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Les mutations du vote ouvrier sous la Ve république par Florent Gougou Chercheur au CEVIPOF.

Catégorie société
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(JPEG) Extrait

"Il y a une culture ouvrière, une façon d’être un ouvrier, un rapport particulier des ouvriers à la vie et au travail. Si je suis élu président de la République, je ne laisserai pas se perdre cette culture ouvrière » (Nicolas Sarkozy, discours de Saint-Quentin, 25 janvier 2007). Une campagne présidentielle réserve toujours des moments inattendus.

Dans la bouche d’un candidat de gauche, ces mots auraient sonné comme un écho à la mise en garde adressée par Pierre Mauroy au candidat Jospin, un mois avant le 21 avril 2002 : « Nous devons parler plus fort aux travailleurs, Lionel, il faut que tu adresses un message à la France qui travaille. Le mot ouvrier n’est pas un gros mot. » Mais, dans la bouche du principal candidat de la droite parlementaire, ils rappellent plutôt que l’électorat ouvrier, longtemps considéré comme acquis à la gauche, fait aujourd’hui figure d’électorat à conquérir [1Les résultats présentés dans cet article sont issus d’un mémoire réalisé dans le cadre du Master recherche de l’Institut d’études politiques de Paris. Florent Gougou, Logiques et évolutions du vote ouvrier sous la Cinquième République. Comprendre la fin du vote de classe ouvrier, sous la direction de Guy Michelat, 2005.].

Retour sur le « 21 avril »

À l’approche de l’échéance électorale du printemps 2007, le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002 résonne toujours sur la scène politique française. Ce soir-là, le premier tour de l’élection présidentielle s’achève sur l’élimination précoce de Lionel Jospin. Premier ministre en exercice, le candidat du Parti socialiste est devancé par le président de la République sortant, Jacques Chirac, et par le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen. Le choc est brutal. Un candidat d’extrême droite accède pour la première fois au second tour, alors que la gauche n’a plus été absente du duel décisif depuis l’élection présidentielle de 1969.

Surprise sans précédent dans l’histoire électorale de notre pays, ce « séisme politique » cache de nombreuses évolutions électorales tout aussi spectaculaires. La participation subit un nouveau recul pour tomber à son niveau plancher (71,6 % des inscrits) depuis l’institution de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Robert Hue obtient le plus mauvais score d’un candidat du Parti communiste au premier tour d’une présidentielle (3,4 % des exprimés).

Jacques Chirac est le premier président sortant à ne pas dépasser 20 % des suffrages exprimés. Enfin, la dynamique de déclin du « vote de classe ouvrier » atteint son épilogue : pour la première fois depuis le début de leur désalignement électoral [2La notion de « désalignement électoral » désigne ici le fait que le vote d’un groupe social tend à se rapprocher progressivement du vote de la moyenne de l’électorat, alors qu’il en différait sensiblement et durablement auparavant. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales, Presses de Sciences-Po, 2000.] à la fin des années 70, les ouvriers n’accordent plus aucun avantage particulier à la gauche. La mutation du vote ouvrier est impressionnante : le 21 avril 2002, seulement 43 % des ouvriers ont voté pour un candidat de gauche, exactement comme la moyenne de l’électorat (panel électoral français 2002, CEVIPOF-CIDSP-CECOP). Mieux, 24 % se sont prononcés en faveur de Jean-Marie Le Pen, soit 7 points de plus que l’ensemble des Français. Comment s’est donc produit le déclin du « vote de classe ouvrier » ? Les ouvriers, autrefois acquis à la gauche, sont-ils aujourd’hui séduits par le Front national ?

Un objet traditionnel de la sociologie politique

Aucun groupe social n’a été autant étudié que celui des ouvriers.

Depuis un siècle et demi, la question ouvrière est au centre de puissants débats politiques et idéologiques. Tantôt porteurs d’un idéal révolutionnaire, tantôt revendicatifs et donc dangereux, tantôt en voie de disparition, les ouvriers ne laissent pas indifférent. Le concept de « classe ouvrière » n’est-il pas entré dans le vocabulaire courant, malgré sa connotation marxiste ?

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Publié le 17 juin 2009  par torpedo


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