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La ville morte de Korngold à Bastille par Jean laurent Poli

Catégorie Musique
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Stupéfiant opéra en trois tableaux d’Erich Wolfgang Korngold , musicien prodige qui dut fuir l’allemagne nazie pour s’installer à Hollywood , "La ville morte " présentée à l’Opéra Bastille dans la mise en scène inspirée de Willy Decker remet en selle le nouveau directeur Nicolas Joel après la désastreuse " Mireille" de Gounod .

Qu’on ne s’y trompe pas cependant. Abondamment vendu sous le label Hollywood parce qu’il aurait composé la musique de Robin des Bois , Korngold n’est pas Bernard Herrmann et sa musique s’apparente davantage à celle de Strauss, de Janacek ou de Malher (qui l’admirait) ;Le livret , éblouissant de modernité, s’inspire du drame symboliste du belge George Rodenbach intitulé "Bruges la morte". Bruges la morte c’est "La Chambre Verte" de François Truffaut : l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à faire le deuil de sa femme morte. Dans l’Opéra de Korngold, le ténor Robert Paul Smith incarne Paul, qui vit dans son tabernacle , l’enfermement et le refus de la vie. Il contemple le portrait de Marie, son épouse disparue jusqu’à l’obsession jusqu’au jour où une femme qui lui ressemble lui apparaît dans la vraie vie et lui joue un morceau de luth qui vaut bien des danses de sept voiles. C’est Rebecca d’Hitchcock moins l’intrigue policière et revisitée par la naissance de la psychanalyse viennoise qui travaille les romanciers de ce début de siècle en Europe centrale. Schnitzler revu par Truffaut .

Grabuge a Bruges

A la fin de ce qui s’avère un rêve(le décor magistral suggère cette "autre scène" qui est bien celle de l’Inconscient) Paul tue ce qu’il aime et supprime Marietta qui tentait de le ramener à la vie (admirable réplique presque finale : "tu lui ressembles vraiment maintenant" c’est à dire morte.Musicalement l’oeuvre est bien agréable à entendre . D’abord pour les qualités de ses interprètes, Ricarda Merbeth en Marietta ou Stéphane Degout en Frank / Fritz . Moderne , parfois à la limite de la tonalité, l’orchestration straussienne, les leitmotiv wagnériens, les clins d’oeil à Stravinski ou à l’opérette comme la sérénade magnifique du Pierrot emportent l’adhésion tant tout cela est lié, structuré, orienté vers un inéluctable retour à la vie. Korngold a choisi le Happy end. La mort de Marietta n’était qu’un rêve. Les amis de Sigmund liront eux, bien autre chose.

Jean-Laurent Poli



Publié le 4 octobre 2009  par Jean-Laurent Poli


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