e-torpedo le webzine sans barbeles



Affaire Makropoulos et bal masqué par Jean-Laurent Poli

Catégorie Musique
Il y a (12) contribution(s).

(JPEG) ABONDANCE DE SENS NUIT

Le dramaturge Miron Hakenbeck qui officie sur l’Affaire Makropoulos , l’opéra philosophique de Léos Janacek , tiré de l’oeuvre d’un auteur qui aurait pu passé à la postérité, le praguois, Karel Capek, n’y est pas allé par quatre chemins : selon lui l ’héroïne de l’oeuvre, Emilia Marty (cantatrice qui résiste au temps, interprétée par la grande Angela Denoke) , héroïne aux multiples identités mais qui comme la Marnie d’Hitchcock aime conserver les initiales de son patronyme, traverse sa vie de star comme une star d’Hollywood (entre Marylin et Gloria Swanson, Fedora ou Marlène)et comme telle souffre des mêmes affres mille fois ressassées(la star est seule , elle ne peut être une et multiple, elle ne peut être la proprieté d’aucun homme puisque est aimée collectivement etc. etc)

Dans la pièce de Capek (inventeur du mot « robot » car auteur prolixe qui sut au début du siècle dernier inventer de la ...science fiction, Emilia est seulement cantatrice . Elle est âgée de 330 et quelques années après que son père , médecin de souverain lui ait fait boire un elixir de jeunesse (le roi méfiant lui avait demandé de tester la méthode sur sa propre fille).

Fort de pareil parti pris et en s’éloignant ainsi -à sa guise- de l’oeuvre originale, la scène de l’Opéra Bastilledevient pour le metteur en scène Krzystof Warlikowski le lieu d’expérimentations pour le moins inattendues et où , en tout cas, tout semble pouvoir arriver. Si Emilia est Marylin ou Gloria, on peut voir apparaître sur scène Eric Von Stroheim (majordome de Sunset Boulevard et figure emblématique du metteur en scène) ou encore un King Kong (la plus grande sculpture jamais construite à l ’opéra ) qui tient madame Denoke entre ses mains. Au diable l’avarice...

Ce parti pris extravagant, a pour seul mérite d’éloigner un peu d’une intrigue alambiquée et implexe(une vague histoire d’héritage à capter par des hommes forcément cupides et obsédés à l’image du Kong au regard lubrique).

Il faut ajouter à cela , une constante scénique des mises en place de Warlikowski, l’obsession semble-t-il récurrente de sa décoratrice Malgorzata Szcezniak pour les sanitaires. On se souvient de sa passion des lavabos pour Iphigénie en Tauride monté l’année dernière ou pour son récent Parsifal. Lavabos, toilettes, douches comme « objet a » ou comme « mac Guffin » ? Nul ne se risquera à une interprétation.

Bien sûr le sanitaire est lieu d’intimité.

Bien sûr , il y a des miroirs et des stades du miroir dans les salles de bains. Mais tout de même... Dans tous ses faux-départs le mieux est de rester polysémique.

Reste que la partition de Janacek est sublime.

Thomas Hanus qui assure la direction musicale en maîtrise les recoins les plus improbables. Janacek est un expérimentateur de sons. Comme Messiaen, il était sensible aux bruits de la nature. Comme Messian, il pense que les oiseaux sont « le corps enseignant ».

Le Texier est un Jaroslav Prus qui dénote quand tout le monde connote ou déconnote autour de lui. Angela Denoke et Charles Workman sont à la hauteur de l’œuvre difficile et qui se laisse regarder même si on a la sensation constante de se perdre dans les interrogations scénographiques suggérées par la vidéo, les éléments de décor, l’intrusion de figures mythiques qui nous plongent dans une temporalité arbitraire alors même que l’œuvre parle de l’immortalité et de son inconfort.

Janacek, homme âgé amoureux avait déjà évoqué ces questions dans la petite Renarde Rusée.

Le thème du vieillissement est au cœur de son œuvre.

Quoi de plus normal pour un compositeur qui n’a écrit des opéras que dans les dix dernières années de sa vie. Pourquoi dès lors déplacer le terrain sémantique de l’oeuvre ? Pour le « show » ?

La façon de faire date un peu .

Il n’y a pas si longtemps encore certain metteur en scène faisait courir entre des héros shakespeariens les Marx Brothers et déjà Marylin ! Au cinéma , Gérard Depardieu dans « Rêve de singe » partageait la vedette avec un Kong en latex sur une plage italienne.

Quelques semaines plus tôt dans la foulée du Macbeth, l’Opéra de Paris présentait le Bal masqué du même Verdi. La scène censée se passer à l’origine dans les couloirs du Palais du roi Gustave III de Suède fut maintes fois remaniée.

Pour des raisons de censure politique, on déplaça(comme en psychanalyse)on associa(il ne fallait pas pas rappeler la tentative d’assassinat de Napoléon III se rendant à l’Opéra par Rossini).

Résultat des courses : la mascarade aura lieu à Boston au 17ème sièle dans le palais du Comte de Warwick, un souverain éclairé au prénom bien italien de Riccardo. Ajoutez à cela la transpositon personnelle du décorateur William Orlandi et vous vous retrouvez dans un sénat américain néo-romain revisité par des aigles géants et intimidants comme un pouvoir impérial même si votre personnage principal est le contraire d’un tyran. Comprenne qui pourra de ces fluctuations et de ces références . Le tout a des allures de vieux décors de peplum égarés dans Cinecitta et les chanteurs sont maquillés comme des fidèles de Lincoln.

J’oubliais... Pour les besoins du scénario, le bal tragique est « filé » en noir et blanc.

Sans doute nombre de livrets d’Opéra sont à réactualiser mais trop de connotations et de références approximatives ne confinent-ils pas au mélange des genres qui finit par ruiner le sens. Pour comprendre ou même simplement deviner les intentions d’un metteur en scène faudrait-il être doté des capacités mémorielles de Karl, l’ordinateur de 2001 ou de celles d’un critique de Libération -lequel semble évoluer à travers les plus absconses références avec la grâce d’une abeille-(car il pique en plus). Pour les autres, fussent-ils amateurs- le contresens guette. On dit beaucoup que l’Opéra n’est pas accessible à un époque où les instits se plaignent que les élèves confondent Ulysse le grec avec un robot issu de l’univers manga ...

Certaines mises en scène l’éloignent encore davantage voire , ce qui est pire, pour tenter de le rendre intéressant , multiplient des références extravagantes qui plongent le spectateur dans un délire interprétatif somme toute, assez vain ...



Publié le 10 mai 2009  par Jean-Laurent Poli


envoyer
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin