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Apollon et les putains de Carlos Fuentes

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(JPEG) Cette nouvelle à trois temps passe du désespoir caustique à l’érotique léger, puis à la farce funèbre, formant un tout grinçant.

Carlos Fuentes, chef de file parmi d’autres de la littérature mexicaine, a le goût des chroniques macabres, il l’a déjà prouvé en titrant un de ses livres majeurs La Mort d’Artemio Cruz, et l’Amérique latine ne manque pas de multiplier ces fables où la vie est mise en relief par la mort (par exemple Chronique d’une mort annoncée de Garcia Marquez).

Ici, au drame se mélange la farce érotique et les sept putains du titre français (loin d’ailleurs du titre original L’Oranger) renvoient délibérément aux sept nains de Blanche-Neige, pour accompagner Vince Valera, acteur américain aux rôles d’Apollon maudit, gangster de série B.

Le narrateur a été marqué par une rencontre unique avec la grâce au cours de sa carrière, un tournage européen, avec un metteur en scène italien, qui lui a valu un oscar mais dont on ne sait s’il le sauve ou le perd, car il prend alors conscience qu’il ne pourra jamais réaliser ses aspirations à Hollywood.

Malheur a celui qui voit la vérité.

Sa carrière d’acteur ne s’en remettra pas.

Sans le savoir peut-être, le narrateur met alors en scène le théâtre de sa mort, spectacle dérisoire et festif, pour lequel il embarque sur un ketch, au large d’Acapulco, sept danseuses exotiques et leur tenancière. Les sept donzelles respectent le script non écrit de sa comédie macabre, lui offrant un baroud d’honneur fait de jeux de mots et de jeux de queue, pour rendre tout l’absurde de cet acteur queutard qui lit des poètes.

Mourir de sexe en citant William Butler Yeats, prétendre à l’art mais jouer des séries B, puis partir dans une parodie érotique d’un Walt Disney, ce sont bien les non-sens de la vie que vise Fuentes, qui use de l’érotique comme d’une parabole de la mort.

La gaieté est vaine, le voilier dérive bientôt avec à son bord sept et une femmes prisonnières d’un bateau qu’elles ne savent pas manœuvrer et du corps faisandé du mort. Ce dernier, aussi présent qu’avant son trépas, continue de raconter l’épopée dérisoire. Vivant, il se servait des femmes comme miroir de sa vie, trépassé, il devient le miroir des leurs, en racontant l’envers de leur légèreté, la réalité brutale de la mort telle qu’elle a touché chacune d’elle dans ce Mexique où les chemins de l’existence sont féroces.

Personne n’y sauve personne.

Un drame, une farce, une incongruité... le rythme à trois temps se maintient jusqu’à la fin et sur l’esquif à la dérive, une des filles prises par la faim profite d’une nuit pour manger ses couilles... « Vous n’avez jamais mangé des testicules de veau », apostrophe la tenancière, aux gardes-côtes qui les arraisonnent.

Enterré anonymement, l’Apollon tragique et désespéré, au visage mangé par le sel et le soleil, attend le masque de comédie qui figera son image dans les yeux des femmes et pour l’éternité.

-  par Tang Loaëc

Source : La Vénus Littéraire



Publié le 22 mai 2009  par Tang Loaëc


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