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De la misère affective et sexuelle en milieu contestataire.

Catégorie société
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(JPEG) « Si Reich revenait et trouvait la « libération sexuelle », il en resterait anéanti dans un coin. » Giorgio Cesarano

De la misère affective et sexuelle en milieu contestataire.

Alors que nous ne cessons pas de parler en terme de critique, la question des relations intimes, de celles qui induisent une relation sexuelle, n’est jamais abordée (ou rarement), alors qu’elle est une question centrale. Elle est une question centrale pour l’humanité, puisque c’est par cette relation que l’être humain se reproduit, engageant l’humanité toute entière, et non pas seulement la famille ainsi nouvellement constituée. La question des relations affectives, n’est pas une question qui appartient à l’individu à qui il reviendrait de résoudre ses problèmes, mais une question sociale.

Et la procréation qui s’ensuit d’une relation affective n’est pas une question qui appartient au couple, mais une question sociale.

Il y a une telle misère affective (et sexuelle) que les relations se font sur le mode de l’appropriation discriminante et exclusive, interdisant toute autre approche et possibilité de l’intime. Chacun se retrouve en couple, ou seul. Les couples se verrouillent, même lorsqu’ils s’engagent sur une deuxième relation, rarement plus, parce que par là, ce n’est pas la recherche d’un partage, mais celle de consolider une relation, que la lassitude provoquée par le temps a bradée dans le cours commun de la vie quotidienne, laquelle n’est pas privée de vie, mais privée d’aventure, de surprise, de découverte, de création, d’expérimentation, d’intention. Et l’amour, ce merveilleux prétexte au désir, qui devait unir deux individus devient prophylaxie.

Les relations sont discriminantes en cela qu’elles se fondent sur l’esthétique voulue par la société du spectacle.

Comme toute séparation, "l’âgisme "et le "beautisme" imposent des barrières difficiles à détruire.

Parfois, il arrive qu’elles se franchissent, dans les moments de grande intensité de guerre sociale, moment où les individus arrivent à retrouver la communauté de leur être. Le plus souvent, le désir de partager sa vie se réduit à l’enfermement dans le couple, hors duquel chacun se retrouve comme individu, par là privé d’amour. L’individu n’est rien. Il n’a aucune qualité. Il ne présente aucune réalité hors de la seule misère dont il est porteur et qui le réduit à une fonction, salarié, chômeur, rmiste, père, mère...

L’individualisme est une idéologie qui fait croire à la force de l’individu, mais pour mieux l’exploiter.

Dans le monde capitaliste, l’individu est un outil au service de ce monde, pas la qualité d’un être singulier. L’individualisme introduit l’égoïsme contre l’esprit de partage, la séparation jusqu’à la négation de l’autre, et partant, la négation de soi jusqu’à l’oubli. Le terrain sur lequel l’absence de partage est le plus criant, est celui de l’affectif. Et cela d’autant plus que l’idée de partage, sur le terrain de l’affectif, se confond maladroitement avec la partouze.

La partouze n’est pas le lieu du partage et du jeu, mais celui d’une aliénation qui ne remet rien en cause. Les clubs échangistes ne sont qu’un commerce au service d’un divertissement onéreux où se retrouve la bourgeoisie, se faisant croire s’encanailler là seulement où elle ne fait que consommer. A l’opposition de la partouze, il y a l’intention de partager les relations. Partager signifie déconstruire l’articulation du couple qui verrouille ordinairement la vie. Partager, c’est partager avec sensibilité. Partager ne se réduit pas à succomber aux charmes, mais exige d’expérimenter sa vie avec son entourage, par jeu. Cette intentionnalité dans le désir est essentiel. C’est par là qu’une critique de nos mœurs peut s’ébaucher.

Actuellement, l’amour se vit strictement sur le mode de l’enfermement, reproduisant par là même le mode égoïste d’existence que par ailleurs nous cherchons à - ou nous prétendons vouloir - combattre. Cet enfermement est à l’origine de la brutalité sexuelle, notamment de la solitude affective, qui est d’une grande brutalité, à l’égale du viol. De plus, l’amour ne semble pouvoir s’approcher que sur le mode de la séduction. Critiquer le monde capitaliste et refuser un amour parce qu’il ne séduit pas de prime abord est une contradiction qu’il nous faut soulever. Être séduit par l’autre, plutôt qu’être dans la démarche volontaire de l’inviter, voilà ce qu’il nous faut critiquer. Le rapport à la séduction est un empêchement à la vie. Là où nous nous soumettons à nos affects, plutôt qu’être dans l’expérimentation, il n’y a que reproduction de ce monde. Nous refuser entre nous sous prétexte que nous choisissons nos amants ne fait que renforcer ce monde. C’est une illusion de croire choisir nos amants. On ne choisit pas.

Le terrain de la critique n’est pas celui du choix mais de l’expérimentation.

Avec l’idée du choix, nous ne faisons qu’accepter une orientation sexuelle et affective qui, en fait, se manifeste par la séparation et non par l’invitation. Et le conventionnel est reconduit en permanence. A partir de là, le désir se fait censure, interdit. Chacun se retrouve par affinité. Le mode capitaliste d’existence peut continuer. Il a encore de beaux jours devant lui.

Bon, où est le problème ?

Le problème est, dans les relations que nous cherchons à critiquer, c’est-à-dire à développer, que nous vivons l’affectif sur le mode de la séparation et la séduction, alors qu’il s’agit de vivre, c’est-à-dire d’être aventurier, pour le dire comme Roger Stéphane, ou situationniste, pour le dire comme Guy Debord. Mais, et c’est bien connu, nous sommes frileux, nous ne sommes aventurier que dans nos bibliothèques. Alors, bien sûr, on lit Sade, on regarde Histoire d’O... Mais, « pas touche à mon cul, hein... »

Angoisse ou mensonge ?

Les deux sans doute, l’un nourrissant l’autre ; l’autre justifiant l’un. Que de prétexte psychologisant pour reconnaître ce que nous refusons, alors justement qu’il s’agit d’expérimenter la vie. Il ne s’agit pas de volonté ni d’instinct, mais bien d’expérience. Dans l’expérience, il y a une part d’inconscience qui échappe à la volonté. Mais sur ce terrain, aujourd’hui, nous ne savons plus faire, ou pas encore.

La démarche esthétisante est une des plus redoutable qu’il nous faut critiquer.

Il nous faut ruiner la séparation.

Il nous faut retrouver le sens de l’expérimentation que suggéraient les situationnistes dans leurs dérives alcoolisées et pleines de sexe. Il nous faut conquérir notre volonté, contre notre soumission à la séduction. Je me porte en faux contre la dérive animale dites instinctive. En matière affective et sexuelle, si nous devions suivre une sorte d’instinct, alors, au printemps, les mâles humains se foutreraient sur la gueule pour conquérir une femelle humaine, parce que c’est comme cela que ça se passe dans le monde animal. Et d’ailleurs, dans notre monde, qui est le monde de la marchandise (monde qui soumet le monde animal), l’amour et le désir sont soumis aux impératifs instinctifs du spectacle en cela que les individus se rencontre surtout sur un mode hétéro-normé, prétendument par affinité (mais on peut bien se demander ce que ça veut dire, une approche affinitaire) dans un rapport esthétisant discriminant qui interdit de vouloir aimer en dehors de ce rapport. Dans ce rapport, il n’y a plus que des consommateurs que l’on trouve dans le couple, et des contemplateurs qui se trouvent de ce fait exclu du couple.

Il y a une sorte de peur à évoquer le désir, parce que nous avons chargé le sexe d’une grande violence

. Le désir sexuel, lorsqu’on tente de l’évoquer comme je le fais maintenant, fait apparaître la séparation entres les gens jusqu’au retranchement terrible du « Mon corps m’appartient ». Comme si le corps était un lieu d’appartenance comme l’est la propriété privée.

Si on veut faire de son corps une propriété privée, alors que reproche-t-on au monde marchand de la bourgeoisie ?

Si, à l’inverse, on cherche le terrain de la critique, alors il faut nous libérer des carcans de la répressions sexuelles que nous reproduisons en permanence, ne serait-ce que déjà par ce fait de chercher à nous comprendre. Et nous comprendre commence par rompre avec l’individualisme, cette pensée réactionnaire que la bourgeoisie tente d’imposer avec une grande violence. Il faut arrêter avec le « Moi je » pour revenir avec le « Je est un autre ».

Nous ne sommes pas des figurines atomisées indépendantes, mais des êtres qui communiquons ce que nous sommes, en permanence.

Il faut en finir avec la position de l’individu qui croit devoir s’assumer, qui se croit responsable de sa propre vie (au passage, quelle mesquine ambition que de s’en arrêter à assumer son existence, que l’on confond avec la vie), qui se voudrait indépendant.

Indépendant par rapport à qui et à quoi ?

Pour se nourrir, pour se reproduire, pour habiter, chaque individu est en relation permanente qui dépend des uns et des autres. Ne serait-ce que pour manger un morceau de pain, chacun avons besoin d’un boulanger, de quelqu’un qui a bâtit un four, de quelqu’un qui pétrie la farine, de celui qui fait pousser le blé, etc... Il faut être deux pour procréer... Et lorsque j’entends dire que l’indépendance se gagne par le travail, là, carrément, la colère me monte au nez comme la moutarde (et, assez vite, je suis pas loin de l’insulte).

Il en est de même des relations affectives et sexuelles.

Là dedans, il n’y a pas d’indépendance, à moins d’une formidable illusion qui fait prendre les vessies pour des lanternes. Alors, on m’opposera le fait que l’on peut choisir. Ben voyons ! Devant un choix, on choisie toujours les sirènes du spectacle (en matière sensuelle et sexuelle, c’est violemment évident). Je ne parle pas en terme de choix mais d’expérimentation et d’intention, c’est-à-dire vers une tentative de dépassement de la pulsion, aller vers une sorte de générosité (ce dont nous manquons singulièrement), contre l’individualisme qui nous rend égoïste.

Le problème affectif et sexuel ne joue pas sa partition que sur le mode de la discrimination, mais aussi contre l’imagination.

Dès l’instant que l’acte sexuel s’est séparé de sa fonction, qui est la reproduction, pour devenir un jeu de plaisir, d’échange, de lutte, de tendresse, alors tout est possible ; tout est possible dès l’instant que les partenaires sexuels sont dans l’expérience contre la fonction sexuelle. Tout est possible jusqu’à la mort.

Ne dit-on pas de l’orgasme qu’il est comme une petite mort ?

Je n’évoque pas, là, le sadisme, mais l’esprit sadien, cet esprit qui pousse la jouissance jusqu’aux limites de la liberté, et qui est la mort. Tout est possible, veut dire aller contre le conventionnel afin de partir à la découverte de ses propres limites. A ce jeu, rien n’a encore égalé les jeux sexuels japonnais. En particulier, l’art de l’encordage, dit Shibari ou kinbaku. Dans ce jeu, le partenaire est pieds et poings liés au désir de l’autre, de telle sorte que la confiance doit être totale. Dans ce jeu, le rapport de domination que l’on rencontre dans la position dite du Missionnaire (qu’à juste titre un certain nombre de femmes aujourd’hui critiquent, et quoique pas encore refusé clairement) se transforme en rapport de confiance. Dans cette relation, le but n’est pas la procréation mais la confiance de chacun des deux (voir à plusieurs) envers l’autre (ou les autres) dans un plaisir partagé. Il ne s’agit pas de soumission, parce que l’encordé demande justement à l’être, alors que dans le Missionnaire, aucun des deux ne demande quoique ce soit, mais au contraire, se soumet à la norme, qui n’est qu’un rapport de procréation qui implique notamment l’usage d’un préservatif et la prise d’un anti-contraception, c’est-à-dire la pénétration de l’Etat dans nos ébats.

Parler de sexualité, c’est-à-dire du rapport affectif le plus fusionnant entres les gens, c’est parler en terme de jeux, de volonté, d’intention, d’invitation, d’écoute, d’imagination, et non en terme angoissant de maladie (le Sida, entre autre), de contraception, d’accaparement qui rend jaloux, de performance sexuelle, de séduction qui discrimine... Parler en terme sexuel, à plusieurs, ce n’est pas parler en terme de partouze mais en terme de reconnaissance ;

c’est reconnaître l’autre dans sa chair et l’inviter par générosité, non par pitié ni par intérêt, évidemment.

La vie devrait être un jeu. Et d’abord un jeu contre la soumission telle que nous la vivons actuellement. Et les relations humaines devraient pouvoir s’articuler dans ce jeu, au lieu d’être en permanence, et en particulier entre nous, discriminantes, pleines de méfiances ou pleines d’esbroufes. Nous sommes à cet endroit, nous qui parlons en terme critique, du rejet, de la méfiance, du blocage de l’imagination, qui fait que certains, (dont moi, d’où ce texte) sont mis au banc des rapports affectifs. Et je trouve cela pour le moins ignoble.

C’est bien la peine de se mettre sur le terrain de la lutte, pour reproduire le plus réactionnaire des comportements.

A cause de l’acceptation non dite de nos comportements les plus réactionnaires, la tendance se fait vers une sorte de communautarisme des sexualités, qui n’a d’autre conséquence que la division. Division entre homo et hétéro, division entre homme et femme, division entre les genres et le travesti, et finalement nous nous retrouvons exclu, privés du plaisir d’un partage sexualisant, ou enfermés dans un rapport sclérosant. Ces divisions renferment, isolent, atomisent, individualisent, et rend incompréhensible nos colères, nos révoltes.

Nous n’y comprenons tellement plus rien que nous trouvons suspect les relations hors normes telle que la relation dites, à tord, sado-masochiste. D’abord, une relation sado-masochiste, je tiens à le dire, n’existe pas (sauf chez les cas pathologiques que l’Etat, pour notre plus grand tort, enferme dans ses prisons).

En revanche, ce qui existe, c’est un comportement qui cherche à atteindre des limites.

En effet, là, nous ne sommes pas dans le registre du couple hétéro-normé. Notamment le travesti, qui rentre dans la configuration du sado-masochisme, cherche aussi les limites de la sexualité, c’est-à-dire des rapports les plus inclusifs de l’être humain. Ce comportement, me semble-t-il, devrait faire partie de ce qui nous préoccupe, nous qui nous situons sur le terrain de la critique. Au lieu de cela, nous faisons l’inverse, pour nos plus grands déboires. Nous nous enfermons piteusement sur nos couples, sinon dans notre isolement sexuel, non pas seulement par facilité, mais aussi par inquiétude. Et l’expérience est reconduite. Finalement, nous arrivons à nous méfier sexuellement les uns des autres au point que, sur ce terrain, pour pas mal d’entre nous, c’est un point mort.

Je pose la critique à cet endroit parce que je vois bien le déni que nous véhiculons sous couvert de respect, d’épuisement dû à un rapport de consommation, et l’oubli du jeu que la révolte implique, oubli dans lequel nous sommes installés.

G.



Publié le 25 mars 2009  par Gilles Delcuse


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