e-torpedo le webzine sans barbeles



Andy Vérol était au Festival Livresse ce week-end

Catégorie édition
Il y a (2) contribution(s).

(JPEG) J’ai l’alcool mauvais et le courage flasque...

Charleroi. C’est quoi ça ce patelin ?

Quand j’étais petit, je passais par cette ville, je crois, pour aller à Walibi. Un parc d’attraction avec un Grand 8 de folie... Je n’ai pas pris de livre, pas de MP3. J’ai acheté un programme télé dans un Relay de la gare parisienne. L’avantage des programmes télé, c’est qu’ils parlent de tout, sauf de l’essentiel. On pense souvent aux rubriques astro, mais il y a les pubs avec des numéros de téléphone surtaxés pour de la fesse avec une hôtesse... Je décide d’appeler dans le Thalys, mais dans les chiottes, parce que j’ai honte. Je suis non seulement lâche, mais en plus je n’assume vraiment pas toutes mes perversités. Les écrire passe encore, mais les montrer, oula. Dans les toilettes, je ne capte pas. La loose.

J’ai le libidineux en berne.

Retour dans mon siège à reluquer les gens.

Le festival Livresse, c’est une sorte de capharnaüm. Ça me fait penser à l’underground. Tout le monde adore en faire partie, mais ça rapporte rien. On devient vite culte, ce qui compense le fait qu’on ne soit que des fauchés et, au fond, des j’apporte-pas-grand-chose-mais-je-suis-persuadé-que-si.

Le mec qui m’a invité, je ne le connais pas. Je ne l’imagine pas. Enfin je me dis que, peut-être, pour arrondir ses fins de mois, il fait du téléphone rose gay.

Je feuillette le programme télé, me demande ce que je vais bien pouvoir dire à Mikaïloff demain, durant le débat. Je sais que j’aurai pas mal bu, mais que j’essaierai de garder ma prestance de mec qui sait ce qu’il dit. Au fond, je serai en bouillie et j’en voudrai au mec de Livresse...

Car la veille, aujourd’hui, samedi, je me pointe dans l’inconnu.

J’ai amené des euros pour aller dans la rue de Charleroi où trainent des prostituées. Je ne suis pas consommateur de ça, sauf quand je vais à Cannes, ou au Salon du Livre de Paris. « Putain t’étais où ? » m’a demandé mon éditeur. « J’ai trouvé une fille dans le salon. Je lui ai dit que j’étais Vérol et elle m’a dit « Ouais j’adore c’que tu fais. » Mais vraiment. Alors j’ai sorti un biffeton et lui ai dit « on y va et je te donnerai un livre de moi dédicacé, après ».

Ca n’a pas fait marrer mon éditeur.

Il a des anxiétés sur son âge je crois, et parfois, je vois son regard s’évanouir dans le vague. Je me dis : « Putain j’espère qu’il va pas crever ce con, sinon je vais encore en "caguer" pour trouver un autre éditeur ».

Bruno Isidore Haller est un confit de foie de canard. Je crois. Suintant. Je lui balance mon sac de voyage pour qu’il le porte. Me sens dans mon élément. Attend, c’est moi l’ronflant qui va faire le caïd... « Alors je crèche où ma poule ? Et la binouze, y’en a dans la bagnole ? » J’en rajoute un peu. Je sens qu’il est speed et déçu par moi. J’ai simplement mon programme télé en tube dans la main droite, et des lunettes de soleil d’abruti. Je porte une montre qui va sous l’eau et j’ai mis des photos de voitures tunées dans mon portefeuille, histoire de les exhiber, le moment voulu...

C’est un festival trash, intello et rock...

J’ai choisi de ne pas participer à cette posture.

Je sifflerai Costes pendant son concert : « Raciste, salaud, dégueulasse ! » Je gueulerai sur Théolier et Alister : « Il a fait Taratata ! Grosse honte ! ». Et pour les débats du dimanche, ce sera sans moi... J’irai faire un tour dans la rue que l’Isidore m’a signalé.

« Sans déc’, elles sont bien les putes ? »

Il me fusille du regard. Il essaie de faire son sympa. Mais il sent bien que je ne suis qu’un connard. Il regrette déjà d’avoir embauché un looser comme moi à son festival des écrivains qui picolent trop et écrivent comme des nazes...

La chambre d’hôtel est moche, mais la ville est bien.

La Belgique, c’est un dépaysement.

Les gens ont l’air sympa, et ils sont plus avant-gardistes que tout le monde parce qu’ils ont généré Dutroux, la gouvernance sans gouvernement, la guerre larvée entre Flamands et Wallons et qu’ils ont servi de couloir de passage pour la Wehrmacht direction la France... Ils sont aussi ceux qui possèdent Walibi Belgium et qui ont pondu Plastic Bertrand et Johnny Hallyday, et tant d’autres chanteurs nuls qui ont saoulé mon enfance et mon adolescence... En fait, les belges m’ont aussi généré puisque mes arrières-grand-parents étaient belges...

Alors t’vois quoi...

Pour mon intervention, je vais faire comme Bertrand Cantat lors des Victoires de la Musique du début des années 2000.

« Camarade Jean-Marie Messier Smirnoff Mikaïloff ! Même si on est dans la même barque, on n’a pas gardé les rames ensemble... » Quelque chose comme ça. Le public ne rira pas. Car le public belge n’a pas plus d’humour que le public français.

Isidore sera tendu. Il verra bien que je ne suis qu’un pou et un imposteur. En errant dans le salon, je serai en quête de nouvelles proies... Essayer de jouer un peu la star, profiter de mon statut de guest avec backstage et ivresse offerte par la maison... Bien qu’auto-conditionné à rester sage et discipliné, l’alcool aura raison de moi et je démarrerai au quart de tour, me mettrai à les insulter, leur dirai qu’ils ne sont que des looses, qu’ils se voient comme des atchoums importants, mais que dalle, rien... Et je sortirai, en braillant, dans Charleroi, à me demander où se trouve ma putain de chambre, ...

Isidore courra derrière moi dans la rue. Il me bottera le cul en gueulant : « Putain Vérol ! T’es une merde ! Je t’invite, on te rince et t’es pas foutu de faire autre chose que le mariole ! Même Théolier s’est bien tenu ! Il a juste dit à Philippe Manche que c’était qu’un emmanché ! ». Bing ! Coups dans le cul ! « Arrête merde ! »

Puis soudain, comme le courant d’un canal aux eaux dégueulasses emportant des carcasses de bagnoles volées, Isidore viendra vers moi, et d’un coup, d’un seul, plantera sa longue langue vénéneuse au fond de ma gorge. On pourrait imaginer que ce n’est qu’un rêve, que je m’éveille, encore enfoncé dans le siège du Thalys. Mais non, doublement non, Isidore sera là, pénétrant mon œsophage, me murmurant par télépathie : « Tu ne gâcheras pas mon festival gros salopard ! Tu ne le gâcheras jamais ! »

Andy Vérol

Découvrir ou (re) découvrir l’Interview

Source : Andy Vérol et Hirsute



Publié le 10 mai 2009  par torpedo


envoyer
commenter
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin