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Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat

Catégorie politique
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...Ma détention est une petite vengeance...

Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d’avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

-  Comment vivez-vous votre détention ?

-  Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

-  Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu’aux dents s’est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d’un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l’absurde le disputait à l’obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l’opération s’excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c’était de la faute des "services", là-haut, où s’agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu’ils continuent de sévir en toute impunité.

-  Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu’en dites-vous ?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu’elle voudrait nous attribuer, d’autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d’outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l’attaque au cœur de l’Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s’agissait simplement de protester contre le transport vers l’Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes" !

-  Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d’"ultragauche" ?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d’"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure - sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l’intérieur s’est docilement employée, d’arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages.

Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l’y incarcérer.

Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l’intention du nouveau pouvoir de s’attaquer à l’ennemi, en tant que tel, sans attendre qu’il s’exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu’il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l’ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n’a, par la suite, jamais produit autre chose que d’inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l’ultragauche, ni même qu’elle ait jamais existé.

-  La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous ?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

-  Que signifie pour vous le mot terrorisme ?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex - "terroristes" devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l’"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l’armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec ; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

-  Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction...

"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).

-  Pourquoi Tarnac ?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l’expliquer, je le crains.

-  Vous définissez-vous comme un intellectuel ? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l’intellectuel", sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir ?

-  Etes-vous l’auteur du livre "L’insurrection qui vient ?"

C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre.

On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément.

Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie ; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions ; l’injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient - et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une "crise économique", d’un "effondrement de la confiance", d’un "rejet massif des classes dirigeantes", c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident - le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises.

Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède.

Ce n’est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d’interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l’on fera s’évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d’échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

-  Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente ?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n’est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l’ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l’existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l’école, l’innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n’est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l’effet d’une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d’une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d’autre des barbelés et à cause d’eux.

Si l’on traque avec tant d’avidité les témoignages "de l’intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c’est pour mieux occulter le secret qu’elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l’indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l’administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l’horreur de l’incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu’elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d’espionnage, d’humiliation et de ravage que l’Etat français dispose plus fanatiquement qu’aucun autre en Europe autour du détenu n’est même pas scandaleux. L’Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n’est de toute évidence qu’un début :

la vengeance est l’hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N’importe quel patron - et pas seulement celui de Total -, n’importe quel président de conseil général - et pas seulement celui des Hauts-de-Seine-, n’importe quel flic sait ce qu’il faut d’illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l’on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l’illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l’on juge opportun de poursuivre et ceux qu’on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n’est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c’est la justice elle-même, il n’est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s’est rituellement laissée aller à l’écrire, mais de mettre en déroute l’hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l’esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

-  Comment analysez-vous ce qui vous arrive ?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire "d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d’"affaire de Tarnac" pas plus que d’"affaire Coupat", ou d’"affaire Hazan" [éditeur de L’insurrection qui vient].

Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé.

Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique : soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot SOURCE/ lE MONDE Le 25 mai 2009

-  Lu sur RADIO AIR LIBRE



Publié le 31 mai 2009  par torpedo


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  • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
    31 mai 2009, par Delcuse
    L’embrouille judiciaire contre les gens de Tarnac, entre autres, ne sert à rien moins qu’à terroriser les gens qui ont des velléités de critique et de rébellion. On le voit, pour rien, bien des gens se retrouvent inculpés, notamment en manif. D’ailleurs, justement le ministre (je dis "le", car il ne s’agit pas de la femme Aliot Marie, mais de sa fonction, la femme, là, s’effaçant derrière la fonction) veut inculper les gens qui portent une cagoule en manif, c’est dire l’orientation que prend l’Etat dont la fonction essentielle - mais faut il le rappeler - est la répression. En particulier, Coupat paie parce qu’il est soupçonné de publier des textes visant l’insurrection, alors même qu’il vient de la bourgeoisie. C’est en partie ce rapport là que lui reprochent méchamment les gens de sa classe sociale, parce qu’il est, à leurs yeux, un renégat ; une sorte de Lebovici mettant à disposition sa fortune pour un Debord et ses amis, lesquels ont des visées insurrectionnelles. Quant à la pensée de Tiquun, voilà un ton comme je les avaient bien connu ; un ton pro-situ que Debord aurait rejeté, comme il l’avait fait pour le premier d’entres eux, J.P. Voyer. Tiqqun se sent proche de Heidegger, c’est-à-dire de la métaphysique et de l’ontologie. Perso, je m’inscrit dans un rapport de lutte des classes où l’ontologie, et encore moins la métaphysique, n’ont leur place. L’Ëtre est un non sens, une aporie.
    • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
      1er juin 2009, par régis
      Gilles je ne crois pas qu’ils aient été inculpés seulement parce qu’ils avaient publié leurs idées. Ils l’ont été parce qu’ils mettaient en pratique, quotidiennement, ces idées et de telles idées atteintent à une volonté politique affirmée d’encercler et d’empêcher toutes manifestations de vies en dehors du spectacle et du marchand. La solitude métaphysique, inhérente à l’homme de la nature, est remplie par le produit marchand et elle accroît en conséquence la solitude parce qu’elle dévoie la communication véritable et les ressorts naturels que trouvait la solitude métaphysique pour se soulager de douleurs et angoisses par quelques affinités, quelques reconnaissances et quelques solidarités. On ne remplacera pas la nature élective par l’artifice des affinités et des moyens exclusivement marchands ; cet "intérêt qu’on a de soi seul" qui n’est pas déjà sans d’effroyables conséquences...
      • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
        2 juin 2009, par Delcuse
        Non, Régis, tu te trompes. Les gens de Tarnac n’ont rien fait d’autres que publier (je peux l’affirmer tellement il y a de gens qui les connaissent et qui m’en ont parlé). Le coup du potager... Excuses, mais ici, nous sommes plein à faire un potager, à vivre comme on peut hors du salariat, mais pas hors du monde. Les gens de Tiqqun sont des théoriciens dans la succession de Debord mâtiné de Heidegger. Leur première amitié avec la Bibliothèque des Emeutes (cette non critique) montrent le parti qu’ils ont pris, à la suite d’un Voyer, ce renégat qui passe son temps à vomir sur Debord, et en ajoutant le lien de Soral sur son site. Que Tiqqun soit lié à Agamben montre assez le petit parti que ces gens ont prit. Cela dit, mettre en pratique nos idées critiques ne passe par rien moins qu’une révolution.
        • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
          4 juin 2009, par régis

          Gilles tu cèdes au spectacle... Tu ne parles que de Coupat.. Or ils sont huit inculpés et plus d’une vingtaine qui fréquentaient régulièrement la bergerie de Tarnac... Quand je parle de Coupat je parle aussi bien des autres c’est à dire d’une qualité de vie très particulière et pour ma part très attirante. Coupat a le caractère qu’il a s’il est seulement avéré qu’il est aussi caricaturalement ainsi, je n’en sais rien... Comment sont les autres ? Sûrement pas comme Coupat est régulièrement présenté et s’ils s’entendaient bien avec lui je suppose qu’il ne devait pas être aussi arrogant et prétentieux qu’on le prétend. Ou nous serions en face d’un cas exceptionnel : un groupe de jeunes hommes et de jeunes filles tous arrogants et prétentieux... Ce n’est pas l’effet que m’ont fait les deux jeunes hommes dont on a vu un film sur Bellaciao. Ce n’est pas ce que j’ai perçu dans la lettre de Gabrielle Hallez... Ce n’est pas ce que disaient les habitants de Tarnac à propos de Coupat.... Personnellement je ne reproche pas aux gens qui "parlent en terme de révolte de se faire épicier"... Pourquoi ne pas nous reprocher mutuellement de vivre des subsides (maigres je te l’accorde) de l’Etat ? Dans tous les cas nous sommes dépendants du monde tel qu’il est. Pour les uns c’est faire commerce, pour les autres c’est survivre par les moyens de notre ennemi... Oui il y a un remarquable livre de Georges Darien à propos du commerce et je t’en conseille la lecture si ce n’est déjà fait : il s’agit de "Gottlieb Krumm". Mais tout principe admet des exceptions et si le commerce est généralement un vol quand il est conçu comme un moyen de survie et organisé comme tel ce n’est plus un vol mais un service... En effet les gens de Tarnac travaillaient quatre heures par jours et ils se sont établis dans un petit village ils n’ont pas racheté Fauchon. On ne peut pas dire qu’ainsi ils faisaient de l’argent... Le reste du temps ils lisaient et écrivaient. On a vu plus corrompu.... De plus ils avaient organisé un service de livraison aux personnes âgées et je trouve que c’est encore un excellent moyen, dans des campagnes isolées, de reconstituer le lien... Je ne vois que cela soit contre-révolutionnaire. Bien au contraire...

          A dire vrai Gilles je ne comprends absolument pas tes positions. Elles sont très exagérées et cette exagération me semble "suspecte"... Que tu sentes mal ces gens c’est une chose qui te regarde, que je respecte et à laquelle je suis attentif mais l’argument du commerce est déplacé et celui qui consiste à englober tout Tarnac dans le sillage prétentieux et arrogant de Coupat ressemble par trop à la spectacularisation de cette affaire... Ce qui ne te ressemble pas...

          • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
            5 juin 2009, par Gilles Delcuse
            Mais, voyons, Régis, tu le dis toi-même, tu es attiré par leur forme de vie. Hors, tu ne sais rien de ce qu’ils vivent en dehors de ce qui est écrit et diffusé par eux et par les médias, c’est-à-dire pas grand chose. N’est-ce pas cela, céder aux sirènes du spectacle ? Vas les voir, voilà tout. Moi, je n’irais pas, parce que, et j’insiste, je connais trop bien cette façon que ces gens ont de discourir. A mon époque, ils s’appelaient "Les fossoyeurs du vieux monde" et autre "Décharges publiques"... Mais, au moins, les FVM et Décharge se revendiquaient de la lutte des classes malgré leur air prétentieux du genre que la révolution ne reposait que sur leurs épaules, les cons, tandis que Tiqqun se revendique de Heidegger à travers la figure de Agamben. Si tu voies pas la nuance, mince alors...
          • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
            5 juin 2009, par Delcuse
            Voilà, cher ami, une réponse que tu aurais pu me faire parvenir sur nos mèls personnels, au lieu de la livrer au public, car elle m’est directement adressée. Bref. Malgré tout, je vais y répondre publiquement, puisque c’est ce que tu suggères par cette réponse même. Je ne parle pas de Coupat, j’utilise son nom comme cristallisation de ce groupe. C’est comme tu me le dis, lorsque tu parles de Coupat, tu parles aussi des autres de Tarnac. Et, comme tu me le dis, la vie à Tarnac semble (j’aime ce mot) très attirante, comme tout spectacle, en fait. Vas-y, si tu ne crains pas de te ramasser. Je connais d’assez près le comportement pro-situ pour te suggérer de ne pas, justement, t’en approcher. Et j’insiste, si, ces gens sont franchement prétentieux et arrogant. Mais vas les voir, et tu verras par toi-même. J’ai dis aussi qu’on ne se revendique pas de Heidegger impunément. Et tu sais ce que je veux dire, tu sais combien j’ai lu Heidegger pour avoir écrit un texte sur le sujet de sa pensée. Tu fais une confusion entre notre esclavage qui se matérialise par les subsides que l’Etat nous accorde, et le commerce, fusse celui d’une petite épicerie provinciale. Encore une fois, je ne parle jamais en terme de liberté, sauf pour parler en terme de révolte, et non en terme d’épicier. Un rmiste est dépendant du monde du commerce, un commerçant dépend seulement du capital qu’il fait rentrer dans son tiroir caisse. Un rmiste est un esclave ; un commerçant utilise l’esclave. Ok, promis, bientôt, "l’abrégé du capital de Marx" sur mon site. Et comme ça, tout le monde comprendra mieux. Juste me laisser le temps de le réécrire. Le commerce n’est jamais un service. Un service, c’est gratuit. Moi, je rends service à mes amis gratuitement. Et je ne vends rien, sauf ma force de travail, comme n’importe quel prolétaire, lorsque je me retrouve acculé, pour un salopard de patron. Vois-tu, ici, nous ne vendons rien, et pourtant, nous passons beaucoup de temps au jardin potager ; un grand jardin potager qui nécessite de s’en occuper. Ensuite, et bien n’importe qui peut venir se servir directement, sans devoir payer quoique ce soit. Tu veux des carottes et des cerises ? Tu te sers, sans rien demander à personne. Pas de boutique. Pas de barbelés. Inutile de voler, c’est offert, tu te sers. Pareil pour nos textes. Pareil pour le pain, qu’on fait un jour par semaine. Gratuit tout ça. Pareil pour des photocopies, parce que j’ai la machine. Mais les gens de Tarnac nous méprise pour ce qu’on fait. En ce moment, je suis en train d’installer un atelier bois, pour un usage gratuit. Et hop, les cabanes vont fleurir. Mais, c’est au prix des luttes contre l’Etat. Régis, tu veux comprendre ma position ? Viens. Je t’ai déja plusieurs fois dit que tu es le bienvenu. Tu veux savoir ? Alors, je t’invite, comme tu sais. Crois bien que je ne parle pas à la légère. Et c’est clair que je n’irais jamais rendre visite aux pro-situs de Tarnac. La pensée qui ne rencontre pas sa pratique se résume à du mensonge. C’est ce qui arrive aux gens de Tarnac.
          • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
            6 juin 2009, par Delcuse

            Je demande un droit de réponse à Torpedo, parce que le courrier de Régis ne pose pas de critiques, mais est adressé directement à mes positions envers des gens que je critique. Régis me dit ne pas me comprendre. Par conséquent, je vais tâcher ici de mieux me faire comprendre.

            Non, Régis, nous ne savons pratiquement rien de ce que vivent les gens de Tarnac. Mais, il n’est pas difficile de comprendre leur discours. Et ce discours est un discours pro-situ comme l’avait déja violemment critiqué Debord en son temps. Et c’est un discours enrobé de la pensée de Heidegger, c’est-à-dire de cette métaphysique qui nie le rapport de lutte de classes. Je ne parle pas de Coupat. "Coupat" est un concept qui cristallise le groupe, pas un individu particulier que je critiquerais. Le fait que Coupat et ses potes sont inculpés n’invalide pas le fait de pouvoir les critiquer. Oui, je critique ces gens et pour leur fausses idées, et pour leur activité de petit commerçant, bien que ces gens ne faisaient pas ça pour l’argent, et pour cause puisqu’ils en ont assez pour vivre. Donc, ils jouaient aux assistantes sociales. De plus, ces gens sont arrogants, dans la lignée des Fossoyeurs du Vieux monde, de Décharge Publique, et plus récemment, de La Bibliothèque des Emeutes ( et je ne site pas tous les groupes pro-situ que j’ai croisé...). Je reproche, moi, aux gens qui parlent en terme de révolte, de se faire épicier. Je reproche aux gens qui parlent en terme de révolte de faire "du lien social". Désolé, mais je suis pas une assistante sociale. Je n’ai pas dis que les gens de Tarnac sont, selon ton mot, corrompu, et pour cause, puisqu’ils sont avant tout des épiciers pro-situ, enrobés d’une couche de Heideggerisme. La différence entre ceux qui vivent, comme tu dis si élégamment, de subside, et ceux qui vivent d’un héritage dont ils font un commerce, pour créer du lien social (j’adore... Tu excuseras ma moquerie ;-), c’est que les premiers sont bien plus près de la révolte que les second, pour cette raison que les premiers sont en permanence menacés, alors que les seconds menacent les premiers. Tu ne le crois pas ? C’est que tu ne sais pas ce qu’est un pro-situ. Pourtant, Debord nous a déja mis en garde contre la mauvaise lecture de ses textes, et des pro-situs qui s’en revendiquaient. Le commerce est le fondement de notre monde, pas une débrouille parmi d’autres. Quant à rendre service aux personnes âgées... Il y a là, un truc compassionnel qui me gène. Je ne rends pas service aux gens parce qu’ils sont âgés, mais parce qu’ils sont mes amis. A propos du caractère des pro-situs à la Coupat, apprends que ce genre de gens attire. Justement, il attire parce qu’il intrigue ; parce qu’il est dans le spectacle. Mais il n’attire que quelques individus, pas une véritable armée, pas des prolétaires en révolte. Tu dis "nous sommes dépendant du monde tel qu’il est". Non, nous en sommes esclaves. Un esclave n’est pas dépendant, c’est bien pire. Un esclave n’est rien, ne possède pas sa vie et obéis. C’est pas une dépendance, c’est une soumission. Tu vois la nuance ou pas ? C’est ce qui fait qu’on survit par les moyens de notre ennemi, comme tu dis. Pour finir, je tiens à dire que les gens de Tiqqun nous méprisent, toi, moi, et tous mes potes. Cela n’invalide pas le fait que je m’oppose à leur incarcération et à leur procès, parce que ce qui leur arrive est une salve contre nos gueules à nous tous. A bas les prisons. A bas les juges. A bas les magistrats. A bas la police. A bas l’Etat !

      • e-torpedo-le webzine sans barbel s - Forum
        13 juillet 2014, par tifherrell
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  • Tarnac : Questions-réponses avec Julien Coupat
    28 janvier 2016, par Sara
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