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Scandales à l’anglaise

Catégorie politique
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(JPEG) Le scandale ne cesse de s’amplifier : depuis deux semaines, The Daily Telegraph publie quotidiennement les notes de frais des députés siégeant à la Chambre des Communes. Selon le règlement parlementaire, les dépenses encourus dans l’exercice de la fonction de député peuvent être prises en charge par l’Etat (pour un montant maximum annuel de 60.000 livres pour chaque député). Pour être au plus près de leurs administrés, ceux-ci arguent de la nécessité de posséder un deuxième domicile, aux frais des contribuables. Les juges de ces dépenses ne sont autres qu’une Commission parlementaire.

Autrement dit, les députés sont juges et parties de leurs propres avanies.

Ces dépenses sont censées couvrir les frais d’achat d’un appartement ou d’une maison, rien de plus. En pratique, nombre de députés font passer dans leur note de frais des dépenses superflues : rénovation et embellissement de la maison, achat de mobilier, d’appareils électroménagers, de coûteux écrans de télévision plasma, entretien de piscines privées, paiement d’impôts locaux ou d’embauche d’une femme de ménage (Gordon Brown). Dans les cas les plus cocasses, l’époux d’une ministre a demandé le remboursement d’un film porno ; un autre ministre a déclaré l’achat de... couches pour bébé et de tampons hygiéniques. Des députés sont allés jusqu’à demander le remboursement de mensualités d’un prêt immobilier, alors que la maison avait déjà été intégralement payée. D’autres revendent leur domicile parlementaire (subventionné par les contribuables) et empochent sans vergogne la plus-value dégagée par la vente (136.000 livres dans le cas du ministre Peter Mandelson, ex-bras droit de Tony Blair).

Grand déballage

Aucun des trois partis principaux n’a été épargné par ce grand déballage. Les médias multiplient les éditoriaux accusateurs et le public (émissions télévisées, courrier des lecteurs) est scandalisé. Un vent mauvais souffle sur le Royaume-Uni : celui du ras-le-bol populaire, d’une nation touchée de plein fouet par la crise du capitalisme de casino que MM. Blair et Brown ont, depuis 1997, tant favorisé et entretenu. Parce que plus néolibérale et moins égalitaire que le reste de l’Europe, la Grande-Bretagne est davantage touchée par la crise économique actuelle : taux de chômage similaire à celui des années 80 ; endettement des ménages catastrophique (avec de nombreuses repossessions de maisons achetées à crédit)  ; une protection sociale minimale et inadéquate et des services publics toujours aussi inefficaces et hors de prix (avec les scandaleux « partenariats privé-public »). La colère populaire monte devant une telle injustice : le gouvernement vilipendait encore récemment les smicards et les chômeurs, soupçonnés de « refuser le travail » ou « d’abuser du système d’aide sociale ». Les ministres travaillistes qui hier encore reprenaient cette antienne de la droite dure, sont aujourd’hui épinglés par les révélations du Daily Telegraph.

Croyances anéanties

Coup sur coup, deux croyances totémiques du système politique britannique ont été anéanties : d’une part, la soi-disant supériorité d’une économie basée sur la dérégulation, la flexibilité et la privatisation des biens communs. Même l’ultralibéral The Economist vient de concéder que les pays continentaux s’en sortent mieux présentement car ils sont plus dirigistes et égalitaires que la Grande-Bretagne. D’autre part, la soi-disant supériorité morale d’une classe politique supposée plus « propre » que ses homologues européens.

David Cameron a su adroitement se démarquer de quelques bourgeois conservateurs qui ont abusé du système. Les libéraux-démocrates (le Modem britannique), à quelques dérapages près, s’en sortent plutôt bien.

Inversement, le New Labour fait les frais de cette crise majeure.

Des ministres et des députés sont montrés du doigt. Certains cas recensés sont tellement mesquins que l’on se prend à éprouver de la pitié pour les auteurs de tels actes. Michael Martin, le speaker de la Chambre, épouse jusqu’à la caricature la dérive de ce parti qui a vendu son âme aux puissants de ce monde. Ecossais, « working class », très « Old Labour », Martin s’est opposé à la publication des notes de frais, soucieux de préserver un système dont bénéficiait ses collègues. Discrédité, il vient d’annoncer sa démission de ce poste prestigieux.

Escroqueries politiques

Le scandale des notes de frais vient s’ajouter au long cortège d’escroqueries politiques du New Labour : l’escroquerie de la guerre d’Irak (une guerre totalement fabriquée pour plaire à G.W. Bush) ; l’escroquerie d’une économie « florissante » (les inégalités sont aujourd’hui plus marquées que sous Mme Thatcher) ; l’escroquerie d’une Troisième voie censée représenter un modèle pour la gauche européenne (la gauche italienne qui a suivi la recommandation au pied de la lettre a aujourd’hui implosé)  ; l’escroquerie d’une Cool Britannia médiatiquement montée en épingle par Alistair Campbell, l’ex-directeur de la communication à Downing Street (à voir In the Loop, une comédie qui fait ici un tabac et qui montre la machine médiatique du New Labour à l’œuvre : un mélange de vulgarité et de cynisme) ; l’escroquerie du sommet du G20 à l’issue duquel le pyromane Gordon Brown a été présenté comme le pompier héroïque qui avait éteint l’incendie capitaliste.

Il serait erroné de ne voir dans cet épisode qu’un faux pas moral.

Ces manquements à l’éthique parlementaire n’ont été possibles que parce qu’ils ont été politiquement justifiés : Peter Mandelson déclara un jour qu’il n’avait rien contre ceux qui s’en « mettent plein les poches » ; Tony Blair assura que l’écart croissant entre riches et pauvres ne constituait pas à ses yeux un problème ou encore l’inepte Gordon Brown, il y a huit mois à peine, affirmait que peu importe l’endettement des ménages car le « succès de l’économie britannique » repose sur la consommation. De forts courants populistes et antiparlementaires traversent aujourd’hui le pays. Avant de perdre le pouvoir, le New Labour aura anéanti la gauche britannique et favorisé la percée de l’extrême-droite (BNP) et de la droite europhobe (UKIP).

Ces dernières seront les grands bénéficiaires de la crise politique.



Publié le 20 mai 2009  par Philippe Marlière


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  • Scandales à l’anglaise
    28 janvier 2016, par Sara
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