma mémoire et je ne pouvais pas laisser passer cette aubaine. De son coté, Paulo, fort attaché aux superstitions indiennes, se sentit soudain investi par une nouvelle mise à l’épreuve divine qui, selon lui, s’avérait d’importance karmique. Il entra dès lors dans un état extatique permanent, répétant joyeusement le nom de Ram (2).

Suite à sa prédiction et muni d’une armée de cristaux multi­colores, Robert nous fit participer durant plusieurs jours à des méditations transcendantales qui nous transportèrent très loin dans des spirales colorées tout en délivrant nos chakras(3). Le chaman, selon ses termes, jugeait ces travaux nécessaires pour peaufiner notre perception des événements présents et futurs. Mais à cette étape de l’étrange initiation nous ne percevions qu’un incroyable festival de révolutions intérieures intenses et chaotiques. Évidemment, après avoir écouté les divagations de Robert et subi plusieurs séances d’hypnoses collectives, plus rien ne pouvait être comme avant dans nos cervelles échaudées. Une irrésistible envie d’aller voir ces grottes nous triturait intérieurement et nous empêchait de trouver le sommeil.

Dès le lendemain matin, Paulo vint me chercher alors qu’il faisait encore nuit noire pour emprunter le sentier forestier qui menait à l’antre de Maneksha. Je le suivis sans me faire prier car bien sur, j’étais aussi pressée que lui de découvrir le site mystérieux...

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Le chemin escarpé qui montait de plus en plus nous coupait le souffle, mais tandis que le soleil se levait, toute la fatigue accumulée par la marche disparut rapidement à la vue du fabuleux sanctuaire avec ses ter­rasses et ses sources émergeant du ventre de la terre. En face de nous se dressait le fameux petit temple rouge vif entouré de plusieurs bassins en pierre qui retenaient l’eau. Il régnait là une paix que seul les cris des corbeaux et des singes osaient troubler. Notre émotion se trouvait à son comble. Tout comme Robert, nous fûmes immédiatement ensorcelés par la beauté tranquille du site. Les deux grottes perchées sur un rocher dominant toute la forêt nous charmèrent tout autant, avec leurs parois sculptées de stalactites humides laissant deviner la présence d’eau. La plus spacieuse contenait les restes d’un Duni, l’âtre sacré indispensable aux lieux de cultes. C’était sûrement là qu’avaient brûlé les jambes du prêtre fautif, Indra le fourbe, qui tenta un jour de s’emparer des lieux (cf : La légende de Maneksha).

Soudainement, des bribes de la scène évoquée par le vieux Swami me revinrent en mémoire, faisant monter un frisson le long de mon échine. Je n’osais parler de cette tragédie à Paulo déjà suffisamment perturbé. Le Yogi blanc m’avait confié un peu de son passé sur le chemin, évoquant son séjour sur une presqu’île au milieu d’un clan d’ascètes de l’extrême dont il ne sortit pas indemne. On le savait bien en Inde, certains Sadhus aux méthodes des plus douteuses possédaient l’art de vriller les cerveaux. Paulo semblait donc si fragilisé que je préférais rester silencieuse sur le passé des lieux. La matinée passa très paisiblement, en compagnie des singes nous offrant leur théâtre de pitreries.

Autour des grottes, des restes de sacs plastiques et des nombreux paquets de cigarettes jonchant le sol témoignaient que l’endroit était toujours fréquenté. Il traînait aussi ça et là quelques bouteilles d’alcool vides et d’autres détritus. La colère engendrée par ce triste spectacle au milieu d’une nature si pure nous donna une énergie nouvelle. En peu de temps, nous avions confectionné des balais de fortune avec des branches feuillues et rassemblé toutes les ordures en un tas pour y allumer un grand feu de joie. Hypnotisés par les flammes et le charme des lieux, le coucher de soleil vint nous surprendre. Il semblait bien trop tard pour retourner en ville et faire une marche nocturne dans la jungle pouvait comporter certains risques, comme rencontrer des félins ou des éléphants. Nous avions tout intérêt à rester dormir aux grottes malgré notre manque de provisions. Cette première nuit, parfaitement calme, nous berça de rêves végétaux.

Puis, l’aube, remplie de magie avec sa brume fantasmagorique qui enrobait la colline acheva de nous éblouir tandis que nous partions, heureux, retrouver Robert afin de lui donner nos impressions et rassembler le nécessaire pour vivre quelques jours ici.

Le rikshaw surchargé d’indiens qui nous ramenait au village fonçait dangereusement sur la petite route de montagne, mais l’émerveillement de la jungle et la béatitude nous ôtaient toute conscience du danger.

Après une courte discussion, nous décidâmes, Robert, Paulo et moi même, de séjourner ensemble dans cette forêt. Il nous fallut peu de temps pour camper aux grottes de Maneksha, partageant ainsi le quotidien du fameux Tarzan fidèle à ses rendez-vous lunaires. Il se prit immédiatement d’affection pour des voyageurs dans notre genre, ignorant les discriminations de castes. Nous pouvions aisément cohabiter avec cet intouchable qui se montrait au final bien plus drôle que dangereux. Il suffisait juste de le laisser mener ses crises nocturnes car ensuite, le sommeil s’emparait de lui pour le reste de la journée. Lorsqu’il divaguait trop, on lui faisait fumer un peu de haschich pour calmer ses élans. Nous confondant avec des personnalités indiennes, politiciens ou stars du cinéma, Sonu inventait toutes sortes de scénarios complètement loufoques qu’il valait mieux écourter. Ses hallucinations ne semblaient jamais finir.

Au cours de ces merveilleuses journées, Raja, un minuscule Sadhu très bizarre venant d’une ville voisine se mit à nous visiter de plus en plus fréquemment, parasitant ainsi notre nouvelle tranquillité. Ce dernier ne dégageait aucune confiance, flairant les lieux sacrés propices à la bonne fortune. Voyant que des blancs restaient là, l’opportunité de s’enrichir se présentait enfin à lui. Le fouinard nous demandait sans cesse des cadeaux pour forger notre soi-disant nouvelle amitié et cela dès qu’un objet intéressant sortait de nos affaires. Autant dire qu’il connaissait mieux le contenu de nos sacs que nous tant il les reluquait ! Craintif par nature, Raja décida de soudoyer Tarzan à l’aide de tabac, de haschich puis avec des flacons de whisky local. Ce n’étaient pas là des manières très religieuses, mais il désirait posséder coûte que coûte ce simplet suffisamment musclé pour le défendre en ces lieux sauvages.

Sonu se fichait éperdument des cadeaux empoisonnés du crapuleux Raja, n’ayant d’intérêt que pour ses voyages auxquels il tentait maintenant de nous initier. Il souhaitait sincèrement nous faire partager ses petites graines de folie, mais Robert le tenait bien en laisse. Par le passé, le sorcier helvète testa à plusieurs reprises les effets de l’hallucinogène. Les raisons de nous en tenir éloignés ne manquaient pas, surtout pour Paulo qui commençait à craquer. L’énergie de la forêt ainsi que les forces telluriques du temple et des grottes l’emportaient dans de fortes montées extatiques. Goûter dans un moment pareil le shilum infernal de Sonu aurait suffi à l’aliéner de façon irréversible. De plus, Robert avait réussi, à force de discussion, à balancer tous ses anciens plans en l’air, telle une tornade dévastatrice emportant au loin toutes ses convictions profondes.

Pauvre Paulo ! Lui qui pensait encore récemment suivre une formation de Sannyas(4) et se dénicher un bon Guru indien, il devint le disciple d’un banquier psychédélique occidental.

Ainsi, après avoir quitté les lieux enchanteurs et rejoint la demeure du vieux Swami Brâhmananda, notre aimable logeur, Robert décida de repartir au pays, suivi de son nouvel adepte. En effet, bien trop charmé par le puissant personnage pour s’en éloigner si brutalement, Paulo laissa toutes ses croyances sur le sol indien et s’envola vers l’ouest matérialiste. Je me retrouvais alors seule au village, méditant sur le sens de la vie...

(JPEG) Quelques jours plus tard, mon ami José réapparut, maigre comme un clou et noir comme une nuit sans lune. Cette année là, malgré ma règle d’or de voyager seule, j’avais accepté qu’il m’accompagne en Inde. Et comme je le craignais, José m’avait vite fait faux bond pour aller explorer les plages branchées du sud, trop fréquentées par les blancs à mon goût Le jeune imprudent connut tout d’abord l’euphorie des orgies et s’en donna à cœur joie, abusant pleinement de toutes ses drogues favorites. Finalement, le Goa-style qui l’attirait tant ne lui porta pas chance et il arriva dans les montagnes junkie jusqu’au cou. Je décidais alors d’écourter ma grande méditation pour l’emmener aux grottes, le seul endroit des environs où les éléments semblaient plus forts que sa toxicomanie. Il ne nous restait plus beaucoup de temps avant que la date fatidique de nos visas ne vienne sonner le glas du retour. Un séjour dans la jungle permettrait à José de s’aérer la tête et le soleil de l’altitude lui ôterait son teint blafard. Cette période défavorable, teintée d’une énergie négative, l’empêchait de chasser ses démons.

Sitôt arrivé aux grottes, Raja, le sadhu maigrichon qui tissait doucement sa toile, repéra les faiblesses de José et tâcha d’en profiter en lui livrant des petits cadeaux opiacés qui cessèrent vite d’être gratuits. Aucune confiance ne semblait possible devant l’appât du gain et je dus menacer fermement le gringalet pour qu’il arrête son trafic. Mais il me fut impossible d’éviter qu’il ravage définitivement notre Sonu qui filait déjà sur la pente raide. Le malheureux se mettait à avaler tout et n’importe quoi pour faire durer une ivresse qui tournait pourtant au cauchemar.

Un matin, en mal de civilisation, José se rendit au village pour y faire quelques emplettes. À

peine arrivé dans la cité et juste après s’être installé à la terrasse d’un chy-chop, il rencontra un israélien tout miteux qui revenait lui aussi de Goa. Bien sur, le type n’avait rien d’angélique, mais José, l’esprit aveuglé par les résidus de narcotiques n’y voyait que du feu ! Il se posa donc en victime idéale et le junkie qui ne connaissait plus aucune pitié le dépouilla de ses dernières roupies en lui fourguant, après lui avoir raconté une histoire aussi rocambolesque que pitoyable, un paquet de cachets locaux en guise de pilules du bonheur. José, qui se réjouissait d’aller revendre son stock dans le sud histoire de profiter d’un dernier délire avant l’imminent retour, fut fortement déçu d’apprendre qu’il ne possédait qu’un sachet de paracetamol indien. Au lieu de se trémousser au son de la transe devant l’océan, il se retrouva tapi au fond de la grotte à se gaver de shilums, tout dégoûté du genre humain ! Chaque tentative de renouer avec ses anciens vices tournait irrémédiablement à l’échec.

Alors, pour oublier ses tracas, José, habile de ses mains, se mit à fabriquer des bijoux avec des os de carcasses pourries qui traînaient dans la jungle. Se parant de ses créations et tout de noir vêtu, il devint sans le savoir une sorte de sorcier noir que tous commençaient à craindre. Les seuls en Inde à se vêtir ainsi étaient les sadhus Agoris(5) aux pouvoirs magiques qu’on prétendait mangeurs de cadavres. À cause de cette réputation, José ne put lier aucune amitié. Mais fort heureusement, au delà de tous ces désagréments, la magie de la terre, des arbres et des sources du sanctuaire se montrait bien plus forte que les attaques humaines et la paix ressentie estompait vite les interférences négatives. Inévitablement, une profonde tristesse s’empara de nous au moment de partir des grottes. Nous devions abandonner la jungle pour retourner dans notre monde merdique et sans âme.

Pendant ce temps, Sonu atteignait le point de non-retour. Une panique remplaçait l’ancienne euphorie car il n’arrivait plus à retrouver la raison plus de quelques minutes par jour. Dans ses rares moments de conscience, il pensait même retourner en ville Désormais, le spectre bleuté le fuyait et ses monologues ressemblaient à des balbutiements incohérents. Raja, de son coté, paraissait bien trop chétif pour demeurer seul ici. Loin de posséder la prestance d’un guru charismatique, le traître n’avait aucune chance de s’approprier l’antre de Maneksha. Vraiment rien à l’époque ne laissait entrevoir l’avenir des lieux et nous quittions un site toujours chargé de mystères avec les plus sincères regrets. José avait heureusement retrouvé quelques kilos et un peu de couleurs. Même recouvert de ses reliques animales, il reprenait forme humaine. Mieux valait être en forme pour affronter les monstres d’un aéroport occidental, car l’attitude générale des humains, chez nous, flanquait toujours une envie violente de repartir le plus vite possible ! Mais José n’y avait pas encore goûté, c’était son premier séjour sur le sol indien.

Dans l’avion du retour, je ne pensais qu’aux grottes et me fichais pas mal des zombies qui nous attendaient. Maneksha avait planté son dard en moi, et l’élixir que contenait sa piqûre prenait place dans mon sang, me rappelant toujours à elle...

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notes :

1 : ensemble de textes de la religion hindoue.

2 : Rama est un avatar du dieu Vishnu.

3 : en sanscrit « roues », représentées par des lotus marquant sur le corps spirituel de l’homme les étapes de la progression de l’énergie vitale.

4 :Les sannyas renoncent monde matériel pour atteindre la plus haute sagesse spirituelle, l’état suprême.

5 : Secte de Sadhus couverts de cendres vivants près des lieux de crémation.

Lire ou (re)lire : Maneksha et les yogis blancs I : "la légende"



Publié le 22 mars 2009  par manuji


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