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Souffles du Printemps à l’Opéra de Paris

Catégorie Culture
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Le bouquet final de Gérard Mortier

« Faut -il me réveiller , au souffle du printemps ? » Ah ces romantiques...Comme dit Werther, jeune et souffrant, il vaut mieux parfois rester dans le coaltar que d’être au monde. N’en déplaise à René (non pas Chateaubriand) mais Girard, il est doux parfois,de se vautrer dans le mensonge romanesque et d’oublier un peu la romanseque vérité. Quelle belle version -odieusement critiquée(par une critique, c’et vrai qui n’a plus aucun retentissement réel) que celle , donnée à l’Opéra de Paris, du drame romantique adapté de Goethe par Jules Massenet, orbi et urbi, version ténor (Villazon, mexicain défaillant) ou baryton (Ludovic Tézier resplendissant ) et sous la baguette d’un Kent Nagano(trop japonisant ) remplacé parfois par un Jean-François Verdier (juste à point).

C’est monté haut , très haut mais moins que la version ténor du siècle précédentquand on était obligé de prononcer « Pourquoi me raaaa...vailler...héeeeeeeeeeeee ! http://fr.ca.encarta.msn.com/media_102641617/massenet_werther.html

Bref on a bien aimé quand même en dépit de la presse déchaînée qui dans une sorte de cabale crie désormais « haro sur le Mortier » (l’actuel directeur en mandat finissant nommé par la gauche et assaisonné par la presse de droite) au moment où son successeur Nicolas Joel annonce son programme à venir(un programme plutôt classique et même assez planplan).

Reste que...

En dépit de l’hallali, de très belles choses dans cet opéra. Comme ce Macbeth à l’affiche aujourd’hui ,mis en scène par Dmitri Tchernenkiov sur la scène de Bastille.

Macbeth, tu seras Roi...

Macbeth...Giuseppe Verdi était toqué de l’oeuvre de William Shakespeare. Toqué au point de supplier le librettiste Francesco Maria Piave de lui en faire une adaptation rigoureuse et économe en mots.Rude tache. Et puis , comment commencer quand on a une matière première du niveau de celle de l’auteur anglais.

Macbeth, de Shakespeare, c’est déjà de la musique souvenez-vous ...

Life’s but a walking shadow ; a poor player, That struts and frets his hour upon the stage, And then is heard no more : it is a tale Told by an idiot, full of sound and fury, Signifying nothing." "La vie n’est qu’une ombre qui marche ; un pauvre comédien qui s’agite et se pavane une heure sur scène et puis qu’on entend plus. C’est une histoire, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie... rien." Macbeth (V, v, 19)

Rude tache que d’adapter la musique déjà belle de l’écriture Shakespearienne. Un challenge comme dirait un cadre sup aux naseaux tirés par les fluctuations du cac 40. Le melodramma en quatre actes écrit , réecrit, repris dans la douleur (Verdi finit par congédier Piave et fit transformer les deux derniers actes) réserve une belle part au côté schizophrènique de l’imposteur et à la folie propre de sa femme (qui fait la dénégation de la folie de son frapadingue de mari)...

C’est en cela qu’elle est folle d’ailleurs , d’une folie qui est souvent une affaire de famille. Le résultat est probant et Tcherniakov marche dans les traces sulfureuses et prophétiques de l’auteur anglais.

Fatal Somnambulisme

A travers le couple maudit,Violetta Urmana (Lady Macbeth) et Dimitri Tilliakos(Macbeth) c’est un siècle de tyrannie qui défile sous nos yeux...Inutile de dire qu’ils sont remarquables.

Même si Dmitri Tcherniakov, le metteur en scène russe du spectacle,s’en défend et souhaite que le spectateur « règle la question des références et de la reconnaissance par lui-même »,comment ne pas songer au couple fatal formé par Eléna Ceausecu et son mari , en assistant à ce formidable déni de réalité que traversent comme des somnambules maléfiques(la vie est un songe) les protagonistes du drame, ou encore aux relations malsaines d’Hitler et d’Eva Braun et de tant d’autres couples maudits aux parcours jonchés des cadavres de l’ambition et de la volonté de pouvoir.

Macbeth est bien la pièce de l’ambition politique et de l’usage du pouvoir à des fins personnelles.

Macbeth est la pièce de l’abjection pure et de l ’analyse du crime politique.

Retoquée dans ce livret mille fois remanié l’oeuvre de Shakespeare garde son souffle et son message initial.

Dans une mise en scène digne d’une superproduction mais bourrée de vraies trouvailles (l’utilisation de google map sur écran géant, recadrage de la scène transformée en écran 16 /9 haute définition, détérioration progressive et très « ionescienne »de l’environnement du tyran, assaut de son palais par les chars )l’oeuvre de Verdi dirigée par le virevoltant Teodor Currentzis transporte au pays de la noirceur contemporaine. Les puristes critiqueront sans doute, le masquage des chœurs si chers et si beaux dans Verdi, disséminés par la mise en scène dans une une foule de figurants ou leur relégation en coulisses. De la même manière,les puristes critiqueront sans doute le fait que les célèbres sorcières ,à la partition si légère et guillerette du maître italien , ne se distinguent pas vraiment au sein d’une foule tragique qui évoque inévitablement le drame tchétchène et les réfugiés de tous les pays du monde, mais enfin...

Que de belle nervosité dans cette mise en scène, quelle cohérence...

Ce Macbeth, qui n’est pas une œuvre majeure de Verdi, recèle de bien beaux trésors cachés (comme ce cantabile de Macduff (époustouflant Stefano Secco) et la version donnée à Bastille montre que l’opéra peut résonner des problèmes contemporains et poser sur le monde d’aujourd’hui un regard actuel. N’en déplaise encore à certains , bravo à Gérard Mortier !

Jean-Laurent Poli



Publié le 6 avril 2009  par Jean-Laurent Poli

"Macbeth" de Giuseppe Verdi Opéra en quatre actes Livret de Francesco Maria Piave d’après William Shakespeare à l’Opéra Bastille jusqu’au 8 mai 2009

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