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Avis d’un insurgé (sur quelques points à bien des égards dépassés)

Catégorie société
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(JPEG) La misère du quotidien consommable, le pillage productiviste manifesté et visible partout, l’exploitation effrénée des êtres et des ressources par l’économie de marché capitaliste mondialisée et la puissance de l’opaque sphère Politique verticale, semblent déstructurer toutes perspectives d’interactions humaines vivantes et dissoudre toutes les formes de rapport sensible au monde en nous séparant de celui-ci.

Individuellement, nous pouvons refouler ce qui inhibe nos désirs, castre l’existence, refoule les plaisirs. Il suffit pour cela d’abolir les contraintes par la subversion et l’emploi de l’imaginaire.

Nous n’en pouvons plus de partager les maux de ces siècles, ni même leurs valeurs désuètes qui ont fait de nous des révoltés.

Ce premier constat ouvre la voie à de nouvelles perspectives pourvu que la révolution soit celle de la vie quotidienne, sous tous ses aspects. Il nous faut pour cela rompre radicalement avec ce conditionnement bourgeois de la vie analysant et créant la société sous un seul et même prisme détestable à bien des égards.

Nous sommes en route...

Ce que nous vivons aujourd’hui à l’échelle mondiale n’a nul besoin d’explication experte. La situation présente est compréhensible depuis notre simple position personnelle.

Il est inutile de perpétuer les discours ennuyeux, monotones qui ne changent en rien l’état actuel des choses et qui prolongent l’attente d’une issue souhaitable aujourd’hui devenue incontournable.

Nous connaissons déjà l’état de la catastrophe et nous en soupçonnons l’ampleur selon notre propre sensibilité, mais nous la dissimulons selon notre position et intérêt présent. Les constats établis, il nous faut juste cesser de croire.

Le moment est à l’organisation et à la désobéissance permanente, bien plus qu’à la participation, la moralisation ou la reconstruction d’un monde épuisé que nous devrions soutenir et entretenir en partageant les maux engendrés par ce qu’est la civilisation.

L’instant est à la libération de la parole, à la multiplication des actes et des situations là où nous nous trouvons, là où nous habitons, là où nous avons senti le besoin de déserter pour donner suite à nos idées.

La radicalité affichée lors de certains évènements conflictuels éminemment politiques, tels que les émeutes de banlieues et la multiplication des projectiles en direction des forces de l’ordre et des vitrines lors des manifs, n’illustre que la volonté d’en finir, de s’organiser, de s’approprier ou plutôt de devenir le territoire.

Des deux côtés.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le flic dont la panoplie témoigne davantage de la protection d’un certain sens de l’ordre étatisé que de la protection de l’individu. Le flic est seulement une barrière, il protège l’infamie, arrête, et violente ceux qui la combattent. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire pour constater que la plus belle jeunesse a toujours été criminalisée par les gouvernements se dotant du pouvoir de réprimer les désirs de vivre les plus lumineux.

Rien ne manque aujourd’hui aux tenants du tout fout le camp pour contrôler les individus soucieux de s’émanciper malgré l’intimidation forcenée exercée, par le culte fasciste de la sécurité et du tout surveillé, visant à dissuader ceux qui ont saisi l’importance de se débarrasser de toute cette mascarade économique. Jamais plus qu’à notre époque, l’Etat et l’économie n’ont ressenti la nécessité de se donner les moyens de survivre en faisant respecter leurs stocks de lois disponibles et leurs mesures se voulant toujours plus exceptionnelles comme celles entreprises dans le cadre de Vigipirate.

Nous en sommes arrivés au stade du contrôle permanent, phase ultime d’une matrice en déroute : cernés par la paperasse administrative, encerclés de caméras, vigiles, citoyens relais, biométrie, téléphone portable, GPS, cartes de transport ou de restauration qui figurent tous parmi les instruments de l’ordre toujours prêts à nous balancer.

Tous ces verrous sont à détourner pour tous ceux qui sont sur la voie de la libération, opposés aux directives mortifères de la société marchande, où la vie et l’intimité se perdent.

Ceux qui n’ont rien à se reprocher, sont quant à eux ceux qui subiront, en fermant les yeux, les démarches scélérates des accapareurs.

De nos rages se cristallisent leurs angoisses.

Et c’est sous un visage plus sournois encore que l’ordre se protège pour le prolongement d’un règne menacé de tous bords. Ses méthodes ne consistent plus qu’à dissuader le rétif en quête d’une liberté inépuisable, bien plus déterminée que ce qui la retient.

Seuls, ceux qui espèrent la résurrection de la dépouille négligent les vérités filles de leur cadavre. L’ordre n’est pas en mesure d’éteindre les foyers de rage mère des conspirations inassouvies germant dans les interstices d’un monde dont il ne reste plus que la pourriture. L’ordre périclite, il faut bien le reconnaître.

Les têtes de l’hydre tombent les unes après les autres.

Les insultes en direction des « forces de l’ordre », les guets-apens qui leur sont tendus et les émeutes insurrectionnelles que les corps armés de l’Etat combattent, s’établissent en nouveaux rapports marqués par un irrespect grandissant vis-à-vis de ces prolétaires en charge de protéger la marchandise intempestive attaquée elle aussi.

Manifestement, les instants de rupture s’esquissant dans le rejet de l’impasse du temps présent, sont ceux d’une critique radicale en acte s’attaquant à l’aménagement coercitif marchand et à l’ordre des choses le protégeant.

Lors de ces moments, l’invitation est lancée afin qu’advienne l’insurrection des consciences et des corps contre le conditionnement diffus et permanent d’un espace marchand de contrôle pour zombis.

Nous nous révoltons contre ce rôle de bon petit soldat à la solde d’une économie inhumaine.

Est révolue l’époque où étaient contenues nos existences intérieures désirantes reléguées au simple rang d’espoir ou d’utopie prisonnière du sas irrespirable du moment historique libérateur, promis comme horizon, telle une carotte au bout du bâton.

L’insurgé est celui qui agit sans l’horizon d’une libération. Il agit en tant qu’être libéré.

Ses manifestations pleines de rage, donc de désirs, ne sont que les échos hostiles aux règnes de l’autorité financière, de l’économie et des Etats punitifs coalisés pour la préservation d’un ordre exerçant une emprise totalitaire sur nos vies.

A chaque flux paralysé, magasin pillé, article fauché, distributeur de billets rendu inutilisable et à chaque fois qu’une agence d’intérim ou immobilière se fait repeindre sauvagement, c’est le même processus qui est visé. Un processus se dotant d’édifices et de flux qui imposent la mesure et le rythme de la valeur marchande fixant les tarifs d’usages courants à prix d’or.

Ces actes figurent parmi les outils de la contestation, au même titre que d’autres parsemés dans cet écrit. A ces instants, est dépassée l’ineptie d’une époque où tout doit être épuisé.

L’invention d’une vie moins absurde, en dehors de cet ordre, est ébauchée dès que nous parvenons à sortir de nos étroites appartenances, dès que des relations rageuses et ravageuses entre différents mondes, mettent en évidence la nécessité de faire grève, donc de se démobiliser.

Un front dans la lutte en cours est aussi ouvert par la grève de soi. Consommer ascétiquement, récupérer les excédents et les denrées du productivisme, squatter un bâtiment et y fomenter des conspirations, refuser le salariat ou en faire le moins possible dans ce cadre et délaisser les loisirs marchands, sont monnaie courante au cœur d’une grève prompt à rendre haïssables les injonctions capitalistes englobant le monde.

La grève de soi n’est que l’affirmation d’une volonté de vivre en refusant une vie dédiée à la succession de crises sociales, écologiques, financières, économiques engendrées par cette économie que les états restructurent à chaque fois qu’elle nous prouve pourtant ses limites. Cette grève est celle de la rencontre de vivants désolidarisés du triomphe de la marchandise partout, du tout contrat et du tout service qui révèlent à chacun une vulnérabilité croissante et une dépossession telle, que la vie se meurt.

Nous pouvons vivre ici, en dehors des ruines d’un paysage dévasté dont je considère chaque pierre comme étant autant de projectiles potentiels.

Rien ne sert de fuir.

Il faut au contraire, face à la violence d’un rapport au monde exécrable, revêtir ce qu’il y a le plus d’humain : la vie excitée par la seule considération de celle-ci en abolissant tout ce qui la dénature et la rend inatteignable pour tous ceux qui s’épuisent dans ce qu’ils s’efforcent d’acquérir comme l’ensemble de ces gadgets et de ces temps de vie séparés d’eux-mêmes.

La multiplication des espaces, des temps d’échanges de savoirs et de pratiques là où nous nous situons sont à même d’être à l’origine d’un renouveau.

Il faut s’organiser pour sortir de l’irréversible cataclysme en cours annonçant de bien triste jour à ceux qui croient.

Ceux qui ne croient plus ou pas, s’organisent déjà ou vivent déjà organisés.

Les quelques pages qui suivent récusent toutes idées de programme ou de plans révolutionnaires.

Ce qui est exposé ici, n’est qu’un désir invitant à la transformation radicale de l’usage de ce quotidien rendue possible par l’abolition souhaitable des structures bureaucratiques, infrastructures et modes de vie engendrés via la diffusion d’un capitalisme étouffant le développement des imaginaires.

Ces pages ne font que relever quelques uns des points conditionnant la médiocrité de l’emploi de la vie au sein d’un monde périmé ne faisant plus fanfaronner que quelques guignols. Leurs discours de sorties de crises sont vains, les plans de relance misent leurs derniers jetons de crédibilité sur la table du capital, les propositions de « l’opposition » ne parient même plus sur l’amélioration qualitative de la vie et sont aussi dépassées que celles de leurs anciens adversaires devenus camarades d’un même clan préservant ses privilèges.

Rien de ce qui a pris part à ce monde tel qu’il existe ne parviendra à nous vendre la moindre part d’illusion ou de bonheur. Rien n’est en mesure de stopper l’hémorragie.

Nous en avons pris note.

Tout est chiffre et recyclage, démocratie et charges de CRS, loisirs et anti-dépresseurs chimiques ou venus d’Orient, nucléaire et développement durable, récessions et croissance, citoyenneté et chasse aux sans papiers, centres de rétention et centres de loisirs, frontières et pornographie, éloge par l’Histoire des révolutions et criminalisation des révolutionnaires d’aujourd’hui. Un vide et une inconsistance sidérante.

Aucun accident de parcours, c’est le parcours qui est ainsi.

Aucune raison ne peut être suffisante pour nous laisser vivre parmi cette décharge ne sachant que faire de ses déchets.

Nous rions encore en les regardant s’essayer à réanimer vainement le corps d’un déjà mort. L’esclave n’a jamais déploré le trépas de son maître.

Nous ne voulons que de la vie, sans l’ennui.

Les esprits sont ailleurs et rejoignent le parti de la vie.

*

Les points dépassés sont les conceptions obsolètes de l’ordre dominant figé et l’usage de la vie admis dans ce seul cadre.

En apparence isolés, ils sont pourtant contenus dans un même ensemble perceptible où règne la relation marchande, là où la civilisation a imposé ses codes, son empire et son organisation dominée par le choix de l’urbain, paysage bétonné que les corps inertes traversent sans y être vraiment, sans les occuper pleinement.

N’importe quel point a une relation à un autre. Pris dans un ensemble, ils se font échos, s’établissent en norme en la définissant sans l’implication vitale de ceux qui y vivent.

Le plus important réside ailleurs que dans cette mise en page.

L’important est même ailleurs que dans ces pages.

Un point soulevé offre un nouvel interstice, une nouvelle donne, des possibilités vivantes et rend risible bien des situations vécues telles celles amorcées par le réveil matin annonçant déjà une journée programmée d’avance.

Nous sommes de ceux qui ne se sont pas résignés à vivre dans l’impasse du temps présent.

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Évidemment qu’un autre monde est possible. Délaissez pour cela ceux qui prétendent l’établir sans votre consentement mis en activité, sous peine de devoir attendre encore longtemps. D’autres usages de la vie sont à imaginer, expérimenter et à construire provisoirement où l’on vit avec ceux qui en ont la force et le désir.

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Dans l’imaginaire collectif, avoir réussi sa vie c’est avoir eu un travail, en exploitant les autres ou en se faisant exploiter puis profiter relativement du peu de temps qu’il nous reste lors de la retraite, marquant la fin d’une vie sottement sacrifiée pour un patron. La retraite n’est qu’un horizon où s’esquisse une éventuelle liberté octroyée à ceux qui y parviennent affaiblis après tant d’asservissements et de sacrifices quotidiens. Nous avons connu suffisamment de travailleurs pour comprendre que la retraite n’en vaut même pas le coup, qu’elle n’a rien à voir avec la liberté qui n’existe effectivement que pour ceux qui refusent de travailler pour enfin s’organiser autrement. Au fond la retraite n’est qu’une étape de la vie, un stade où l’aliéné occupe une nouvelle situation sociale après avoir assidûment étudié puis travaillé. Le retraité est celui qui se retrouve une fois de plus reclus dans une identité fictive, temporairement figée, dont la vie n’est que la résultante d’étapes se suivant méthodiquement selon les nécessités et ressources du Capital. A bas la retraite, tout ce qui la précède et la rend nécessaire.

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« Il faut bien gagner sa vie », est la réponse toujours évoquée lorsque les actifs, réellement passifs, s’interrogent sur la raison de l’implication quotidienne consacrée à l’exercice d’un métier. Chaque jour, se lever à la même heure, vivre au même rythme sans être capable de discerner la différence entre la veille et le jour suivant. Chaque jour se suit et se ressemble. Aucune place pour l’improvisation, l’excentricité ou la spontanéité dans nos contrées remises aux mains du libre marché, doux euphémisme pour qualifier une économie basée sur la privation de toute humanité.

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Etre salarié se résume à vendre son corps en donnant un prix au temps que l’on perd au bureau, à la boutique, à l’usine ou au service de l’Etat en vue d’accéder aux fruits empoisonnés du travail des autres.

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Nous pouvons parfois ressentir une haine exacerbée contre la hiérarchie et ceux qui nous assignent à un poste ou à une fonction sociale calculée, mais jamais cette haine ne s’exprime concrètement, jamais elle ne terrasse ce qui fait de nos vies une simple survie inorganisée.

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Le discours dominant est si prégnant qu’il parvient à qualifier ce totalitarisme de société démocratique. Nous touchons là au point sensible qu’est la démocratie associée à l’illusion des peuples quant à leur souveraineté au sein d’un Etat dit démocratique. L’acceptation de cette croyance haranguant la capacité de changement par l’activité démocratique est inséparable de l’intériorisation de notions fédératrices comme celle de « société d’Hommes libres et égaux en droit ».

Ces qualificatifs lourds de sens semblent stériliser les actes réels que nous devrions leur associer : la liberté et l’égalité sans compromis pas même lorsque la Constitution d’un Etat les use au détriment de ce qu’ils signifient pour ceux qui leur donnent vie sans contrats ni lois préalables.

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La répétitivité de nos actes et l’implication aliénante au sein de notre environnement vécu est aujourd’hui une norme. Travailler,

35 heures par semaines, plus ou moins, peu importe, mais travailler jusqu’à s’en abrutir pour réaliser des gestes non naturels totalement déconnectés de nos besoins est la règle pour tous ceux qui se laissent piéger par une vie réglée d’avance selon les lois de la production et de l’écoulement des marchandises intempestives.

Les discours d’esclaves de leur séparation n’ont qu’un seul mot d’ordre :

Travailler.

En dehors de cela, le néant semble guetter celui qui se détournerait de l’exploitation salariale publique ou privé. Ce soit disant néant créé de toutes pièces par les administrateurs de l’illusion et de la peur ouvre pourtant les voies de l’émancipation, du développement des potentialités et de la création individuelle. C’est peut être pour cela qu’il est par-dessus tout redouté par les gestionnaires de nos vies.

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Bien souvent, les personnes parvenues à la retraite, ne croient pas toujours à ce qu’elles ont été contraintes de faire pour accomplir le nécessaire de la vie (se nourrir, se loger, se déplacer) payé à un coût inestimable : la perte de son temps, donc de sa vie, en étant employé pour des actes aussi stupides que décervelants, en balayant par exemple les feuilles mortes sur les trottoirs dans un temps désigné comme étant celui du travail.

« Quel gâchis ! » Me disent-elles, une fois la prise de conscience tardive de vies perdues à la gagner. Pourtant, en nous organisant humainement nous pourrions profiter pleinement de ce que nous sommes, en ayant à l’esprit qu’une vie est bien trop brève pour être vendue. « Profitez bien de votre jeunesse ! », est aussi ce que j’ai pu entendre parfois au simple retour d’une nuit d’ivresse. Pourquoi ne pas profiter de toute sa vie en dérivant parmi ce qui nous entoure et en expérimentant avec ceux qui nous entourent dans un quotidien redécouvert, transformé et inaliénable ?

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La production et la consommation localisées, le troc et le don ne sont plus les rapports existants privilégiés entre occidentalisés ou mondialisés uniformisés par une configuration sinistrement uniformisante. Ces pratiques sont les démons des agioteurs qui tirent profit d’un système auquel personne n’a jamais librement consenti en dehors de ses quelques instigateurs ayant favorisés l’essor de sots codes, normes et valeurs érigés dans un mouvement définissant les comportements dominants et le conformisme social.

Selon les spécialistes accréditant la domination, toutes formes de production détournées de la morale capitaliste sont désormais impossibles.

Les pratiques ancestrales et traditionnelles sont qualifiées d’un « autre âge », disqualifiées d’avance. En réalité, elles ne sont pas compatibles avec l’économie actuelle, ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’elles soient impossibles à mettre en œuvre.

Ce discours asséné, par la sphère des experts et des politiciens du spectacle, relève simplement d’ une idéologie élevée au rang de nécessité vertueuse soucieuse de toujours mieux protéger l’ordre marchand en réprimant légitimement, par le droit bourgeois, les attaques incessantes que subira cette économie absurde, jusqu’à son effondrement inévitable.

Les garants de l’ordre créé ne peuvent que catalyser l’avènement de cet effondrement par ses polices tant une telle gestion désastreuse du monde engendre le désir de renverser totalement les perspectives de cette survie.

La multiplication des questionnements vitaux semble annoncer la propagation des insurrections en cours.

*

Au regard du fonctionnement des sociétés obnubilées par la croissance, le travail est la vie comme si nous ne pouvions vivre sans lui en le substituant par une multitude d’activités journalières séparées de toutes ces abstractions comme le Capital et de tous ses instruments de mesure aussi absurdes les uns que les autres. Nous n’avons rien à tirer d’un P.N.B. ni même du cours des bourses. Ces données futiles n’ont de sens que pour les besoins du maintien de ce système. Elles ne sont d’aucune nécessité pour la création d’une Humanité imaginant un communisme sans chefs.

Autogestion de tous les aspects de la vie et ces critères stupides sombreront dans les mêmes abîmes que le capitalisme qui les a générés.

*

Le travail définit selon les lois du capitalisme est sacralisé, rien d’autre ne doit être envisagé en dehors de cette perception de l’activité humaine. Les intérêts de l’expansion du désert dépendant de cela.

C’est cette condition humaine prisonnière du salariat qu’il est nécessaire de renverser en renversant et détruisant ce qui fonde l’aliénation mais également en construisant cette autre chose là où nous nous situons pour enfin (re)découvrir les plaisirs humains étrangers au triomphe du tout argent et du temps passé à s’économiser.

*

Des luttes existent certes mais la plupart d’entre elles n’osent jamais exiger autre chose qu’une dose de dépossession en plus.

L’ouvrier ou le précaire manifestant pour « plus d’emplois » le jour fixé par les centrales syndicales, comme l’étudiant aliéné par la dialectique du syndiqué ne s’insurgeant que contre le seul CPE, ne se bat seulement pour, voire contre, son propre avenir, rarement pour remettre en cause ce qui produit la manifestation de son mécontentement.

La colère contre le sacrifice du temps présent, passant par, pour l’activité salariale et tout ce qui y prépare, comme l’Ecole de la réussite, n’est que peu affirmée. A chacun de ces moments de timide contestation, formatés par les centrales syndicales, de peur de trop en demander, nous continuons de jouer le jeu, piégés par ceux qui dans la lutte s’exercent au pouvoir.

Créer, généraliser le blocage des flux de cette économie et des lieux du pouvoir via l’occupation pour que la peur asservisse et dépose toutes autorités, occuper l’espace et y élaborer une sorte de communisme libre dès que la situation nous y invite figurent parmi les manières de concevoir l’action Politique en tant que domaine non séparé de nos conditions applicables d’existence ici, partout et à chaque instant.

A chacune de ces manifestations désirantes doit être élargi et affirmé le pouvoir de l’individu sur cette sphère inaliénable qu’est sa vie afin que ses expropriateurs accrédités soient démis de leurs fonctions.

L’inquiétude lors ce ces actions, visant la démobilisation générale, est tout aussi palpable du côté des gouvernements que des structures syndicales. L’Etat n’hésite pas à réprimer violemment les présences humaines en lutte qui paralysent temporairement les flux de marchandise pour obtenir gain de cause. A Rennes en 2006, lors du mouvement LEC, et en 2009 contre les décrets portés par la LRU, la rocade fut l’un des terrains de jeu des manifestants qui essuyèrent au passage bon nombre de coups de tonfas et de lacrymos. En 2007 à Nanterre, lors des grèves étudiantes visant l’abrogation de la LRU, les flics furent conviés à évacuer l’entrée d’un bâtiment de l’université obstrué par les grévistes mobilisés contre la restructuration de l’Université la plaçant sous le joug de l’économie libérale.

La violence se manifesta du côté des flics qui chargèrent brutalement la chaîne de grévistes solidaires déterminés à mettre la fac en grève en y empêchant l’entrée. Les anti-bloqueurs, puisqu’ils n’ont que cela à revendiquer, entamèrent alors un chant encourageant les bêtes dociles et féroces de l’Etat par un allez les bleus prouvant ainsi, qu’à chaque interruption du cours normal des choses, la neutralité n’existe pas.

Rebelle ou complice, le degré de soutien ou de haine de ce train de vie se manifeste à de nombreuses occasions.

Collabo ou résistant, chacun se positionne en fonction des évènements en cours. Je ne le savais pas, n’est qu’un moyen de se penser extérieur à un processus existant, tant ignoble soit-il.

Lors des actions favorisant la prise d’initiative, les syndicats discréditent les actions individuelles ou collectives qui n’entrent pas dans le cadre du code déontologique de l’action syndicale respectueuse avant tout de l’ordre. Ainsi, les sabotages, blocages, émeutes et les occupations précieuses lors d’une grève ne figurent pas parmi les mots d’ordre d’un mouvement mené sous la houlette des syndicats. C’est bien que ceux-ci auraient à perdre dans un mouvement considéré ingérable à leurs yeux dès qu’ils ne sont plus en mesure d’imposer leurs mots d’ordre, contrôler des manifs disciplinées ou bien encore dès que ne sont plus dirigées les assemblées générales composées d’individus mobilisés une fois de plus.

Les syndicats veulent à tous prix contenir le mouvement et discréditent pour cela les actions portées par l’improvisation de nouveaux modes de luttes et de vie.

La mission journalistique complice accompagne ces détracteurs en répandant dans leurs mensonges médiatiques une opposition factice entre les actions sympathiques de loyaux manifestants d’un côté qui n’auraient rien à voir avec les actions de casseurs aveugles de l’autre. Ces derniers luttent vraisemblablement dans un élan refusant à un degré divers mais certes avancé l’action pacifiste symbolique inerte et la marchandise protégée.

Rien n’est plus désiré, dans la révolte, que de vivre la vie que nous aimerions voir être la notre, unique et inviolable.

Rien d’extrême dans tout cela, seulement la volonté et la possibilité de rompre d’avec toutes les intentions syndicales dont les hérauts minimisent les conséquences de leurs luttes molles perdues d’avance ne comportant pas la moindre exigence d’une amélioration qualitative de la vie.

*

Les luttes vivantes, donc émancipatrices, n’existent qu’à l’état sauvage. Elles seules permettent la venue d’expériences multiples susceptibles d’advenir lors d’une occupation durant laquelle un lieu d’étude ou de travail devient brutalement un espace de fête, de subversion, de création et de liaisons.

Passer à l’état sauvage correspond à une volonté indéfectible de terrasser toutes les modalités totalitaires entreprises dans les relations idéologiquement abstraites faisant fonctionner ce monde marchand.

Une lutte sauvage, inqualifiable se passe de gestionnaires et de militants spécialisés. Elle permet à la lutte de s’accomplir comme un moment à part entière de la vie et n’est plus considérée comme étant une brève période d’agitation ponctuée par des jours de mobilisation ordinaire. Si les grèves et manifs sauvages sont tant craintes par les pouvoirs en place, c’est qu’elles affirment, dans leurs propres existences, la destitution de tous pouvoirs au profit de l’émancipation individuelle garantie par l’abolition des structures organisées du Capital ayant conquis les esprits au cœur d’un agencement marchand.

*

Se révolter contre ce qui a généré une loi scélérate de plus et non plus seulement se mobiliser contre une loi de plus, nécessite de dépasser le fonctionnalisme et le directivisme syndical, puis par tous les moyens empêcher ses leaders de mener la grève. C’est la meilleure façon de la mener humainement, sans l’arrière pensée de devenir l’un de ces négociants plus aptes à s’insérer dans l’économie libérale que d’inviter à la création d’un communisme libéré de ce qui l’a toujours tué.

Dans la période dans laquelle nous nous sommes laissés fourvoyer, rien est à exiger de quelconque gouvernement, tant soit-il providentiel, comme il n’y a rien à attendre du combat par le vote et l’adhésion syndicale, tant soient ils révolutionnaires.

Tout est question d’évidence.

Nous subissons, au cœur même de nos vies quotidiennes, les conséquences perverses des mouvements qui ne se sont contentés que de contester quelques sinistres manœuvres de l’ordre présent, en lui permettant de se renforcer dès qu’a été attendu de lui quoi que ce soit.

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La révolution n’apparaît pas comme une somme de mouvements mais comme une montée de critiques et de manifestations assaillant et ôtant la capacité de nuisances à tout ce qui a pu faire naître ces mouvements. La révolution est la déclaration permanente d’une volonté indéfectible de se réapproprier la vie sans le moindre compromis.

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Ceux qui ont le courage de prendre leurs vies en main en se désolidarisant du quotidien créé par la configuration fonctionnaliste marchande, demeurent suspects aux yeux des autorités.

Tarnac en a récemment fait les frais. Pourtant, là où je vois des individus soucieux de répondre à leurs besoins en redécouvrant les liens respectueux qui unissent les individus à la Nature et les individus entre eux, l’Etat y voit un refuge de terroristes.

D’autres expériences de groupements d’égaux libres de leurs activités menées depuis les années 70 subirent également les persécutions de l’Etat et les diffamations de journalistes vendus, comme trop souvent, au pouvoir dominant.

Le 29 novembre 1989, à 7h30, l’une de ces expériences, la coopérative de Longo Mai à Limans, fut envahie par 200 policiers et gendarmes armés de mitraillettes qui mirent tout le monde dehors, à genoux, mains sur la tête en vue de fouiller les bâtiments de la coopérative. Le gouvernement français alors « socialiste » assura qu’il avait agi sur la demande du gouvernement allemand qui soupçonnait Longo Mai d’abriter des terroristes kurdes. Le fantasme des états fut inassouvi mais ils profitèrent de cette descente musclée pour saccager la radio située au sommet de cette colline libre. Cette visite éclaire, digne d’un régime fasciste, permit aux gestionnaires d’un ordre putréfié d’arrêter et d’expulser de France deux jeunes Maliens sans papiers qui suivaient une formation agricole à Longo Mai.

L’Etat est à mes yeux le seul véritable terroriste et ce ne sont pas les exemples qui manquent. La vie que nous désirons sans fin se passera bien de cette structure centralisatrice et injonctive.

Longo Mai fut aussi victime de propos acerbes portés par la presse bourgeoise européenne qui fantasma durant l’hiver 1979-1980 sur les actions et les modes de vie des coopérateurs. Le 10 décembre 1979, en vue de contrer l’intérêt et l’engouement que suscitait Longo Mai pour une partie de la jeunesse, quatorze quotidiens de toute l’Europe critiquèrent farouchement la coopérative pour que celle-ci devienne douteuse aux yeux d’une population qui la soutenait. Longo Mai fut jusqu’à être qualifiée de secte par des journalistes s’affublant parfois d’être écologiques mais séparés réellement d’un mode de vie à la hauteur de leur théorie. La supercherie atteint le plus haut degré de son crétinisme quand le Centre de documentation, d’éducation et d’action contre les manipulations mentales (C.C.M.M) édita en 1985 un livre intitulé les sectes - état d’urgence qui consacra un chapitre sur Longo Mai. La coopérative porta plainte en 1995 lors de la seconde édition de l’ouvrage. Les coopérateurs remportèrent le procès en 1996, ce qui leur permis d’être rayé de la liste d’un rapport sur les sectes du Parlement français.

*

Au fond, nous nous sentons bien dans la misère que nous répandons du haut de notre méprisante position de pays dits « développés » mais humainement retardés.

Si la misère est mondiale, elle n’est pas sans atteindre nos gestes du quotidien. Ils seraient même à l’origine de l’irradiation mondialisée en cours d’approfondissement. Inversement, une transformation des conceptions et des pratiques de l’emploi du quotidien serait la condition préalable et indispensable à l’émergence de nouvelles sociétés. Non pas dans l’esprit d’une révolution qui après un moment de perturbation du cours des choses rétablirait ce qu’elle était censée renverser, mais dans l’esprit de l’aménagement d’un ensemble de solidarités, d’entraides, d’affects, d’activités et de coopérations humaines qui rendraient impossible tout retour à la normale, telle qu’elle est décrite sommairement dans ces points.

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Si nous descendions dans la rue, la redessinant, sans mot d’ordre nécessaire, pour la prise en main totale de nos vies contre toutes les formes d’exploitations salariales ou de domination étatique ; contre toutes formes de coercition.

Si nous nous soulevions contre cette vie abrutissante de travailleur-consommateur lobotomisé.

Si nous luttions pour une égalité effective animée par les désirs de partage de savoirs et de pratiques, entre égaux, au sein d’un environnement réel et vivant en tout lieux, en abolissant les soucis de la propriété égoïste, alors là oui, nous pourrions parler de victoire contre cette morale qui nous consigne dans une vie morose marquée par la répétitivité d’un quotidien s’inscrivant dans la platitude et l’inaccomplissement de l’Homme dépossédé de ses choix remis aux mains de gestionnaires stimulés par les logiques infâmes du marché.

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Réapprenons seulement ensemble à vivre plutôt que de transmettre naïvement aux jeunes générations à vivre ensemble en tenant chacun à une misérable place.

*

L’éducation se situe ailleurs qu’à l’école, partout même, en dehors de ce que l’on établit comme lieu ségrégué du reste.

L’éducation est avant tout une volonté indéfectible de s’affranchir de ce qui prive quiconque d’une partie de sa liberté. L’éducation est une action de l’individu sur lui-même qui s’affine au gré des expériences acheminant l’apprenant vers la découverte de la multitude des connaissances manuelles ou intellectuelles. Pourtant l’enseignant se contente de déverser du savoir sans solliciter la parole et la réflexivité de l’élève à qui est inculqué la norme d’un environnement non enviable qu’est celui des adultes.

Est délaissée et corrigée pour cela l’instantanéité de l’enfant pour que celui-ci soit modelé et adapté au train-train d’une vie programmée délaissant les lieux de la jouissance et de la coopération humaine bien plus enrichissantes que l’apprentissage d’une réalité nous enfermant comme esclaves.

La multiplication des incendiaires de toutes natures visant l’Ecole n’a alors rien de surprenant.

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L’explication dans l’apprentissage de quelque chose n’a nulle raison d’être. L’explication n’est pas un savoir mais seulement ce qui peut y conduire maladroitement. Elle détourne l’apprenant des objets qui l’animent directement, mais encore faut-il s’en rendre compte.

Le maître rend, par le fait de sa présence institutionnalisée, opaque et indisponible temporairement ce qu’aimerait connaître l’apprenant immédiatement. Ce dernier est républiquement soumis à une temporalité rigide et aux exigences annuelles de programmes scolaires répondant à des intérêts insaisissables fruits des logiques dominantes du moment incontestablement extérieures à soi. Il est donc normal qu’au terme de sa scolarité, l’élève soit nu dans son rapport à l’autonomie puisque cette vertu est combattue dès la première leçon.

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L’observation, la relation directe, le besoin et la sympathie envers ce que nous désirons connaître est bien souvent ce qui permettra de changer durablement ce quelque chose d’en soi ; c’est-à-dire d’apprendre.

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Il ne suffit pas de regarder le monde avec des yeux d’enfants. Il faudrait y être de la même manière. Curieux, spontané, audacieux, encore étranger à l’autorité bien que chaque jour inculquée, choqué par le monnayage du nécessaire, révolté par un quotidien essentiellement dépossédant. Nous parviendrons en grandissant à constater alors que nous vivions absolument absurdement, que le pouvoir et l’argent ne séduisaient que les imbéciles.

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Séparer le travail de l’esprit de celui du corps, revient à s’amputer d’une grande part de notre liberté, soit en étant dépendant des cercles de la distribution marchande et de ce qu’elle signifie pour ceux qui s’y laissent vivre, soit en se sentant tributaire de celui qui prétend savoir mais qui au fond diffuse la mise en ignorance en relatant sa part de vérité et uniquement celle-ci.

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Un savoir en vaut bien un autre, en chaque individu témoigne une égale intelligence. Si les pratiques sont différentes parmi les individus, l’une ne peut être jugée comme étant supérieure à l’autre.

Pourtant l’Ecole s’octroie ce droit en opérant une distinction entre les savoirs dits fondamentaux et ceux jugés secondaires.

Cet arbitraire ne vise qu’à répandre la spécialisation et l’orientation de l’élève, salarié potentiel de demain, afin que celui-ci ne réalise sa vie qu’à partir des seules capacités révélées et non depuis celles qu’il pourrait développer dans n’importe quel autre domaine.

Très tôt, l’élève doit apprendre à distinguer, choisir, sélectionner des informations, des gestes et des savoirs. L’institution scolaire est là pour l’aider à repérer ses points faibles et ses points forts qu’il aura pour devoir d’affiner afin de réaliser « sa voie » confortée par des choix de vie qui lui échapperont totalement puisque adaptés à un monde figé.

Un mode d’emploi de la vie transmis tel quel, sans que ne soit révélé à chacun, en priorité, la possibilité d’intervenir véritablement dans un quotidien, pour l’instant canalisé de tous bords.

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Les places salariales les plus pénibles sont selon moi celles occupées à la chaîne en usine, lieu du travail concentrationnaire. Bien trop souvent, ses occupants se disent qu’ils n’avaient qu’à mieux travailler à l’école. Cette réflexion témoigne de leur croyance envers l’Ecole et de sa justice scolaire qui distribuerait les filières et les débouchés comme autant de bons ou de mauvais points, en fonction des capacités acquises, des dons individuels ou des efforts personnels. Bienvenue chez l’Etat républicain suintant la morale bourgeoise, mère des valeurs capitalistes telle que l’efficacité, l’évaluation, la compétition.

L’Ecole et le marché, bien que l’une s’estime imperméable à l’autre, partagent indéniablement la même cours de récréation.

Tout le monde s’accorde aujourd’hui à dire que l’Ecole est un lieu d’où s’opère un tri sélectif. Ce tri est uniquement validé et rendu indispensable par les promoteurs actifs du travail spécialisé d’aliéné. Abolir le travail forcé, c’est abolir dans un même mouvement l’Ecole du marché pour qu’advienne enfin une véritable éducation populaire donnant à chacun l’accès à n’importe quel savoir à n’importe quel âge de sa vie. L’Ecole d’après permettra aux singularités quelconques de composer parmi d’autres, libérés de toutes positions sociales existantes qui n’auront nulle raison d’être quand nous poursuivrons d’abattre gaiement ces mûrs qui nous cloisonnent et nous empêchent de respirer intimement. Afin d’éviter sa destruction prématurée par les victimes et les conscients de cette cage, cette institution prétend pallier aux inégalités par cet oxymore schizophrénique d’égalité des chances hérité de Vichy.

Cette formule ancrée dans le verbiage de la république consacre les inégalités et souhaite n’en faire qu’une réalité passagère plus acceptable puisque susceptible de changer de camp.

Ce concept cynique d’égalité des chances détourne habilement le regard du Peuple des liaisons possibles qu’il lui reste à tisser pour l’amélioration de son quotidien et de sa dignité en réponse à ce peu de richesse qui lui revient de ce qu’il a lui-même produit. Par la reproduction ou le déplacement des inégalités, permises par la chance, l’Ecole remplit alors bien son rôle, en perpétuant par ses aigris et frustrés professeurs un état de misère de l’emploi de la vie en classe.

L’Ecole est surtout ce lieu préparant une vie sacrifiée au travail, sans nul autre horizon hormis celui de se cultiver au nom du culte de la distinction qui va de pair avec l’éloge de la séparation : la culture conçue comme un plus et non comme étant l’un de ces domaines dit de savoir repérable partout sans explications nécessaires, alimentant les capacités créatives illimitées propres et égales en chacun.

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Il n’y a pas de hiérarchie entre les savoirs, dit Julie Roux.

Il n’y a qu’une hiérarchie parmi les individus, tant soit elle infondée. Certains savoirs et gestes comme ceux liés aux activités traditionnelles de la Terre ou ceux propres à l’artisanat sont bien souvent dépréciés, méprisés et parfois même considérés comme étant de vulgaires vestiges associés à des pratiques folkloriques. La dévalorisation de telles connaissances et l’oubli volontaire de la transmission de celles-ci, susceptibles de favoriser l’autonomie des individus, n’ont de raison, de sens, d’intérêt qu’au seul regard de choix dominants véhiculés par l’entreprise capitaliste mondialisée. Ce qui me parait regrettable dans ce sinistre état des lieux est que l’idéologie écrasante soit parvenue, au cours de l’Histoire de la domination, à définir et à imposer les gestes et savoirs légitimes, distinctifs, honorables au détriment de savoirs et compétences jugées « mineurs ».

Les Egaux s’élèvent bien au-dessus de ces sottes considérations moribondes.

La société nouvelle, partout ressentie, abolira les aberrations de la vie, telles celles conséquentes à la division du travail ayant engendrée tout un lot de travaux stupides, monotones, abrutissants.

En réalité ces travaux s’aboliront d’eux-mêmes quand disparaîtront l’enseignant, l’artiste et le balayeur à temps complet.

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Qui sait aujourd’hui produire son beurre, son pain, ses légumes, tisser, bricoler, penser, jouer d’un instrument ou jouer tout court, lire la nature, soigner son proche, agir avec autrui, apprendre tout et n’importe quoi sans maître ? Qui a au terme de sa vie, révélé, exploré la multiplicité des facultés physiques, morales et intellectuelles de l’individu ? Peu de personnes, puisque nous sommes projetés dans un milieu, assignés à ne savoir et savoir-faire que ce que l’on veut bien nous transmettre, en jugeant ce on indispensable.

L’on nous a appris à désapprendre des gestes ancestraux dans ce milieu rationalisé et centralisé que l’on nous demande de consommer.

S’en suit l’ennui, la dépression ou les loisirs comme palliatif.

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Le choix d’une vie contraire à celle créée via l’idéologie insolente de la production capitaliste (produire rapidement, à bas coût, en grande quantité des objets à obsolescence incorporée et des produits empoisonnés) est subversif dès lors que l’individu désire sans concession être libre de ses activités.

Cet emploi libre de la vie est inconcevable pour le marché puisque irréalisable dans le cadre de sa tenue pourtant invraisemblable à bien des égards. La recherche effrénée du contrôle, de l’appropriation du vivant et des ressources naturelles révèlent aujourd’hui à chacun ce qui était perçu hier par quelques uns, à savoir la réalisation d’une économie totale parfaite, ou plutôt parfaitement totalitaire, présente sous le même visage à des degrés divers sur chaque continent.

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Les insurrections pour le partage de ce que certains vendent comme la terre, l’eau et les semences demeurent incontestablement salvatrices pour le présent et l’avenir d’une planète malade, tyrannisée par biens des saigneurs obnubilés par le profit et la propriété de tout. *

L’habileté de la morale capitaliste est d’avoir su développer un réseau de communication et de diffusion permanente en faisant en sorte que chacun puisse faire, penser, porter, dire, manger en étant à chaque instant intégré à une relation capitaliste au monde.

Nos actes du quotidien doivent être au service de l’écoulement des marchandises produites. Du lever au coucher, on nous somme de les utiliser, de remplacer par du neuf ce que l’on a déjà, de changer d’appareil pour un plus perfectionné, et plus généralement d’acheter la lessive qui lave enfin plus blanc que blanc.

Nous subissons une véritable pollution intellectuelle déversée par des publicitaires mettant à jour un stock d’images disponibles en vue d’écouler des marchandises, donc des déchets, issus d’un travail stupide, monotone et ennuyeux_______________

Ce produit facilitera votre quotidien, vous serez enfin heureux dans votre petite maison (que vous vous efforcez de combler par des choses vides) ! _________________

Telle est la ritournelle abrutissante garantissant la préservation du marché qui a fait de la publicité son outil indispensable.

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Le mensonge fait partie de la dialectique totalitaire. Le capitalisme s’en ait accommodé. L’apologie des produits alimentaires issus de cette forme de production industrielle productiviste, délocalisée du vivant, en est un bel exemple. Les publicitaires n’hésitent pas à considérer le partage d’un plat surgelé en famille comme un moment agréable. Aux yeux de la pub, le bonheur de la journée serait de se précipiter en famille vers le micro-onde cancérigène pour réchauffer sa barquette de poisson farci aux OGM accompagnée de son sachet plastique de riz aux petits légumes pollués aux pesticides et aux engrais chimiques. La supercherie est poussée à son extrême quand on nous fait croire qu’ils sont préparés d’une manière traditionnelle avec des ingrédients on ne peut plus naturels. Chaque nouvelle réclame harcèle ses spectateurs prêts à croire que la nouvelle recette miracle a été trouvée pour arrêter la progression visible de l’âge ou qu’enfin existe le produit qui permet de nettoyer sans frotter.

La vérité d’un message publicitaire est probablement à chercher dans l’inverse de ce qui nous en est dit. Si les réelles conditions de production des produits consommés étaient aussi visibles que l’image de l’agréable sensation par l’acquisition, il pourrait y avoir une véritable remise en cause de tout cela.

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Le Che s’affiche comme n’importe quel logo de fast-food. Le slogan clamant « La lutte contre la vie chère », raison suffisante pour l’insurrection d’un Peuple laissé pour compte, est repris par les grands distributeurs qui en font leur publicité. Ironie mesquine ou simple volonté de contenir, de vendre la révolte en l’intégrant à un système qu’elle est pourtant censée renverser.

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Cette époque, fruit des précédentes, est bien celle de la vente de l’absence du vrai gratuit comme mode vie.

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La prépondérance de l’avoir sur l’être semble l’emporter, comme l’efficacité l’emporte sur l’affectivité dans nos rapports avec autrui. Rien n’est gratuit ou désintéressé. Pas même le bonheur qui dans ce paradigme doit être inatteignable. Il doit être aperçu par chacun à tout moment pour que se perpétuent les mouvements épuisants du travailleur consommant sans cesse.

Les objets, conçus pour être désirés, sont vendus dans la perspective publicitaire d’être à notre image. En réalité, ils ne sont qu’à l’image d’une société inanimée traversée par des flux et des ordres incessants.

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Le summum du totalitarisme de la marchandise est atteint par ces objets en mesure de mettre n’importe qui sous contrôle, localisable donc vulnérable. L’emploi de technologie tel ces puces RFID, implantées jusque dans certains corps victimes de l’intrusion marchande policière, ont de quoi inquiéter les individus soucieux de l’intégrité de chacun et de la liberté de tous. Chercher à exterminer ces outils ne devient alors qu’une précaution personnelle à prendre parmi d’autres.

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L’apparente facilité communicative que certains objets sont censés procurer, nous éloignent pourtant les uns des autres. Les relations à distance sont privilégiées, la mise en situation réelle de deux êtres communicants se raréfie. Ce n’est qu’une des conséquences de l’individualisme égoïste montant, de l’isolement comme échappatoire à notre propre mise à mort.

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Un sentiment de honte semble envahir ceux qui vivent un rôle appris et bien joué, en s’accrochant chaque jour à un scénario les délaissant comme figurants indispensables dans un décor en plastique.

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Nous nous sommes retranchés derrière bon nombre d’artifices. Notre impossibilité à vivre heureux dans cette irréalité agencée, qui en demande toujours plus, est visible par la recherche accrue de la fuite virtuelle.

Le monde virtuel s’implante là où le désert affectif s’accroît, là où rien ne peut plus être réalisé comme situation, là où l’émancipation des gestes et de la parole se perd au profit d’un isolement profondément abrutissant.

La décomposition des moments vécus authentiquement semble trouver sa réalisation parfaite grâce à Internet. La consommation de masse de cet outil est une réponse en trompe-l’œil à la montée dégradante de l’ennui, trouvant ses germes dans la division du travail répétitif. Ce gadget engendre en réalité une dose supplémentaire d’ennui généré par la connexion au monde de toutes les solitudes au cours d’instants passés sans vie.

La communication et l’information à distance semblent offrir la possibilité de s’accomplir seul en ayant parfois l’impression d’appartenir à un groupe. On y recherche l’Amour, parfois son parti Politique. Elle inhibe pourtant en situation vécue ce qu’elle semble offrir ou plutôt monnayer virtuellement.

Ce mode de rapport au monde n’existe pas, Internet n’offre aucune visibilité, il ne permet que la dissipation de ce que l’on pourrait vivre.

La toile informatique à connexion instantanée est aussi une énième décharge à frustrations, un défouloir de ce que l’on ressent et un exercice d’accomplissement de ce que l’on est sans en donner la portée en actes réels. Ceci est d’autant plus vérifiable pour celui qui chercherait comment et avec qui mener sa lutte internationalisée et majoritaire, en fuyant les présents désireux de lutter et de s’émanciper là où ils se trouvent.

Qu’il serait stupide de penser que l’on peut trouver mieux ou plus ailleurs.

Cet ailleurs se trouve en réalité n’importe où, sous nos pieds, entre nos mains.

Il suffit pour cela de désirer saisir sa vie et de se rendre insaisissable.

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Nuits porteuses

Les merveilles de la vie apparaissent dès que de l’inédit survient, porté par des mots et gestes vigoureux guidés par une liberté illimitée et une soif de vie inaltérable.

Les multiples ivresses nocturnes faites de divers alcools accompagnés de Marie-jeanne révèlent les perfidies du jour analysées méthodiquement quand les corps et les esprits s’échauffent au cours de digressions permises par la nuit spiritueuse.

Quand le sol se dérobe, que les pas dansent, l’esprit léger, je vis tel un matelot accompagné de ses marins et de quelques passagers clandestins embarqués vers l’inconnu, préférant les agitations de la mer à celles des Hommes mobilisés.

Un verre, deux, puis d’autres, ici, là-bas, d’un trottoir à l’autre, de baraques en comptoirs, les distances et le temps sont en suspens, tout devient plus clair, le vrai se distingue du faux, le présent n’a pas d’avenir, il se vit seulement tel quel.

21h, 23h, nous prenons le large, le premier marin est appelé par un chant de sirène, un autre tombe à la mer, certains lancent des bouteilles renfermant les messages poétiques venus de leur contrée imaginaire.

Le rafiot se laisse dériver par les vents, défie les marées, brave le fracassement des vagues sur sa coque. Oscillations pendulaires délirantes à bord du navire. Les sensations deviennent complices. Absence de finitude. Désirs exponentiels.

Mer agitée.

Les verres se brisent, les regards s’échangent, parfois des baisers, des paries, des vins de toutes teintes ou des mélanges d’alcools variés. La musique résonne, s’éloigne, laisse place à un autre air mécanique ou improvisé par une guitare à laquelle vient se joindre des percussionnistes battant leurs rythmes guerriers.

Rencontres.

« Buvons un bock ! »

L’équipage tient la marée, quelques nausées, beaucoup titubent. Trajets aléatoires, sans cap. Décor éthylique, chant, cris, bagarres, mines joyeuses ou défaites, parole facile. Les odeurs de spécialités culinaires venues du monde entier se déversent dans une même rue, l’aromatisent, des fumées aussi, des senteurs vertes prohibées, des délires, situations éphémères, dionysie spontanée. Les partitions se jouent à l’unisson au sein d’une composition expérimentale.

Enième éclat de rire, de verres aussi____________________


Parfums, sueur, effluves de bouteilles_____________

Les couleurs et les senteurs se mélangent, les formes s’estompent, la nuit gagne du terrain et ravage le sérieux devenu étranger. Quelques réverbères pisseux étincellent du bout de leur tronc personnalisé une lumière jaunâtre tels ces phares aux spectres balayant la brume au-dessus de l’océan.

Les vitrines allumées nous amusent, se fissurent, s’éteignent, leur apparente transparence est contesté. Nous leur accolons quelques mots. Incités à laisser la nuit en paix.

Les dérives parcourent l’opacité de la nuit, transhumances somptueuses, pertes d’équilibres et du conditionnement bourgeois, police aux aguets, gardes à vue pour les marins devenus pirates, insouciance généralisée et vie exaltée.

Le soleil point, les têtes tournent, les litres ont à peine étanché la soif malgré les bouteilles couchées et les corps étreints, les éboueurs s’activent, les amants se quittent, laissent place à une nouvelle strate, un dernier écho, les démarches chaloupent encore mais de moins en moins d’acolytes.

Il se fait tôt_____________

______________________________ Un noyé ici, couché près d’un clodo assoupi


6h, 7h, 8h nous laissons l’économie récupérer inéluctablement la rue.

Nous la saborderons demain.

Les travailleurs prennent la relève jetant au passage un vil regard à tous ceux qui ne se sentent pas concernés par l’agitation qui reprend de plus bel.

Tout est en place mais les perturbations enivrées de la veillée tardive ont esquissé le rejet d’un espace quadrillé, aseptisé, ennuyeux.

Nous lui préférons la mer, vaste étendue sauvage imprescriptible.

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Les empreintes que nous laissons derrière nous sont plus importantes que le temps qui passe. D’où la nécessité de les révéler.

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Le pire ennemi de la nature est incontestablement l’Homme muni de sa capacité d’abstraction financière meurtrière.

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Dès sa naissance le capitalisme engendra ses propres ennemis, à savoir les travailleurs mêmes.

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Aujourd’hui comme hier, les structures syndicales tuent les mouvements contestataires. Ces parasites de la lutte sont apparus alors que la lutte réelle des travailleurs par le sabotage (ou luddisme) était amorcée. La légalisation du syndicalisme accompagna la criminalisation du luddisme, vaste terme pour désigner les comportements spontanés des ouvriers en révolte contre les caractères dégradants du capitalisme dès sa concrétisation amorcée par la naissance du travail concentrationnaire. Le luddisme, pouvant être résumé par le sabotage du temps, des outils et des produits du travail, n’est plus le mode de révolte ouvrière privilégiée tant la répression de ce type de révolte a su imposer les volontés des propriétaires.

A la place de ces luttes autonomes et radicales du début du 19ème, certains s’érigent depuis comme de véritables professionnels de la lutte prenants le temps de roder une dialectique qui leur est propre, particulièrement efficace dès lors qu’il faille faire accepter à la « base » ce qu’on lui communique comme étant la nécessaire négociation ; soit l’annonce de la défaite par le compromis. Ainsi les mouvements ayant eu l’impression d’avoir remporté une bataille en préservant la peau de chagrin que représentent leurs droits, s’estiment satisfaits de revenir à leur poste bien qu’ils ne soient parvenus qu’à rétablir un nouvel équilibre entre l’esclave et son maître. Ces batailles se soldant généralement par un statu quo, obstruent la visibilité d’une guerre dont seul une minorité a conscience : la lutte pour l’abolition de l’exploitation au profit d’activités librement choisie entre égaux.

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La montée des émeutes liée à la dégradation de la vie due à l’ordre de la marchandise, se démarque de ces manifestations réglées auxquelles nous nous sommes habitués. Si certains défilent en rang, déguisés par la panoplie du marketing syndical, d’autres ont préféré la consumation des édifices du capital à la consommation augmentée des fruits empoisonnés du travail. Qu’il serait déplacé pour un révolutionnaire de discréditer les actions flamboyantes des émeutiers aux perspectives de vie supérieures au simple fait de devoir survivre.

Les gens de gauche comme les révolutionnaires institutionnalisés, intégrés au Spectacle, condamnent les véritables manifestations d’un changement envisagé par ceux qui dégradent l’aménagement coercitif marchand.

La réaction de ceux-ci est dépassée à chaque fois que la révolution ne tient compte que de son propre mouvement, sans être contenue par un quelconque Parti.

Il n’est pas de sauveur suprême, dit la chanson, ni maître, ni tribun, ni plan pour la révolution de la vie et l’expression de chacun pour la prise en main de celle-ci.

Certains prennent part à une timide volonté de ne pas survivre davantage lors de manifestations tristes et défaitistes ayant comme seul horizon de préserver des acquis qui ne permettront jamais à l’exploité d’en finir et de s’affirmer affranchi d’un Etat à qui il n’y a rien à demander.

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Les sporadiques ritournelles mollement contestataires sociales, comportent en elles les raisons de leurs échecs conclus par d’amères négociations dès que le mouvement « s’essouffle » ou est considéré comme tel par les organisations syndicales bureaucratisées toujours contre productives dans la pensée et l’acte révolutionnaire. Ces contestataires intégrés de bureau sont ceux qui canalisent, orientent et masquent les réelles revendications contenues en chacun, non par véritable nécessité de se rendre utile pour les exploités, mais pour mieux assiéger les gestes et paroles de ceux-ci en évitant tout débordement envisageable.

Le souci de leur devoir est d’instaurer le dialogue réclamé par le patronat ou par le gouvernement heureux de savoir à qui s’adresser en cas de « situation de crise » ; en situation qui risquerait de rendre possible tout non retour à la normale.

C’est cette possibilité qui est davantage recherchée chez les émeutiers dont on peut reconnaître la perspicacité quant aux conclusions qu’ils tirent des actions symboliques et mouvements pacifistes qui gagneraient à être connu s’ils étaient effectivement efficaces, s’ils étaient en capacité de représenter une force dissuasive contre tous ces architectes d’un monde épuisé.

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Si les entrées en scène, de prolétaires s’attaquant directement à la marchandise par le pillage et le sabotage sont ponctuelles, discréditées à outrances, il n’en reste pas moins qu’elles inaugurent un renouveau dans l’acte politique se distanciant de l’acceptation ordinaire de la démocratie représentative, voire même, de l’animation de la démocratie en générale.

L’inquiétude des hautes sphères détentrices du capital, du pouvoir et des esprits n’a donc rien d’étonnant. Les dispositifs policiers renforcés lors des rencontres des puissances économiques sécuritaires et la présence intempestive de flics lors de mouvements qualifiés à tort de sociaux, en témoignent.

Ce sont bien lors de ces soubresauts que peuvent être porté des coups endommageants. Le respect de l’ordre du règne des Etats capitalistes. La violente répression de ce type d’évènements témoigne de l’intérêt des Etats à maintenir cette machine, peu leur en importe le coût.

Que des individus, luttant contre la tyrannie de la marchandise, soient tués par l’Etat au nom de leur engagement contre cette mondialisation, témoigne de l’absence d’humanité intrinsèquement liée à cette relation imposée au monde.

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Ne vous y trompez pas, nous sommes en guerre.

Une guerre engagée contre le profit, la rentabilité, l’appropriation du vivant et de l’espace, contre le tout devenu marchandise et le tout argent. Une lutte ennemie de l’efficacité, du fatalisme et de l’acceptation de l’inacceptable à toutes ses échelles. Une guerre contre les savoirs et les compétences distribués à la tête du client, sans raisons valables hormis celles validées par l’économie capitaliste. Une insurrection contre tous ces liens sociaux rarement vivants puisque le plus souvent dirigés, contraints, hiérarchisés sous le poids de l’hypocrisie et de l’apparence érigées en vertus. Nous ne pouvons supporter davantage la docilité, le sentiment d’infériorité ou de puissance. Nous désirons sans fin enrayer l’infâme qui nous entrave.

Une guerre latente et permanente contre toutes ces valeurs affichées ou sous jacentes dont Nous, la multitude et la complexité que nous formons, devrait s’imprégner. Difficile d’y échapper, à moins de se faire violence et d’accepter d’être considéré comme les nouveaux hérétiques de cette morale capitaliste.

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Que la tempête balaie tout sur son passage.

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Que le spectacle s’achève, nous en connaissons la chute. Abaissons le rideau et cessons de jouer !

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La séparation est une réalité. Certains s’en détournent en reconnectant leurs activités à leurs besoins. Longo Mai est un bel exemple de ce que peut être un mode de vie réinventé dont chaque instant nous appartient, sans avoir de compte à rendre à un patron mais uniquement à ses égaux afin que la liberté et le désengagement personnel vis-à-vis de l’économie marchande capitaliste puissent être réalisés. Longo Mai est la preuve en actes que des producteurs peuvent travailler mutuellement en contrôlant leur production du début jusqu’à la fin. Ainsi, l’Autogestion localise et fraternise la production. Le pain alors ne provient plus du travail de l’exploité employé pour un geste sans cesse répété sous l’égide d’un maître. Il devient le résultat d’une pratique comme une autre d’associés librement, tour à tour paysan, meunier et boulanger. Cette coopérative et tant d’autres dans l’esprit de celle-ci, semblent être à la pointe d’une économie désolidarisée des lois stupides du marché, tout en étant capable de subvenir aux besoins des individus d’une Commune en réseau avec d’autres.

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Le règne de la domination et l’exploitation barbare de soi pour le néant, sont bien réduites à une autorité inférieure au regard des forces de la Nature nous rappelant notre vulnérabilité dès lors que nous la contemplons. Marée, orage, cyclones, tempêtes nous le rappelle parfois.

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La peinture, le théâtre, la poésie, la sculpture, le cinéma, l’écriture et tout ce qui est caractérisé comme art avec toute la part de subjectivité que cela comporte, sont majoritairement perçus comme des choses à contempler puisque réalisées par un professionnel.

Le professionnel est donc « celui qui passe son temps à ». L’autre, le spectateur-consommateur, admire ou achète. Nous laissons ainsi l’art être à la portée de quelques uns qui en font souvent leurs affaires.

Oublions le prestige de l’artiste et sa prétention parfois exacerbée jusqu’à être exposée dans les musées.

L’art est dépassé dès lors que les frontières entre la vie et la pratique artistique se confondent. L’art se calque alors sur la vie et l’artiste devient une figure désuète d’un monde à refaire.

Il est évident que l’abolition de la spécialisation de l’artiste est étroitement liée à l’écroulement d’une société rendant possible l’émergence de quelques artistes.

Dans un monde totalement transformé, il n’y aura plus d’artistes. Ni musiciens, ni peintres, acteurs ou cinéastes, encore moins de poètes, de critiques ou de spectateurs, seulement des individus qui entre autres s’accompliront dans ces domaines décloisonnés.

Nous ouvrirons alors, le champ à bien des possibles, en suivant les sillons d’une vie improvisée puisque réinventé intégralement.

Il est à la portée de n’importe qui d’exprimer ses sentiments, son humeur du moment sur n’importe quel support. L’art n’est rien d’autre que l’expression d’un moi vivant. Ce qui manque à chacun c’est du temps. Il faut le prendre car ce système ne nous le laissera pas de son plein gré, puis multiplier les possibilités de rencontres, toutes créatrices dès que nous l’admettons et les rendons ainsi. En somme, sorti de la division du travail, peindre ou jouer d’un instrument seraient des activités à part entière et non plus des loisirs relégués au rang de divertissements pratiqués comme pour échapper provisoirement à un quotidien salarié abusivement abrutissant.

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L’instant du dépassement de l’art est à pratiquer par la réalisation d’une vie quotidiennement conçue comme une œuvre.

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Aucun temps n’est libre s’il est soumis à la nécessité d’accumuler suffisamment d’argent pour y parvenir. Aucune vie n’est libre si elle est obnubilée par la recherche d’une vie stable quotidiennement répétée et fade. Une vie est libre quand la considération de la souveraineté de celle-ci prime sur toutes autres choses.

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L’individu n’est que trop rarement lui-même. Il est avant tout un déraciné de sa terre projeté dans la sphère consumériste. Il est devenu la composante majeure du néant dans un mécanisme créateur de l’absence.

La puissance émancipatrice de l’individu fait jour dès que naît en lui le refus du devenir particule ; celle conçue pour la consolidation d’une entreprise mondialement désastreuse, licencieuse de la vie.

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Le retour à l’authenticité nécessite la décolonisation des imaginaires sous l’emprise des dogmes capitalistes et l’affranchissement des corps encore dédiés à cette pollution de la vie.

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L’humiliation constante de la société du spectacle, agençant temporairement l’espace comme les pensées en détruisant plus qu’elle ne créée, en atrophiant plus qu’elle ne vitalise, peut alors devenir jeu. Ce jeu n’a pas de règle, tout au plus certains codes implicites visant à détourner les regards de ces probes bien dressés. La ville peut alors devenir un terrain de jeu en barbouillant quelques panneaux publicitaires, en écrivant quelques beaux aphorismes, en brisant ces structures nous empêchant de respirer librement... dans un cadre ludique de désaliénation.

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Une société nouvelle, libre de sa créativité, sous l’impulsion d’imaginaires libres, dépassant l’absurde des sociétés essentiellement superficielles, sera possible lorsque humbles, simples, authentiques et uniques se révolteront « contre ceux qui s’arrogent le droit de traiter autrui comme ils ne voudraient nullement être traités eux-mêmes ; contre ceux qui ne voudraient être ni trompés, ni exploités, ni brutalisés, ni prostitués, mais qui le font à l’égard des autres ». Kropotkine

En cela, ce projet est irréalisable pour tous ceux qui croient en une société capitaliste libérale ou d’Etat prêchant la marche de la réussite, de l’enrichissement, de la croissance et de la performance parmi une foule d’émiettés.

En revanche, il est réalisable pour ceux qui ne désirent ni être les meilleurs, ni être les moins bons, ni même être rangés dans ce que la classification sociologique contre émancipatrice nomme catégorie socio-professionnelle.

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L’habileté des reconnus dominants, au sein d’Etats démocratiques, est d’avoir su reconnaître au Peuple, constitué d’individualités diverses, un pouvoir ou une souveraineté qu’il ne possède pas. De plus, la multitude a été habituée à subir les lois, décrets ou autres directives et à leur obéir, sous peine d’être considérée comme étant hors la loi.

Ce dressage démocratique ne peut l’être que par l’intériorisation de gestes, comme le bulletin de plus dans l’urne qui ne témoigne que de la formulation d’une impuissance de la part de celui qui vote. En revanche, ce bulletin glissé démocratiquement confirme la capacité d’une élite à pérenniser sa position de domination. Le suffrage universel n’a aucune autre prétention.

La démocratie, telle qu’elle est manipulée par ceux qui sont au pouvoir, a pour vocation de maintenir la « cohésion sociale ». L’hypocrisie se manifeste par ces propos à son plus haut degré. Comment peut-il y avoir cohésion librement consentie quand il y a hiérarchie et oppression ? La cohésion est avant tout une démarche préventive de contrôle soucieuse d’intégrer et de mater ceux qui se détournent de ces sentiers battus de toute évidence sans issue.

Seule la police est en mesure de préserver un pouvoir organisé couronnant une cohésion branlante quand surgissent les éruptions rageuses du peuple. Ceci dit, nous pouvons miser sur une dissipation des forces de police quand celles-ci n’en pourront plus d’être mobilisées sans cesse pour frapper ceux qui portent dans leurs actes d’insurgés la liberté de tout un monde. L’Etat ne parviendra jamais à enrôler l’espoir de sa destruction.

Quand l’insurrection se manifestera, la déflagration occasionnée se vengera de tous ces siècles de domination, de mensonges, d’exploitation et de dépossession au service de quelques prétentieux assoiffés de pouvoirs.

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En réalité, la démocratie telle qu’elle s’est constituée n’a rien à voir avec l’essence démocratique qui se fonde en absence de gouvernement institutionnalisé. Seul le Peuple en mouvement fait vivre la démocratie lorsqu’il revendique le choix d’élargir le pouvoir d’action sur le contrôle de sa vie contre toutes les restrictions opérées par les fossoyeurs de la démocratie.

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Pour délaisser la démocratie verticale et s’organiser autrement, il n’y a pas de plan. Tout au plus des hypothèses posées par la communisation qui est en soit une forme d’organisation ponctuelle supérieure soucieuse de ne pas reproduire les structures bureaucratiques hiérarchisées du vieux monde démocratique pour décider de quoi que ce soit.

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Les Etats démocratiques considèrent l’individu, le citoyen, comme un éternel mineur, brutal et imbécile ayant besoin d’être représenté par quelques uns se situant arbitrairement au-dessus de tous les autres, en affichant quelques titres considérés comme étant autant de sésames à gouverner : les études, la naissance, l’éloquence, le charisme, la rhétorique, le savoir, l’expertise ou l’argent.

L’intériorisation de l’inégalité est probablement la condition nécessaire et préalable à la reconnaissance d’une quelconque représentation. Celle-ci permet à l’élite issue de l’acceptation de la pensée dominante de régner au-dessus du lot grâce à la spécialisation séparée des tâches qui la dispense de tout, hormis de gouverner ou plus quotidiennement d’éprouver quelconques sentiments pour ce vieux monde dont ils sont les faillis architectes. Nous y figurons, nous autres, comme si nous en étions les derniers. Insurrections, émeutes, expériences humaines et remises en cause du bain mondial, confortent cette hypothèse et annoncent inévitablement la volonté de précipiter le déshumanisant dans le gouffre du passé.

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Le vote est un défouloir, le moment du spectacle Politique où chacun espère voir son jockey franchir la ligne d’arrivée avant celui de son voisin. Après avoir séduit un semblant de majorité, l’élu s’octroie le titre de représentant et la capacité prétentieuse de décider à la place de son électorat et de ceux même qui n’ont pas votés pour lui. Ces derniers représentent la réelle majorité si l’on ne tient compte que des seuls en droit de voter : ses opposants, les non-inscrits, les abstentionnistes et les votes blancs. Ceux-ci sont plus nombreux que ceux qui se sont prononcés volontairement pour un porte-parole qui ne portera que sa vision du monde. Bien entendu, si l’on y ajoute les moins de 18 ans ainsi que les présents sur la circonscription de l’élection, ceux que l’on désigne par étrangers ; nous énonçons là, la réelle majorité.

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Voter, c’est accepter notre incapacité construite de ne pouvoir infléchir directement le cours des choses. Voter, c’est cautionner la présence d’un chef, c’est admettre la verticalité comme principe de gestion d’un lieu et la hiérarchisation infondée parmi les individus.

Au fond, le vote ne garantit pas l’engagement personnel de celui qui a voté, ni même ses idées. Voter, c’est choisir de ne pas agir ou du moins ne rien faire de concret pour voir triompher ce que l’on considère comme être juste. Voter, se résume à se donner bonne conscience. Lors des scrutins, le citoyen, tant soit-il humaniste, prend le temps de se déplacer pour déposer sa voix dans l’urne en pensant se dédouaner des maux engendrés par ceux qui dirigent puisqu’il considère avoir fait son devoir en jugeant avoir bien voté.

Ainsi, quelque soit le résultat l’électeur reconnaît le pouvoir du nouvel élu puisqu’il a pris part à un jeu dont nous acceptons que le pire des individus ait la possibilité d’avoir une emprise sur nos vies.

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La sacralisation de l’élection est du même niveau que n’importe quelle compétition. L’électeur fait un pari sur le candidat qui lui paraît être le meilleur voire le moins pire. En 2002 sous la menace du chantage démocratique, la F-rance fit triompher celui ou le parti de celui qui expulse, surveille et contrôle impunément, rend un culte démesuré au travail, privatise à outrance, démantèle le service public, remet l’ADN au goût du jour... bref le parti pris a été d’accélérer ce qui est partout et s’approfondit : le triomphe accéléré de la déshumanisation.

En évitant le pire en 2002, nous l’avons laissé depuis s’installer perfidement. La République préservée chante depuis les chants d’horreur de la peste brune en lui empruntant son entreprise macabre de désensibilisation.

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Voter, élire, déléguer, c’est laisser à certains la possibilité de s’exprimer en mon nom alors qu’ils n’ont rien à voir avec moi. Les états démocratiques ne sont que des constructions politiques transitoires ayant succédées aux empires et royaumes, mais comme ces formes de gouvernements, la démocratie passera a posteriori comme l’attribut et l’instrument de tyrannies déguisées assiégeant majorité et minorités aveuglées par leur temps.

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La loi est ce qui contrarie le rapport normal entre égaux. L’existence réinventée par le désir des individus de s’appartenir à eux même, constitutif à une nouvelle ère, composera sans ces normes séparées d’un tout désormais incontrôlable puisque devenu vivant.

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Jamais plus je ne me plierai à une quelconque majorité et à son inhérente inconsistance. La majorité est une manière de nommer le néant refoulant l’individu et sa dimension sensible. La mutilation individuelle est alors ce qui unit les séparés en une majorité invisible, silencieuse, probe et bien dressée.

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Une majorité n’a pas davantage raison qu’une minorité. La position sociale ne justifie en rien la raison politique. Ces deux points suffisent à discréditer un système reposant sur ces deux principes qui valent tout autant que l’acceptation d’une monarchie de droit divin en son temps.

Le pouvoir n’est qu’une abstraction que quelques uns ont érigée en nécessité absolue.

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La seule loi que je cautionnerai, sera celle qui les supprime toutes. L’organisation locale pallierait ainsi aux carences multiples du quotidien, de l’affectif aux subsistances en passant par l’émancipation de chaque individu : Vivent la Commune passée, celles qui se tissent et celles qui adviendront !

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L’élite et les divers rapports de force supranationaux, constitués par l’inertie des gouvernés accordant leur confiance à l’inconnue, dévaluent le ressenti de ceux qui subissent le plus durement les orientations libérales d’un quotidien de plus en plus précaire. La précarité étant définit ici, comme la pénibilité de la vie accrue par des rythmes imposés par un Capital qui ne répond qu’à la constance de son accroissement en répandant l’atrophie du vivant et du vivable en l’incorporant dans un mouvement définissant voracement les cours de la bourse.

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Le capitalisme n’est qu’une bête immonde sans scrupule ; abattons-la.

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Une décision n’est jamais neutre, elle est fonction de ceux qui la conçoivent. Les décisionnaires de l’ordre dominant prennent soin de préserver leurs intérêts, en fixant les objectifs à atteindre dans un contexte déterminé. A ce jour, les décisions venant d’en haut sont conçues dans les limites de la mondialisation libérale dans laquelle les Etats et l’économie capitaliste se maintiennent par la violence, le contrôle, la peur, la hiérarchie et ses conséquences.

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Les attaques néo-libérales, parfois trop exacerbées pour être acceptées majoritairement, réapparaissent en cas de mise en échec, sous un autre jour, déguisées pour finir par habiter notre quotidien. Le traité de la constitution européenne en est un bel exemple. Le peuple l’ayant rejeté une première fois, celui-ci est réapparu sous une forme « simplifiée » et a été imposé par les dirigeants soucieux de leurs affaires plus que de leurs légitimistes que l’on nomme les citoyens actifs. Ce déni du résultat référendaire, n’est que la conséquence de l’acceptation de la démocratie reposant sur le postulat que gouverner doit être associer à la désignation d’une élite éclairée, civilisée, s’exprimant au nom de l’intérêt général, extraite de la masse populaire dont est postulée l’ignorance et l’incapacité de bien juger. Cette conception restrictive de la démocratie repose sur la haine du peuple se manifestant par une mise à l’écart de ceux qui ne sont pas parvenus (par choix ou concours de circonstances) à détenir un titre délivré par un système renforcé, protégé par ceux qui dominent en usant de leurs titres mystificateurs. Ces derniers n’ont nul intérêt a aller dans le sens d’une expansion de la démocratie puisqu’elle seule leur permet de garder la tête haute en occupant un certain rang et une parcelle de pouvoir au sein d’une pyramide sociale qui a permis à certains de prendre des décisions à la place des autres. Ces justifications mystificatrices de la domination nous font maintenant rire. Nous savons que ces décisionnaires n’ont rien d’enviable, qu’ils ne représentent même plus les exemples à suivre, leurs déclarations nous font tout aussi rire que celles de leurs Guignols. Quant à la pyramide sociale nous la regardons s’effondrer. C’est la crise, les représentants et le salariat ont fait leur temps. Place à l’anarchie et au développement de l’autonomie en chaque individu.

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La formulation du dépassement de la démocratie passe pour être ce qui nous conduira vers le chao. Contester son fondement, c’est pourtant établir de la vérité et s’extirper de l’opacité fondamentale la constituant : son assise, ses maîtres, ses stratégies et régimes totalitaires qu’elle peut amener, suffisent à rendre suspect cette forme de gouvernement et par là même toute forme de gouvernement. La société nouvelle se rendra à l’évidence qu’elle peut et qu’elle doit s’en passer ou du moins se passer de ses outils comme le vote ; les choix par consensus des présents, étant une marque de dépassement de la démocratie localement.

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Le vote et la représentation n’engagent en rien le « citoyen » puisqu’il est tout simplement tenu à l’écart de ce que l’on indique comme étant démocratique, donc légitime et légal. Le devenir vivant n’a nul besoin de démocratie mais davantage de liens immédiats, libres et réactifs, inconnus à la majorité invisible dépassée par la croyance de sa totalité en réalité insaisissable. La majorité forme pour moi la véritable tendance abstentionniste.

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Par pouvoir, j’entends davantage la capacité de n’importe qui à saisir l’importance de vivre pleinement, humainement, détourné de l’égocentrisme et de cette volonté irrationnelle qu’ont certains à ne vivre que pour l’accroissement illimité de leur capital familial en alimentant conjointement la Croissance. Avoir du pouvoir, c’est être capable de se dégager de cette morale qui nous condamne dans un train de vie précédemment décrit. Le pouvoir de l’individu est la possibilité de vivre librement, de manière créative, spontanément, désintéressé, sans cette nuisance que lui confère une croyance aveugle envers le Capital.

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La contestation émergeante s’organise, élabore un espace politique fait de liens d’où naissent des communautés propices au développement de nouveaux comportements et de désirs partagés. Le rejet total des situations dominantes d’où s’opère la domination se passe de pouvoir structuré, de leader et de mots d’ordre. Ce rejet, acte de création, est animé par la possibilité de dépasser le vide laissé par les structures organisées du pouvoir dont les communautés se désolidarisent puisqu’elles visent à dépasser les vides de toutes sortes.

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La Politique qui vient ne se limite pas aux frontières des Etats ou aux relations qu’ils entretiennent entre eux. Elle les transcende et dépasse le vide de toutes actions et relations politiques ayant cours dans l’exercice de la politique spécialisée. Elle est la formulation de volontés ne répondant à aucune autre nécessité que de vivre pleinement. Contrairement à la définition restrictive et son application menée par les expropriateurs de nos choix d’existence, la politique ne consiste pas à gérer « consciencieusement l’économie nationale ». Pour ces boulimiques de la gestion et du contrôle, la politique permet avant tout d’alimenter les caisses d’un Etat soucieux de préserver la tenue d’un budget sans lequel il n’y a plus de raison de maintenir un Etat. Pour les autres, la politique à l’état naissant est constituée de liens indéfectibles d’où naissent des expériences sensibles.

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La politique n’a pas de visage, encore moins de couleurs. La politique n’est pas non plus la préoccupation de quelques uns sous peine de les voir défiler en nouveaux oppresseurs déguisés à la place des anciens. La politique qui vient se fonde en l’absence de gouvernement.

Elle est le rapport normal, vrai parmi les individus et non cette paralysie ahurissante qui draine les repas dès que la conversation est politique, lors de ces échanges stériles qui consistent à mesurer, selon sa position, qui de la droite ou de la gauche peut le moins nuire à mes intérêts en permettant de faire plus ou moins belle la part au social. La politique n’est pas un domaine à séparer de nous, par la création de nouvelles organisations, mais au contraire une responsabilité à prendre afin de chasser les despotes qui apparaissent sous un jour différent à chaque nouvelle élection ou à chaque mouvement d’émancipation du Peuple altéré par ses chefs d’orchestre.

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De gauche ou droite, seul le degré d’insolence misanthropique permet de distinguer l’une de l’autre. La situation qui en résulte demeure la même : croissance et pillage partout.

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La révolte quotidienne, contre l’emploi d’une vie sous le joug de la tyrannie capitaliste, prend forme quand naissent des liens susceptibles d’amener une amitié consistante capable de constituer une force qui n’omet pas la possibilité d’en faire usage. Ces liens apparaissent lorsque sont partagés des complicités, des actions humiliant le Spectacle, des lectures, des repas, des connaissances communes, un squat, une ferme, une émeute et plus généralement de quoi subsister sans perdre le désir de n’être jamais contraint par le salariat ou le versement d’un loyer démesuré. La politique devient alors un rapport sensible au monde qui n’a rien en commun avec l’usure ou l’argent. C’est l’affinement poétique de l’être ni contraint ni spectateur et la conduite du vivant donnant de l’éclat à l’effervescence d’une vie proliférant dans cet instant non quantifiable qu’est la vie. Loin d’être une affaire de spécialistes, la politique émancipatrice est l’expression concrète de ce que nous désirons construire, non pas en termes d’élaboration de nouvelles structures figées et bureaucratisées mais par la création de relations nouvelles et de liaisons immédiates.

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L’amitié et l’Amour sont trop souvent dépecés de tous désirs révolutionnaires où l’intensification des perspectives vivantes serait la seule préoccupation. Dans la configuration quotidienne actuelle, ces relations ne sont que les refuges d’une vie atrophiée, des lieux déguisés où peuvent être au mieux aménagées provisoirement quelques illusions que nous espérons partager le temps d’un film en salle ou d’une partie de bowling. Tout n’y est que superficialité, apparence, et en premier lieu est apparent l’usage qui est fait de ces sentiments sous estimés quand n’y est pas élaborée une vie dépassant le cadre absurde des limites et des comportements fixés par l’arsenal marchand.

Extraits de leurs usages spectaculaires, L’Amour et l’amitié, peuvent s’avérer être éminemment subversif et préfigurer l’aménagement de bases radicales où peut s’envisager le renversement irréversible de la situation actuelle en y impulsant de la consistance créative et joyeuse. C’est ainsi que se consument les liens unissant les individus à une société fictive pour laisser place à l’émergence de liens radicaux et sincères dès que se tissent des relations puissantes, capables de se doter des armes de l’émancipation individuelle. Ces relations intimes, devenus authentiques, rendent possible l’intensification des expérimentations tout juste touchées du bout des doigts quand interfère la nécessité de se mobiliser au cœur d’une machine nous tenant à distance les uns des autres.

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La multiplication des Communes adviendra dès que nous cesserons de jouer notre rôle de petit soldat de l’économie ; dès que nous cesserons de canaliser nos énergies dans ce qui nous est offert mais qui est nécessairement à détruire pour tous ces vivants soucieux de tirer ce monde de sa destruction massive.

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Le chantier des Hommes n’aura été que de ruiner celui de la Nature.

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Nous ne vivons réellement qu’avec ceux que nous voulons bien reconnaître.

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La peine de mort et les guerres offensives ne sont pas étrangères à la démocratie.

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La science et le Progrès ont longtemps cru pouvoir dépasser les « lois supérieurs » de la Nature. Des générations d’individus ont été conditionnées par les infrastructures dégradantes de l’aménagement élaboré pour la marchandise et sa propagande. La Nature ne pourra jamais digérer ces tonnes de détritus empoisonnés toujours d’actualité dans le cadre même de quelconque développement durable dont la philosophie est de pouvoir choisir de polluer un peu moins pour polluer plus longtemps. C’est la notion même de production qui est à remettre en cause tout en prenant soin de satisfaire aux besoins élémentaires des êtres dans le cadre des limites de la Nature.

Les propositions pour une croissance propre ne sont que les solutions envisagées pour gérer au mieux les conséquences désastreuses d’un monde tel qu’il est, en espérant son prolongement tout en écartant ou en détournant les regards de ce qui paraît comme irréversible, puisqu’elle est déjà là : la fin du vieux monde.

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Rien ne manque pourtant à la civilisation, pour poursuivre son acheminement désastreux mené depuis tant de temps dans le sillage de ses idéologues et de ses choix affairistes, pas même le vocabulaire : Développement durable, énergie renouvelable, commerce équitable, décroissance... Toutes ces trouvailles linguistiques, travaillées par quelques experts spécialisés aménageant l’illusion d’un pseudo assainissement scientifique, ne contribuent qu’à la préservation du vieux monde capitaliste en esquivant son écroulement indispensable pour le retour à la vie inhibant tout retour à l’anormal.

Les paraboles écologistes d’experts insolents sous estime les dégâts de l’aménagement fonctionnaliste du Capital. Tout au plus, pourront-ils reculer l’échéance d’une désindustrialisation indispensable ?

Planter des éoliennes est tout autant lucide que de combattre des moulins à vent. La crise est avant tout humaine, la pollution n’en est qu’une conséquence dont on ne peut nier les répercussions mondicides.

Sauver la planète du cataclysme présent commence par créer le lien humain nécessaire à l’établissement de nouveaux rapports affectifs et relationnels à même de favoriser l’autonomie des individus. Quand les individus libres comprendront l’importance de composer leur vie sans ces banques, villes concentrationnaires, assurances, patrons, Etats, économie mondiale et sans ces services et emplois spécialisés coercitifs nous dépossédant, le triomphe de la vie l’emportera. La Terre et ses peuples décriront alors l’Histoire passée comme une quête permanente et maladive de l’inutile, de la souffrance et de l’apparence.

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Quand les dominés luttent pour obtenir ce que possèdent ceux situés au-dessus d’eux, ils ne font en réalité qu’un pas de plus vers leur propre aliénation.

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Le plaisir est synonyme d’acquisition, le bonheur passe pour être celui de l’abondance matérielle et de la multiplicité des connections technologiques. Pourtant, le règne de la marchandise étendue au monde n’a fait qu’éteindre les plaisirs offerts par la vie réelle et gratuite, en nous déconnectant les uns des autres.

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Le sauvage se déplace essentiellement pour se rendre à son travail, mange des plats préparés en usine et souffre de l’abondance, de la suralimentation et de la surconsommation.

Peu lui importe le sacrifice de sa vie, le sauvage veut absolument accroître le capital de l’oikos.

Il contribue ainsi à l’enrichissement de la nation et à la destruction planétaire. Il paie des impôts et part en vacances à des moments bien déterminés. Le sauvage est programmé.

Il dispose de multiples assurances pour assurer la protection de sa vie misérable.

Il rêve d’être propriétaire d’un écran nouvelle génération pour s’y réfugier.

Ce parasite ne veut pas perdre son temps qu’il considère comme de l’argent.

Cet argent, il l’emprunte aux circuits financiers par son travail puis, il le redistribue docilement aux cercles aliénants de la consommation.

Il est très croyant puisqu’il vote et se plie aisément aux ordres de toutes natures définissant la loi, texte sacré des Etats.

L’être vivant est exactement son contraire.

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Être civilisé, c’est propager au monde son ignorance, la destruction, la domination et l’exploitation. C’est en être fier et s’ériger en exemple.

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La laideur d’un environnement est d’autant moins perceptible qu’il nous est familier.

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A force d’être entourés de machines, nous en sommes devenus.

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Nous avons honte de ce à quoi nous participons à un tel point que nous n’osons sourire à l’inconnu. Nous sommes bien trop préoccupés pour cela.

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Le vieux monde est repéré par ceux qui le transgressent.

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Nous sommes comme pris au piège. Nous nous comportons comme de dociles prisonniers dans l’attente d’une libération que l’on sait incertaine. Préparons l’évasion ou le sac de la prison !

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Multiplions les lieux communs d’échanges et d’activités formatrices où chacun apportera sa part d’humanité à l’autre, même inconnu, par le biais de la seule communication réelle habitée du seul principe de l’inaliénabilité de nos vies. Approprions-nous localement l’espace et faisons en quelque chose de vivant plutôt que de laisser s’édifier les temples morbides de la consommation et les remparts destinés à la protection ou à la gestion de celle-ci. L’initiative revient à chacun.

Que les écrits, les projections alternatives, les lieux de vie gratuite, les moments de pensées collectives, les actions spontanées anonymes agressant et déstabilisant le vieux monde, que l’humiliation des investis supérieurs et la dégradation du nuisible, prolifèrent dans un élan d’assouvissement révolutionnaire.

Les corps ainsi libérés dessineraient une voie inverse à ce qu’ils auront combattu.

Des révoltes passées, nous n’avons qu’à retenir leurs échecs en fuyant dès que possible les stratégies et théories « centralisa-tristes ». Aucun guide n’est à suivre, tout est une question d’implication et d’appropriation de chaque instant de nos vies.

*

L’Après est ce qui naît à l’issu de ce qui est obsolète, destructeur, invivable.

L’Après prend ses racines dans ce qui est déjà là contre ce processus infernal qui ne pense pas, qui n’envisage rien d’autre que l’appauvrissement et le pillage de tout.

L’Après n’impose rien et ne peut être contrôlé par personne,

L’Après apparaît dès lors que nous détruisons les distances multiples séparant facticement les individus de ce qui leur est vital.

L’Après est une réappropriation de toutes les activités et lieux de la vie.

La relation humaine, encore inconnue sous toutes ses formes, envisageant l’individu comme un tout capable de tout, y règne en maître, sans maître.

L’Après est tout autant imprévisible, protéiforme qu’insaisissable.

L’Après ne s’envisage que dans la souveraineté de la vie. Il s’affirme, se construit, se vit, s’inscrit sans que quiconque nous y contraigne.

L’Après est un désir. Une volonté révolutionnaire du quotidien.

Plus qu’un art de vivre, c’est l’art de la vie.

L’Après réside dans la multiplicité des déplacements, dans l’exploration de soi sans frontières, dans l’abolition des propriétés égoïstes.

L’Après n’a nul besoin d’autorisation. Il ne s’inscrit nullement dans le droit. L’Après est hors la loi.

Il est parmi les individus. Entre égaux, entre tous.

Il n’exige que sa mise en situation, sa mise en mouvement en parasitant ce qui lui nuit, en déstabilisant ce qui l’inhibe, en humiliant ce qui l’ignore. Partout.

Tout le temps.



Publié le 26 mai 2009  par loic henry


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  • Avis d’un insurgé (sur quelques points à bien des égards dépassés)
    26 mai 2009, par Loic Henry
    ce texte est une réécriture de "points aveugles", publié également sur e-torpedo. Cette seconde mouture est selon moi plus profonde, n’hésitez pas à la diffuser...
  • Avis d’un insurgé (sur quelques points à bien des égards dépassés)
    6 décembre 2016, par EricaPierce
    Good article , thanks and we want more ! Added to FeedBurner as well you have a great blog here ! would you like to make some invite posts on my blog ? Sbobet Asia Daftar Maxbet
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